Maudis Dieu, et meurs !

L’enfant né de parents TJ reçoit dès son plus jeune âge les réponses à des questions qu’il ne se pose pas. Il se retrouve privé d’interrogations essentielles et primordiales.
QUI SUIS-JE ? D’OU VIENS-JE ? OU VAIS-JE ?
Quelle personne née TJ peut se targuer de dire que les réponses toutes faites, définitives de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
ne résonnent pas encore en elle aujourd’hui ?
Tout cela, nous a-t-on dit, était écrit depuis des millénaires.
Or ces interrogations légitimes « humaines trop humaines » (Nietzsche, encore), j’aurais tant voulu les voir émerger en moi, une à une, je me serais senti si humain.
Nous, les « nés-TJ », avons été privé de questions.
Aujourd’hui, nous savons que ce sont elles qui nous sauveront.
Les questions sont le seul moyen de faire émerger le REEL. Le Réel n’est que question. Il est étonnement, ce qu’interdit une société où TOUT est réglementé.
Les autres religions ne « réglementent » certes pas tout, mais elles apportent au moins une partie des réponses qui nous privent de notre humanité.
Je ne dis pas que c’est simple, de faire le deuil de nos certitudes. C’est un des actes les plus durs à poser de toute notre vie d’ex-TJ, mais c’est un signe de maturité.
Vous rappelez-vous, lorsque vous étiez chez les TJ, avoir jamais été SURPRIS ?
Non, sans doute. Mais la surprise, c’est le Réel.
Que vous le vouliez ou non - là je m’adresse à ceux qui sont encore TJ - vous êtes dans le Réel, dans le liquide amniotique des couveuses robotiques de Matrix (on ne peut pas avoir que Nietzsche comme référence !).
Revoyez ce film avec des yeux nouveaux : Pensez à cette scène, où le lâche, le couard, le TRAITRE déguste un steak au goût délicieux.

« You know, I know this steak doesn’t exist. I know that when I put it in my mouth, the Matrix is telling my brain that it is juicy and delicious. After nine years, you know what I realize ? Ignorance is bliss. »
« Je sais que lorsque je le mets dans ma bouche, la Matrice me dit qu’il est tendre et délicieux. Après neuf années de réflexion, tu sais ce que je réalise ? L’ignorance, c’est le bonheur. »
C’est dans cette position que se trouvent les TJ qui doutent : ils sont face à un choix, le Réel ou le Simulacre (cf. Jean Baudrillard, Simulacres et Simulation, Slavoj Zizek, Bienvenue dans le désert du réel). Notez bien que ce choix n’a rien à voir avec celui qui est posé dans l’Ancien Testament (Deutéronome 30 : 19) : « Oui, je prends aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ; et tu dois choisir la vie, afin que tu restes en vie, toi et ta descendance. »
Personne - à part l’organisation TJ et quelques extrémistes religieux - ne nous place devant pareil choix. C’est sans doute ce qui nous demande le plus de travail sur nous-mêmes : refuser cette alternative.
Le PRINCIPE DE RÉEL ne devient étalon de mesure chez les TJ qu’au moment d’une prise de conscience.
Posons ce principe comme opposition absolue à la pensée TJ.
On pourra nous reprocher ce manichéisme, mais ce n’en est un que de façade : Le Réel englobe en effet l’entièreté du monde, dans toute sa diversité et ses oppositions intrinsèques, face à une seule affirmation, une seule vision siglée TJ.
Mais, là encore, il s’agira peut-être de distinguer, voire d’individualiser la vision TJ.
Il n’y en a pas une seule, mais autant qu’il y a de TJ.
Au final, la religion étant intériorisée (à ce propos, lire Sigmund Freud, L’Homme Moïse et le Monothéisme ), il s’avère que chaque individu TJ adapte, au gré de ses expériences personnelles, ses propres limites.
Ce qui représente un espoir quant à sa future sortie possible.

