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TJ - Révélation

Pour nombre de croyants (chrétiens ou autre), être athée est une forme de croyance. Cela est-il automatique ?




« Ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La vérité ne se possède pas, elle se cherche. »

Etudions d’abord la définition du mot « croyance ». Selon la définition du Trésor de la Langue Française, il y a plusieurs niveaux de définitions.


- 1. Certitude plus ou moins grande par laquelle l’esprit admet la vérité ou la réalité de quelque chose.
- 2. Adhésion de l’esprit qui, sans être entièrement rationnelle, exclut le doute et comporte une part de conviction personnelle, de persuasion intime

Emmanuel Kant dans sa Leçon de philosophie (1857), pp. 266-267, en fait une analyse un peu plus détaillée :

Il y a dans la croyance (Fürwahrhalten) les trois degrés suivants : l’opinion (Meinen), la foi (Glauben), et la science (Wissen). Lorsque notre croyance est telle qu’elle existe non-seulement pour nous, mais pour tout le monde, et que nous avons le droit de l’imposer aux autres, nous avons alors la science ou la certitude. Si la croyance n’est suffisante que pour nous, et que nous ne puissions l’imposer aux autres, c’est la foi ou la conviction. L’opinion est une croyance insuffisante et pour les autres et pour nous-mêmes. La science exclut l’opinion : ainsi dans les mathématiques pures il n’y a point d’opinion ; il faut savoir, ou s’abstenir de tout jugement. Il en est de même des principes moraux : l’opinion que telle ou telle action est permise ne suffit pas, il faut savoir qu’elle l’est. La croyance produite par la raison spéculative n’a ni la faiblesse d’une opinion ni la force d’une certitude : c’est la foi ; telle est l’espèce de croyance que comporte la théologie naturelle.

Ainsi pour Kant,il y a 3 niveaux de créance ou d’assentiment le savoir est objectif et suffisant alors que l’opinion et la foi restent à chaque fois subjectifs. On pourrait dire ainsi que celui qui dit « je sais que Dieu n’existe pas » ou « je sais que Dieu existe » est un imbécile, comme le dit si bien André Comte-Sponville. Pour lui, croire ou de ne pas croire en Dieu est une opinion.

Mais je me permets d’étudier une troisième voie. Le fait de ne pas choisir le camp pour un concept.

Après tout, qui a vu la Licorne Bleue ou le Minotaure ? Qui peut démontrer qu’ils ont existé ou pas ? Cela est plutôt difficile, car les arguments utilisés, pour ou contre, seraient les mêmes que pour Dieu. « Tu ne peux pas dire d’une chose que tu ne vois pas qu’elle n’existe pas. Ne pas croire en la Licorne Bleue c’est un acte de foi. »
« On ne pourrait pas inventer quelque chose qu’on n’a pas vu, donc je crois que ceux qui affirment qu’elle existe sont de confiance. »

Lorsque je dis « je sais que le feu ça brule », c’est un savoir. Quand je dis « je crois que le feu ça brûle », c’est de la croyance, au même titre que la foi. Pour moi, le savoir est supérieur à la foi dans toute circonstance. Je peux croire que le feu ça brûle, qu’on éprouve de la douleur en étant en contact avec, etc, croire que c’est vrai mais ça ne remplacera jamais l’expérience ! L’experience me confirmera ou m’infirmera mon savoir. De plus il peut-être admis par tous le monde, ce que n’est pas la croyance

Doit-on le rappeler que le langage n’est pas inné chez l’homme, pas plus que la croyance en Dieu ?!?

Ainsi Bernard Werber, dans son Encyclopédie du Savoir Absolu et Relatif, nous révèle l’expérience suivante :

Au XIIIe siècle, l’empereur Frédéric II voulut faire une expérience pour savoir quelle était la langue « naturelle » de l’être humain. Il installa six bébés dans une pouponnière et ordonna à leurs nourrices de les alimenter, de les endormir, de les baigner, mais surtout… de ne jamais leur parler. Frédéric II espérait ainsi découvrir quelle serait la langue que ces bébés sans influence extérieure choisiraient naturellement. Il pensait que ce serait le grec ou le latin, seules langues originelles pures à ses yeux. Cependant l’expérience ne donna pas le résultat escompté. Non seulement aucun bébé ne se mit à parler un quelconque langage mais tous les six dépérirent et finirent par mourir. Les bébés ont besoin de communication pour survivre. Le lait et le sommeil ne suffisent pas. La communication est aussi un élément indispensable à la vie.

