dimanche, 1er août 2010|

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Plus que Salomon !



Table des matières :

Pour faire pleinement saisir la magnificence de la sagesse que Jésus déployait devant ses contemporains, l’évangéliste Luc fait dire à Jésus lui-même, cité selon Louis Segond (1910) comme la suite des versets cités dans cet article :

Luc 11:31 La reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec les hommes de cette génération et les condamnera, parce qu’elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici, il y a ici plus que Salomon.

Une question vient très naturellement à l’esprit. Si Jésus est plus que Salomon, que vaut réellement et historiquement le personnage de Salomon ?

Car pour le TJ, mais aussi pour tout fondamentaliste chrétien, Salomon c’est quand même quelque chose. Songez donc à toute la sagesse dont Dieu lui-même l’a gratifié.

Le 1er livre des Rois porte en effet très haut le personnage :

1R 3:11 -12 Et Dieu lui dit : Puisque c’est là ce que tu demandes, puisque tu ne demandes pour toi ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de tes ennemis, et que tu demandes de l’intelligence pour exercer la justice, voici, j’agirai selon ta parole. Je te donnerai un cœur sage et intelligent, de telle sorte qu’il n’y aura eu personne avant toi et qu’on ne verra jamais personne de semblable à toi. Je te donnerai, en outre, ce que tu n’as pas demandé, des richesses et de la gloire, de telle sorte qu’il n’y aura pendant toute ta vie aucun roi qui soit ton pareil.

Avec une telle sagesse comment s’étonner que les fondamentalistes chrétiens lui attribue la majorité des livres sapientiaux et particulièrement le livre des Proverbes ou l’Ecclésiaste. Et ces livres ne peuvent mentir.

Pro 1:1-2 Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël, Pour connaître la sagesse et l’instruction, Pour comprendre les paroles de l’intelligence.

Ecc 1:1 Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.
Ecc 1:12 Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.

Avec la plus parfaite des logiques le seul roi fils de David qui ait régné sur Israël est Salomon puisque c’est sous son propre fils Roboam que, selon la Bible, la scission entre Juda et Israël s’est faite. Le rédacteur déclaré serait donc bien Salomon lui-même.

Mais tout le monde ne partage pas cette vision idyllique d’un unique dispensateur de sagesse inspirée.

Notons avec intérêt les remarques de la Bible de Jérusalem (1998, Editions du Cerf - Desclée de Brouwer 1999) à propos des livres des Proverbes et de l’Ecclésiaste.

A propos du livre des Proverbes : « (…) les sous-titres indiquent que nombre de ces proverbes sont l’œuvre de sages anonymes, voire de sages arabes (Agur, Lemuel) ou s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé (début du 1er millénaire avant notre ère). Les discours de Proverbes 1-9 se modèlent sur les « instructions » égyptiennes ou les « Conseils d’un père à son fils » (texte akkadien d’Ugarit). »

Et à propos de l’Ecclésiaste : « Des parallèles peuvent être établis avec des œuvres égyptiennes, mésopotamiennes ou des courants de philosophie grecque sans qu’on puisse parler d’influence ; il s’agit plutôt de rencontres sur des thèmes, parfois très anciens de sagesse orientale. Qohélet est un juif de Palestine qui écrit un hébreu tardif semé d’aramaïsmes. Le IIIe siècle av. J. C. paraît la date de composition la plus vraisemblable. »

L’analyse textuelle et l’étude philologique discréditent la thèse laudative d’un super-intendant de la sagesse.

Mais abandonnons les textes et interrogeons nous sur les indices archéologiques laissés par un bâtisseur hors-pair. Songez donc qu’outre le glorieux Temple de Jéhovah construit en sept ans, Salomon fit bâtir aussi sa propre maison en treize ans et auparavant la « Maison de la forêt du Liban » sur trois étages. Et pas des cahutes en bois, mais comme nous le rappelle la Bible avec insistance :

1R 7:9-10 Pour toutes ces constructions on employa de magnifiques pierres, taillées d’après des mesures, sciées avec la scie, intérieurement et extérieurement, et cela depuis les fondements jusqu’aux corniches, et en dehors jusqu’à la grande cour. Les fondements étaient en pierres magnifiques et de grande dimension, en pierres de dix coudées et en pierres de huit coudées.

