Traduttore traditore – Traducteur traitre

Que vaut cette traduction ?
Il est difficile d’en juger d’après l’identité de ses rédacteurs puisque le Comité de Traduction a décidé de garder l’anonymat de ses membres.
Livre Comment raisonner à partir des Ecritures, p. 409 Traduction du monde nouveau :
En renonçant à leurs droits d’auteurs, les membres du Comité de la Traduction du monde nouveau ont demandé à garder l’anonymat. La Société Watch Tower a décidé de respecter leur volonté. Les traducteurs ne cherchaient pas à se faire connaître, mais à honorer Dieu, l’Auteur des Saintes Écritures.
(…)
Est-ce vraiment une œuvre d’érudition ? Les traducteurs ayant décidé de rester dans l’anonymat, on ne peut répondre à cette question sur la base de leur formation universitaire. Il faut donc juger leur traduction d’après ce qu’elle vaut.
Alan Feuerbacher, ex-TJ et éminent contradicteur de la Watchtower, a fait le point des membres du Collège Central de l’époque, les hommes de poids susceptibles d’avoir pu collaborer à l’ouvrage. Il ressort de son intéressant article en anglais Translators of the New World Translation que, de la poignée de dirigeants jéhovistes de l’époque, seul Frederick Franz, principal rédacteur et théoricien de l’équipe, avait pu réellement porter le projet. S’il connaissait le grec biblique jusqu’à pouvoir le lire dans le texte il était loin d’en être un spécialiste reconnu. Sa connaissance de l’hébreu et de l’araméen était en outre purement autodidacte.
(1905-1977) 3e Président de la Watchtower Bible and Tract Society. Il fut l’organisateur du mouvement et lui appliqua les méthodes de gestion d’une véritable entreprise.
Cet examen d’autorité permet de mieux saisir la réelle motivation qui se cache derrière l’anonymat des rédacteurs : leur « formation universitaire » linguistique est quasi-inexistante et aurait pu facilement être remise en question par leurs opposants.
La remarque est d’autant mieux fondée qu’à cette époque les rédacteurs des articles et publications (Russell, Rutherford, Knorr
Knorr
Examinons les prétentions de la TMN et constatons.
La Tour de Garde du 15 janvier 1999, p.29 :
Des millions de lecteurs se sont livrés à cet examen pour constater que la Traduction du monde nouveau allie un style agréable à une scrupuleuse fidélité au texte. Ses traducteurs ont travaillé à partir de l’hébreu, de l’araméen et du grec en se référant aux meilleurs textes disponibles. Ils se sont tout particulièrement attachés à serrer le texte ancien au plus près, mais dans un style facile à comprendre. Un certain nombre de biblistes ont d’ailleurs salué la fidélité et l’exactitude de cette traduction.
La littéralité du texte est une force revendiquée par la traduction. Citons deux exemples qui montrent que trop de littéralité tue la fluidité de la lecture et n’apporte rien à la compréhension de l’idée.
(Deutéronome 22:8 -TMN) Si tu bâtis une maison neuve, alors tu devras faire un parapet pour ton toit, afin de ne pas mettre de sang sur ta maison parce que quelqu’un qui tombe pourrait en tomber.
La langue hébraïque est réputée pour marquer l’intensité par la répétition. Mais la traduction française, elle-même traduite de l’anglais, n’a pas tenu compte de l’usage du français qui déteste la répétition inutile. C’est même pour le bon lecteur une faute de style rédhibitoire.
Le style est lourd, maladroit et n’éclaire nullement le texte.
Comparez avec la Bible en Français Courant (BFC – 1982 – dont les 8 collaborateurs sont eux identifiés et nommés).
Quand vous bâtirez une nouvelle maison, construisez un muret autour du toit en terrasse, afin de ne pas être responsable si quelqu’un se tue en tombant du toit.
Laquelle des deux traductions a, selon vous, un « style facile à comprendre » ?
Mais le lecteur pourra dire : l’hébreu c’est l’hébreu et rendre littéralement le texte ancien oblige à un style inesthétique.
Qu’en est-il en grec ?
(Hébreux 11:5 -TMN) Par la foi, Hénok a été transféré pour ne pas voir la mort, et on ne le trouvait nulle part, parce que Dieu l’avait transféré ; car, avant son transfert, il avait le témoignage qu’il avait plu à Dieu.
Il est question de transfert au cas où vous ne l’auriez pas compris.
Comment la BFC rend-t-elle le texte ?
Par la foi, Hénok fut emmené auprès de Dieu sans avoir connu la mort ; personne ne put le retrouver, parce que Dieu l’avait enlevé auprès de lui. L’Ecriture déclare qu’avant d’être enlevé Hénok avait plu à Dieu.
Laquelle des deux traductions a, selon vous, un « style facile à comprendre » ?
Oser écrire que la TMN est d’« un style agréable » est une injure à la belle littérature.
Le lecteur pourra objecter que tout cela n’a guère d’importance, que ce n’est que considération de maniaque de la belle langue et que ce qui compte c’est de rester le plus près possible du texte originel, de, selon les termes mêmes du rédacteur anonyme de la Tour de Garde citée plus haut, « serrer le texte ancien au plus près ».
Qu’en est-il de la manière « universitaire » de rendre le texte de Daniel 9:25, 26, texte éminemment prophétique s’il en est ?