La formation du langage et la création de la pensée ont été très bien expliquées par le darwinisme et les études sur le sujet.

Nous avons la certitude aujourd’hui que la création du langage fut progressive et non limitée à l’homme, qu’il est acquis et non héréditaire. [1]

Croire en Dieu est un acquis culturel mais non un héritage génétique.

Par conséquent, croire en Dieu implique la définition d’un concept. Qu’est-ce que Dieu ? Esprit ou matière ?

Peut-on croire en un arbre ? Non, l’arbre est réel, tangible, « goûtable », « brûlable ». Dieu ? Non, une création, une invention. Ainsi Dieu n’est pas matériel mais conceptuel et vouloir définir une obligation de croyance est elle-même une invention !

La question se pose : Si Dieu est un esprit dont la connaissance est le fruit d’un héritage au même titre qu’une idéologie, non d’une innéité, pourquoi dois-je statuer sur son existence ou non ?

La dissonance cognitive du croyant est à ce point crucial. Ne pas croire en Dieu, est une croyance. Mais la croyance est une invention ! Rien ne m’oblige de croire en une invention ou de ne pas y croire !

La machine à explorer le temps existe-t-elle ? Oui, non ? Ce n’est pas parce que personne ne l’a jamais vu qu’elle n’existe pas !

Imaginons le dialogue s’instituant entre un croyant en la machine à explorer le temps (forme de divinité) et une personne qui découvre le concept ( pas la machine !)

— Tu y crois toi ou tu n’y crois pas ?

— Je n’ai pas d’opinion sur le sujet.

— Tu es donc agnostique !
— C’est à dire ?
— Qu’il y a autant de chances qu’elle existe ou qu’elle n’existe pas !
— Non ! Je ne sais pas si elle existe ou si elle n’existe pas. C’est mon savoir pour l’instant.
— Mais tu dois statuer sur ta position !
— Non, car je m’en fous ! Pourquoi dois-je définir ma position a chaque fois ? Qui m’oblige à ça, si ce n’est toi ? Dans 200 ans, on croira peut-être à une autre forme de divinité ! En quoi cela me concerne-t-il personnellement de statuer sur son existence possible ou non, si ce n’est ta volonté de me catégoriser suivant des concepts religieux occidentaux ? C’est à dire que tu veux catégoriser ma pensée sur le sujet par une pensée qui est elle-même une invention !
— Mais il le faut bien !
— Ah bon ? Au nom de quoi ? De quelle autorité ? Pourquoi ? Pourquoi dois-je choisir alors que c’est toi qui veux choisir pour moi car tu n’admets par la non-catégorisation ?
— Et Dieu dans tout ça ?
— Ta vraie question n’est-elle pas « et moi dans tout ça ? »

Y a-t-il une croyance athée ?

Oui, certains athées sont convaincus à 100 % que Dieu n’existe pas et en font une croyance (voir l’article Je suis athée, nom d’une pipe ! ATHEE)

— A la question : « tu es quoi ? »
— Athée
— Ah, tu crois en rien en fait !
— Non, je crois qu’il n’y a pas de Dieu"

C’est une croyance, rien à redire là-dessus. Mais remettre en cause l’inspiration supra-humaine (qui est une invention aussi) de l’écriture de plusieurs livres en un seul, la Bible, qu’il ne faudrait pas lire de manière littérale, car l’exégèse moderne a montré que sa composition ne s’était pas faite comme un roman, est-elle de la croyance, de la foi ou de la raison ?

Devions-nous attendre l’apparition d’éxégètes et de spécialistes de l’interprétation académique (dont on se demande la valeur de l’autorité) pour ENFIN comprendre la Bible et lire la Bible comme il se doit ? Comprendre qu’elle est faite de plusieurs couches de compositions à l’intérieur de chaque livre, mais que malgré cela il faut continuer à croire à son inspiration divine ?

Qui est assez présomptueux pour croire que Dieu a commandité des hommes qui expliqueraient enfin la Bible des siècles plus tard et la masse des croyants précédents ne seraient que de pauvres naïfs ? En quoi les thèses mythistes ont-elles moins de valeur que les autres ? Certaines ont été développées par des chrétiens à la base qui se sont penchés sur l’historicité de Jésus, comme par exemple Michel Gozard, ancien élève jésuite

Pourquoi faire un procès d’intention à l’athée qui veut étudier le sujet à la manière d’un historien ? N’est-ce pas un aveu de faiblesse du raisonnement ? Une fuite du croyant pour ne pas affronter la remise en question de sa croyance alors que c’est le savoir qui doit être analysé ?

