Sebastien Faure - Douze preuves de l’inexistence de Dieu

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Voici l’ordre dans lequel je vous présenterai mes arguments.
Ceux-ci formeront trois groupes : le premier de ces groupes visera plus particulièrement le Dieu-Créateur ; il comprendra six arguments ; le deuxième de ces groupes concernera plus spécialement le Dieu-Gouverneur ou Providence ; il embrassera quatre arguments ; enfin, le troisième et dernier de ces groupes s’attachera au Dieu-Justicier ou Magistrat ; il comportera deux arguments.
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PREMIERE SÉRIE D’ARGUMENTS
PREMIER ARGUMENT
Le Geste créateur est inadmissible
Avec rien, on ne fait rien ; avec rien on ne peut rien faire et le fameux aphorisme de Lucrèce ex nihilo nihil reste l’expression d’une certitude et d’une évidence manifeste.
Le geste créateur est un geste impossible à admettre et une absurdité.
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créer est une expression vide de sens pour tout homme avisé, attentif, aux yeux de qui les mots n’ont de valeur que dans la mesure dans laquelle ils représentent une réalité ou une possibilité.
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DEUXIÈME ARGUMENT
Le « pur Esprit »
ne peut avoir déterminé l’Univers
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Entre le pur Esprit et l’Univers, il n’y a pas seulement un fossé plus ou moins large et profond qu’il serait, à la rigueur, possible de combler ou de franchir ; il y a un véritable abîme, dont telles sont la profondeur et l’étendue que, quel que soit l’effort tenté, rien personne ne saurait combler ni franchir cet abîme.
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TROISIÈME ARGUMENT
Le Parfait ne peut produire l’imparfait
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l’Univers est magnifique et j’admire passionnément, autant que qui que ce soit, les splendeurs, les magnificences dont il nous offre l’incessant spectacle. Pourtant, si enthousiaste que je sois aux beautés de la Nature et quelqu’hommage que je leur rende, je ne puis dire que l’Univers est une œuvre sans défaut, irréprochable, parfaite. Et personne n’oserait soutenir une telle opinion.
L’Univers est donc une œuvre imparfaite.
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QUATRIÈME ARGUMENT
L’Être éternel, actif, nécessaire, ne peut,
à aucun moment, avoir été inactif ou inutile
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Dire que Dieu n’est pas éternellement actif, c’est admettre qu’il ne l’a pas toujours été, qu’il l’est devenu, qu’il a commencé à être actif, qu’avant de l’être, il ne l’était pas ; et, puisque c’est par la création que s’est manifestée son activité, c’est admettre du même coup que, durant les milliards et les milliards de siècles qui, peut-être, ont précédé l’action créatrice, Dieu était inactif.
Dire que Dieu n’est pas éternellement nécessaire, c’est admettre qu’il ne l’a pas toujours été, qu’il l’est devenu, qu’il a commencé à être nécessaire, qu’avant de l’être, il ne l’était pas et, puisque c’est la Création qui proclame et atteste la nécessité de Dieu, c’est admettre du même coup que, durant les milliards et les milliards de siècles qui peut-être ont précédé l’action créatrice, Dieu était inutile.
Dieu oisif et paresseux !
Dieu inutile et superflu !
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CINQUIÈME ARGUMENT
L’être immuable ne peut avoir créé
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Je prétends que, s’il a créé, il n’est pas immuable, parce que, dans ce cas, il a changé deux fois.
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Dieu a créé, dites-vous ? - Soit. Alors il a changé deux fois : la première fois, lorsqu’il a pris la détermination de créer ; la seconde fois, lorsque, mettant à exécution cette détermination, il a accompli le geste créateur.
S’il a changé deux fois, il n’est pas immuable.
Et s’il n’est pas immuable, il n’est pas Dieu, il n’existe pas.
L’Être immuable ne peut avoir créé.
SIXIÈME ARGUMENT
Dieu ne peut avoir créé sans motif ;
or, il est impossible d’en discerner un seul
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Eh bien ! si Dieu a créé sans but, sans motif, il a agi à la façon d’un fou et la Création apparaît comme un acte de démence.
DEUX OBJECTIONS CAPITALES
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PREMIERE OBJECTION
Dieu vous échappe
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N’êtes-vous pas des hommes, comme j’en suis un ? Dieu ne vous dépasse-t-il pas, comme il me dépasse ? Ne vous échappe-t-il pas comme il m’échappe ? Auriez-vous la prétention de vous mouvoir sur le même plan que la Divinité ?
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Ayez donc la probité de reconnaître que si, de ce que je ne puis concevoir ni expliquer Dieu, il ne m’est pas permis de le nier, puisque vous ne pouvez, vous non plus, ni le comprendre ni l’expliquer, il ne vous est pas permis de l’affirmer.
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Aurais-je jamais songé à nier Dieu, si, alors que j’étais tout petit, on ne m’avait pas imposé de croire en lui ? si, adulte, je ne l’avais pas entendu affirmer tout autour de moi ? Si, devenu homme, mes regards n’avaient pas constamment observé des Eglises et des Temples élevés à Dieu ?
