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sous peine de bloquer le débat

Vous êtes Témoin de Jéhovah, vous avez des doutes sur vos croyances et vous percevez les incohérences du système. Pouvez-vous en parler aussi librement que cela à vos coreligionnaires ?




Vous pouvez apporter de nombreux documents, argumenter avec une logique implacable, vous constaterez un rejet immédiat de vos idées. Le débat devient impossible. Pourquoi cela ?

Un élément de réponse se trouve dans les explications de Serge Ciccotti dans son livre 150 petites expériences de psychologique pour mieux comprendre nos semblables [1] sous le thème suivant :

85 Pourquoi ne faut-il pas parler de politique et de religion à table ?

Le traitement motivé

La réponse est simple : parce que personne n’est d’accord et que le ton va monter. Vous êtes certain de détenir la vérité mais votre voisin aussi et les esprits s’échauffent ; la sérénité n’est plus au rendez-vous. Plus personne n’est objectif et on a l’impression que ce sont les émotions qui prennent le pas sur la réflexion. Ne trouvez-vous pas étonnant de ne pas arriver à convaincre votre voisin catholique des incohérences qui pullulent dans les croyances religieuses ? Pas plus que vous ne parvenez à persuader votre voisin d’extrême-droite que la cause du chômage, ce n’est pas les immigrés.

Alors pourquoi votre voisin croyant et votre voisine militante ne sont-ils pas d’accord avec votre raisonnement implacable ?

Peut-être parce que tout simplement vous avez tort ! Effectivement cela pourrait être une bonne raison. Mais peut-être aussi, pour ne pas dire surtout, parce que lorsque l’on met une personne engagée en face de ses contradictions, ce sont les structures cérébrales liées aux émotions qui vont commander au cerveau rationnel. En effet, il a été démontré que face à nos contradictions sur un thème qui nous est cher, il va y avoir une régulation. Le cerveau cherche une solution et trouve des arguments pour minimiser les émotions négatives et maximiser les émotions positives ; c’est ce qu’on appelle un « raisonnement motivé » (d’autres appellent cela une « défense »)

Une étude montre qu’une personne « engagée » ne peut analyser une situation politique froidement, c’est-à-dire de manière objective car son cerveau émotionnel va tout faire pour « forcer » le cerveau rationnel à obtenir une conclusion qui lui convient.

Au moment des élections présidentielles américaines de 2004, un ensemble de chercheurs à fait lire à 30 personnes pro-Bush ou pro-Kerry des textes sur des diapositives mettant en évidence des contradictions dans les actions ou les discours de leur « chouchou » politique ainsi que pour une personne neutre (l’acteur Tom Hanks). On demandait ensuite aux participants de trouver une raison aux incohérences du politicien(ou de l’acteur). Les individus étaient, dans le même temps, soumis à l’IRM de façon à voir comment se comportait leur cerveau pendant la phase de lecture mais aussi pendant la phase de réflexion.

Les résultats montrent que le cerveau fonctionne différemnent selon que la contradiction émane du « chouchou » ou bien de l’autre leader de parti politique ou encore de Tom Hanks. Quand les sujets élaborent une raison pour expliquer pourquoi leur leader a « déraillé », les chercheurs se sont aperçus que certaines structures cérébrales s’activent. Ces structures ne sont pas les mêmes que celles qui sont impliquées dans le raisonnement « froid », ni lorsque l’on cherche volontairement à réguler ses émotions.

Lorsque l’information est menaçante pour la cohérence de nos croyances, de nos valeurs, le cerveau va mettre en action les structures qui sont impliquées dans la punition et la douleur. A la suite d’un traitement cérébral dans lequel de nombreuses zones vont être activées, on constate une activation importante du striatum ventral au moment où les participants arrivent à trouver une explication plausible à l’information menaçante. Or cette zone cérébrale est celle qui est activée lorsque l’on reçoit une récompense, lorsque l’on est soulagé. En fait, le cerveau met tout en œuvre pour converger sur des jugements qui réduisent au minimum les affects négatifs et maximisent les aspects positifs.

Si une conclusion est en déséquilibre avec nos idées (« mon chouchou a tort », « mes croyances sont fausses », « Dieu n’existe pas », etc), notre cerveau va la traiter de façon à entraîner des émotions négatives. On la percevra alors comme repoussante, aversive. Des motivations émotionnelles vont ensuite imposer au cerveau rationnel de trouver des éléments permettant la contradiction et cela afin de retrouver un état d’équilibre affectif. Comment le cerveau s’y prend-il ? Simplement en nous faisant ressentir des émotions négatives de menace tant que nous n’avons pas trouvé la solution.

Conclusion

Vous comprenez maintenant pourquoi il est aussi difficile de démontrer, preuves à l’appui, que tel discours politique est incohérent ou que telle croyance est saugrenue.