Imaginez les tonnes de pierre taillées que ces constructions devaient représenter, que ces constructions [1] soient à leur apogée ou en ruines.

Et découvrons à présent les propos d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman [2] dans leur livre « La Bible dévoilée » (Editions Folio Histoire) : Pages 208, 209 :

« L’image que l’on se fait de Jérusalem à l’époque de David, et davantage encore de son fils Salomon, relève, depuis des siècles, du mythe et de l’imaginaire romanesque. Pèlerins, croisés, visionnaires de tout acabit ont répandu des histoires fabuleuses sur la grandeur de la Cité de David et du Temple de Salomon. (…). De façon très surprenante, comme le faisait remarquer l’archéologue David Ussishkin, de l’Université de Tel-Aviv, l’exploration du terrain de la Jérusalem biblique n’a rapporté aucune preuve significative d’occupation au Xe siècle av. J. C. Non seulement toute trace d’architecture monumentale y est absente, mais on y trouve même pas le moindre tesson. Ces vestiges, qui sur d’autres sites caractérisent si bien le Xe siècle, se font rares à Jérusalem. Certains savants affirment que les constructions ultérieures ont effacé toutes les traces de la cité plus ancienne. Pourtant les fouilles de la Cité de David ont mis au jour un nombre impressionnant de trouvailles qui datent du Bronze moyen et des siècles ultérieurs de l’âge du Fer - mais rien qui datât du Xe siècle av. J. C.
La conclusion la plus optimiste que l’on puisse tirer de cette absence d’indices est que la superficie de Jérusalem du Xe siècle était plutôt réduite, qu’elle devait se limiter aux dimensions habituelles d’un village de montagne typique. »

L’archéologie moderne discrédite l’image fastueuse d’un bâtisseur à la gloire de Dieu.

Finalement que reste t’il de Salomon une fois enlevé les oripeaux du mythe et de la légende colportés sans vergogne par le texte biblique ?

Pas grand chose, si ce n’est un roitelet exerçant son autorité sur, au mieux, quelques milliers d’âmes, rien qui puisse seulement approcher le début de la puissance bien réelle et tangible des monarchies assyrienne ou égyptienne de l’époque.

Il faut bien le reconnaître, c’est une bien mauvaise pioche pour les évangélistes Luc ou Matthieu (12:42).

Car plus que rien, ça ne fait pas grand chose. Deux ou trois fois rien ça fait toujours rien.
Et bien pire on reste toujours dans le terrain de jeu du mythe et de la légende.

Les insensés, ils auraient dû dire « Voici, il y a ici plus qu’Akhenaton ».

Là au moins ça faisait beaucoup, car l’archéologie a révélé les indices probants de son existence, de son influence idéologique (Amenophis IV Akhenaton, au XIVe siècle avant notre ère, semblerait être le premier à avoir promu le monothéisme - le culte d’Athon) et de ses capacités de bâtisseur (Akhetaton - aujourd’hui Tell al-Armanah).

Mais voilà ce n’est ni vendeur ni biblique.

Allez fondamentalistes chrétiens, continuez à vous immerger avec une admirable candeur dans les surprenantes sagesse et gloire de Jésus-Christ, celui qui est « plus que Salomon », ça vous fait tellement plaisir.


Notes:

[1] Selon la Bible Salomon aurait vécu au Xe siècle avant notre ère.

[2] Israël Finkelstein dirige l’Institut d’archéologie de l’Université de Tel-Aviv ; il est coresponsable des fouilles de Meggido. Neil Asher Silberman est directeur historique au Centre Ename pour la présentation de l’archéologie et de l’héritage public de Belgique.


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