Le livre de Daniel consiste en douze chapitres, quoique qu’il comporte d’autres chapitres supplémentaires, dont nous aborderons uniquement la première partie qui est narrative.
Comme pour le livre de Jonas, l’auteur prétend être le personnage central toutefois les nombreuses erreurs historiques qu’il commet révèlent un écrit de pseudépigraphie. Son ignorance des évènements du VIe siècle av JC se révèlent dans les erreurs suivantes :
- Erreurs pour les détails concernant la chute de Jérusalem.
- Erreurs pour le personnage Balthazar/Belchatzar
- Erreurs pour la succession des royaumes babyloniens.
L’ensemble des experts s’accordent à dire que ce livre fut rédigé entre 167 et 164 avant notre ère et suivant d’excellentes raisons, n’en déplaisent aux fondamentalistes !!! Etudions –les. (Pour cet article, j’ai utilisé la traduction de la Bible de Jérusalem)
Les erreurs et anachronismes de Daniel.
- Erreurs pour la chute de Jérusalem :
Ce passage est rempli d’erreurs historiques et d’anachronismes.
D’abord le nom du roi de Juda concerné par le siège est faux. 2 Rois 24 :10 nous apprend que ce fut Joiakîn, le fils de Joiaqim, contre qui Nabuchodonosor (Nebuchadressar) tint le siège. De plus, la troisième année de Joiaqim aurait été 606 avant notre ère. Mais Nabuchodonosor n’était pas encore roi à ce moment là ! Il devint roi en 605-604 av notre ère, la quatrième année du règne de Joiaqim.
Ensuite l’utilisation du mot Shinéar est un anachronisme. Ce nom était utilisé pour désigner Sumer au temps d’Abraham. Durant la période exilique, c’est-à-dire à l’époque ou le livre de Daniel est supposé avoir été écrit, la désignation correcte était la Chaldée et non Shinéar.
- Erreurs pour Balthazar (ou Belshazzar)

Ce passage innocent est tout simplement rempli d’erreurs historiques.
Balthazar/Belshazzar, ou plus correctement Bel-shar-utsur (« Bel, protège le Roi »), ne fut jamais roi. Il fut un prince héritier mais ne devint jamais roi de Chaldée, royaume qui s’effondra durant le règne de son père.
Nabuchodonosor n’était pas le père de Balthazar. En fait, il n’y a même pas de relation familiale entre les deux personnages. Nabuchodonosor mourut en - 562 laissant son royaume à Amêl-Marduk qui ne régna que deux ans avant d’être assassiné par son beau-frère Nergal-shar-usur (Nériglissar). Nériglassar occupa le règne pendant seulement quatre ans. Après sa mort en -560, son fils, le petit-fils de Nabuchodonosor, Labashi-Marduk devint roi. Il y eut une révolte, et Labâshi-Marduk fut détrôné au profit de Nabonide.(Nabu-naido signifiant « Nabu est glorieux »).Nabonide n’avait aucune relation familiale quelconque avec Nabuchodonosor. Il fut le dernier roi de l’Empire Chaldéen et Balthazar était son fils. [1]
- Erreurs concernant la succession des rois babyloniens.
Encore une autre déclaration historiquement fausse. Tout d’abord, le royaume chaldéen tomba aux mains des Perses et non des Mèdes (en -538). Le roi qui conquit la Chaldée était Cyrus le Perse. Il n’y a aucun quelconque Darius le Mède historique ! Il y a toutefois un Darius, roi de Perse qui devint roi en -521, soixante-dix ans après la chute de Babylone. Darius le Perse fut un roi très connu à l’antiquité et il est évident que l’auteur du livre de Daniel a pensé de manière erronée qu’il fut le conquérant de l’empire chaldéen. [2]

L’auteur de Daniel révèle d’autant plus son ignorance de l’histoire quand il écrit :
Maintenant, l’auteur se réfère à Darius Ier le Perse mais c’est dans une déclaration erronée. Le père de Darius était Hystaspes Ahasuerus, en se basant sur Esdras 4 : 5-6 peut-être correctement identifié avec Xerxès I Mais Xerxès I était le fils de Darius, pas son père !
Comme un coup de grâce contre l’authenticité de ce livre, le rédacteur écrit le passage suivant :
Un hommage de sa propre personne à la troisième personne du singulier est déjà pour le moins absurde et révélateur de la pseudépigraphie mais révèle aussi son ignorance historique. Le passage au-dessus montre que le rédacteur croit que l’empire chaldéen tomba d’abord sous le joug des Mèdes puis sous le joug des Perses. C’est complètement uchronique. L’histoire nous apprend que les Medes et les Chaldéens coexistèrent, s’allièrent contre les Assyriens pour s’en libérer (bataille de Ninive en -612) puis après quelques années que les Medes furent assujetis aux Achéménides par Cyrus II (cf. Chronique de Nabonide) à la bataille d’Alyatte en -549 après plusieurs années de guerres. Cyrus II fut déclaré roi des Perses en -546. [3]
La datation du livre de Daniel.
Le livre de Daniel est tellement rempli d’erreurs historiques, d’inexactitudes que la plus grande majorité des experts (en excluant les fondamentalistes évidemment) considèrent que Daniel fut écrit beaucoup plus tard (entre -167 et -164) que la prétendue période de l’écrivain. Comment les savants concluent-ils cela ? Laissez-nous vous l’expliquer car c’est très important.