En effet, si l’on est confronté à une information qui mène logiquement à une conclusion qui remet nos valeurs en cause, et entraîne des émotions négatives, nous serons motivés à trouver une explication qui nous arrange. Notre raisonnement sera donc motivé. Le « raisonnement motivé » est d’ailleurs le nom qu’ont donné les chercheurs à ce type de jugement. Il concerne notamment de nombreux raisonnements évoqués dans ce livre(dissonance cognitive, confirmation des hypothèses, etc.). Nous connaissons maintenant les bases neuronales de ce type de traitement de l’information qui vise à éliminer la conclusion aversive

Pour aller plus loin

Westen D., Blagov P.S., Harenski K., Kilts C., Hamman S.(2006). « Neural Bases of Motivated Reasoning ; An fMRI Study of Emotional Constraints on Partisan Political Judgement in the 2004 U.S. Presidential Election », Journal of Cognitive Neuroscience, 18(11), 1947-1958.

Sans nul doute que ces expériences de psychologie sociale vérifiées vous aideront à ne pas espérer que votre interlocuteur acceptent vos nouvelles idées. Cela veut-il dire pour autant que vous ne devez pas donner votre point de vue ?

Un prochain article abordera cette question.



Notes

[1] Editeur : Dunod ; Édition : 2e édition revue et augmentée (27 juin 2007) Collection : PSYCHOTERAPIE Langue : Français ISBN-10 : 2100511602 ISBN-13 : 978-2100511600







4 commentaires
  • Foutu cerveau 11 août 2009 22:02, par Lucretius

    Foutu cerveau et sa chimie !
    Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec un machin pareil ? Certains en profiteront pour affirmer qu’on a été câblé pour croire. Finalement on a encore deux fois trop de neurones pour l’usage qu’on en a.
    Bon article !

    Répondre

    • Sacré cerveau. 14 août 2009 11:07

      Pas d’accord. C’est en apprenant, en se cultivant, en se connaissant soi-même et comment fonctionne notre cerveau qu’on pourra être plus libre. Le tout ce n’est pas tant d’avoir des avis ou des opinions que de s’y cramponner outre mesure. Il faut savoir se laisser une marge d’erreur et ne pas rechigner à examiner tous les points de vues sur un sujet. Le problème majeur n’est pas d’être convaincu de quoi que ce soit que de vouloir convaincre à tout prix. C’est une question de comportement, pas de quantité de connections ou de neurones. Encore que…

      Répondre

  • Très bon sujet 25 août 2009 20:17

    MERCI pour cet article très intéressant et instructif, à l’image de votre site ;-) et qui va finalement au delà des TJ.

    Mais alors quid de « l’ouverture d’esprit » ? N’est ce pas le doute qui nous fait parvenir à la vérité comme le disait Ciceron que vous citez ? Dans une théorie évolutionniste, on se demande bien à quoi nous sert cette fonction de notre cerveau qui me semble bien archaïque, peut être par paresse et souci d’économie d’énergie ?

    « Sans nul doute que ces expériences de psychologie sociale vérifiées vous aideront à ne pas espérer que votre interlocuteur acceptent vos nouvelles idées. Cela veut-il dire pour autant que vous ne devez pas donner votre point de vue ? Un prochain article abordera cette question. » Vivement le prochain article !!!! Je dois reconnaitre que c’est très frustrant de voir des personnes s’accrocher à des croyances non seulement erronées mais en plus « nuisibles » pour eux et la société. Comment amener les gens à douter sans pour autant leur imposer « notre » vérité (ça je dois reconnaitre que c’est difficile).

    En espérant ne pas avoir été trop confuse !!

    D’avance, merci pour vos réactions.

    AV

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  • Très bon sujet 2 septembre 2009 10:57, par Dave (http://temoindejehovah.blogspot.com)

    Je viens d’en faire l’expérience douloureuse…

    La Watchtower Watchtower Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
    Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
    et son système doctrinal et organisationnel fonctionne pour un TJ comme une forteresse émotionnelle. Mettez en danger cette forteresse, et le TJ en face de vous réagira avec agressivité pour défendre cette structure, indispensable à son équilibre et à sa sécurité. Il balaiera d’un geste de la main vos arguments, sans les examiner, forcément mensongers. Comment peut-on remettre en cause la « Vérité » ?

    Vous vous confrontez à un mur impénétrable. C’est inutile à mon sens de parler s’il n’y a pas de demande en face, si la conscience ne s’ouvre pas, si les questions naturelles que tous nous nous posons sont éludées.

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Par Popper
Publié le: 11 août 2009 -
- Dans la rubrique: Du jéhovismeLes Témoins de JéhovahRéagir - une voie qui se dégageComment répondre aux Témoins de Jéhovah ?
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