(Daniel 9:25 - TMN) Il faut que tu saches et que tu sois perspicace : depuis la sortie de [la] parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu’à Messie [le] Guide, il y aura sept semaines, également soixante-deux semaines. Elle reviendra et sera bel et bien rebâtie, avec place publique et fossé, mais dans la détresse des temps.
Or que dit précisément le texte original hébreu pour Messie le Guide ?
Une recherche linguistique approfondie montre que les majuscules suggérées dans la TMN n’ont pas leur place, et aucune note en bas de page ne corrigera le sens volontairement donné (note de la TMN à cet endroit : Ou : “ Oint ”. Héb. : Mashiaḥ ; LXXBagster(gr.) : Khristou ; syr. : Mèshiḥa’, “ le Messie ” ; lat. : Christum).
Ici pour les traducteurs de la TMN les mots mashiyach [1] et nagiyd [2] signifient nécessairement Messie et Guide, sous-entendu le Jésus des évangiles.
Or mashiyach signifie avant tout oint ou une personne consacrée au sens le plus large (un roi, un prêtre) et nagiyd signifie essentiellement un commandant civil, militaire ou religieux, un capitaine, un chef, un gouverneur, un prince.
Or il est utile de constater que le mot mashiyach est traduit invariablement à 39 reprises par oint ou un oint dans le texte hébraïque. Ces « oints » peuvent être des prêtres (Lev 4:3,5,16 ;6:22), les rois Saül, David et autre descendants royaux (1Sa 2:10, 35 ; 12:3, 5 ; 16:6 ; 24:6 ,10 ; 26:9, 11, 16, 23 ; 2 Sa1:14, 21 ; 19:21 ; 22:51 ; 23:1 ; 1Ch16:22 ; 2Ch6:42 ; Ps2:2 ; 18:50 ; 20:6 ; 28:8 ; 84:9, 38, 51 ; 105:15 ; 132:10, 17 ; La 4:20) et même le roi Cyrus de Perse (Isa 45:1).
La Septante grecque traduit toutes ces occurrences par le même mot « christos ».
N’est-il donc pas extraordinaire que dans ces deux seuls versets (Da 9:25 et 26) mashiyach devienne le Messie par le choix purement arbitraire et partial des traducteurs ?
Peut-on raisonnablement parler de « scrupuleuse fidélité au texte » ?
Qu’il nous soit permis de citer des traductions plus fidèles et moins dirigées (Da 9:25).
La Bible en Français courant (BFC - 1982) :
Voici ce que tu dois savoir et comprendre : depuis l’instant où a été prononcé le message concernant le retour d’exil et la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à l’apparition du chef consacré , il y a sept période de sept ans. (…)
La Bible du Semeur (Semeur - 1992) :
Voici ce que tu dois savoir et comprendre : depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement d’ un chef ayant reçu l’onction , il s’écoulera sept septaines et soixante-deux septaines.
Les deux traductions sont fidèles au texte originel (nagiyd, mashiyach) en s’interdisant de forcer le sens de la traduction afin de satisfaire un objectif particulier.
Toutes deux respectent en plus l’ordre d’apparition des termes dans le texte original : chef puis oint et non oint puis chef.
Pour ce qui est de « serrer le texte ancien au plus près » pas de doute la TMN le serre bien et n’est pas prête de desserrer son étreinte.
Elle a trop besoin des prétendues prophéties des soixante-dix semaines de Daniel et de sa projection messianique pour ne laisser ne serait-ce qu’entrevoir à ses lecteurs qu’une lecture différente, ancrée dans la période de rédaction du livre, pourrait être faite du texte.
Et comment lire le verset 26 ?
(Daniel 9:26- TMN) Et après les soixante-deux semaines, Messie sera retranché, avec rien pour lui-même.
La traduction est volontairement dirigée et répond à des préjugés établis et nécessaires à la théologie jéhoviste : il s’agit de Jésus-Christ, par la force des choses et le choix du traducteur.
Mais notez encore les deux traductions que nous avons mises en concurrence.
(BFC) A la fin de ces soixante-deux périodes, un homme consacré sera tué sans que personne le défende.
La BFC ne force nullement le sens et traduit fidèlement le mot mashiyach et, dans son renvoi en bas de page au verset 26, on peut lire ceci :
un homme consacré : il pourrait s’agir du grand prêtre Onias III, assassiné en 171 av. J.C.
Et la Bible du Semeur rend ainsi, avec conséquence, le verset :
A la fin des soixante-deux septaines, un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher (variante en bas de page : bien qu’on ne puisse rien lui reprocher – traduction incertaine. Autre traduction : et il n’aura personne pour venir à son secours (11:45)).
Croyez-vous que les Témoins de Jéhovah qui lisent Daniel selon la TMN aient seulement le soupçon qu’une lecture différente et moins partisane peut être faite des versets ?
Seraient-ils aussi captifs de leur compréhension prophétique s’ils savaient vraiment cela ?
Le texte originel n’a-t-il pas été trahi par les artisans de la TMN ? Ceux-là mêmes qui reprochent aux traducteurs des versions concurrentes leur manque de fidélité et de rigueur peuvent-ils se poser en donneurs de leçons ?
Traduttore traditore – traducteur traître – le dicton italien est également écrit pour eux, force est de le constater.
Notes:
[1] Nombre de Strong : 4899.
[2] Nombre de Strong : 5057.