mardi, 7 février 2012|

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La liberté de ne plus croire et le jéhovisme



Table des matières :

Mais derrière cette rassurante prétention que révèle la réalité des idées et des pratiques ?

La liberté de religion, et son corrolaire immédiat, le droit d’abjurer une religion est fondamentale et repris dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.

Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Article 19
Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

La liberté de renoncer à sa religion chez les Témoins de Jéhovah est très particulière.
Quelques textes issus de leur littérature permettent d’en limiter singulièrement la portée.

La Tour de Garde, 15/12/1981, p. 21 :

Celui qui est expulsé n’est pas simplement quelqu’un du monde qui n’a jamais connu Dieu ni suivi le mode de vie préconisé par Dieu. C’est quelqu’un qui a su ce qu’est la voie de la vérité et de la justice, mais qui a abandonné cette voie et a suivi sans se repentir celle du péché jusqu’à devoir être expulsé. Il doit donc être traité différemment. Pierre expliqua en quoi les anciens chrétiens se distinguaient de “l’homme de la rue”. Il écrivit : “Si, après avoir échappé aux souillures du monde par une connaissance exacte du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, ils se trouvent de nouveau entraînés dans ces choses et sont vaincus, la condition finale est devenue pire pour eux que la première. (…) Il leur est arrivé ce que dit le proverbe véridique : ‘Le chien est retourné à son propre vomissement, et la truie qui a été lavée est retournée se vautrer dans le bourbier.’” — II Pierre 2:20-22 ; I Cor. 6:11.
Oui, la Bible ordonne aux chrétiens de ne pas fréquenter quiconque a été expulsé de la congrégation. Les Témoins de Jéhovah utilisent le terme approprié d’ “exclusion” pour désigner cette expulsion et le refus de tout contact avec le coupable non repentant. Ce refus d’avoir des relations spirituelles ou amicales avec la personne expulsée reflète leur fidélité aux principes de Dieu et leur obéissance à l’ordre qu’il donne en I Corinthiens 5:11, 13. (…)
Celui qui a été un vrai chrétien peut quitter la voie de la vérité et dire qu’il ne se considère plus comme Témoin de Jéhovah ou ne veut plus être connu comme tel. Lorsque ce cas rare se produit, l’individu qui ne veut plus être chrétien se retire volontairement de la congrégation. L’apôtre Jean écrivit : “Ils sont sortis de chez nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous.” — I Jean 2:19.
Un chrétien peut encore renoncer à sa place dans la congrégation par ses actions, comme en acceptant d’appartenir à une organisation qui poursuit des objectifs opposés à l’enseignement de la Bible et qui, de ce fait, encourt la condamnation de Jéhovah Dieu (voir Révélation 19:17-21 ; Ésaïe 2:4). Si donc quelqu’un qui était chrétien choisit de se joindre aux hommes que Dieu désapprouve, il serait bien que la congrégation reconnaisse officiellement, par une brève communication, que la personne en question s’est retirée et n’est plus Témoin de Jéhovah.
Ceux qui cessent d’être “des nôtres” en rejetant délibérément la foi et les croyances des Témoins de Jéhovah devraient à juste titre être considérés et traités de la même façon que les personnes qui ont été exclues pour avoir péché. (…)
Dans sa grande sagesse, Dieu n’a pas essayé de prévoir toutes les situations possibles. Nous avons donc besoin de saisir le sens de ce que Jéhovah dit sur la façon de traiter les exclus, pour pouvoir ensuite soutenir son point de vue. Voici ce que Dieu nous explique sous la plume de l’apôtre Jean :
“Quiconque va de l’avant et ne demeure pas dans l’enseignement du Christ n’a pas Dieu. (…) Si quelqu’un vient à vous sans apporter cet enseignement, ne le recevez pas chez vous et ne lui dites pas de salut. Car celui qui lui dit un salut s’associe à ses œuvres méchantes.” — II Jean 9-11.
L’apôtre qui donna ce sage avertissement était très proche de Jésus et savait bien ce que celui-ci avait dit concernant les salutations. Il savait aussi que la salutation courante à cette époque était “Paix”. À la différence d’un “ennemi” personnel ou d’un homme haut placé qui combat les chrétiens, l’individu qui a été exclu ou qui s’est retiré, et qui essaie maintenant de répandre ou de justifier ses vues apostates, ou encore celui qui persiste dans sa conduite impie, n’est pas le genre de personne à laquelle il faut souhaiter la “paix”. (I Tim. 2:1, 2.) Nous savons tous par expérience qu’un simple “bonjour” peut constituer le premier pas vers une conversation et peut-être vers une amitié. Voulons-nous faire ce premier pas avec une personne exclue ?

