vendredi, 30 juillet 2010|

3 visiteurs en ce moment

 

Présentations de la philosophie - André Comte-Sponville



Table des matières :

Présentation de la Philosophie - André Comte-SponvilleAlors sortir du fondamentalisme, c’est abolir le mépris de la sagesse humaine savamment entretenu comme un mur protecteur, c’est réapprendre à penser et à philosopher.

L’enjeu de la découverte ou de la redécouverte a été bien compris par André Comte-Sponville. Voici la présentation qu’il fait de son ouvrage :

Philosopher, c’est penser par soi-même ; mais nul n’y parvient valablement qu’en s’appuyant sur la pensée des autres, et spécialement sur grands philosophes du passé.
La philosophie n’est pas seulement une aventure ; elle est aussi un travail, qui ne va pas sans efforts, sans lectures, sans outils. Les premiers pas sont souvent rébarbatifs, qui en découragèrent plus d’un. C’est ce qui m’a poussé, ces dernières années, à publier des « Carnets de philosophie ». De quoi s’agissait-il ? D’une collection d’initiation à la philosophie : douze petits volumes, chacun constitué d’une quarantaine de textes choisis, souvent très brefs, et s’ouvrant par une Présentation de quelques feuillets, dans laquelle j’essayais de dire, sur telle ou telle notion, ce qui me semblait essentiel…
Ce sont ces douze Présentations, revues et sensiblement augmentées, qui constituent le présent volume. La modestie du propos reste le même : il s’agit toujours d’une initiation, disons d’une porte d’entrée, parmi cent autres possibles, dans la philosophie. Mais qui laisse au lecteur le soin, une fois ce livre lu, de partir lui-même à la découverte des œuvre, comme il faut le faire tôt ou tard, et de se constituer, s’il le veut, sa propre anthologie… Vingt-cinq siècles de philosophie font un trésor inépuisable. Si ce petit livre peut donner envie, à tel ou tel, d’aller y voir de plus près, s’il peut l’aider à y trouver du plaisir et des lumières, il n’aura pas été écrit en vain.
(…)
La philosophie n’est pas une science, ni même une connaissance ; ce n’est pas un savoir de plus : c’est une réflexion sur les savoirs disponibles. C’est pourquoi on ne peut apprendre la philosophie, disait Kant : on ne peut qu’apprendre à philosopher. Comment ? En philosophant soi-même : en s’interrogeant sur sa propre pensée, sur la pensée des autres, sur le monde, sur la société, sur ce que l’expérience nous apprend, sur ce qu’elle laisse ignorer…

A travers des thèmes essentiels comme la morale, la politique, l’amour, la mort, la connaissance, la liberté, Dieu, l’athéisme, l’art, le temps, l’homme et pour finir la sagesse, l’auteur nous ouvre les chemins de la pensée dans des termes simples et abordables.

Fidèle à notre orientation, nous vous livrons, afin de mesurer le style et la pertinence de la pensée du philosophe, l’un des développements qu’il tient à propos de l’athéisme.

(p. 116-118)

(…) une raison forte d’être athée, c’est la faiblesse des arguments opposés. Faiblesse des « preuves », bien sûr, mais aussi faiblesse des expériences. Si Dieu existait, cela devrait se voir ou se sentir davantage ! Pourquoi Dieu se cacherait-il à ce point ? Les croyants répondent ordinairement que c’est pour préserver notre liberté : si Dieu se montrait dans toute sa gloire, nous ne serions plus libres d’y croire ou non…
Cette réponse ne me satisfait pas. D’abord parce qu’à ce compte nous serions plus libres que Dieu (comment pourrait-il, le pauvre, douter de sa propre existence ?) ou que plusieurs de ses prophètes (qui sont censés l’avoir rencontré en personne), ce qui paraît philosophiquement et théologiquement difficile à penser.
Ensuite parce qu’il y a toujours moins de liberté dans l’ignorance que dans le savoir. Devrions-nous, pour respecter la liberté de nos enfants, renoncer à les instruire ? Tout enseignant fait le pari inverse, et tout parent : que les jeunes seront d’autant plus libres, au contraire, qu’ils en sauront davantage ! L’ignorance n’est jamais libre ; la connaissance jamais serve.
Enfin, et surtout, parce que l’argument me semble incompatible avec l’image, aujourd’hui dominante, d’un Dieu Père. Que je respecte la liberté de mes enfants c’est évidemment souhaitable. Mais leur liberté est de m’aimer ou pas, de m’obéir ou pas, de me respecter ou pas, ce qui suppose… qu’ils sachent au moins que j’existe ! Quel triste père ce serait, celui qui, pour respecter la liberté de ses enfants, refuserait de vivre avec eux, de les accompagner, et même de s’en faire expressément connaître ! La Révélation ? Mais quel père se contenterait, pour élever ses enfants, d’une parole adressée à d’autres, morts depuis des siècles, et qui ne leur serait transmis que par des textes équivoques ou douteux ? Quel père renverrait ses enfants à la lecture de ses œuvres choisies, ou de celles de ses disciples (lesquelles ? la Bible ? le Coran ? les Upanishad ?), plutôt que de leur parler directement et de les serrer contre son cœur ? Drôle de Père : drôle de Dieu ! Et quel père plus atroce que celui, lorsque ses enfant souffrent, qui se cacherait encore ? Quel est ce Père qui se cache à Auschwitz, qui se cache au Rwanda, qui se cache quand ses enfants ont mal ou peur ? Le Dieu caché de Pascal ou d’Isaïe serait un mauvais père. Comment l’aimer ? Comment y croire ? L’athéisme fait une hypothèse plus vraisemblable. Si Dieu ne se voit pas et si l’on ne peut comprendre qu’il se cache, c’est peut-être, tout simplement, qu’il n’existe pas

Sans jamais être verbeux ni ennuyeux le philosophe  [1] vous ouvre les arcanes de la philosophie.

Présentations de la Philosophie initialement publié chez Albin Michel a été réédité à prix réduit aux éditions Le Livre de Poche.


Notes:

[1] Philosophe et enseignant français né en 1952, André Comte-Sponville est l’auteur de nombreux ouvrages qui, par leur clarté et leur pédagogie, mettent la philosophie à la portée de tous. Philosophe humaniste, il a remis la recherche de la sagesse au goût du jour et a écrit sur beaucoup des thèmes classiques traités par les philosophes antiques ou des siècles passés, y compris sur la philosophie politique. Dans la Sagesse des modernes, ouvrage cosigné avec Luc Ferry, les deux philosophes confrontent leurs visions respectives sur des thèmes fondamentaux comme la quête de sens, la liberté, la sagesse… André Comte-Sponville a eu la foi jusqu’à 18 ans : « L’une des rares choses dont je suis sûr en ce domaine, c’est que Dieu ne m’a jamais rien dit ». Il se définit comme un athée fidèle car il se reconnaît dans une certaine tradition et histoire des valeurs gréco-judéo-chrétiennes. Il pense que l’homme peut se passer de religion, la philosophie en étant l’un des moyens. - Biographie selon evene.fr


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)