vendredi, 10 septembre 2010|

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La formation du Canon Neo-Testamentaire 4/7




VIII. Justin Martyr

Justin Martyr de Rome composa sa première Apologie à un empereur en 150 de n.e., la deuxième aux alentours de 161 (les érudits continuent à débattre si il en y eut réellement deux, si les deux étaient originellement ces deux-là, ou seulement une qui fut par la suite divisée en deux, et d’autres choses encore). Il écrivit aussi un Dialogue avec Tryphon (le Juif) qui relate quelles positions étaient débattues aux environs de 135 (M 143-8).
Dans le premier de ces ouvrages, Justin décrit les « Mémoires des Apôtres » (s’inspirant consciencieusement de l’idée du « Mémoires de Socrate » de Xénophon ) qu’il dit appeler Évangiles (1re Apologie 66.3). Il cite Luc, Matthieu et Marc et utilise distinctement la théologie johannite, qui donne largement dans le néo platonisme judaïsant de Philon le Juif, qui écrivit en 40 de n.e.

Justin appelle Marc les « Mémoires de Pierre » (M 145), peut-être influencé par Papias (ou les deux suivent une tradition orale commune). Justin nous apprend aussi que les services sacrés comportaient une lecture de ces livres, suivi par un sermon, puis une prière commune (1re Apologie 67.3-5), démontrant l’intérêt et l’usage accrus des textes écrits dans les églises. Les choix d’Évangiles de Justin a pu être influencé par sa localisation (Rome) ou d’autres préférences qui nous sont inconnues, mais cela est une considération cruciale car le premier canon « orthodoxe » est conçu par le disciple de Justin, Tatien, qui a ainsi favorisé les choix de l’homme qui l’a converti et instruit.

Finalement Justin cite nombre de traditions orales externes à ces évangiles (M 147-8), comprenant la croyance que Jésus était né dans une grotte à l’extérieur de Bethlehem (Dialogue avec Tryphon 89,5). Il se réfère également à la Révélation selon Jean, mais ne mentionne ou ne cite jamais aucun évangile. [1]

IX. Tatien

Curieusement, le premier mouvement chrétien « orthodoxe » commence à l’extérieur de l’Empire Romain, dans l’église de Syrie. Bien plus, ce canon ne fut en définitive pas en grec, mais fut une traduction syrienne (M 114-7). Le seul homme responsable est Tatien, qui fut converti au christianisme par Justin Martyr lors d’une visite à Rome aux alentours de 150 de n.e. et, après beaucoup d’instruction, retourna en Syrie pour y réformer l’église en 172, bannissant l’usage du vin, la consommation de viande, et le mariage (M 115). A un certain moment de sa vie (il est proposé 160 de n.e.) il sélectionna quatre Évangiles (les quatre que nous connaissons comme le canon, et qui certainement supportait sa propre idéologie et celle de son tuteur, Justin. ) et composa un unique « Évangile » harmonisé en les mèlant, suivant principalement la chronologie de Jean. Il est appelé le Diatessaron (« Ce qui est à travers les quatre ») et il devint pour un long moment l’Évangile officiel de l’église syriaque, centrée à Odessa.

La doctrine syriaque de Addai (environ 400 de n.e.) revendique la préservation des plus anciennes traditions de l’église de Syrie, et parmi celles-ci est l’établissement du canon : les membres de l’église devaient lire uniquement l’Évangile (cad le Diatessaron de Tatien), les épîtres de Paul (qui aurait été selon eux envoyé par Pierre de Rome), et le livre des Actes (qui aurait été selon eux envoyé par Jean le fils de Zébédée d’Ephèse), et rien d’autre (M 113-4) Cette tradition remonte à Tatien. Malheureusement nous n’avons pas de versions complètes du premier canon chrétien en dehors de la tradition gnostique (voir XVIII). Nous ne savons pas quelles épîtres il acceptait comme authentique, quoique nous savons qu’il en rejetait certaines (cf. Jerome, « Sur Tite », pr.), dont 1Timothée car elle permet de prendre du vin, de la viande et de se marier.. Mais du Diatessaron original nous avons un seul fragment et quelques citations, quoique le fragment soit très proche de l’original – dans les 80 ans (M 115). Le fragment fait correspondre la narration juste après la crucifixion et juste avant que le corps de Jésus ne soit emporté, avec des versets venant principalement des évangiles synoptiques, et l’un venant de Jean. Cependant, dans d’autres citations du Diatessaron (et dans les copies tardives syriaques et arméniennes, qui sont douteuses) il y a des phrases semblant provenir d’autres sources, telles que l’Évangile des Hébreux et le Protévangile de Jacques, suggérant que les quatre évangiles à cette époque ont contenu des versets aujourd’hui manquants ou altérés. Le seul ouvrage de Tatien qui a survécu est son « Discours aux Grecs » qui est une attaque acerbe de la culture grecque. Nous savons qu’il écrivit abondamment sur nombre de sujets. Il fut probablement le premier chrétien à agir ainsi, à l’exception de Justin.