Rien n’est moins vrai que d’affirmer que les chrétiens supportent difficilement la remise en cause d’un sauveur de l’humanité ! Qui lui-même est un concept religieux non nouveau (tel qu’Horus, Mithra…) ! Pour ma part, je n’ai jamais vu de chrétien non-croyant en Christ, mais des catholiques, protestants,… se disant non-croyants en Dieu, alors ça oui !

Quoiqu’on puisse dire, il est reconnu aujourd’hui que la Bible n’est pas le roman de Dieu, et que les écrits sont de la littérature religieuse, ni plus ni moins…

Le Jésus des Evangiles, tel qu’il est présenté par les fondamentalistes (dont les Témoins de Jéhovah), est un Jésus qui croit en Adam, en Jonas survivant dans un poisson [2] (alors qu’il n’y pas d’air dans un poisson), qui croit en Noé (sans traces d’un déluge universel), qui parle d’assassinats perpétrés après sa mort officielle… Bref, tout sauf un être ayant la connaissance de la formation du monde. Un fils de Dieu, comme le prétendent les évangiles. Pourtant ce même Jésus « historique », humain multiplie les erreurs historiques, scientifiques et les aberrations [3].

Les preuves d’un Jésus historique en dehors de ces évangiles, canoniques ou apocryphes, sont inexistantes ou des falsifications. Étonnant pour un homme qui suivant les évangiles est censé avoir amené à sa suite des foules entières. [4] qu’aucun historien ne rapporte. Le doute s’installe et demeure !

Nous autres sur Via Veritas Via Veritas Chemin Vérité en latin

Ce site collaboratif a permis durant les années 2006 à 2009 à une poignée d’auteurs de porter sur Internet une réflexion non confessionnelle de résistance au fondamentalisme et tout particulièrement au jéhovisme.

TJ-Révélation en est la continuité reprise par une autre équipe.
, nous sommes pour la majorité des ex-théistes Témoins de Jéhovah. Nous avons eu une lecture littérale de la Bible suivant ce verset :

Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice.
— 2 Timothée 3 : 16.

Pour les Témoins de Jéhovah, comme pour une majorité d’évangéliques, des adventistes…la Bible est le livre donné à Dieu pour les hommes, qui se doit d’être lu comme un livre inspiré dans son ensemble ET le Jésus des évangiles EST le Jésus historique.

Quand on se positionne sur un terrain aussi polémique, il est difficile de ne pas se prendre des coups. Les croyants tenant à leur livre saint, ou du moins à une preuve divine (sinon pourquoi se battre ?) dans la rédaction de ce livre, et la confrontation avec la critique raisonnée de ce livre amène très rapidement les amalgames. Il est important de comprendre que les Témoins de Jéhovah ont une lecture littérale de la bible, et que par conséquent notre travail d’information peut être assimilé à un prosélytisme athée.

Si vous avez suivi l’évolution de ce site, vous avez certainement pu remarquer, que nous avons modifié l’intitulé du titre du fondamentalisme religieux à l’athéisme pour du fondamentalisme religieux à l’humanisme humanisme n. m. 1. Doctrine, savoir et éthique des humanistes de la Renaissance.
2. PHILO Doctrine, système qui affirme la valeur de la personne humaine et vise à l’épanouissement de celle-ci.
.

Notre désir est que de nombreux Témoins de Jéhovah, encore enfermés dans cette idéologie nocive car dévoreuse de temps et de vies, basée sur des dogmes qui sont faux, puissent s’en sortir en pratiquant à nouveau ce qui est annihilé à l’intérieur du mouvement : le doute !

Ni plus ni moins. Nous ne sommes pas des dogmatiques en affirmant que Jésus est Horus ou Mithra, que l’univers est forcément issu d’un Big Bang, etc. Nous disons simplement que les thèses les plus raisonnables peuvent être présentées pour information. Certains les accepteront, d’autres non. Il n’y a pas qu’une seule réaction possible.

Issu d’un monde noir et blanc où il n’y a que 2 possibilités, vrai- faux, bien-mal, nous découvrons chaque jour les panels des possibilités de compréhension pour la Bible, le livre fondateur de la religion chrétienne.

En désenclavant les opinions les plus bornées, nous participons à la remise en cause de cette sacro-sainte VÉRITÉ des Témoins de Jéhovah. Expression qui revient en permanence dans leur vocabulaire.

