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TJ - Révélation

Nous sommes gatés cet été avec le n° 1079 de Science et Vie qui nous offre un magazine d’une exemplaire limpidité sur ce sujet.




Avant-Propos de l’éditeur

Si le pot de géranium est tombé sur la tête de celui-ci et non de celui-là, c’est vraiment par le plus pur des hasards…Pourtant, interrogez le météorologue posté à l’angle de la rue. Il vous expliquera doctement que, compte tenu de la pression atmosphérique, de la direction des vents et de la topographie des lieux, la bourrasque à l’origine du fait divers était parfaitement prévisible. Le physicien ajoutera que la hauteur du centre de gravité du pot de terre, posé sur un plan incliné de surcroît, rendait sa chute inéluctable. Pour peu qu’un témoin attentif ait mentalement calculé la direction, la longueur et la fréquence des pas des différents piétons présents sur la zone au moment où la bourrasque s’annonçait, tous conviendront alors que, dans ces conditions, il n’y avait pas grand risque à parier que c’est bien sur la tête de celui-ci et non de celui-là que le pot de géranium viendrait fatalement finir sa course.

Cette petite fable est riche de 2 enseignements :

- le hasard est bien souvent un mot commode pour dissimuler notre ignorance
- il faut tout de même se méfier des géraniums mal arrimés aux balcons les jours de grand vent.

Mais, il y a aussi que la plupart du temps, le hasard nous dérange, voire nous inquiète, tant il nous livre à l’incertain et à l’aléatoire (voire l’entretien avec B.Cyrulnik, p.60). Pourtant, les scientifiques ne cessent de découvrir à quel point il fait le plus généralement très bien les choses. En particulier dans le domaine du vivant, où il excelle dans l’ordonnancement de toutes choses. Mieux qu’aucun maître ne saurait le faire…Les travaux les plus récents tendent à prouver que, non content d’être à l’origine du vivant, il est aussi le principe moteur de l’émergence de ses formes les plus variées, inventant sans cesse de nouvelles identités et forgeant autant de destins. Notre dossier en apporte la démonstration éclatante. S&V

1/ Sans hasard, il n’y aurait pas de vie

Quand nous nous regardons dans le miroir et que nous regardons autour de nous il est plutôt difficile d’imaginer que tout cela soit le fruit du hasard. Pourtant, la science parce qu’elle est rationnelle et factuelle, prudente dans ses conclusions, et qu’elle se garde de toute considération métaphysique ou superstitieuse, à bien des choses à nous dire sur ces questions si délicates.

Premier point fondamental : si le hasard n’avait pas existé, la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existerait bonnement pas car il n’y a pas d’autres processus naturels, spontanés, que l’intervention du hasard pour créer la diversité. Le hasard est la meilleure explication de la diversité du vivant jusque dans nos cellules.

L’article prend le cas de la fécondation de la cellule par un spermatozoïde. Nous avions une chance sur des centaines de millions que ce soit NOUS qui trouvions l’entrée de l’ovule. Un autre spermatozoïde aurait gagné la course, et nous ne serions pas là devant l’écran de notre ordinateur pour le savoir. La probabilité des grands nombres existe donc bien. Mais ça ne s’arrête pas là avec la « méiose » (fusion d’un ovule et d’un spermatozoïde permettant de retrouver le génome complet d’une cellule normale à 46 chromosomes) qui va créer un mélange des chromosomes de manière tellement aléatoire qu’il ya une chance sur 70 000 milliards que nous ayons un frère ou une sœur identique en tout point à nous.

Le deuxième point fondamental découvert est que ce hasard à une raison d’être. La protection de notre corps. Ainsi nos cellules mutent en permanence mais avec un chiffre faramineux. Ainsi la séquence d’ADN des lymphocytes (nos anticorps) mutent plus d’1 000 000 de fois supérieur à la moyenne des gènes dans la même cellule. Ainsi, pas besoin d’avoir été exposé à un microbe pour disposer des moyens de lutte contre lui : les anticorps sont si variés qu’il y en a un qui se trouve pour détecter l’intrus.

