mercredi, 8 septembre 2010|

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Le harem de Salomon



Table des matières :

…ou la place de la femme dans l’Ancien Testament.

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Pays autorisant la polygamie (majoritairement des pays les moins avancés [PMA])

Actuellement, la polygamie constitue en France un délit s’il y a des preuves qu’une personne a contracté un mariage dûment enregistré par un officier d’état-civil, puis s’est remariée civilement sans avoir préalablement divorcé. C’est une ordonnance de 1945 qui a interdit la polygamie, et selon le Code pénal, article 433-20, celui qui en est reconnu coupable encourt un an de prison et 45 000 euros d’amende. [1]

Or, le roi biblique Salomon, que la Société Watch Tower considère comme un roi fidèle à son Dieu hormis dans ses vieux jours, est connu pour avoir pratiqué la polygamie avec frénésie, ce qui n’est, en tant que tel, critiqué ni dans la Bible ni dans leurs publications. En effet, 1 Rois 11:3 : « Il eut sept cents femmes — des princesses — et trois cents concubines », soit un total ahurissant de 1000 femmes (déjà qu’avec une seule, certains ont du mal…).

Peut-on comparer la vie d’un souverain ayant vécu au Xe siècle avant notre ère avec celle d’un citoyen français du XXIe siècle ? Probablement pas, car les normes et les valeurs collectives ont grandement varié en fonction des lieux et des époques. Toutefois, en bons fondamentalistes, les Témoins de Jéhovah considèrent que la Bible est la Parole de Dieu, riches d’enseignements pour nous, et souscrivent aux paroles bibliques selon lesquelles les personnages bibliques avaient « des sentiments semblables aux nôtres » [2] et Dieu « n’a pas changé » au fil du temps [3]. Ainsi, pour ne pas trop chambouler leur lecture de la Bible, nous allons ici globalement nous placer dans les situations telles qu’elles sont décrites dans les Saintes Écritures, via la vision apportée par le prisme watchtowerien.

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Temple texan de l’Église fondamentaliste des saints des derniers jours, qui pratique encore la polygamie

Nous disions donc 1000 femmes pour Salomon… À côté de cela, même les polygames mormons des USA, eux qui s’inspirent précisément de l’exemple de Salomon pour pratiquer ce qu’ils appellent le « mariage plural », sont de petits joueurs ! Précisions qu’heureusement, pour ceux qui savent prendre un peu de recul sur l’authenticité de la Bible, ce nombre incroyable n’avait rien de concret, et cherchait davantage à souligner la puissance du monarque (d’ailleurs, un tel chiffre rond pourtant si élevé est déjà en lui-même de nature à provoquer la suspicion…).

Tentons un instant d’imaginer à quoi pouvait bien ressembler la vie de ces femmes…

Regroupées dans un harem, elles devaient être réduites au statut de call-girls de luxe, attendant patiemment que monsieur daigne avoir envie de passer un petit moment de plaisir avec elles, et alors qu’il devait probablement ne même pas connaître leur nom ni leur personnalité. À la manière d’un client dans une charcuterie qui choisirait sa viande sur la base de sa fraîcheur tout en cherchant conseil auprès du serveur (« Elle est bien tendre et savoureuse, votre côte de porc ? »), notre chaud lapin devait examiner la marchandise pour déterminer celle qui aurait droit à ses faveurs du jour, probablement après s’être renseigné auprès du gardien des femmes qui s’occupait du harem. [4] Évidemment, est-il besoin de le préciser, les qualités spirituelles des dames n’entraient pas du tout en ligne de compte dans la sélection, d’autant que la majorité d’entre elles n’étaient même pas des adoratrices de son Dieu. Hormis la préférée du roi, les contacts avec elles devaient donc se résumer à… une partie de jambes en l’air de temps à autre ! Quel romantisme, quelle délicatesse, quelle sensibilité de la part d’un roi qui devait refléter les qualités de son Dieu ! Peut-être Salomon tenait-il un journal intime répertoriant les performances de chacune afin de repérer plus facilement les « bons coups ».

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Scoop : l’agenda de Salomon retrouvé !
Franchement, y’en a qui avaient la vie dure…

En partant du principe que Salomon soit en forme tous les jours, qu’il n’« honore » quotidiennement qu’une d’entre elles et que son calendrier sexuel obéisse scrupuleusement à un roulement régulier, chaque femme devait recevoir son dû conjugal une fois tous les trois ans environ. Quand on considère cette fréquence ainsi que la Loi mosaïque qui proscrivait l’adultère et n’autorisait pas la polyandrie, on espère pour elles qu’elles n’avaient pas le feu aux fesses, sans quoi elles devaient être légèrement frustrées sur les bords… À propos, Salomon devait s’éclater au plumard sans se contenter de la position du missionnaire, sachant que les païennes étaient celles qui constituaient le gros des troupes de son harem, et que celles-ci ne devaient pas souffrir d’une trop grande frigidité étant donné les cultes sexuels en vogue dans leurs nations - certaines d’entre elles étant peut-être même des prostituées sacrées -… Ajoutons à cela que les enfants issus de ces unions multiples, du fait de leur nombre, ne devaient probablement pas développer une relation personnelle avec leur père et que la promiscuité entre des femmes se partageant le même homme devait être la source de jalousies, voire de crêpages de chignon. Même si elles vivaient dans l’opulence, croyez-vous que ces femmes étaient heureuses et épanouies dans leur relation conjugale ?

