Une définition de l’extheisme

L’athéisme est difficile, et plus d’un y échouent. Il ne suffit pas de ne pas croire, pas plus qu’il ne suffit, pour savoir ce que c’est que la nuit, de fermer les yeux… Le néant est un mystère d’abord, et l’on s’invente toujours des soleils. Je sais des athées de naissance plus religieux que certains prêtres. Il est préférable, peut-être, pour devenir athée, d’avoir été croyant : on sait ce dont on parle, et cela rend vigilant contre les idoles. C’est la lucidité des apostats. Faire le tour de l’athéisme. Comprendre qu’il ne reste alors ni beau, ni bien, ni vrai peut-être. Se perdre dans ce désert. Qui n’a pas fait ce voyage ne peut rien penser vraiment, et pas même ce que c’est que Dieu, s’il existe. Simone Weil l’a bien vu, après Descartes : la foi suppose un athéisme préalable qu’elle dépasse, sans quoi elle n’est que superstition et religiosité. Le vide est l’élément premier qui rend possible le plein. Dans la Bible, Dieu ne crée pas les ténèbres, mais constate leur préexistence ; et les atomes d’Epicure, éternels absolument, tombent dans un vide qui pourtant, en chaque lieu, les précède. Le néant existe d’abord. Il est la première vérité : la vérité du silence.
— André Comte-Sponville, in Le mythe d’Icare, Traité du désespoir et de la béatitude, PUF, Tome 1 page 16.

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