Ce hasard est notre assurance-vie, même si parfois elle crée des gènes nocifs pour nous. Ainsi ces mutations s’opèrent en permanence et cela peu importe la nature de notre environnement auquel nous sommes exposés. C’est la troisième découverte scientifique fondamentale qui prouve que le fonctionnement de nos gènes, c’est à dire leur traduction en protéines, est un phénomène fondamentalement probabiliste.

Le déterminisme n’est plus de mise en biologie. Tous les êtres vivants sont issus des probabilités du hasard.

2/ les succès du hasard pris sur le vif

Becs, ailes, écailles, carapaces, mains, yeux à facettes….Les inventions de la nature composent une symphonie dont les biologistes ont cherché la partition…pour découvrir que la diversité exubérante du vivant était le fruit d’un improvisateur génial : le hasard. Mais pour les biologistes, ce qui était frustrant jusqu’a présent c’était l’incapacité de reconstituer à rebours les différentes étapes du vivant en remontant patiemment le fil du temps. Des pièces manquaient au puzzle. Suivre la carrière évolutive d’un être vivant depuis son apparition sur la Terre, d’assister en direct à ses mutations, ses impasses n’est plus du domaine du rêve.

C’était sans compter les possibilités de l’informatique aujourd’hui. En s’associant avec des informaticiens, les biologistes ont créé des programmes informatiques très particuliers capables de produire des résultats parfaitement imprévisibles.

Ces programmes créent des êtres virtuels dotés de gènes et de fonctions physiologiques analogues à ceux observés chez certains organismes simples : se déplacer, se nourrir, envoyer un signal aux autres, se reproduire. Leur vie est soumise à l’arbitrage du hasard quand à la nourriture et à la mutation de leurs gènes.

La première expérience donne des résultats incroyables. Sur des milliers de populations virtuelles, l’efficacité particulière d’un groupe d’individus à se nourrir dans une situation donnée peut s’avérer dépendre de l’apparition d’une mutation particulière de leurs gènes, à partir d’un certain nombre de générations. Ainsi c’est le hasard des mutations qui fait apparaitre ces corrélations, totalement imprévisibles.

En informatique le temps n’étant plus une limite, à l’INSA, les chercheurs de l’équipe de Guillaume Beslon ont constaté que la taille des génomes de groupes d’individus virtuels ayant évolué indépendamment les uns des autres, de manière aléatoire, avait changé de manière semblable. Une surprise de taille pour cette équipe, qui a comparé les génomes virtuels obtenus par évolution artificielle avec les génomes de vraies bactéries, les organismes réels les plus proches de leurs modèles…et découvert qu’ils avaient des structures similaires. Du jamais vu en biologie classique !

La deuxième expérience mets en œuvre des robots virtuels qui ont le choix de choisir entre de la nourriture qui leur donne de l’énergie et du poison qui leur en fait perdre. En incluant les mutations aléatoires, et la sélection naturelle (les robots empoisonnés disparaissant) on constate que les robots virtuels avec des génomes apparentés et sélectionnés selon l’énergie accumulée par tout le groupe coopèrent les uns avec les autres afin de répartir l’énergie équitablement et cela en même pas 500 générations. La communication apparait sous les yeux car celle-ci procure un avantage évolutif.

3/ Pourquoi le hasard est-il si dérangeant ?

L’interview du psychiatre et éthologue, Boris Cyrulnik (auteur en autre de l’excellent livre « De chair et d’âme » sorti en 2006) remet les pendules à l’heure et nous explique pourquoi l’homme déteste la conception que nous puissions être le fruit de l’aléatoire biologique.

Depuis 150 ans, les preuves scientifiques s’accumulent qui démontrent que le hasard est ce qui gouverne le vivant, et même crée la vie. Boris Cyrulnik nous explique que malgré cela le hasard est rejeté par certains car il effraye ceux qui dans leur enfance n’ont pas pu se construire une base de sécurité, et donc cherchent à se la fabriquer. Ils ont besoin de contrôler le plus de choses possibles, car tout les angoisse.