La Tour de Garde, 15/4/1988, p.28 :

Son retranchement de la congrégation chrétienne ne signifie pas la mort immédiate pour le transgresseur ; les liens familiaux ne sont donc pas rompus. Il se peut qu’un homme qui est exclu, ou qui se retire volontairement de la congrégation, continue à vivre chez lui avec sa femme chrétienne et ses enfants fidèles. Leur respect des jugements de Dieu et de la mesure prise par la congrégation amèneront cette chrétienne et ses enfants à reconnaître qu’à cause de sa conduite le mari et père a mis fin au lien spirituel qui les unissait. Cependant, puisque son exclusion ne rompt pas les liens conjugaux ou familiaux, ils continueront à mener une vie familiale normale et à se témoigner une affection mutuelle.
La situation est différente si la personne exclue ou qui s’est retirée volontairement est un parent qui vit en dehors du foyer ou du cercle familial immédiat. Il sera peut-être possible de n’avoir presque aucun contact avec lui. Même si des questions familiales rendent nécessaires des contacts, ceux-ci devraient certainement être réduits au minimum, conformément à ce principe divin : ‘Cessez de fréquenter quelqu’un qui porte le nom de frère et qui est fornicateur, ou avide [ou coupable d’un autre péché grave] (…), et ne mangez pas avec un tel homme.’ — 1 Corinthiens 5:11.
Naturellement, cette conduite peut être difficile en raison des sentiments et des liens familiaux, tels que l’amour des grands-parents pour leurs petits-enfants. Mais c’est notre fidélité envers Dieu qui est mise à l’épreuve, comme l’a exprimé la chrétienne citée à la page 26. Tout chrétien qui ressent de la tristesse et le chagrin qu’un membre de sa famille exclu lui a ainsi causés trouvera un encouragement dans l’exemple qu’ont laissé certains parents de Coré. — Psaume 84:10-12.

La Tour de Garde, 1/4/1983, p. 31 :

Des grands-parents chrétiens dont les enfants ont été exclus peuvent aussi ressentir une grande perte. Peut-être étaient-ils habitués à recevoir la visite régulière de leurs enfants, ce qui leur donnait la possibilité de jouir de la présence de leurs petits-enfants. Mais voilà que les parents ont été exclus parce qu’ils ont rejeté les lois et les voies de Jéhovah. Les choses ne sont alors plus les mêmes au sein de la famille. Évidemment, il appartient aux grands-parents de décider si certaines questions familiales rendent nécessaires un contact limité avec leurs enfants exclus. Cependant, il est vraiment regrettable qu’à cause de leur conduite non chrétienne des enfants aient ainsi gâté le plaisir légitime auquel goûtaient ces grands-parents.

Réveillez-vous !, 8/9/1996, p. 27 Pourquoi l’exclusion est une disposition pleine d’amour :

L’exclusion est donc une disposition empreinte d’amour, car elle soutient le saint nom de Jéhovah et protège la congrégation de l’influence corruptrice du péché. Elle est aussi une preuve d’amour envers le malfaiteur, car elle l’encourage à se repentir et à ‘ se retourner pour que ses péchés soient effacés, afin que des époques de rafraîchissement viennent d’auprès de la personne de Jéhovah ’. — Actes 3:19.