On est DANS la vérité ou DANS le monde. Un monde bipolaire que nous avons décidé de combattre afin d’aider nos amis, nos familles, nos frères… afin qu’ils puissent sans sortir et se reconstruire.

L’homme cherche à avoir raison d’être certain mais rarement d’être certain d’avoir raison, et la grande majorité des Témoins de Jéhovah préfère ses certitudes à la vérité.



Notes

[1] Certains croyants (fondamentalistes pour la plupart) demanderont alors comment la première langue est apparue en voulant tout rapporter à Adam et Dieu. Mais croire en Adam et Eve est un acte de foi en contradiction totale avec notre connaissance d’aujourd’hui des origines de l’homme. Cette lecture littérale de la Bible et ses problèmes est explorée dans la section sur la Bible.

[2] Matthieu 12:40

[3] Jean 9:6-7 : « Après avoir dit ces mots, Jésus cracha par terre et fit un peu de boue avec sa salive ; il frotta les yeux de l’aveugle avec cette boue et lui dit : « Va te laver la figure à la piscine de Siloé. » — Ce nom signifie « Envoyé ». — L’aveugle y alla, se lava la figure et, quand il revint, il voyait ! » Pourquoi crache-t-il par terre ? S’il est le fils de Dieu, il n’a pas besoin d’utiliser sa salive + de la terre + une piscine à Siloé ?!?
Luc 9:38-42 parle d’un épileptique que Jésus guérit en faisant partir les démons. L’épilepsie est aujourd’hui clairement expliquée et n’est absolument pas due à des démons. C’est une absurdité. Jésus aurait du dire « c’est une maladie, je vais le guérir ». Mais apparemment, il ne l’a pas dit à ses disciples.
Marc 9:44 : Dans l’enfer (ou Hades) il y a des vers immortels qui rongent les corps — Si l’enfer est spirituel ? Comment du feu peut exister puisque c’est matériel ? Comment des vers peuvent vivrent eternellement dans du feu ? Où ça ? Il est où cet enfer de feu avec des vers ? Dans la terre ? Il faut imaginer un Dieu jouant au barbecue avec des humains ? On peut multiplier les cas semblables dans chaque évangile.

[4] Marc 3:8 : « … de Jérusalem, du territoire d’Idumée, du territoire situé de l’autre côté du Jourdain et de la région de Tyr et de Sidon. Ils venaient en foule à Jésus parce qu’ils avaient appris tout ce qu’il faisait. »
Matthieu 4:25 : « De grandes foules le suivirent ; elles venaient de Galilée, de la région des Dix Villes, de Jérusalem, de Judée et du territoire situé de l’autre côté du Jourdain. »
Jean 6:2 : « Une grande foule le suivait, parce que les gens voyaient les signes miraculeux qu’il faisait en guérissant les malades. »







1 commentaire
  • Tu vas sans doute m’en vouloir, cher Copernic... 2 mars 2007 21:34, par Fantasio

    … mais je ne résiste pas à cette citation :

    Lacan, Le Séminaire Livre III, Les Psychoses, p. 76-78, éd. du Seuil, coll. Champ Freudien

    Leçon du 14 décembre 1955 : D’un Dieu qui ne trompe pas, et d’un qui trompe

    Prenez Aristote. Tout ce qu’il nous dit est parfaitement communicable, et néanmoins la position de l’élément non trompeur est essentiellement différente chez lui et chez nous. Où est-il chez nous, cet élément ?

    Eh bien, quoi que puissent en penser les esprits qui s’en tiennent aux apparences, ce qui est souvent le cas des esprits forts, et même les plus positivistes d’entre vous, voire les plus affranchis de toute idée religieuse, le seul fait que vous vivez à ce point précis de l’évolution des pensées humaines, ne vous tient pas quitte de ce qui s’est très franchement et très rigoureusement formulé dans la méditation de Descartes, de Dieu en tant qu’il ne peut nous tromper.

    Cela est tellement vrai qu’un personnage aussi lucide qu’Einstein quand il s’agissait du maniement de l’ordre symbolique qui était le sien, l’a bien rappelé — Dieu, disait-il, est malin, mais il est honnête. La notion que le réel, si délicat qu’il soit à pénétrer, ne peut pas jouer au vilain avec nous, ne nous mettra pas dedans exprès, est, encore que per­sonne ne s’y arrête absolument, essentiel à la constitution du monde de la science.