A la question "Notre rapport au hasard a-t-il évolué, depuis l’apparition des premiers hommes sur la Terre ? B.Cyrulnik nous rappelle qu’il y a 2.5 millions d’années l’homme a commencé à contrôler le réel par le silex qui le rendait plus plus fort face aux animaux. Ce moyen d’agir sur le réel permettait de contrôler l’angoisse par la création de mythe et d’explications magiques, ce fut la base de notre sécurité. Les cinquantes dernières années ont données 90 % des découvertes scientifiques et techniques depuis l’apparition de l’homme. Le fruit de cette recherche est la volonté de l’humain de contrôler le monde.

S&V : Les sciences de la vie accordent aujourd’hui au hasard un rôle prépondérant pour expliquer l’organisation du vivant. Comment peut-on expliquer que cette importance du hasard dérange ?

B.C : En psychosociologie, nous établissons un axe, sur lequel se répartissent graduellement les individus : d’un côté un type de personnes qui ont des « locus de contrôle interne » et de l’autre un type de personnes qui ont des « locus de contrôle externe ». Une manière de dire qu’il y a des gens qui tendent à penser qu’ils sont les auteurs de leur développement, qu’ils peuvent maîtriser leur devenir, et d’autres qui pensent qu’une force extérieure fait que nous ne sommes pas là par hasard, qu’il y a une intention hors de nous, divine de préférence, ou un grand architecte qui nous gouverne. Ceux qui parmi nous ont le plaisir d’explorer le monde, d’inventer des technologies, des idées nouvelles, sont ceux qui se sentent auteurs, acteurs de leur devenir. Les autres sont ceux qui se sentent tranquillisés par une représentation : l’ordre règne, notre voie est tracée, on sait où est le bien, le mal, ce qu’il faut faire et ne pas faire….C’est très sécurisant. . Je trouve personnellement que c’est une pensée classique. Ceux qui se disent acteurs de leur développement considèrent qu’il y a une part de liberté en nous, tandis que les autres prennent plaisir à une forme de soumission….sécurisante. Quand ces deux conceptions contraires de l’existence s’opposent, le conflit se joue sur les sentiments, et ce ne sont pas les arguments rationnels qui peuvent l’apaiser.

Ceux qui s’opposent à la théorie de l’évolution sont angoissés par cette liberté et B.Cyrulnik nous explique que le dialogue avec eux est impossible sur le terrain de la raison. Ces personnes ont besoin de cette soumission à un ordre qui les dépasse. Si vous arriviez à les convaincre qu’il n’y a pas d’intentionnalité dans la nature, vous les rendriez malades ! Et ils vous en voudraient."

Créationnistes - ils disent non au hasard

Un encart sur le musée de la Création qui vient d’ouvrir ses portes dans le Kentucky aux Etats-Unis et qui nous montrent des vélociraptors se baladant dans le jardin d’Eden avec Adam et Eve. L’explication de la résurgence du créationnisme sous le nom du « Dessein Intelligent » qui est de la même farine que le premier et de ces pseudo-scientifiques dont la cible est Darwin. Le problème de ces contempteurs est qu’ils ne proposent aucun protocole permettant d’éprouver l’existence d’une intelligence supérieure.

Ils s’inspirent à foison de l’astrophysique quitte à ranger de leur côté les astrophysiciens qui s’émerveillent un minimum de l’univers et de décider que l’univers a été fait pour l’homme. Micromégas de Voltaire est toujours d’actualité.

En France cette vague neocreationniste s’est traduit notamment par la création de l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP) en 1995 pour organiser des colloques prouvant que Dieu est conciliable avec la Science. Le directeur, Jean Staune, est un créationniste pur et dur.

Mais tout cela n’est que la traduction de l’angoisse face au hasard. Comme le dit Armand de Ricqlès, professeur du Collège de France  :« Le hasard choque ceux qui ont une vision finaliste, car l’évolution est sans projet. Cela pose des questions existentielles…mais ce n’est pas à la science de répondre à ce type de question. »

Source : Science et Vie n°1079 du mois d’Août 2007, chez votre marchand de journaux pour 4,90 €









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Revue de Presse : Et si la vie devait tout au hasard ? - Science et Vie Août 2007

Par Popper
Publié le: 10 août 2007 -
- Dans la rubrique: Du jéhovismeLe fondamentalismeCréation vs ÉvolutionCe qu’est la théorie de l’évolution
créationnisme évolution science
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