Oser regarder le Réel en face, ce n’est en aucun cas se condamner à la mort, comme la femme de Job qui alpague son mari : « Maudis Dieu et meurs » (Job 2 : 10), ou comme le dit la traduction de Samuel Kahen (préfacée par Voltaire) : « Blasphème Dieu, et meurs ».
A bien y réfléchir, cette femme rationnelle - le personnage qui finalement, fait preuve du plus de lucidité dans toute cette sordide histoire - cette femme a tout à fait raison : il s’agit bien de maudire Dieu, de pratiquer l’acte blasphématoire de s’ériger en maître de sa propre existence, et , partant de là, d’ACCEPTER DE MOURIR, oui mais PAS IMMÉDIATEMENT, pas de façon fulgurante.
Rejeter l’enseignement des TJ, cette lecture littérale de la Bible, c’est s’efforcer d’aller au-delà de ses propres tabous, et de dire M… à Dieu, en le pensant ne serait-ce qu’à moitié, en tremblant de peur peut-être, en savourant chaque syllabe du blasphème, en le prononçant plusieurs fois pour s’imprégner de cette LIBERTÉ DE TOUT DIRE.
Si, dans un premier temps de la révolte, comme l’analyse Albert Camus (in L’homme révolté), je prends plaisir au blasphème, alors oui, je réalise que je vais mourir. Je prends conscience que j’ai en mon pouvoir ma propre mort. Je me la REAPPROPRIE.
Ce n’est pas un travail qui se fait en un jour. Cela vient incidemment. Un « nom de Dieu » murmuré entre les dents, puis de plus en plus ouvertement. Le Réel s’acquière dans notre cas par le blasphème.
Quel risque plane sur ceux qui, encore « à l’intérieur de l’organisation » se feront prendre à lire ces lignes !
Osons rêver à une sorte de guérilla interne, à l’inoculation du VIRUS DE LA LIBERTÉ ET DU RÉEL au sein des congrégations.
Imaginons un grand mouvement de libération venu de ceux qui ont été élevés dans cet enseignement mortifère, qui se lèveraient d’abord individuellement, puis de façon de plus en plus organisée, un grand mouvement du NON, au nom de l’intelligence.
Vous n’êtes pas seuls, voilà ce que nous disons à ceux qui sont prêts à sortir de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
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Nous, qui sommes encore à l’orée du monde (ce site, c’est l’orée du Monde), nous vous y attendons.
« Nous » ce sont ceux qui en sont sortis, ou qui commencent à en sortir, qui essaient d’en sortir. Il en restera bien toujours quelque chose.
Nous vous tendons la main, et nous n’avons pas d’autres causes à défendre - cela doit être dit ! - que celle de la LIBERTÉ.
Maudissez Dieu, mais maudissez surtout ceux qui se disent ses témoins sans l’avoir jamais vu, ceux qui se portent garants de lui.
Restons dans le blasphème : si Jéhovah a besoin de témoins, c’est donc qu’il comparaît dans un procès. Nous sommes l’accusation, nous avons de nombreuses charges contre lui, contre ce dieu cousu de toutes pièces.
Aujourd’hui encore, en écrivant ces lignes, je tremble, ne vous méprenez pas. Je dis des choses que je n’ai jamais osé penser.
C’est une discipline que je m’impose, car je veux aller au-delà de cette censure que je porte au fond de moi, le Surmoi, le poids de la culpabilité.
Il n’est PAS NATUREL que nous ressentions cette terreur du blasphème, c’est juste parce qu’elle nous a été inculquée dès notre plus jeune âge. Il ne s’agit PAS d’une PREUVE DE L’EXISTENCE DE DIEU !
Ce genre de débat est bon pour les hommes du XVIIe siècle, Descartes ou Pascal. Dépassons ce stade.
Maudire Dieu, disais-je, c’est s’autoriser à vivre sa vie, à la mourir aussi, tel qu’on le choisit. C’est acquérir ce que d’autres ont reçu à la naissance.
C’est apprendre à AIMER LA VIE et sa propre vie, sans fantasmer un ailleurs, un après, un bientôt.
Tout ce que nous pouvons espérer est ICI et MAINTENANT.
Notes:
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