    Cela dit, j’admets que la référence au Dieu non trompeur, seul principe admis, est fondée sur les résultats obtenus de la science. Nous n’avons jamais rien constaté en effet qui nous montre au fond de la nature un démon trom­peur. Mais il n’empêche que c’est un acte de foi qui a été nécessaire aux premiers pas de la science et de la constitution de la science expérimentale. Il va de soi pour nous que la matière n’est pas tricheuse, qu’elle ne fait pas exprès d’écraser nos expériences et faire sauter nos machines. Ca arrive, mais c’est que nous nous trompons, il n’est pas question qu’elle nous trompe. Ce pas, ce n’est pas du tout-cuit. Il n’y faut rien moins que la tradition judéo-chrétienne pour qu’il puisse être franchi d’une façon aussi assurée.

    Si l’émergence de la science telle que nous l’avons constituée avec la ténacité, l’obstination et l’audace qui en caractérisent le développement, s’est produite à l’intérieur de cette tradition, c’est bien parce qu’elle a posé un principe unique à la base, non seulement de l’univers, mais de la loi. Ce n’est pas simplement l’univers qui a été créé ex nihilo, mais aussi la loi — c’est là que joue le débat d’un certain rationalisme et d’un certain volon­tarisme, qui a tourmenté, tourmente encore les théologiens. Le critère du bien et du mal relèvera-t-il de ce qu’on pourrait appeler le caprice de Dieu ?

    C’est la radicalité de la pensée judéo-chrétienne sur ce point qui a permis ce pas décisif, pour lequel l’expression d’« acte de foi » n’est pas déplacée, qui consiste à poser qu’il y a quelque chose qui est absolument non trompeur. Que ce pas soit réduit à cet acte , est une chose essentielle. Réfléchissons à ce qui arriverait, du train où l’on va maintenant, si nous nous apercevions que non seulement il y a un proton, un méson, etc., mais un élément avec lequel on n’avait pas compté, un membre de trop dans la mécanique atomique, un personnage qui mentirait. Là, on ne rirait plus du tout.

    Pour Aristote, les choses sont complètement différentes. Qu’est-ce qui l’assurait, dans la nature, du non-mensonge de l’Autre en tant que réel ? — sinon les choses en tant qu’elles reviennent toujours à la même place, à savoir les sphères célestes. La notion des sphères célestes comme étant ce qui, dans le monde, est incorruptible, d’une essence autre, divine, a habité très longtemps la pensée chrétienne elle-même, la tradition chrétienne médiévale, qui héritait de cette pensée antique. Ce n’est pas seulementd’un héritage scolastique qu’il s’agissait, care cette notion est, peut-on dire, naturelle à l’homme, et c’est nous qui sommes dans une position exceptionnelle à ne pas plus nous préoccuper de ce qui se passe dans la sphère céleste. Jusqu’à une époque tout à fait récente, la présence mentale de ce qui se passe au ciel comme référence essentielle nous est attestée dans toutes les cultures, jusque dans celles dont l’astronomie nous assure de l’état très avancé de leurs observations et de leurs réflexions. Notre culture fait exception, depuis qu’elle a consenti, très tard, à prendre au pied de la lettre la position judéo-chrétienne. Il était jusque là impossible de décoller la pensée des philosophes comme des théologiens, donc des physiciens, de l’idée de l’essence supérieure des sphères célestes. La mesure en est le témoin matérialisé — mais c’est nous qui disons cela — en soi, la mesure est le témoin de ce qui ne trompe pas.

    Il n’y a vraiment que notre culture qui présente ce trait — commun à tous ceux qui sont ici, je crois, à l’exception de certains qui peuvent avoir eu quelques curiosités astronomiques —ce trait que nous ne pensons jamais au retour régu­lier des astres et des planètes, ni aux éclipses non plus. Ca n’a pour nous aucune espèce d’importance, on sait que ça marche tout seul. Il y a un monde entre ce qu’on appelle d’un mot que je n’aime pas, la mentalité de gens comme nous — pour qui la garantie de tout ce qui se passe dans la nature est un simple principe, à savoir qu’elle ne saurait nous tromper, qu’il y a quelque part quelque chose qui garantit la vérité de la réalité, et que Descartes affirme sous la forme de son Dieu non ­trompeur — et d’autre part, la position normale, natu­relle, la plus commune, celle qui apparaît dans l’esprit de la très grande majorité des cultures, qui consiste à situer la garantie de la réalité dans le ciel, de quelque façon qu’on se le représente.

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Les athées sont-ils forcément croyants ?

Par Popper
Publié le: 4 février 2007 -
- Dans la rubrique: A l’humanismeL’AthéismeAthées, mode d’emploi
athéisme ?? exthéisme ??
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