On l’aura compris, celui qui volontairement ne veut plus être Témoin de Jéhovah et qui manifeste clairement son droit et sa liberté d’abjurer sa religion devra en payer le prix.
Si sa famille continue à faire partie de la congrégation des Témoins de Jéhovah il sera considéré comme un traître et un paria. Les liens familiaux subiront inévitablement la pression du mouvement. Toute tendance plus libérale ou vélléitaire est condamnée et recadrée par les anciens en charge de la communauté. Et tout celà pour le bien de la congrégation, de la famille de l’exclu et même, au cas où il ne le saurait pas ou l’aurait oublié, son propre bien.

Pouvons-nous valablement encore parler d’une véritable et franche liberté de religion ou d’abjuration offerte par le mouvement ?
Tout dépend comment l’on considère les contraintes qu’une communauté devraient faire supporter à un individu qui se met à penser différemment.

A ce sujet nous livrons à votre réflexion un texte du philosophe et économiste britannique John Suart Mill portant sur la liberté.

Les hommes ne sont autorisés, individuellement ou collectivement, à entraver la liberté d’action de quiconque que pour assurer leur propre protection. Il [ce principe] dit que le seul but légitimant l’usage de la force envers un membre quelconque de la communauté civilisée contre son gré, est de l’empêcher de faire du mal aux autres. Son propre bien, physique ou moral, n’est pas une justification suffisante. Il ne peut être légitimement contraint d’agir ou de s’abstenir sous prétexte qu’il est meilleur pour lui d’agir ainsi, sous prétexte que cela le rendrait heureux, ou que, dans l’opinion des autres, agir ainsi serait sage ou même juste. Ce sont de bonnes raisons pour lui faire des remontrances, pour raisonner avec lui, pour le persuader ou pour le supplier, mais non pour le contraindre ou le châtier s’il agit autrement. Cela ne se justifie que lorsque la conduite dont on désire le détourner vise à faire du mal à quelqu’un d’autre. Le seul aspect de la conduite de quelqu’un qui relève de la société est celui qui concerne les autres. En ce qui le concerne seul, son indépendance est, de droit, absolue. Sur lui même, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain.
Il n’est peut-êre guère nécessaire de dire que cette doctrine n’est cesée s’appliquer qu’aux êtres humains dont les facultés ont atteint leur maturité. Nous ne parlons pas des enfants ou des adolescents des deux sexes en-dessous de l’âge de la maturité fixé apr la loi. Ceux qui sont encore dans un état requérant les soins d’autrui doivent être protégés contre leurs propres actions aussi bien que contre les laux venant de l’extérieur. - De la liberté (1859), trad. G. Boss, éd. du Grand-Midi, 1987

Ce texte rédigé il y a 150 ans reste d’une surprenante modernité et manifeste clairement les limites de la coercition imposée par une communauté à ses membres.

Les Témoins de Jéhovah, au nom d’un dieu qui ne tolère pas la défection, ne respectent pas le droit et la liberté de ceux qui la quittent. Le châtiment de l’exclusion et de l’hostilité collective manifeste qui en est le pendant n’est pas une contrainte légitime, c’est bien au contraire l’aveu de faiblesse d’une organisation qui ne peut tolérer la critique et la controverse.
L’exclusion est un pare-feu théologique aveugle qui ne respecte pas l’individu, mais l’individu a-t-il un sens pour une organisation qui nie l’homme et ses valeurs pour promouvoir bien davantage les exigences divines ?

Sous cet autre aspect encore, celui de la liberté de religion ou d’abjuration de religion, le jéhovisme s’oppose à l’humanisme humanisme n. m. 1. Doctrine, savoir et éthique des humanistes de la Renaissance.
2. PHILO Doctrine, système qui affirme la valeur de la personne humaine et vise à l’épanouissement de celle-ci.
, piétinant largement les droits humains.


Notes:
1 commentaire
  • Guy Debord, 1959 27 mars 2007 20:39, par Fantasio

    Il n’y a de liberté que théorique pour les ennemis de la liberté.

    Répondre


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