Ce sont vos affirmations qui provoquent et justifient mes négations.
Cessez d’affirmer et je cesserai de nier.
SECONDE OBJECTION
Il n’y a pas d’effet sans cause
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La deuxième proposition : Or, l’Univers est un effet manque donc de la condition indispensable : l’exactitude.
En conséquence, le fameux syllogisme ne vaut rien.
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DEUXIEME SÉRIE D’ARGUMENTS
PREMIER ARGUMENT
Le Gouverneur nie le Créateur
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ces deux Êtres parfaits s’excluent catégoriquement ; affirmer l’un, c’est nier l’autre ; proclamer la perfection du premier, c’est confesser l’inutilité du second ; proclamer la nécessité du second, c’est nier la perfection du premier.
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Si l’Univers créé par Dieu eût été une œuvre parfaite, si, dans son ensemble et dans ses moindres détails, cette œuvre eût été sans défaut, si le mécanisme de cette gigantesque création eût été irréprochable, si tel et si parfait eût été son agencement qu’il n’eût point été à redouter qu’il se produisît un seul détraquement, une seule avarie, bref, si l’œuvre eût été digne de cet ouvrier génial, de cet artiste incomparable, de ce constructeur fantastique qu’on appelle Dieu, le besoin d’un gouverneur ne se serait nullement fait sentir.
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DEUXIÈME ARGUMENT
La multiplicité des Dieux
atteste qu’il n’en existe aucun
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Eh bien ! je dis que la multiplicité de ces Dieux atteste qu’il n’en existe aucun, parce qu’elle certifie que Dieu manque de puissance ou de justice.
Puissant, il aurait pu parler à tous aussi aisément qu’à quelques-uns. Puissant, il aurait pu se montrer, se révéler à tous sans plus d’efforts qu’il ne lui en a fallu pour se révéler à quelques-uns.
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S’il en est ainsi, je l’accuse d’impuissance.
Et, si je ne l’accuse pas d’impuissance, je l’accuse d’injustice.
Que penser, en effet, de ce Dieu qui se montre à quelques-uns et se cache aux autres ? Que penser de ce Dieu qui adresse la parole aux uns et, pour les autres, garde le silence ?
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Eh bien ! que pensez-vous de ce père qui, plein de tendresse pour quelques privilégiés, les arrache, en se révélant à eux, aux angoisses du doute, aux tortures de l’hésitation, tandis que, volontairement, il condamne l’immense majorité de ses enfants aux tourments de l’incertitude ?
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TROISIÈME ARGUMENT
Dieu n’est pas infiniment bon :
l’Enfer l’atteste
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C’est donc à Dieu que seraient profitables les souffrances des damnés ? C’est donc à lui, ce père infiniment bon, infiniment miséricordieux, qui se repaîtrait sadiquement des douleurs auxquelles il aurait volontairement voué ses enfants ?
Ah ! s’il en est ainsi, ce Dieu m’apparaît comme le bourreau le plus féroce, comme le tortionnaire le plus implacable que l’on puisse imaginer.
L’enfer prouve que Dieu n’est ni bon, ni miséricordieux. L’existence d’un Dieu de bonté est incompatible avec celle de l’Enfer.
Ou bien il n’y a pas d’Enfer, ou bien Dieu n’est pas infiniment bon.
QUATRIÈME ARGUMENT
Le problème du Mal
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Le mal existe ; tous les êtres sensibles connaissent la souffrance. Dieu qui sait tout ne peut pas l’ignorer. Eh bien ! de deux choses l’une :
Ou bien Dieu voudrait supprimer le mal, mais il ne le peut pas ;
Ou bien Dieu pourrait supprimer le mal, mais il ne le veut pas.
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TROISIÈME GROUPE D’ARGUMENTS
PREMIER ARGUMENT
Irresponsable, l’homme
ne peut être ni puni ni récompensé
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Si Dieu existe, il est tout ; l’homme n’est rien.
L’homme ainsi tenu en esclavage, placé sous la dépendance plein et entière de Dieu, ne peut avoir aucune responsabilité.
Et, s’il est irresponsable, il ne peut être jugé.
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SECOND ARGUMENT
Dieu viole
les règles fondamentales de l’équité
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Quel que soit le mérite de l’homme, il est borné (comme l’homme lui-même) et, cependant, la sanction de récompense : le ciel est sans borne, ne serait-ce que par son caractère de perpétuité.
Quelle que soit la culpabilité de l’homme, elle est limitée (comme l’homme lui-même) et, pourtant la sanction du châtiment : l’enfer est sans limite, ne serait-ce que par son caractère de perpétuité.
Il y a donc disproportion entre le mérite et la récompense
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RÉCAPITULATION
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Le Dieu dont j’ai voulu établir, dont, je puis le dire maintenant, j’ai établi l’impossibilité, c’est le Dieu des religions, le Dieu Créateur, Gouverneur et Justicier, le Dieu infiniment sage, puissant, juste et bon, que les clergés se flattent de représenter sur la terre et qu’ils tentent d’imposer à notre vénération.
Sébastien Faure
Notes:
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