vendredi, 30 juillet 2010|

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Scènes habituelles de la vie d’un Témoin de Jéhovah




C’est généralement un bâtiment à quelques kilomètres du domicile du Témoin de Jéhovah.

Deux à trois fois par semaine, il s’y rend, tout comme 70 autres compagnons de foi (ses « frères et sœurs ») pour assister à ce que dans le jargon de l’organisation on appelle réunion.
Chacune débute avec un cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

. Il y a en tout 225 chants, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !). Des cantiques que le TJ a l’impression de connaître par cœur (la mélodie du moins, pas les paroles, quoique…)

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Ils agitent les lèvres plus qu’ils ne chantent
Francis Bacon - Etude pour Homme en bleu VII
D’après un portrait de Nasser.
1954, huile sur toile.

Les plus rebelles des adeptes agitent les lèvres plus qu’ils ne chantent, bon compromis entre un refus de s’abaisser à ce culte (qui leur apparaît vain et ridicule) et le regard des autres, lourd et insoutenable. C’est à cela que se limite souvent la liberté de mouvement des contestataires au sein de l’organisation TJ : feindre le chant pour ne pas gaspiller sa salive à cet exercice inutile, pour se démontrer à soi-même que l’on n’est pas dupe, tout en évitant de se faire remarquer, de sortir du rang, ce qui serait extrêmement embarrassant.

Cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

— Kafka, Des enfants sur la route, in Considérations.
pause pipi et prière interminable

Ainsi débute donc chaque réunion à la Salle du Royaume Salle du Royaume La Salle du Royaume (Kingdom Hall, en anglais) est le centre du culte des Témoins de Jéhovah locaux. Cette salle peut être louée ou achetée, occupée par une ou plusieurs congrégations.

Le livre Témoins de Jéhovah - Prédicateurs du Royaume de Dieu, page
320, évoque la première utilisation de ce terme :

C’est Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société, qui a proposé en 1935 le nom de Salle du Royaume.

Source : TJ-Encyclopédie
. Un nom qui en lui-même ne veut absolument rien dire, mais dont la scansion à l’envi en fait une marque déposée avec sa signification propre, aussi obscure que le nom d’un médicament. Xanax, Prozac, Lexomil, Salduroyom…
Le cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

dure 2 minutes trente. C’est long. Puis vient la prière. Il faut rester debout et fermer les yeux du début à la fin. Ce que bien peu parmi les Témoins de Jéhovah parviennent à respecter. En tous cas, on peut le dire : aucun enfant, aucun mineur n’y parvient ni ne souhaite y arriver.
La prière [1] est un honneur pour qui la prononce. Elle varie en qualité et en longueur selon les exécutants. Certains répètent les mêmes phrases à peine modifiées [2], d’autres collent à l’actualité (nos frères persécutés dans telle ou telle partie du monde, un rapport annuel et des articles parus dans les publications bimensuelles ne manquant pas de nous tenir au courant des dernières attaques « sataniques » de gouvernements et de pouvoirs en place contre les représentants de Dieu [3]. D’autres encore incluent les noms des membres de la communauté locale (« et n’oublie pas Frère Machin qui a la chiasse, ou Sœur Untel qui a perdu son canari », j’exagère à peine).
Les plus dissipés des Témoins de Jéhovah (il y en a !) ne voient que le nombre de minutes qu’ils doivent rester debout, immobiles, faisant semblant de fermer les yeux, et certains ne manquent d’ailleurs pas de discuter, après les deux heures de réunion, de la lourdeur de certaines prières.

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Des gosses de tous âges, tous en cravate
Francis Bacon - Homme en bleu VII.
1954, huile sur toile.
Collection privée.

Le cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

est quant à lui bien moins important que la prière, car les jeunes, et aussi les femmes mûres ou mêmes certains hommes dissipés, profitent du chant d’intermède (le deuxième, après une heure de discours) pour se rendre aux toilettes, qui, de fait, se trouvent bondées à ce moment-là, surtout chez les femmes. Chez les hommes, c’est rempli de gosses de tous âges, tous en cravate. Le spectacle de ces moitiés d’adulte, singeant leurs parents bien malgré eux [4]même s’il apparaît normal et légitime aux yeux des membres de l’organisation, a un côté drôle et surtout pathétique pour tout visiteur extérieur.
Si tous ces jeunes pestent contre la cravate (le plus souvent élastique, ce qui ajoutait au côté factice), aucun, toutefois, n’a l’air de se rendre compte de l’illégitimité et de l’inutilité de cette obligation (jamais formulée, toujours suggérée, rappelée de temps à autre du haut du podium, l’équivalent de la chaire, en plus moderne).

