vendredi, 30 juillet 2010|

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Le sens de l’histoire



Table des matières :

Dieu est le maître de tout, des temps et des événements et il mène indéfectiblement l’humanité vers sa période glorieuse et magnifique à travers moult épreuves et crises. Combien cette vision du bon capitaine peut sembler rassurante ! Cette conception linéaire de l’histoire dont tous les actes forts sont d’ors et déjà joués apparaît comme magique et incantatoire. Voyez c’est écrit. Et cela ne peut être changé. Dieu lui-même l’a prononcé et il ne peut mentir.

Notez le raisonnement que tient une publication des Témoins de Jéhovah.
Réveillez-Vous !, 22/4/1975, p.18 :

Si les hommes récrivent l’Histoire, c’est aussi parce qu’ils recherchent un plan dans tous les événements du passé. Des théories compliquées ont été avancées dans le but d’expliquer pourquoi les choses se sont passées ainsi. On a révisé des récits historiques pour les rendre conformes à ces théories.

Ainsi, tel historien moderne considère-t-il l’avènement et la chute apparemment cycliques des empires comme autant de « vagues » successives qui s’élèvent au maximum puis s’effondrent. Un autre écrivain analysera peut-être toute l’histoire de l’homme comme un échafaudage progressif d’idées et d’idéologies qui a atteint son point culminant avec la civilisation occidentale contemporaine. D’autres affirment que ce développement d’idées aboutira à l’établissement du communisme dans le monde entier. Les hommes qui ont étudié le passé à la recherche d’un plan sont arrivés à de nombreuses conclusions différentes, et chacun d’eux a écrit ou récrit l’Histoire en fonction de sa conclusion.

Mais l’Histoire a-t-elle vraiment un plan ? Disons que beaucoup des prétendus plans de l’Histoire existent surtout dans l’esprit de leurs créateurs. Ces plans sont bien souvent imaginaires et artificiels, même si quelques-uns renferment un certain fond de vérité. Toutefois, il y a un plan que pratiquement tous ceux qui étudient l’Histoire accepteront.

Pour le rédacteur cherchez un plan dans l’histoire semble bien hasardeux, mais le plan divin est supérieur, celui que tous ceux qui étudient l’histoire accepteront.
Songez que la direction de l’humanité a été écrite il y aurait plus de 25 siècles de cela.

Réveillez-Vous !, 22/4/1975, p.19 :

Cependant, on ne peut écrire correctement l’Histoire qu’à la lumière de quelque chose d’autre. Quoi donc ? La volonté et le dessein de Dieu. Pour avoir une conception exacte de l’Histoire, il faut tenir compte de cette vérité exprimée il y a plusieurs siècles par le roi de Babylone : « Le Très-Haut est Chef dans le royaume des humains et (…) il le donne à qui il veut. » (Dan. 4:32). Quand son dessein l’exigeait, Dieu est intervenu dans les affaires humaines. Quiconque n’a pas tenu compte de cet aspect de l’Histoire doit réviser dans une grande mesure sa vision du passé

L’apôtre Paul était conscient de ce facteur très important. À propos de Dieu, il déclara : « Il a créé chaque race d’hommes à partir d’une seule souche pour qu’ils habitent sur toute la surface de la terre. Il a fixé les époques de leur histoire et les limites de leur territoire. » (Actes 17:26, New English Bible). En quel sens Dieu a-t-il « fixé les époques de leur histoire » ?

Tout d’abord en prévoyant l’avènement et la chute des divers empires politiques et leurs rapports avec son peuple (voir Deutéronome 32:8). C’est ce que montre tout particulièrement le livre biblique de Daniel (voir les chapitres 2, 4, 7, 8, 11). Dieu a permis que pendant plusieurs millénaires les hommes essaient toutes les formes de gouvernement imaginables. Aucune n’a instauré une paix durable sur la terre. Aucune n’a résolu les problèmes sociaux aussi importants que la criminalité et l’immoralité. Aucune n’a fait disparaître la maladie et la mort. Pourtant, Dieu a donné aux hommes la possibilité d’essayer. Mais leurs œuvres sont telles que Jéhovah qualifie ces formes de gouvernement de ’bestiales’. - Dan. 7:2-14.

