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Le besoin de vérité



Table des matières :

Une philosophe française engagée du siècle dernier du nom de Simone Weil (1909-1943), à ne pas confondre avec la femme politique Simone Veil, s’est exprimée sur cette question.

Elle nous délivre un texte empreint de révolte et de colère.

Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre. Il n’en est pourtant jamais fait mention. On a peur de lire quand on s’est une fois rendu compte de la quantité et de l’énormité des faussetés matérielles étalées sans honte, même dans les livres des auteurs les plus réputés. On lit alors comme on boirait l’eau d’un puits douteux.
Il y a des hommes qui travaillent huit heures par jour et font le grand effort de lire le soir pour s’instruire. Ils ne peuvent pas se livrer à des vérifications dans les grandes bibliothèques. Ils croient le livre sur parole. On n’a pas le droit de leur donner à manger du faux. Quel sens cela a-t-il d’alléguer que les auteurs sont de bonne foi ? Eux ne travaillent pas physiquement huit heures par jour. La société les nourrit pour qu’ils aient le loisir et se donnent la peine d’éviter l’erreur. Un aiguilleur cause d’un déraillement serait mal accueilli en alléguant qu’il est de bonne foi.
A plus forte raison est-il honteux de tolérer l’existence de journaux dont tout le monde sait qu’aucun collaborateur ne pourrait y demeurer s’il ne consentait pas parfois à altérer sciemment la vérité
Le public se défie des journaux, mais sa défiance ne le protège pas. sachant en gros qu’un journal contient des vérités et des mensonges, il répartit les nouvelles annoncées entre ces deux rubriques, mais au hasard, au gré de ses préférences. Il est ainsi livré à l’erreur.
Tout le monde sait que, lorsque le journalisme se confond avec l’organisation du mensonge, il constitue un crime. Mais on croit que c’est un crime impunissable. Qu’est-ce qui empêche de punir une activité une fois qu’elle a été reconnue comme criminelle ? D’où peut bien venir cette étrange conception de crimes non punissables ? C’est une des plus monstrueuses déformations de l’esprit juridique.

L’enracinement in Oeuvres, « Quarto », Gallimard, 2000.

Colporter le mensonge et lui donner l’apparence du vraisemblable parce qu’il est affirmé avec ostentation et conviction l’Organisation des Témoins de Jéhovah en est passé maîtresse.
Ses membres rédacteurs qui se livrent à de minutieuses recherches orientées ont tout le loisir de vérifier leurs dires, mais ils s’abstiennent bien de le faire.
Faire indéfectiblement croire en un coffre de bois flottant qui aurait préservé Noé et sa famile, mais également faunes et flores du monde entier, en une anesse qui parle à Balaam, à un soleil qui s’arrête dans le ciel aux ordres de Josué, à un poisson qui engloutit Jonas pendant trois jours entiers, à des calculs cabalistiques faisant lien entre Nebucadnezzar et l’année 1914 et à tant d’idioties encore, et ne pas être tenus coupables de mensonges éhontés, voilà qui heurte le bon sens et fait jaillir la colère.
Mais là le mensonge est organisé, il forme un tout harmonieux, il est biblique et il ne peut donc pas faire de tort. C’est le mensonge pieux, et même béni, théocratique.
L’ouvrier décrit qui se défie de ce qu’il lisait avait un avantage, le Témoin de Jéhovah avale goulûment les vérités qu’on lui soumet. Comment la Watchtower pourrait-elle tromper ses enfants ?
Toute vérification est inutile, les sources extérieures sont empoisonnées. Seule la Watchtower est à même de dire le vrai et de faire la part du faux.
Cette confiance imméritée est à elle seule un scandale, elle est constitutive de l’abus de confiance [1].
Si l’organisation du mensonge est un crime punissable, alors l’Organisation des Témoins de Jéhovah est déjà condamnée. Et son crime est imprescriptible.
Un jour viendra où elle devra en répondre car le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre.


Notes:

[1] N’oublions pas q’un ouvrage majeur des Témoins de Jéhovah s’intitulait précisément La Vérité qui conduit à la vie éternelle (1968 - diffusé à plus de 100 millions d’exemplaires) appelé tout simplement Vérité.

6 commentaires
  • petit détail pourtant gros. 18 mars 2007 11:42

    si l’on clique sur watchtower on lit : « …juridique » !

    même là, l’auteur ressort la définition tjistique donnée ou apprise par les propres écrits des tj, par des tj : la dénommination d’« entité juridique » complétée par « dont se sert Jéhovah », alors que je crois, sauf énoooooorme erreur de ma part, qu’il s’agit d’une industrie à fin commerciales, qui se sert de Jéhovah !

    machines, ouvriers , représentants, colporteurs (tel était le nom donné par les écrites de cette « entité » eux-mêmes), clients potentiels et suivis, pour le moins.

    à compléter ailleurs, que vous en semble ?

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    • Ah la vatch ! 19 mars 2007 16:30, par Lucretius

      La Watchtower est bien une entité juridique déclarée sous le nom de Watchtower Bible and Tract Society of New York, inc. Brooklyn, New York, USA.

      Son objet déclaré est bien non lucratif, même si on peut légitimement en douter en étudiant tant son fonctionnement que sa transparence financière.

      Ce n’est que depuis quelques années que l’Organisation a commencé à se démarquer de la structure juridique dite Watchtower. Auparavant le président de la WT était également à la tête du Collège Central.

      Mais l’habitude est restée et on parle encore bien de la Société quand on désigne l’instance dirigeante, et même dans les congrégations d’aujourd’hui. ;)

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      • entité ? ou anti- théisme ? 21 mars 2007 11:54

        mais oui ! « Auparavant le président de la WT était également à la tête du Collège Central » des témoins de Jéhovah !

        et il serait bon de calculer pendant combien de temps de l’existence du système il en fut ainsi ! et les raisons qui l’ont poussé à faire ecrire que la Watchtower Bible and tract société n’était qu’une« entité juridique », qu’était elle donc avant ??????

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  • Abus de confiance ? 18 mars 2007 16:40

    Bâtir un empire financier en colportant le mensonge, c’est de l’abus de confiance, non ? D’anciens adeptes pourraient-ils utiliser un article du Code pénal pour déposer plainte contre cette organisation ? Et si oui, lequel ?

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  • Abus de confiance ? 18 mars 2007 17:59

    L’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu’elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé.

    Malheureusement, on ne peut pas parler d’abus de confiance si l’on estime avoir dépensé temps et argent pour un groupe de personnes qui nous a délibérement menti. A moins d’être handicapé mental, vieillard, etc. (ce qui relève de l’abus de faiblesse), il me semble que l’on ne peut strictement rien faire…

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