Un anxiolytique nommé Dieu

On devrait dire en effet « Notre Mère qui êtes aux cieux », car le retour vers Dieu (50% des âgés approfondissent leur foi) est le réveil du schéma des premiers liens. Les enfants se réfugient auprès de leur mère. Les âgés créent des théâtres mystiques dont les mises en scène offrent un refuge contre l’angoisse de la mort. Souffrance suivie d’un soulagement : c’est le principe même de l’attachement. Beaucoup d’études ont été faites au Québec sur l’attachement à Dieu. Elles montrent que les âgés qui redécouvrent Dieu sont généralement ceux à qui on l’a présenté quand ils étaient enfants. C’est tracé dans leur mémoire. Quand ils sont adultes, ils n’en ont pas besoin. Quand ils se mettent à penser à la mort prochaine, ou quand un deuil les frappe, c’est eux qui pour se défendre réactivent cette base de sécurité internalisée. La religion offre une représentation dilatée du temps qui correspond à celle des âgés et donne sens à leur vie. Les rituels et les offices leur permettent de côtoyer d’autres personnes qui partagent la même croyance, et ils en sont renforcés affectivement.
Le Nouvel Observateur - Un anxiolytique nommé Dieu… Cela va plaire !
Boris Cyrulnik - L’effet psychoaffectif de la croyance - quelle que soit la religion - peut s’observer cliniquement. Les gens qui perdent un enfant, par exemple, se tournent fréquemment vers le sacré et en sont apaisés. L’émotion provoquée par la croyance atténue la douleur. Dans le réel, la perte est irréparable, mais dans la représentation - « mon fils est ailleurs, il ne souffre pas » - le choc est amorti. Les études confirment d’ailleurs que les croyants, globalement, se portent mieux que les non-croyants, ils font moins d’accidents cardio-vasculaires, moins de cancers. On n’a pas réussi à localiser Dieu dans le cerveau. Mais ce qui est démontré par la neurologie, c’est que les croyants en prière sécrètent plus d’ondes alpha (les marqueurs de l’attention paisible), tandis que les indices biologiques du stress disparaissent. Une fois encore, le fait de provoquer intentionnellement une représentation tranquillisante a, de fait, un effet tranquillisant.
— Boris Cyrulnik, interview de Claude Weill dans Le Nouvel Observateur du 5 octobre 2006.
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