Mais nous vivons maintenant une ’époque’ différente. La période de temps que Dieu a accordée aux nations pour dominer le monde des hommes est terminée. Bientôt il agira pour accomplir les paroles prophétiques consignées dans Daniel 2:44, savoir : « Dans les jours de ces rois-là, le Dieu du ciel établira un royaume qui ne sera jamais supprimé. Et ce royaume ne passera à aucun autre peuple. Il écrasera et mettra fin à tous ces royaumes, et lui-même subsistera jusqu’à des temps indéfinis. » Sous la domination éternelle du Royaume de Dieu, la terre deviendra un paradis pour tous ceux qui aiment la justice. Vous pouvez être de leur nombre. - Mat. 6:9, 10.

Comme vous pouvez le constater l’histoire a déjà été écrite. Les désastres humains ne sont que des préludes pour faire sentir la nécessité de la reprise en main divine. Bien mieux petits veinards. C’est très proche, et pour sûr il y a 32 ans déjà la période de temps que Dieu avait accordé aux nations pour dominer le monde est terminée. Bien plus vous pouvez avoir part à la félicité à venir. L’aboutissement de l’histoire est pour vous. Cela aurait pu être pour les générations précédentes, mais non, c’est pour vous.

A contre-pied de cette vision particulièrement enchanteresse de l’histoire nous lisons le philosophe Emil Cioran.

L’homme fait l’histoire ; à son tour l’histoire le défait. Il en est l’auteur et l’objet, l’agent et la victime. Il a cru jusqu’ici la maîtriser, il sait maintenant qu’elle lui échappe, qu’elle s’épanouit dans l’insoluble et l’intolérable : une épopée démente, dont l’aboutissement n’implique aucune idée de finalité. Comment lui assigner un but ? Si elle en avait un, elle ne l’atteindrait qu’une fois parvenue à son terme. N’en tireraient avantage que les derniers rejetons, les survivants, les restes, eux seuls seraient comblés, profiteurs du nombre incalculable d’efforts et de tourments qu’aura connus le passé. Vision par trop grotesque et injuste. Si on veut à tout prix que l’histoire ait un sens, qu’on le cherche dans la malédiction qui pèse sur elle, et nulle part ailleurs. L’individu isolé lui-même ne saurait en posséder un que dans la mesure où il participe à cette malédiction. Un génie malfaisant préside aux destinées de l’histoire. Elle n’a visiblement pas de but, mais elle est grevée d’une fatalité qui en tient lieu, et qui confère au devenir un simulacre de nécessité. C’est cette fatalité, et uniquement elle, qui permet de parler sans ridicule d’une logique de l’histoire, - et même d’une providence, d’une providence spéciale, il est vrai, suspecte au possible, dont les desseins sont moins impénétrables que ceux de l’autre, réputée bienfaisante, car elle fait en sorte que les civilisations dont elle régit la marche s’écartent toujours de leur direction originelle pour atteindre l’opposé de leurs visées, pour dégringoler avec une obstination et une méthode qui trahissent les agissements d’une puissance ténébreuse et ironique.

Ecartèlement, Gallimard, 1979.

La constatation est amère, l’histoire est folle à lier. Et il n’y a pas de divin plan des âges dans tout cela. Il est démobilisateur et trompeur d’invoquer des versets bibliques cités pèle-mèle hors de leur contexte pour faire croire que demain l’avenir sera plus beau et que l’on rasera gratis.
Plutôt que d’attendre naïvement et innocemment que l’histoire soit miraculeusement basculée cul par dessus tête par un maître hypothétique, soyons-en plutôt, selon les mots du philosophe, les auteurs et agents.
L’histoire est imprévisible, mais ce n’est pas une raison pour vivre sa vie sur le banc de touche en croisant les doigts pour qu’une voix venant des cieux nous incite à l’action.
L’histoire n’a probablement pas de sens, ça ne veut pas dire qu’il faille rester dans un immobilisme et un attentisme millénaristes.


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