Les jeunes Témoins de Jéhovah que j’ai connus avaient pour la plupart grandi « dans la Vérité », c’était l’expression consacrée, un autre de ces groupes nominaux érigés en scansion. Etre né dans la Vérité, selon ceux qui étaient né « dans le Monde », c’était la plus belle chose qui pouvait arriver. « Quelle chance tu as ! » Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase, prononcée par d’authentiques paumés, qui avaient erré sans but à l’extérieur de la communauté.
Le moment est bien choisi, il me semble, pour souligner quelques statistiques, purement subjectives, basées sur aucune étude rigoureuse, simplement issue de l’observation attentive de ce qui fut mon entourage. Ainsi, dans le groupe que j’ai fréquenté durant 20 ans, 25 % des personnes avaient été alcooliques dans leur « ancienne vie », 40 % étaient sans emploi, 50 % lisaient avec difficulté, 80 % n’avaient pas leur diplôme d’études secondaires, 90 % fréquentaient exclusivement des TJ.
J’en étais donc à la description d’un dimanche habituel chez les TJ. Pas de menace, pas de sanction, tout se déroule toujours comme prévu, immanquablement. Parler ici de rituel évoquera à certains, peu au fait du sujet qui nous préoccupe, des images de sombres messes, avec gourou menaçant et fidèles apeurés. Il n’en est rien. Les rituels des Témoins de Jéhovah sont dissimulés sous une couche de sympathie et d’humanité, de simplicité et d’improvisation, et pour certains, oui, pour beaucoup : de sincérité.

Une villa éclairée au néon

Tout cela se déroule dans des bâtiments modernes, éclairés au néon blanc, sans effet spectaculaire. Les TJ sont si forts qu’ils n’ont besoin d’aucune mise en scène esthétique (sauf la cravate). Ils basent d’ailleurs une partie de leur communication sur le refus d’obscurantisme architectural.
Toute la noirceur de leurs théories se cachent donc au milieu d’une sorte de villa, de salle pour banquets, aux murs clairs et aux nombreuses fenêtres, sans vitraux, sans symbole, sans logo (sauf peut-être l’emploi du tétragramme, les 4 lettres en alphabet hébreu qui représentent le nom divin).

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Toute la noirceur de leurs théories
Francis Bacon - Homme en bleu III
1954, huile sur toile.

Le déroulement systématique des réunions lui-même apporte chez les participants réguliers un calme et une confiance absolue en la machine dont ils sont les éléments. Comment une chose si bien organisée, si prévisible, si concrète, pourrait-elle être autre chose que la Vérité ?
Car pour tous les membres de cette communauté (6 millions de par le monde selon les derniers chiffres), il est un fait que la Vérité absolue (sur la vie, le futur, Dieu, les humains) ne peut être que claire, précise, évidente, déterminée, finie, c’est-à-dire un élément définissable, appréhendable dans sa globalité, foncièrement extérieure à la société humaine.
Dans une vision extrêmement naïve de l’astronomie, encouragée par les illustrations des nombreux ouvrages publiés en interne, ils voient la planète Terre illuminé par la vérité venant du haut, du Tout-Puissant. Le transcendantalisme absolu, et par là, rassurant.
Une vision rassurante, évidente… bref, paresseuse !


Notes:

[1] Chaque fois exécutée par un homme différent (jamais de femme, comme le veut l’apôtre Paul, ce vieux misogyne), selon une distribution de rôle très stricte

[2] Contrairement à ce que croient les catholiques, les TJ affirment que Jésus refuse que l’on annone les mots du Notre Père, il préfère la customisation

[3] Persécutions qui d’ailleurs sont autant de preuves rassurantes du bien-fondé de la foi

[4] Je n’ai jamais rencontré aucun enfant ni aucun ado TJ qui aimait porter le costard.

6 commentaires
  • Un oubli ! 23 novembre 2006 15:17, par polsky_53

    Cet article n’est même pas caricaturé ! Il y a un oubli : les sièges. Au début, c’étaient des chaises de bar , inconfortables lorsque les sujets donnés au podium étaient monotones, ou d’anciens fauteuils de cinéma, beaucoup plus confortables d’où on voyait , le dimanche après midi, heure de la sieste, certaines têtes tomber sur l’épaule du voisin ou sur les genoux. Puis, il y a eu des coques, qui donnaient des lumbagos selon la taille de l’adepte. Puis sont apparus des sièges plus confortables pour le dos et plus modernes. Quelle évolution. Il fallait bien que l’adepte puisse bien suivre les discours. Ah oui, ce qui a compliqué notre vie pour suivre ces discours , ce sont les noms ou l’orthographe changés dans la nouvelle version de la bible wt. Je n’ai plus ma toute nouvelle version ( j’ai gardé quand même une ancienne, celle avec laquelle j’ai fait l’étude), mais je me rappelle qu’on devait souvent chercher dans la préface « nom et ordre des livres » pour se repérer. Et après, on ne savait plus de qui il était question, tellement les noms ont été remaniés. Pour comprendre il fallait encore prendre l’ancienne version.

