dimanche, 1er août 2010|

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Pour une spiritualité sans Dieu





Vous pouvez entendre en cliquant sur le lien ci-dessous, l’interview de Comte-Sponville diffusée le 29 novembre 2006 sur la Première (radio publique francophone belge).
Le philosophe revient sur son dernier livre : L’esprit de l’athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu (Albin Michel, 2006).

Interview d’André Comte-Sponville, 25 minutes, diffusée le 29 novembre 2006 sur La Première (RTBF - Belgique)

Résumé de l’interview

L’idée peut choquer de prime abord le croyant (chrétien ou autre) : non, il n’a pas monopole de la spiritualité (ainsi le confucianisme, le bouddhisme, le taoïsme ne se revendiquent d’aucun dieu).
Jamais polémique, Comte-Sponville admet bien volontiers que la foi est une forme respectable de spiritualité, mais, ajoute-t-il, il y en a d’autres. Une société peut très bien se passer de Dieu, mais pas de communion, ni de fidélité, ni d’amour, ni de spiritualité. Les jeunes déchristianisés de nos contrées ont besoin de spiritualité. Le risque, c’est qu’ils se tournent vers les sectes.

1. Fidélité

Comte-Sponville se décrit comme « athée fidèle » : il continue de se reconnaître dans un certain nombre de valeurs judéo-chrétiennes. Ces mêmes valeurs que, dans sa jeunesse des années 60, il voulait renverser. Il a appris avec l’âge qu’il était interdit… de ne pas interdire.
La fidélité, c’est ce qui reste de la foi quand on l’a perdu. Pas question de renoncer, en même temps qu’aux dieux socialement défunts, aux valeurs transmises par la société. Nous avons besoin de celles-ci pour subsister. Si vous n’avez plus la foi, il vous reste à être fidèle aux valeurs. Et à les transmettre.
Comte-Sponville va plus loin, quitte à choquer… les athées : Pour un jeune musulman immigré, dit-il, mieux vaut l’islam que le nihilisme.
« Quand j’ai perdu la foi, raconte A. C.-S., j’ai cru que je devais faire une croix sur 2000 années de culture et sur les 18 premières années de ma vie. C’était une grande naïveté. »

2. Dérives sectaires

Vient alors le passage (aux environs de la 17e minute de l’interview), où Comte-Sponville évoque la frontière entre religion et secte secte . Frontière floue, poreuse. « On ne se trompe pas quand on affirme qu’une religion est une secte secte qui a réussi. »
Mais toutes les religions ne sont pas égales. Contrairement à ce qu’affirmait Houellebecq en 2001 [1], il y a bien plus con que l’Islam : les Raëliens (si chers à Houellebecq), la Scientologie, …
Mais attention ! On a le droit d’avoir une religion absurde : tant qu’un raëlien ou qu’un scientologue n’enfreint pas les lois du pays, il faut le respecter. Lorsque, dans tel ou tel cas, il y a dérive sectaire, alors il faut bien sûr sanctionner.
Comte-Sponville prône, on l’a compris, une tolérance telle qu’elle est pratiquée en Grande-Bretagne.

3. Mort de Dieu ?

Nietzsche envisageait la mort de Dieu non de façon métaphysique, mais sociologique. Or, déclare Comte-Sponville, la métaphysique est plus passionnante que la sociologie. La question de Dieu n ’est pas réglée. Nous ne connaîtrons d’ailleurs jamais la réponse.
C’est à ce moment de l’interview qu’A. C.-S. Se revendique « athée non dogmatique », un athéisme qui s’assume en tant que croyance : « Je reconnais que mon athéisme n’est pas un savoir. Dieu existe t il ? Je ne sais pas, je crois qu’il n’existe pas. »
Quand chacun peut échanger des arguments, ça permet d’éviter les coups, et de se rendre compte de la fragilité des arguments de chacun.
L’échange célèbre entre Laplace et Napoléon est alors évoqué :
Napoléon : Monsieur de Laplace, je ne trouve pas dans votre système mention de Dieu ?
Laplace : Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse.

4. Créationnisme

Vers la 21e minute de l’interview, Comte-Sponville évoque l’obscurantisme religieux face à la science. « Mettre la Genèse au même niveau que Darwin, c’est une faute contre l’intelligence. C’est d’une régression intellectuelle telle que c’en est inquiétant. Des scientifiques croyants sont effrayés de voir un tel degré de bêtise chez certains de leurs co-religionnaires. »
Et A. C.-S. de remettre le débat à sa bonne place : non pas les incroyants contre les croyants, mais les esprits libres contre les esprits bornés, obscurantistes, fanatiques.

5.Idée d’éternité

La spiritualité telle que la prône Comte-Sponville, c’est donc le rapport du corps à l’esprit, du fini à l’infini, du relatif à l’absolu.
Pour les philosophes, l’éternité n’est pas un temps infini, c’est un présent qui reste présent. Demain, nous serons encore aujourd’hui. Car nous n’avons jamais vécu un autre jour qu’aujourd’hui
Christian Bobin évoque « le huitième jour de la semaine » : aujourd’hui.
Spinoza le disait déjà dans L’Ethique : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels. » Cette expérience mystique est libératrice.
Comte-Sponville évoque encore, pour terminer l’interview, la pensée du sage indien Swami Prajnapad, dont le message peut se résumer comme tel : on ne naît pas libre, on le devient.


Notes:

[1] Dans le magazine Lire, l’auteur de Plate-forme affirmait : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré. » S’en suivait une polémique et des actions en justice.


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