Ce qui est significatif c’est que peu de temps après les contributions de Tatien et Justin nous découvrons la première occurrence d’une action organisée contre les auteurs de nouvelles sources textuelles chrétiennes. Quoiqu’une telle action soit nécessaire dans l’espoir de contrôler un texte traditionnel sûr dans un contexte d’invention débridée et de propagande offensive, le fait qu’elle débute à une date aussi tardive est un autre coup porté à ceux qui ont espoir de mettre leur pleine confiance dans le canon actuel. Cela signifie qu’un siècle d’écriture prolifique fit largement son œuvre sans contrôle avant que l’église n’engage une action un peu concertée pour l’arrêter. Ce premier cas est rapporté par Tertullien (Sur le baptême baptême Le baptême représente pour les futurs Témoins de Jéhovah en âge de le demander, une étape d’une importance capitale dans leur engagement religieux. Il est pour eux, la seule manière de se positionner officiellement pour le nom de Jéhovah et de lui vouer ainsi leur vie. C’est une condition indispensable à remplir, pour échapper à la destruction du ‘système de choses mauvais’ actuel lors de la grande bataille d’Har-Maguédon, que livrera Jésus afin d’instaurer par la suite un paradis sur terre.

Voir ce dossier sur le site aggelia.
, 17) : l’histoire court qu’un prêtre bien intentionné en Asie Mineure écrivit les Actes de Paul pour honorer l’apôtre aux environs de 170 de n.e. Il fut amené devant un conseil ecclésiastique, convaincu de falsification et déchargé (M 175). Néanmoins, quoique unanimement condamné par les dirigeants de l’église, il resta durablement populaire parmi les membres éduqués de l’église, et une partie du texte est incluse dans la Bible arménienne actuelle. Mais de manière troublante, Tertullien attaque le livre avant tout parce qu’il décrit une femme (Thecla, une disciple de Paul) prêchant et administrant le baptême baptême Le baptême représente pour les futurs Témoins de Jéhovah en âge de le demander, une étape d’une importance capitale dans leur engagement religieux. Il est pour eux, la seule manière de se positionner officiellement pour le nom de Jéhovah et de lui vouer ainsi leur vie. C’est une condition indispensable à remplir, pour échapper à la destruction du ‘système de choses mauvais’ actuel lors de la grande bataille d’Har-Maguédon, que livrera Jésus afin d’instaurer par la suite un paradis sur terre.

Voir ce dossier sur le site aggelia.
. Ainsi, comme nous l’avons constaté plus d’une fois, la doctrine, et non le souci de l’exactitude historique, sous-tendait largement l’accusation de falsification – de telle manière que nous sommes confrontés en permanence avec des incertitudes portant sur le texte. En fait, Tertullien, comme témoin hostile visant à abolir un texte, peut très bien ne pas dire la vérité sur l’auteur et la date originelle du texte contesté. C’est même très probable puisqu’il y a des indications que Tertullien n’était pas de confiance (voir XV).

