On prend les « mèmes » et on recommence ?

En 1976 Richard Dawkins, zoologiste britannique publie « Le gène égoïste ». Dans cet ouvrage, pour expliquer le caractère universel des réplicateurs, il a une intuition remarquable : il existe des unités d’informations qui se transmettent et se multiplient comme des gènes ou plus exactement comme des virus. Il appelle ces unités des « mèmes » (avec un accent grave en français).
Qu’est-ce qu’un « mème » ? Dawkins le définit ainsi : « un élément de culture qui peut se transmettre par des moyens non génétiques et plus particulièrement par l’imitation » d’où le nom de meme en anglais (que Dawkins va donner par analogie gène et par emprunt du mot français même). Les « mèmes » sont des modes de comportements, des phrases accrocheuses, des habitudes vestimentaires, des idées ou concepts faciles à comprendre et donc à transmettre. Les « mèmes » prospèrent seulement dans les cerveaux, passant inlassablement de cerveau en cerveau, ou dans les produits créés par les cerveaux : livres, affiches, tracts, SMS, Internet (dans les forums de discussions par exemple), médias en tout genre…
Comme les virus, les « mèmes » se transmettent plus facilement s’ils sont virulents, nouveaux (virus émergents) et qu’ils s’attaquent à un terrain propice c’est à dire des organismes faibles ou conditionnés. Ce qui est plus inquiétant c’est qu’un « mème » à l’instar d’un virus peut transformer l’hôte qui l’héberge à tel point que celui-ci pourra transmettre de façon plus ou moins amplifiée le même par lequel il aura été « infecté », sans même être conscient de la dynamique à laquelle il participe. Mais le mème ne concerne pas seulement les idées les moins sophistiquées.
Les religions seraient eux aussi des mèmes, et vérifieraient les conditions darwiniennes pour se répandre :
La fécondité [1], c’est-à-dire la capacité à fabriquer massivement un grand nombre de copies.
La fidélité [2] , c’est-à-dire la capacité à se reproduire sans déformation, ni déperdition.
La longévité [3], c’est-à-dire la capacité à s’inscrire durablement dans la mémoire ou les habitudes du porteur.
Les mèmes subissent une pression d’évolution , car ils doivent partager une ressource limitée : d’abord l’attention, puis la mémoire, puis l’expression. En d’autre termes, ils sont infiniment trop nombreux pour ce que nous sommes capable d’embarquer à bord de notre cerveau. Donc, il y a compétition. Donc, il y a sélection. Donc, il y a évolution au sens de Darwin.
Comme un virus, la religion, véritable mème composite, cherchera à s’étendre, à contaminer le maximum de cerveaux, à rejeter les mèmes contraires par la pression, voire la violence.
Se rendre compte que les mèmes manipulent les cerveaux est une constatation salutaire afin d’en limiter la portée, et de comprendre ce qui nous pousse à agir. Il est grand temps de s’opposer énergiquement aux mèmes les plus virulents et les plus délétères.
Sinon, c’est écrit dans la nature humaine, on prend les « mèmes » et on recommence…
Notes:
[1] Par sa recherche continuelle de disciples et sa pratique endogène (mariage dans le groupe), la Watchtower a atteint la taille critique pour traverser le temps
[2] Par son contrôle de l’information et de l’enseignement, par sa condamnation de tous les élements pertubateurs, la Watchtower assure bel et bien cette fonction essentielle
[3] Par son système de réunions hebdomadaires et sa répétition incessante du même enseignement, la Watchtower excelle à marteler les consciences