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TJ - Révélation




XII. Pantaenus et Clément : le Séminaire d’Alexandrie

Le premier séminaire chrétien fut établi à Alexandrie aux environs de 180 de n.e. sur l’initiative de Pantaenus qui, selon Eusèbe avait trouvé une version hébraïque de l’Évangile de Matthieu en Inde, ou peut-être en Éthiopie ou en Arabie (M 129).

Quoique l’histoire n’est pas entièrement attestée par Eusèbe même (il le présente seulement comme un « on dit »), elle a sans doute contribué à la croyance selon laquelle Matthieu était originellement rédigé en hébreu. Pantaenus est également le premier à défendre l’Épître aux Hébreux comme authentique (ce qui avait été longtemps un sujet de dispute à cette époque), selon l’argument que Paul avait voulu rédigé de manière anonyme pour une audience particulière (M 130). et cette opinion est généralement considérée comme d’autorité (M 134). Naturellement, la formation d’une « école pour l’enseignement chrétien » est un moment décisif pour la compilation d’un canon, qui n’est rien d’autre qu’un recueil et la mission parfaite de la nouvelle tête de l’école (en 190), Clément d’Alexandrie, qui représente le chrétien le plus érudit de son époque : dans ses œuvres survivantes, il cite d’autres sources écrites environ 8000 fois, plus de 2500 de ces citations étant extraites de la tradition judaïque ou chrétienne (M 131), l’indice d’un vrai exégète. Aux alentours de 200 de n.e. nous trouvons selon les recherches de Clément qu’il considérait la sélection de Tatien comme étant la source primaire de la tradition évangélique, et qu’il pensait que l’ordre chronologique des livres était Matthieu et Luc, puis Marc, et finalement Jean, mais il reconnaissait également comme authentique l’Évangile aux Égyptiens (pas le même que celui que nous retrouvons à Nag Hammadi, mais probablement un autre texte gnostique ; M 171), l’Évangile aux Hébreux et les Traditions de Matthias (M 132), tout autant que Hermas, l’Épître de Barnabas, l’Apocalypse de Pierre (M 134), et le Didakhe (M 187). Mais il enregistra également certaines traditions orales additionnelles qu’il considérait comme authentiques, incluant trois déclarations de Jésus qui ne se retrouvent dans aucun texte écrit (M 134, cf. Stromata 1.28 : 94.5, 158.2, and 177.2). Le reste de son « canon » perdu incluait les quatorze lettres de Paul, les Actes, 1 Pierre, 1 Jean et Révélation.

L’Apocalypse de Pierre est à mentionner particulièrement ici. Il fut probablement rédigé entre 125 et 150 de n.e. et resta dans les listes de diverses églises comme un texte canonique pendant des siècles (M 184-6). Il livre des récits détaillés – selon les paroles de Jésus alors qu’il instruisait Pierre après la Résurrection – des Signes des Temps de la Fin et des diverses sortes de punition qui attendaient les pécheurs en Enfer, et les délices du Ciel. Le texte n’était pas seulement populaire et souvent traité comme une œuvre authentique de Pierre (même par les vrais érudits comme Clément), mais son influence sur la religion chrétienne dans son ensemble est profonde : c’est le premier texte à introduire des idées païennes détaillées sur le Ciel et l’Enfer dans la pensée chrétienne (s’inspirant de Homère, Virgile, et Platon, tout autant que d’Orphée et des traditions pythagoriciennes), et la vision populaire de ces destinations, adoptée et embellie par Dante des siècles plus tard, comme l’art médiéval, est une dérivation directe de ce livre chrétien primitif et de son influence étendue dans l’église pendant de nombreux siècles.
Ce qui retient notre attention est que ce livre aurait dû être regardé comme visiblement faux, alors qu’il fut généralement considéré comme authentique – son omission effectif du canon fut davantage le résultat de la volonté de certains dirigeants des églises de ne pas le lire à haute voix (selon le Canon de Muratori, cf. M 184), peut-être à cause de ses descriptions si dérangeantes.

Ajoutons, merci à Clément, que nous connaissons un évangile écrit quelques temps après la première moitié du second siècle (si ce n’est plus tôt) qui ne fait pas partie du canon final en dépit du fait qu’il fut considéré comme canonique par Clément, et bien d’autres (y compris Jérome) : l’Évangile aux Hébreux (M 169-70). Il fut utilisé comme autorité en Syrie aussi tardivement qu’au 4e siècle et peut avoir été composé originellement en araméen. Quoiqu’il ait survécu dans quelques citations, nous savons qu’il était légèrement plus court que l’Évangile de Matthieu. Il possède quelques caractéristiques intéressantes, telles que Jésus appelant l’Esprit-Saint sa « mère ». Et il présente clairement Jacques et non Pierre comme le premier à avoir vue le Christ relevé. En fait Jacques est dépeint comme ayant espéré et anticipé la résurrection, jeûnant même jusqu’à ce qu’elle survienne. Si cela est vrai, alors nous avons là un excellent point de départ pour les possibles hallucinations d’un Christ relevé : privation et attente. La perte de ce texte, et de fait notre incapacité de mesurer son bien-fondé, est un autre fait qui obscurcit grandement toute tentative pour établir la vérité historique derrière les origines du christianisme.