Il doit également être noté que nos preuves pour une réaction ecclésiastique aux textes sont incroyablement rares. Aussi il y eut des livres existant au 2e siècle jamais mentionné et entièrement inconnu jusqu’à ce qu’ils ne soient récemment découverts. De combien d’autres textes chrétiens ignorons nous l’existence ? Par exemple des traces d’un évangile contrefait survivent dans les traditions manuscrites copte (égyptien) et éthiopien : le presque ridicule Épître des Apôtres, un texte semi-apocalyptique écrit par les « onze disciples » après la résurrection « aux églises de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud » (M 180-2), bien qu’il n’y ait probablement jamais existé de telles églises à cette époque. Ce texte date probablement d’environ 180 de n.e. (il correspond à l’orthodoxie mystique d’Irénée) et peut-être même antérieur à 120 selon certains érudits. Il est trop hétérodoxe et fantasque à mon avis pour surgir aussi tôt, mais la rédaction désigne avec force une date intermédiaire : le Temps de la Fin est placé 120 ans après la résurrection dans une version, et fut modifié à 150 ans dans une autre – un signe possible que le texte fut rédigé peu de temps avant 150 et amendé quand la Fin ne vint pas. Cependant aucun écrivain chrétien existant ne prit note de ce livre – même pour le dénoncer. Comme autre exemple, nous avons précédemment discuté de l’ « évangile synoptique perdu retrouvé dans un fragment d’un papyrus du 2e siècle.

X. Théophile et Sérapion

Près de l’Église syrienne de Tatien, en bordure du territoire romain (et au milieu d’une culture grecque établie) s’épanouissait l’évêque Théophile d’Antioche aux alentours de 180 de n.e. (M 117-9).
Théophile est important pour plusieurs raisons : il fut le second, très peu de temps après Athenagoras à mentionner explicitement la Trinité (Ad Autolycum 2.15) ; il a pu composer ses propres harmonie et commentaire des quatre Évangiles choisis par Tatien ; et il écrivit des livres contre Marcion et d’autres hérétiques. Il est aussi une fenêtre ouverte sur la pensée des convertis ; il fut converti par les prophéties concernant Jésus dans l’AT (ibid. 1.14), peut-être les raisons les plus faibles pour une conversion. Mais avant tout, il traitait communément les Évangiles de Tatien comme écritures saintes, divinement inspirées, sur le témoignage des prophètes hébreux (M 118). Il se référait également à la Révélation de Jean comme une autorité. Le successeur de Théophile, Sérapion, révèle le prochain stade du processus en 200 de n.e. Alors qu’il faisait le tour des églises d’Asie il intervint dans une dispute dans un village de Cilicie sur la question portant sur l’opportunité de lire l’Évangile de Pierre devant l’église. Il y fut d’abord favorable, mais après une lecture plus attentive il enjoignit de ne plus le faire car l’évangile soutenait l’hérésie diocétienne – la croyance que Jésus « semblait seulement » être un homme, et n’était pas réellement chair (M 119, cf. 77) – aussi il conclut sur ce seul fondement que l’écrit était faussement attribué à Pierre. Ainsi la doctrine plus que les preuves objectives présida à la sélection des textes canoniques. Ceci en dépit du fait que cet évangile avait pu être écrit aussi tôt que 100-130 de n.e. (M 172, n. 18), si ce n’est même avant, quoiqu’une date plus tardive soit possible, et particulièrement si les quatre évangiles sont estimés plus récents que les dates usuelles, puisque Pierre semble les avoir inspirés [8].

Malheureusement nous ignorons si cet évangile de Pierre était le même que l’évangile survivant qui porte ce nom, mais si cela est le cas, Jürgen Denker a montré par exemple que « presque chaque phrase dans le récit de la Passion de cet évangile fut composée sur la base de références scripturales à l’AT, particulièrement selon Isaïe et les Psaumes » (M 172), ce qui fait de ce texte ressemble bien plus à ce que nous pourrions attendre de la composition d’une secte secte juive messianique, bien plus même que ce que nous trouvons dans les évangiles canoniques, et ce qui nous permet de penser que Pierre peut en fait avoir précédé les-dits évangiles : nous savons que les Gnostiques commencèrent le processus de canonisation et d’authentification des écritures les premiers, et il est possible que des textes « moins gnostiques » (les évangiles actuels) furent créés en réponse, même si se copiant les uns les autres, les œuvres disparurent. Il n’y a pas moyen de répondre à la question. Au mieux (ou au pire selon notre point de vue) il ne subsiste qu’une faible possibilité. Si les Évangiles doivent être datés selon leur simplicité et absence d’embellissement, alors Pierre doit venir après que les quatre canoniques – mais cette méthode de datation n’est pas assez sure pour être correcte. Quelque fois les rédactions les plus simples suivent, plutôt qu’elles ne précèdent les originales.