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  • Dangereuse banalité 4 décembre 2006 18:57

    Les incursions sur votre site sont toujours intéressantes, comme ce texte sur les lieu, déroulement et « usages » des réunions TJ. Une constante dans tout cela : la banalité, voire la trivialité. Pas de déco tapageuse à la manière catho, pas de costume gothique façon pape, pas d’orgue tonitruant modèle Bach. Une influence protestante manifeste, sans doute.

    Mais surtout, une volonté permanente de faire simple, accessible, sans chichi. Les procédures, le rituel, le vocabulaire TJ sont d’une banalité totale, tout en étant discriminants (très identificateurs) pour ceux qui les pratiquent. Une grande force, non ? Passer inaperçu ou presque, tout en cultivant l’exception du salut à eux seuls réservé.

    Cette banalité trompeuse concourre sans doute à expliquer la cécité de nos pouvoirs publics à leur égard. Jean-Philippe

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  • comme on s’y retrouve !! souvenirs, souvenirs... 27 février 2007 20:29, par un « gens du monde » depuis peu...

    bravo pour cette description ! ya comme un sentiment de deja vu… comme quoi c’est vraiment pareil d’une congreg a l’autre ! je me souviens de la pause pipi/cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

    Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

    — Kafka, Des enfants sur la route, in Considérations.
    … de certains freres qui piquaient du nez, les toilettes remplis de gosses qui s’emmerdent… et en plus tous les sujets qui revenaient d’un mois a l’autre, tjs la meme chose, l’ennui incommensurable qui devait saisir chacun, (meme ceux qui ne voulaient pas se l’avouer !) je me souviens effectivement d’un frere qui repetait tjs strictement les memes paroles a chaque priere, si bien que (surtout parmi les jeunes) il etait pas mal critiqué a la fin de la reunion ! ah !!!cette chere ambiance que p…. je ne regrette pas !!!

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    • Bienvenue 27 février 2007 20:53, par Fantasio

      Salut à toi cher nouveau gens du monde,

      ça fait quoi de sentir enfin le vent frais de la liberté t’emplir les poumons ?

      Tu es au seuil d’une toute nouvelle vie.

      Tout t’est possible ! Tout est à construire.

      Bienvenue dans le désert du réel, comme dit Morpheus à Nemo

      Il ne reste plus qu’à peupler, qu’à remplir ce désert.

      Le boulot de toute une vie ! Nous te la souhaitons longue (et passe nous voir quand tu veux : tes commentaires sont les bienvenus partout sur ce site !!)

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      • merci ! 28 février 2007 12:21, par jendumonde

        merci de ces paroles de bienvenue fantasio !

        j’avoue que j’ai envie d’en faire des commentaires !!

        tout ce refoulement de ne rien avoir pu dire pdt 25 ans !!!

        cé qu’jen ai gros sur la patate !!

        en tous cas bravo pour ce site ! et a + !!

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  • Scènes habituelles de la vie d’un Témoin de Jéhovah 24 avril 13:36, par ch’ti mi online

    j’ai 35 ans d’expérience dans le domaine des réunions, petites et grandes, et une constante me saute aux yeux : l’aseptisation des assemblées et des réunions.

    j’ai connu le temps d’une certaine convivialité autour d’un bon café, d’un sandwitch ou lors des préparatifs. un orchestre était même formé à l’occasion des grandes assemblées pour jouer les cantiques en live !

    terminé, tout cela. la pause du midi est réduite, chacun est encouragé à manger son casse-croute au plus vite. plus rien à boire ni à manger. et que dire des familles nombreuses qui doivent surtout éviter d’apporter une glacière, pour ne pas gêner les autres.

    tout se normalisé, se mondialise, se standardise. aucune place n’est plus réservée à la moindre fantaise. résultat des courses : on s’ennuie grave ! toute convivialité disparaît car, pour ne citer que la formation d’un orchestre pour les assemblées, cela a été jugé comme perte de temps. il est bien plus profitable de prêcher ou d’étudier en famille ! !

    idem pour les congrégations possédant un pianiste ou un violoniste pour jouer les cantiques : interdit car non uniforme avec nos frères du fin fond de l’Afrique.

    tout cela est assez désolant, et on s’étonne que tant de gens, surtout les ados, s’ennuient ferme !

    cette uniformité, alors cantonnée à la tenue vestimentaire et au mental, devient de plus en plus omni-présente, ce qui est plus commode pour tout contrôler.

    j’en suis venu à rêver devant les offices noirs américains et leurs chorales gospel…

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