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Mais que vaut vraiment le livre de la Révélation ?



Table des matières :

Sources

L’encyclopédie présente le livre de la Révélation et fait le point sur ce que l’on sait aujourd’hui de sa rédaction.

Au sujet du genre du livre, elle explique que : « … Quoiqu’une œuvre chrétienne, l’Apocalypse appartient à la classe littéraire traitant de sujets eschatologiques, très en vogue parmi les Juifs un siècle avant, et après, Jésus-Christ… »

A ce propos, on notera que les apocalypses sont légion et vous en trouverez un certain nombre dans le travail remarquable de compilation de textes apocryphes souvent cité dans nos pages ; vous pourrez vous reporter aux textes d’une quinzaine d’apocalypses différentes.

Et réfléchissant sur l’authenticité de la Révélation dite de Jean, l’encyclopédie révèle le doute profond qui a animé ceux qui ont été contemporains de la rédaction du livre.

Nous citons, traduit de l’anglais : « …Les Alogi, en 200 de n.e., une secte ainsi appelée à cause de leur rejet de la doctrine du Logos, déniait l’authenticité de l’Apocalypse, l’attribuant à Cerinthus (Epiphanius, LI, ff, 33 ; cf. Iren, Adv. Haer., III, 11, 9). Caïus, un presbytre de Rome, à peu près de la même époque, avait une opinion similaire. Eusèbe cite ses mots emprunté à son Discours : « Mais Cerinthus par le moyen de révélations qu’il prétend avoir été écrites par un grand Apôtre a avancé faussement des choses merveilleuses, soutenant qu’après la résurrection il y aurait un royaume terrestre » (Hist. Eccl., IIII, 28). Le principal adversaire de l’autorité de l’Apocalypse est Dionysus, Evèque d’Alexandrie, disciple d’Origène. Il ne s’opposait pas à l’hypothèse selon laquelle Cerinthius était le rédacteur de l’Apocalypse. « Car », dit-il, « c’est la doctrine de Cerinthus, qu’il y aura un règne terrestre du Christ, car il était un amoureux du corps qui rêvait de se délecter dans la satisfaction de l’appétit sensuel ». Lui même ne pensait pas que Cerinthus en était l’écrivain. Il regardait l’Apocalypse comme l’œuvre d’un homme inspiré mais non d’un Apôtre. Durant le 4e et 5e siècle la tendance d’exclure l’Apocalypse de la liste des écrits sacrés fut croissante dans les églises syro-palestiniennes(…). Peut-être l’argument le plus parlant contre l’autorité apostolique du livre est son omission de la Peshito, la Vulgate syrienne… »

L’encyclopédie fait également un commentaire très documenté sur les différences de rédaction entre le 4e évangile, attribué à Jean, l’apôtre, et le livre de l’Apocalypse, différences constituant autant d’obstacles à l’attribution apostolique de l’œuvre.

Est-il raisonnable d’attribuer autant d’autorité théologique à un ouvrage qui, dès l’origine, a eu des détracteurs mettant en doute son inspiration et sa validité ? Pourquoi cette apocalypse a t’elle été retenue et non les autres faisant partie du même genre ?

Il n’est pas sans le grand Voltaire lui-même pour s’étonner de la réussite étonnante d’un livre si controversé dès l’origine.