Les choses ne s’arrêtent pas là : selon le Cantique cantique Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).

Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.

des Cantiques (appelé Chant de Salomon, dans la Traduction du Monde Nouveau) 6:8, Salomon, qui avait pourtant déjà « soixante reines et quatre-vingts concubines et des jeunes filles sans nombre » à ce moment-là, cherche à séduire une jolie fille pourtant amoureuse d’un berger et apparemment déjà engagée envers lui, étant donné leurs marques d’affection mutuelles. Et pourtant, Salomon la retient dans son camp sous bonne garde (tout cela selon la compréhension jéhoviste du livre). [5] [6] En fait, cela signifie que notre séducteur invétéré, qui disposait pourtant déjà d’une armada de femmes tout prêtes à le satisfaire, cherchait ni plus ni moins à briser une idylle pour satisfaire sa soif effrénée de sexe. Par ailleurs, il n’hésita pas apparemment pas à charmer la jeune fille en utilisant sa position sociale et sa richesse. Au fait, comment se fait-il qu’un homme pouvait se permettre d’avoir autant de femmes, si ce n’était pas grâce à son prestige et dans le but de le renforcer, même si cela s’effectuait au détriment des femmes en question ?

Maintenant, comparez ce récit avec un rapport de 2006 intitulé ’’Études et propositions sur la polygamie’’ établi par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui explique : « Il existe une autre forme de la polygamie, basée uniquement sur la domination de l’homme sur la femme et l’utilisation de celle-ci comme signe extérieur de richesse. En effet, dans certaines sociétés, le nombre d’épouses renforce la position sociale. » Plus loin, sous le sous-titre ’’Le vécu : sortir du cercle infernal’’, la Commission confirme les difficultés des femmes dans les cas de polygamie, déclarant : « Au cours des auditions et à travers de nombreux documents, nous avons pu découvrir des situations très diverses mais tout aussi douloureuses et complexes. Le fil conducteur est la détresse des femmes, leur isolement (…). Il semble bien, malgré tout, à travers les situations décrites par ces femmes, que d’autres situations de polygamie, même en les imaginant moins dramatiques, ne puissent jamais devenir idylliques ! »

Mais au fait quel était le but de la polygamie aux temps bibliques ? Permettre à monsieur de satisfaire à loisir ses envies concupiscentes et perfectionner ses exploits libidineux ? Mais pas du tout, espèce d’esprit mal tourné ! Voyez les explications rationnelles données dans les publications jéhovistes :

* « Rappelons-nous que ce n’est pas Jéhovah qui a institué cette coutume. Le premier polygame mentionné dans la Bible est Lamek, un descendant de Caïn (…). Quand Jéhovah a fait d’Israël son peuple, la polygamie existait déjà parmi les Israélites, mais elle était loin, semble-t-il, d’être la règle. Dieu n’a pas exigé l’éclatement des familles polygames. Par contre, il a strictement réglementé cette pratique. — Exode 21:10, 11 ; Deutéronome 21:15-17. » (La Tour de Garde, 1 août 2003, p. 31)

= > Ben oui, que voulez-vous, le Dieu Tout-Puissant n’a pas osé heurter la sensibilité des Israélites en interdisant leurs coutumes inspirées du descendant d’un « méchant » [7], et cela alors que dans le même temps il leur avait donné un liste vertigineuse de lois contraignantes censées mettre en évidence la notion de péché ! Comme c’est touchant… et contradictoire ! Et à propos de la soi-disant « stricte réglementation » sur la polygamie, notons qu’elle se résume aux cinq malheureux versets cités ci-dessus, là où des questions beaucoup plus futiles s’étendent sur des chapitres entiers… Faut en déduire que la protection des femmes n’était pas la priorité divine ? Moralité : Dieu doit être un homme particulièrement macho.

* « Elle a favorisé la croissance démographique d’Israël », déclare La Tour de Garde du 15 juillet 1995 à la page 12.

=> Eh oui, cela n’avait d’autre but que de faire grossir le nombre des Israélites (donc davantage de personnes mobilisables en période de guerre), ce qui pouvait constituer une sorte de dévouement pour l’intérêt public de la nation. En fait, en y réfléchissant bien, en copulant avec ses épouses d’un soir, Salomon n’accomplissait rien d’autre qu’un devoir civique ! Et apparemment, il avait pris ses obligations très à cœur… Avouons quand même qu’en terme de contribution citoyenne, ça doit être beaucoup plus jouissif que d’aller déposer son bulletin dans une urne…

En fait, La Tour de Garde du 15 septembre 1998, à la page 30, indique où se situe le péché de Salomon, qui n’est pas où on pourrait le penser : « Même le sage roi Salomon, lui qui avait prié pour avoir un cœur obéissant, n’a pas obéi continuellement à Jéhovah. Contre la volonté divine, il a épousé des femmes étrangères qui l’ont fait pécher contre Dieu (Nehémia 13:23, 26). Salomon a perdu la faveur divine parce qu’il n’a pas toujours eu un cœur obéissant. » Remarquons que c’est juste l’adoration de dieux étrangers comme conséquence de mariages avec des femmes païennes qui posait problème, pas le nombre d’entre elles ! Certes, les passages de Deutéronome 7:3,4 et 17:17 déclarent que le roi « ne doit pas multiplier pour lui les épouses » et que les Israélites en général ne devaient pas se marier avec des étrangères, mais ils ne condamnent pas la polygamie. [8]

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La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
Établie par des humains, et pourtant moins discriminatoire que la Loi mosaïque !