Finalement, Morton Smith découvrit une copie tardive d’une certaine lettre de Clément qui disait quelque chose d’inhabituel à propos de l’Évangile de Marc. Quoique l’autorité de Smith ait été mise en cause, la découverte fut acceptée comme authentique (M 132-3). La lettre avance qu’il y eut 3 versions de Marc : une courte écrite à Rome basée sur les déclarations de Pierre, une plus longue « plus spirituelle » (plus johannique ?) écrite à Alexandrie par Marc après la mort de Pierre, et une version « secrète » laissée par Marc avant sa mort, appuyant la tradition des mystères chrétiens initiés par Pierre. La dernière était – on le supposait - extraite frauduleusement de la bibliothèque d’Alexandrie et « corrompue » par l’hérétique Carpocrates entre 100 et 125 de n.e. Quant à savoir si la lettre est authentique ou non, cela met en avant un problème pour les exégètes : les traditions secrètes. Jusqu’à quel point ont-elles été perdues, ou incorporée aux écritures orthodoxes ou hérétiques ? Puisque les traditions secrètes sont si faciles à perdre ou à corrompre, cela a du être le cas de la croyance chrétienne au premier siècle que nous avons perdue aujourd’hui et qui pourrait, si nous la retrouvions, changer de manière radicale ce que nous pensons de Jésus, des premiers évangélistes et de leurs croyances. Il peut bien y avoir également des doctrines ou déclarations parmi les Gnostiques qui sont authentiques, mais impossible à distinguer de celles qui ne le sont pas.

XIII. Le Canon de Muratori

Le « Canon de Muratori » est une liste étrange, écrite dans un mauvais latin avec des brefs commentaires des livres lus dans l’église (cf. M 191-201, 305-7). Il ne peut-être convenablement daté, et quelques arguments l’ont placé entre le second et quatrième siècle. La date ancienne est la plus probable, c’est pourquoi je la place ici dans mon récit chronologique, quoique le manuscrit traditionnel est visiblement trop pauvre pour exclure des altérations faites à travers le temps. Nous ne savons pas qui le rédigea, ni s’il est complet, et il est si mal écrit que son sens n’est pas clair, tout comme la compétence de ses auteurs ou copistes. Plus important, le texte n’ait jamais mentionné par personne, et aurait pu rester tout à fait inconnu s’il n’avait pas été découvert assez récemment. Même Eusèbe (cité plus haut) ne le connaît pas. Aussi son influence, si elle a seulement existé, sur les décisions ultérieures, n’est pas connue. La liste commence avec les quatre évangiles selon leur ordre actuel (le nombre est clair dans le texte, mais Matthieu et Marc peuvent seulement être supposés – la première ligne de la liste manque). Il peut avoir préservé la tradition que Marc était le secrétaire de Pierre (la seconde ligne peut être mise en parallèle avec les remarques faites à ce sujet par Papias). Mais il établit clairement la croyance selon laquelle Luc fut médecin et le secrétaire de Paul (basée sans doute sur Col 4:14, Philem. 24, et 2 Tim. 4.11) et ajoute que Jean fut rédigée par l’Apôtre Jean et revu et approuvé par tous les autres apôtres. Il est notable que l’auteur décrit tout ce qu’il dit au sujet de Luc selon une ’opinion reçue » (ex opinione) anonyme.

La liste affirme également que Hermas fut écrit « récemment » (malheureusement nous ne pouvons être assurés que l’auteur a raison) et qu’il doit être considéré grandement et lu en privé mais ne devait pas recevoir la même estime que les autres livres. La liste cite également, en addition de la plupart des épîtres (toutes sauf Hébreux, Jacques 1 et 2 Pierre et 3 Jean, l’Apocalypse de Jean et également celle de Pierre (notant seulement que certains n’aimaient pas la lire dans l’église) et, étrangement, le Livre de la Sagesse (que l’auteur de la liste dit avoir été écrit par les amis du roi Salomon). Curieusement il affirme que Luc termina les Actes quand Paul le quitta pour se rendre en Espagne, et on peut s’interroger sur ce qui advint à Paul en ce cas – et pourquoi nous n’avons aucune lettre pour cette période de sa vie.