Dans son
D i c t i o n n a i r e
p h i l o s o p h i q u e ,
p o r t a t i f

1 7 6 4


A P O C A L Y P S E

Justin le martyr, qui écrivait vers l’an 170 de notre ère, est le premier qui ait parlé de l’Apocalypse ; il l’attribue à l’apôtre Jean l’évangéliste : dans son dialogue avec Tryphon, ce Juif lui demande s’il ne croit pas que Jérusalem doit être rétablie un jour. Justin lui répond qu’il le croit ainsi avec tous les chrétiens qui pensent juste. « Il y a eu, dit-il, parmi nous un certain personnage nommé Jean, l’un des douze apôtres de Jésus ; il a prédit que les fidèles passeront mille ans dans Jérusalem. » Ce fut une opinion longtemps reçue parmi les chrétiens que ce règne de mille ans. Cette période était en grand crédit chez les Gentils. Les âmes des Égyptiens reprenaient leurs corps au bout de mille années ; les âmes du purgatoire, chez Virgile, étaient exercées pendant ce même espace de temps, et mille per annos. La nouvelle Jérusalem de mille années devait avoir douze portes, en mémoire des douze apôtres ; sa forme devait être carrée ; sa longueur, sa largeur et sa hauteur devaient être de douze mille stades, c’est-à-dire cinq cents lieues, de façon que les maisons devaient avoir aussi cinq cents lieues de haut. Il eût été assez désagréable de demeurer au dernier étage ; mais enfin c’est ce que dit l’Apocalypse au chapitre XXI.
Si Justin est le premier qui attribua l’Apocalypse à saint Jean, quelques personnes ont récusé son témoignage, attendu que dans ce même dialogue avec le Juif Tryphon, il dit que, selon le récit des apôtres, Jésus-Christ, en descendant dans le Jourdain, fit bouillir les eaux de ce fleuve, et les enflamma, ce qui pourtant ne se trouve dans aucun écrit des apôtres.
Le même saint Justin cite avec confiance les oracles des sibylles ; de plus, il prétend avoir vu les restes des petites maisons où furent enfermés les soixante et douze interprètes dans le phare d’Égypte, du temps d’Hérode. Le témoignage d’un homme qui a eu le malheur de voir ces petites maisons, semble indiquer que l’auteur devait y être renfermé.
Saint Irénée, qui vient après, et qui croyait aussi le règne de mille ans, dit qu’il a appris d’un vieillard que saint Jean avait fait l’Apocalypse. Mais on a reproché à saint Irénée d’avoir écrit qu’il ne doit y avoir que quatre Évangiles, parce qu’il n’y a que quatre parties du monde et quatre vents cardinaux, et qu’Ézéchiel n’a vu que quatre animaux. Il appelle ce raisonnement une démonstration. Il faut avouer que la manière dont Irénée démontre vaut bien celle dont Justin a vu.
Clément d’Alexandrie ne parle dans ses Electa que d’une Apocalypse de saint Pierre dont on faisait très grand cas. Tertullien, grand partisan du règne de mille ans, non seulement assure que saint Jean a prédit cette résurrection et ce règne de mille ans dans la ville de Jérusalem, mais il prétend que cette Jérusalem commençait déjà à se former dans l’air ; que tous les chrétiens de la Palestine, et même les païens, l’avaient vue pendant quarante jours de suite à la fin de la nuit ; mais malheureusement la ville disparaissait dès qu’il était jour.
Origène, dans sa préface sur l’Évangile de saint Jean, et dans ses Homélies, cite les oracles de l’Apocalypse ; mais il cite également les oracles des sibylles. Cependant saint Denys d’Alexandrie, qui écrivait vers le milieu du IIIe siècle, dit dans un de ses fragments, conservés par Eusèbe, que presque tous les docteurs rejetaient l’Apocalypse comme un livre destitué de raison ; que ce livre n’a point été composé par saint Jean mais par un nommé Cérinthe, lequel s’était servi d’un grand nom, pour donner plus de poids à ses rêveries.
Le concile de Laodicée, tenu en 360, ne compta point l’Apocalypse parmi les livres canoniques. Il était bien singulier que Laodicée, qui était une Église à qui l’Apocalypse était adressée, rejetât un trésor destiné pour elle ; et que l’évêque d’Éphèse, qui assistait au concile, rejetât aussi ce livre de saint Jean enterré dans Éphèse. Il était visible à tous les yeux que saint Jean se remuait toujours dans sa fosse, et faisait continuellement hausser et baisser la terre. Cependant les mêmes personnages qui étaient sûrs que saint Jean n’était pas bien mort, étaient sûrs aussi qu’il n’avait pas fait l’Apocalypse. Mais ceux qui tenaient pour le règne de mille ans, furent inébranlables dans leur opinion. Sulpice Sévère, dans son Histoire sacrée, livre IX, traite d’insensés et d’impies ceux qui ne recevaient pas l’Apocalypse. Enfin, après bien des doutes, bien des oppositions de concile à concile, l’opinion de Sulpice Sévère a prévalu. La matière ayant été éclaircie, l’Église a décidé que l’Apocalypse est incontestablement de saint Jean ; ainsi il n’y a pas d’appel.
Chaque communion chrétienne s’est attribué les prophéties contenues dans ce livre ; les Anglais y ont trouvé les révolutions de la Grande-Bretagne ; les luthériens, les troubles d’Allemagne ; les réformés de France, le règne de Charles IX et la régence de Catherine de Médicis : ils ont tous également raison. Bossuet et Newton ont commenté tous deux l’Apocalypse ; mais, à tout prendre, les déclamations éloquentes de l’un et les sublimes découvertes de l’autre leur ont fait plus d’honneur que leurs commentaires.

Et pour les anglophones et ceux qui veulent aller plus avant dans le texte, nous citerons A Critical and Exegetical Commentary on The Revelation of St. John.

Voilà suffisamment de matières pour introduire et cultiver un doute solide et salutaire sur le bien fondé d’un livre qui n’a que trop bien réussi.


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