XI. Dionysius, Athenagoras et Irénée

A la même période nous savons que ces livres furent étudiés et que des batailles concernant leur authenticité selon des lignes idéologiques. Dans la lettre de Dionysius citée plus avant, dans laquelle il informe ses lecteurs que ses propres lettres sont amputées et augmentées, il cite la malédiction qui vise de tels gens en Révélation, ce qui révèle que ce genre de licence était exercée largement et suffisamment pour que la Révélation leur réserve une malédiction (M 123-4, cf. Rev. 22.18ff.). Il note que cela a été fait avec les « écritures du Seigneur », reconnaissant ainsi quelques livres du NT comme écritures, mais également que leur intégrité avait été compromise au même moment (et probablement pour la même raison). Dionysius est également remarquable pour avoir essayé de lever les doutes qui pesaient sur l’authenticité de l’Apocalypse de Jean en l’attribuant à un autre Jean que l’apôtre. En 177 de n.e. Athenagoras d’Athène composa une longue Défense des Chrétiens adressée à l’empereur Marc Aurèle dans laquelle une première articulation de la théorie de la Trinité apparaît. Il cite l’AT et le NT à plusieurs reprises, mais ne cite pas ses sources en ce qui concerne le NT. Les citations ou paraphrases qu’il utilise viennent de quelques épîtres de Paul, de tous les évangiles comme un patchwork (M 125), suggérant une source harmonieuse comme le Diatessaron. Mais le respect que cette défense, et d’autres comme elle, gagna parmi les Chrétiens orthodoxes contribua à former les décisions concernant la canonicité en fonction de ces ouvrages.

Peu de temps après 177 de n.e. Irénée reçut une demande pour composer un récit des persécutions à Lyon pour les églises d’Asie, et cette lettre fut préservée par Eusèbe (Histoire de l’Eglise 5.1 ff.). Ce texte cite ou paraphrase divers livres du NT sans les nommer. Quelques années plus tard il composa un puissant traité Contre les Hérésies et une Démonstration de l’Enseignement Apostolique. Dans ceux-ci il cite presque exactement chaque livre du NT, à de nombreuses reprises, démontrant que le canon orthodoxe, quoique non établi officiellement, était en ce temps là généralement accepté en pratique (M 154). Et dans un récit sur les martyrs de Scillium (en Numidie, cad Tunisie) qui furent endurés à Carthage en 180 de n.e. nous trouvons une mention évidente de Chrétiens transportant « les livres », incluant les lettres de Paul. Metzger émet l’hypothèse qu’il s’agit d’une preuve que les traductions latines des lettres et évangiles existaient alors, bien que ce soit au mieux un argument peu solide (cf. M 156-7).

Cependant, Irénée , dont la voix était considérée comme officielle à cette époque, dit ceci à propos de la sélection des quatre évangiles par Tatien (qu’il appelle « l’évangile sous quatre formes » ou « un Évangile sous quatre formes » :
Il n’est pas possible que les évangiles soient en plus grand ou plus petit nombre, car il y a quatre directions dans le monde dans lequel nous sommes, et quatre principaux vents … les quatre créatures vivantes [Rév 4:9] symbolise les quatre évangiles…et il y a quatre principales alliances faites avec l’humanité, à travers Noé, Abraham, Moïse, et Christ (Contre toutes hérésies 3.11.8 ; cf. M 263). Clairement, ce fut bien moins que le raisonnement érudit qui affecta le processus de canonisation (et le raisonnement d’Irénée peut révéler un précoce et et plus profond fondement pour les quatre évangiles cf. Darek Barefoot, « The Riddle of the Four Faces : Solving an Ancient Mystery »). En outre, Irénée inclut le livre de Hermas comme écriture sainte, et partie du NT (Contre toutes les hérésies 4.20.2).

suite 5/7


Notes:

[1] *A NOTER : Justin ne connait pas Paul ni ses Epitres -(Ajout de Popper au texte original)*


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