La liste sur sa plus plus grande partie attaque le marcionnisme (une hérésie du milieu du deuxième siècle), et quelques autres hérésies primitives (le montanisme et les valentiniens) et peut avoir été en fait une tentative précoce pour contrer le premier canon chrétien (celui de Marcion) en en énonçant un opposé à lui. Il peut être particulièrement noté qu’il rejette une lettre de Paul aux Alexandrins maintenant perdue comme une composition marcionnite. Si ce document préserve authentiquement les sentiment orthodoxes à la fin du second siècle, cela confirme mon impression générale que le canon traditionnel fut plus ou moins établi alors (peut-être sous l’influence de Justin et de son disciple Tatien, et qu’il était inspiré à l’origine par la nécessité de s’opposer à l’hérésie de Marcion et autres, et fut amené au petit bonheur sans aucun vote ou décision officiels, et avant que des exégètes sérieux (tels que Clément ou Origène) examinent l’affaire. Lorsque de tels érudits examinèrent finalement la question, ils étaient déjà captifs de la foi en une tradition et des croyances reçues, aussi bien que de la nécessité de rester des membres orthodoxes de l’église, et de fait n’étaient probablement plus entièrement objectifs et à même de disposer de sources impartiales.

XIV. Origène : le Séminaire de Césarée

En 203 de n.e. Origène prit la tête du Séminaire chrétien à l’âge de 18 ans, un véritable prodige. A cause d’une dispute avec l’évêque d’Alexandrie, Origène fut expulsé de cette église et de sa charge aux alentours de 230, et il fonda un second séminaire à Césarée qui vola la vedette à Alexandrie. Origène est crucial dans la tradition car il est connu pour avoir beaucoup voyagé, d’Ouest en Est, et pour avoir été un exégète vorace et un prodigieux écrivain et commentateur de l’AT, du NT et d’autres textes. Il est également exceptionnel pour avoir été un érudit relativement sceptique. Même si seule une fraction de ses œuvres nous est parvenue, elle remplit déjà plusieurs volumes (M 135-6). Il complète ce qui a déjà commencé en déclarant certains textes inspirés parallèlement à l’AT et les appelant, comme un corpus, le « Nouveau Testament »(De Principiis 4.11-16).

Origène déclara les quatre évangiles de Tatien en 244 de n.e. étaient les seuls évangiles véritablement inspirés (M 136-7), simplement parce qu’ils étaient les seuls à ne pas être contestés (M 191 ; cf. Eusèbe, Histoire de l’Église 6.25), bien que nous ayons vu que ces « disputes » étaient habituellement de nature doctrinale (par exemple, Origène ne tenait pas compte de l’opinion d’hommes comme Marcion avec lequel il était en désaccord doctrinal, cf. V), et la confiance placée dans les quatre évangiles de Tatien n’étaient pas inspirées par les décisions des premiers exégètes chrétiens (Justin et son disciple Tatien). Il n’y a aucun indice qu’Origène ait employé un critère objectif historique ou textuel. Pour le moins Origène déclare que l’Évangile de Pierre et le Livre de Jacques (le proto-évangile de Jacques) sont également véridiques et approuvés de l’église, et il met une certaine confiance dans l’Évangile aux Hébreux, et qualifie même le livre de Hermas comme « divinement inspiré » (aux environs de 244-6 de n.e., Commentaire sur Romains 10:31). Comme son tuteur, Clément, il inclut également le Didakhe et l’Épître à Barnabas comme écriture (M 187). Enfin il fait passer pour authentique différentes traditions orales concernant les déclarations de Jésus que l’on trouve nulle part ailleurs.

Origène doute de l’authenticité de 2 (et 3) Jean et de 2 Pierre, et en 245 admet quelques doutes sur l’auteur, non la validité, de l’Épître aux Hébreux (M 138) suggérant qu’il ait pu être écrit par Luc ou Clément de Rome et non Paul – et pour ce faire met en évidence les différences significatives de style et de qualité de langage ; mais le tuteur d’Origène, Clément d’Alexandrie, suggéra qu’il fut écrit originellement par Paul en hébreu puis traduit en grec par Luc ou Clément. Origène écrit longuement sur le frère de Jésus mais ne mentionne jamais les Épîtres de Jacques comme étant de lui (Commentaire sur Matthieu 2:17). Il apparaît que, grâce à l’exégèse complète d’Origène (peut-être teintée légèrement d’une pression orthodoxe et d’un rejet de la perception hérétique), et faisant suite à la tradition reçue initiée par Tatien, le NT était presque entièrement accepté dans sa forme présente en 250 de n.e., et n’avait pas énormément changé de sa forme apparente de 180, quoique rien n’avait été jusque là ’officiel’.

Suite : article 6/7









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La formation du Canon Neo-Testamentaire 5/7

Publié le: 4 septembre 2007 -
- Dans la rubrique: Du jéhovismeLe fondamentalismeLa BibleFormation du canon biblique
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