1/ Nous savons que le livre n’a pas pu être écrit au VIe siècle av.n.ère car il énumère des erreurs que quiconque de l’époque aurait pu contredire ou qu’un témoin oculaire de ces évènements n’auraient jamais écrits.
2/ La déclaration de Daniel 9 :2 : « en l’an un de son règne, moi, Daniel, je scrutai les Ecritures, computant le nombre des années tel qu’il fut révélé par Yahvé au prophète Jérémie qui doivent s’accomplir pour les ruines de Jérusalem, à savoir 70 ans. »
Ceci est révélateur. Le prophète Jérémie vécut au moment de la chute de Jérusalem par Nabuchodonosor en -587. Il était donc un proche contemporain de Daniel. Le temps du Daniel imaginaire est tout simplement trop court pour que le livre de Jérémie soit considéré comme « Ecriture » (signifiant « écriture sainte »). En fait, nous savons que le livre de Jérémie fut (plus ou moins) considéré comme étant sacré par les Juifs vers -200 et cela de manière non unanime. [4] Donc, Daniel ne pouvait pas écrire avant cette époque…
Daniel est par contre très précis dans les prédictions des évènements précédents la prise de Jérusalem et la profanation du temple de Jérusalem par Antiochos en Décembre -167 ! [5]
Après cela Daniel commence à se fourvoyer. Daniel 11 :45 prédit qu’Antiochos IV mourra « entre la mer et les monts de la Sainte Splendeur », ceci désignant Jérusalem et la mer Méditerranéenne. Cependant Antiochos IV mourut en Perse en -164.
Pour résumé, le rédacteur fit des erreurs pour les évènements du lointain passé (6e siècle av JC), fut remarquablement précis pour le détail des évènements précédents la profanation du temple en -167 et il fit des erreurs pour les évènements suivant -164. Il est donc évident que notre « Daniel » a écrit son livre après les évènements de -167 et avant la mort d’Antiochos IV en -164. [6]
Autres preuves d’une rédaction tardive
Voici d’autres indications montrant l’impossibilité d’une rédaction à l’époque néo-babylonienne suivant le livre An Introduction to the Literature of the Old Testament [7]
1. Sa position dans le canon Juif, non parmi les prophètes, mais dans la collection des écrits tardifs appelés les Hagiographes, dans lesquels figure le livre d’Esther.
2. Jesus ben Sirach, écrivant vers 190 avant notre ère, dans son livre énumére des Israelites-Juifs de renoms (chapitre 44-50) en mentionnant Isaïe, Jérémie, Ezechiel et les douze petits prophètes mais absolument rien pour Daniel.
3. Les « Chaldéens » en Daniel 1:4 ; 2:2, etc sont synonymes de la classe des hommes sages. Ce sens est inconnu à l’époque Assyro-Babylonienne mais elle est caractéristique de la fin de l’époque Perse et Héllenistique.
4. Le nombre de mots perses dans le livre, spécialement la partie araméenne est étonnant (cf. prtmym signifiant « nobles » en Daniel 1:3 venant de l’Avestique « fratema » et du Sanskrit « prathema », and bien d’autres). De tels mots ne se retrouvent que dans les écrits rédigés après que l’empire Perse se soit suffisamment organisé pour que son influence soit établie. Ceci est complètement innatendu de la part d’un Daniel écrivant sous la suprématie babylonienne.
5. Daniel ne contient pas seulement des mots perses, mais aussi trois mots grecques : qytrs < kitharos (3:5, 7, 10, 15), psntryn < psalterion (3:5, 7, 10, 15), et swmpnyh = symphonia (3:5, 15). L’utilisation de ces trois mots anachroniques donnent une preuve évident d’une rédaction après Alexandre le Grand. De plus, le mot symphonia définissant "un instrument de musique" n’est apparu qu’après la période babylonienne.
6. L’araméen de Daniel est un dialecte Araméen de l’Ouest qui se retrouve en Palestine, connu par des inscriptions le datant du IIIe siècle av. JC au IIe siècle av.JC ainsi que les Targums d’Onkelos et Jonathan.
7. L’hébreu de Daniel ressemble à l’hébreux postérieur à l’époque de Néhémie, contenant plusieurs mots ou de l’hébreu rabbinique ou seulement connu dans la Mishnah, Esdras, Chroniques, Néhémie et Esther.
8. La théologie du livre de Daniel pointe vers une époque plus tardive que l’époque de l’exil. La doctrine du Messie (« le Fils de l’Homme »), des anges, la résurrection, le jugement du monde, sont décris d’une manière très précise et sont plus développés plus que nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament. On retrouve uniquement ces concepts dans 1 Enoch (-100 av notre ère) et les Manuscrits de la mer Morte (200 av JC - 68 ap JC).
Les raisons de la pseudépigraphie de Daniel.
La question se présente : Pourquoi l’auteur du livre de Daniel adopte la prétention d’écrire au sixième siècle avant notre ère ?
Pour une simple (mais malhonnête) raison ; au temps où il viendrait à être lu, bon nombre des prétendues prophéties se seraient accomplis. Cela donnerait du crédit au livre et accorderait encore plus de valeur aux prophéties futures annoncées. Par sa duperie, l’auteur de Daniel essaya d’emporter l’adhésion de ses lecteurs pour l’authenticité de ce livre afin qu’ils puissent croire aux prophéties futures. Et comme le résume très bien l’historien Robin Fox dans son livre « The Unauthorized Version » - p331,337 :
En conclusion, ce livre est une fraude littéraire.




