Mangeons et buvons...

Voilà un passage biblique bien souvent cité sous forme de menace par les Témoins de Jéhovah. Or, cette phrase de Paul ne nous glace pas le sang, à nous qui nous qualifions d’Exthées [NB : les ex-TJ, nés TJ, ne peuvent pas réellement se qualifier d’athées, il a fallu leur trouver un autre concept, cf. l’article Introduction à l’exthéisme]. Dès l’enfance, le jeune TJ se voit imposer donné toutes les réponses à des questions qu’il n’a pas eu encore le temps de se poser, des questions essentielles, sur la vie et son but, sur la mort… Des réponses ancrées en lui… et qu’il s’attache à sa sortie de la « Société » à oublier sans cesse, car il les sait purement subjectives. Plus question, donc, pour l’ex-TJ exthée, de foi en choses indémontrables et profondément injustes. Alors « mangeons et buvons » tous, oui, c’est-à-dire, vivons, Paul ne dit pas goinfrons-nous et enivrons-nous, non, il nous conseille simplement, à nous qui refusons la vanité de la foi, de nous réjouir et de profiter du fruit de la terre (ce que fait la Bible d’ailleurs dans ses meilleurs passages, si incohérents avec le reste de son message).
Manger et boire, n’est-ce pas ce que les croyants font aussi ? La différence, peut-être, c’est que nous, nous savons que nous allons mourir demain. Alors nous en profitons D’AUTANT PLUS. C’est notre condition d’humain. Rien d’autre.

- Rembrandt
Autoportrait en apôtre Paul - 1661
Peinture à l’huile sur toile
Het Rijksmuseum Amsterdam.
Lisons tout le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens comme un aveu.
Verset 14 Mais si Christ n’a pas été relevé, notre prédication, bien sûr, est vaine, et notre foi est vaine.
Vain, oui, cet espoir dans un au-delà jamais présent, un avenir que l’on n’atteindra jamais - c’est le principe même de la foi - ou alors que dans la mort, ce qui revient au même. Cela ne représente pas grand chose de différence, actuellement, entre un croyant et un non-croyant, la tolérance augmentant et la puissance de la religion déclinant, c’est finalement un simple exercice intellectuel : dire non, il n’y a rien là-haut, il n’y a rien là-bas, il y a TOUT ici et maintenant.
Verset 17 De plus, si Christ n’a pas été relevé, votre foi est inutile ; vous êtes encore dans vos péchés. Verset 19 Et si c’est dans cette vie seulement que nous avons espéré en Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Sans commentaire.
N’est-il pas étonnant de voir à quel point l’ex-TJ doit INTELLECTUALISER ses désirs pour pouvoir espérer les accomplir, et par-dessus tout son désir de liberté ? Le désir est pour nous ce vers quoi nous devons tendre de façon consciente. Alors que la plupart des êtres humains, en ce XXIè s. ultra libéral, éprouvent pulsions et émotions sans retenue, nous devons, nous, NOUS FORCER à nous libérer. Ce qui pour la majorité contemporaine est inné, nous devons l’acquérir, sans jamais être sûr que cela restera. Et nous devons tourner le dos à la doctrine doloriste voire masochiste de l’Apôtre Paul : « Mon corps, je le bourre de coups et l’emmène comme un esclave » (1 Corinthiens 9:27). Non, mon corps, je dois l’entourer de soin, le chérir comme l’objet qui me permettra d’aimer les autres. Mon corps, c’est à dire mon désir, ma pulsion de vie. Autre passage de Paul à inverser : « quand je veux faire ce qui est juste, ce qui est mauvais est présent chez moi. » (Romains 7:21). Nous, c’est quand nous souhaitons faire le mal (au sens TJ, ce plaisir qui n’est pas permis, quel qu’il soit) que nous faisons le bien. Il nous faut nous en CONVAINCRE. Apprendre à pécher en quelque sorte. Tout cela doit sembler bien optimiste. Mais cet optimisme, il se cultive, avec l’aide d’amis, d’amour, d’échanges.
Etre optimiste au sein de ce monde, n’est-ce pas déjà entailler le système TJ ? N’est-ce pas déjà blasphémer ?
Notes:
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