Ah mais qu’est-ce que tout ça est très moral, et quelle belle défense du droit des femmes ! Au fait, qu’est-ce qui a permis à cette pratique de régresser dans un pays comme la France ?

La Commission susmentionnée déclare : « Grâce à la mobilisation des femmes, à la création de réseaux nationaux et internationaux et à l’évolution des mentalités quant à la prise en compte des droits de l’Homme et la dignité humaine, les législations évoluent et les pratiques polygamiques diminuent rapidement ». Elle cite ensuite des textes de loi allant dans ce sens, puis elle parle de « la convention « CEDAW » (Convention for the Elimination of Discrimination Against Women) du 18 décembre 1979, (…) concerne spécifiquement l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, [et] (…) a, ainsi, eu l’occasion de se prononcer spécifiquement sur le thème de la polygamie, dans sa recommandation générale n° 21 relative à l’égalité dans le mariage et les rapports familiaux. Il a précisé que « la polygamie [était] contraire à l’égalité des sexes et [pouvait] avoir de si graves conséquences affectives et financières pour la femme et les personnes à sa charge qu’il [fallait] décourager et même interdire cette forme de mariage ».

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Rocco Siffredi
Une carrière inspirée par Salomon ?

En gros, de simples humains faits de poussières condamnent une pratique discriminatoire là où le Dieu créateur biblique, censé connaître parfaitement l’être humain, l’a tolérée et presque ouvertement approuvée pendant des siècles…

Pauvre Rocco Siffredi, l’homme aux plus de 4000 conquêtes, qui n’est tout simplement pas né à la bonne d’époque ! Lui qui est considéré aujourd’hui par les Témoins de Jéhovah comme un grand pécheur indigne de la vie éternelle, il aurait pu s’offrir tout un harem avec la bénédiction divine s’il avait vécu 3000 ans plus tôt… Mais à part ça, oui vraiment, Dieu n’a pas changé !


Notes:

[1] Article 433-20 du Code pénal

[2] Jacques 5:17

[3] Malachie 3:6

[4] Ces gardiens, tels l’eunuque Hégai à l’époque d’Esther, connaissaient plus personnellement les femmes du roi, car ils s’occupaient de leurs soins de beauté. Voir Esther 2:3, 8, 9, 15

[5] Notons au passage que ce livre glorifie l’amour sensuel sans jamais mentionner les qualités des protagonistes, et contient des images érotiques assez explicites. Cela n’empêche pas les fondamentalistes, TJ inclus, de louer la pureté qui se dégagerait de ce livre, et de percevoir dans cette relation une illustration de l’amour de Dieu pour Israël, puis de Jésus pour sa congrégation, alors qu’aucun autre auteur biblique n’a établi un tel parallèle (en gros, on réinterprète le livre pour lui ôter toute connotation sexuelle et en faire quelque chose qui exalte la chasteté : tout le contraire…). En fait, le Cantique des Cantiques est un livre pseudépigraphique écrit environ de sept siècles après l’époque qu’il est censé narrer. Pour aller plus loin, voir cette page présentant quelques travaux sur ce livre.

[6] Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile, publié par la Société Watch Tower, pages 115-17

[7] ’’Argument’’ complètement bidon : 1/ Pourquoi l’acte d’un homme serait-il soudain répréhensible à partir du moment où l’un de ses ancêtres s’est mal comporté ? Quel est le rapport ? ; 2/ Il faut rappeler que la lignée de Caïn est censée s’être éteinte lors du déluge… Dès lors, ce sont bien les descendants de Noé, un ’’juste’’ pourtant, qui ont remis la polygamie au goût du jour.

[8] Il est généralement admis que le livre du Deutéronome a été composé depuis l’époque de Josias (VIIe siècle av. n.è.) jusqu’à l’ère postexilique et, tout comme les livres d’Esdras et de Néhémie, condamne l’exogamie (comparez, par exemple, avec le livre de Ruth qui présente sous un jour favorable un mariage israélo-moabite). Ces versets n’étaient donc pas rédigés à l’époque de Salomon et ont été manifestement écrits en réaction à son infidélité. D’ailleurs, lorsqu’il épousa la fille de Pharaon en premières noces selon 1 Rois 3:1, aucun signe de désapprobation ne transparaît dans la Bible, alors qu’il s’agissait manifestement d’un mariage diplomatique cherchant à renforcer les royaumes d’Israël et d’Égypte…


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