mardi, 7 février 2012|

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La foi ou les foies ?



Table des matières :

Selon le Petit Larousse (2005) avoir la foi, c’est 1. le fait de croire en Dieu, en des vérités religieuses révélées (…)3. d’avoir confiance en quelqu’un ou en quelque chose.

A distinguer de l’expression familière « avoir les foies » qui signifie simplement avoir peur.

Une question se pose à la lecture du livre de la Genèse qui nous brosse un tableau singulier des patriarches de l’antiquité : avaient-ils la foi ou les foies ?

Parcourons quelques versets de ces histoires mythologiques.

Lors de son illustre voyage de Our en Chaldée vers la Terre Promise, Abraham et sa tribu familiale arrive pour la première fois en Egypte. Voici le récit, cité selon Darby :

Gen 12:10-20 Et il y eut une famine dans le pays ; et Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine pesait sur le pays. (11) Et il arriva, comme il était près d’entrer en Égypte, qu’il dit à Saraï, sa femme : Voici, je sais que tu es une femme belle de visage ; (12) et il arrivera que lorsque les Égyptiens te verront, ils diront : C’est sa femme ; et ils me tueront, et te laisseront vivre. (13) Dis, je te prie, que tu es ma soeur, afin qu’il m’arrive du bien en considération de toi, et que mon âme vive à cause de toi. (14) Et il arriva que lorsque Abram entra en Égypte, les Égyptiens virent sa femme, qu’elle était très-belle. (15) Et les princes du Pharaon la virent, et la louèrent devant le Pharaon ; et la femme fut emmenée dans la maison du Pharaon. (16) Et il traita bien Abram à cause d’elle ; et il eut du menu bétail et du gros bétail, et des ânes, et des serviteurs et des servantes, et des ânesses, et des chameaux. (17) Et l’Éternel frappa de grandes plaies le Pharaon et sa maison, à cause de Saraï, femme d’Abram,. (18) Et le Pharaon appela Abram, et dit : Qu’est-ce que tu m’as fait ? Pourquoi ne m’as-tu pas déclaré qu’elle était ta femme ? (19) Pourquoi as-tu dit : Elle est ma soeur, de sorte que je l’ai prise pour ma femme ; et maintenant, voici ta femme : prends-la, et va-t’en. (20) Et le Pharaon donna ordre à ses gens à son sujet, et ils le renvoyèrent, lui, et sa femme, et tout ce qui était à lui.

Exposé au danger que fait Abraham, l’homme de foi, qui croit en un dieu fort et protecteur ?

Il abandonne sa femme aux convoitises de Pharaon par un mensonge éhonté « afin qu’il [lui]arrive du bien en considération de [sa femme], et que [son] âme vive à cause de [sa femme]. »

Si vous êtes une femme mariée que diriez-vous d’un mari qui vous traite de cette façon ?
Que c’est un homme de foi courageux ?
Vous vous diriez plutôt que votre homme a les foies, si ce n’est plus.

Car en effet, si Abraham a agi de la sorte, ce n’est pas seulement pour sauver sa vie, c’est aussi « afin qu’il [lui]arrive du bien en considération de [sa femme] ».

Et c’est quoi ce « bien en considération de [sa femme] » ?

Le récit biblique est clair : « (16) Et il traita bien Abram à cause d’elle ; et il eut du menu bétail et du gros bétail, et des ânes, et des serviteurs et des servantes, et des ânesses, et des chameaux. »

Que se passerait-il si un tel arrangement avait lieu à notre époque dépravée ?

Article 255-5 du Code Pénal

Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit : 1º D’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ; 2º De tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ; 3º D’embaucher, d’entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d’exercer sur elle une pression pour qu’elle se prostitue ou continue à le faire. Le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.

Et même proxénétisme aggravé (225-7) :

Le proxénétisme est puni de dix ans d’emprisonnement et de 1500000 euros d’amende lorsqu’il est commis : (…) 5º Par un ascendant légitime, naturel ou adoptif de la personne qui se prostitue ou par une personne qui a autorité sur elle ou abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ; (…)

Car enfin quoi, si Abraham savait que Pharaon s’intéressait à sa femme, ce n’était certainement pas pour prendre un verre de sirop de dattes.

Certains n’hésiteront pas à venir au secours du vénérable patriarche. Et que disent-ils les avocats de la défense ?

Qu’Abraham a agi dans la précipitation, sous l’effet de la surprise ?
A d’autres, il suffit pour s’en convaincre de se reporter à Genèse chapitre 20 où Pharaon se trouve remplacé par Abimelec, roi de Guerar et de constater que la manœuvre est reprise à l’identique.
Comble de l’ignominie, son propre fils Isaac recommencera le même arrangement avec sa propre femme Rebecca avec Abimelec, roi des Philistins à Guerar (Genèse 26).

Ce n’est plus de l’Histoire, c’est de l’obsession.

Les défenseurs d’Abraham évoqueront la culture et les valeurs différentes d’une époque éloignée ou encore la nécessité de préserver la postérité promise par Dieu.

Voici un extrait de la défense présentée par la Watchtower :

Etudes perspicaces des Ecritures - Sara :

« On note avec intérêt qu’un papyrus antique parle d’un pharaon qui chargea des hommes armés de se saisir d’une jolie femme et de tuer son mari. La crainte qu’éprouvait Abraham d’être tué à cause de Sara n’était donc pas sans fondement. Plutôt que de mettre sa vie en danger en tentant vainement de sauver l’honneur de sa femme dans un pays étranger, Abraham adopta la conduite la plus sûre à ses yeux. Il ne faut pas oublier qu’Abraham était le propriétaire de sa femme. Sara était heureuse de servir Jéhovah et Abraham de cette façon. Les Écritures ne blâment jamais Abraham pour avoir agi ainsi. »

Abraham était le propriétaire de sa femme. Tout est dit. Autant dire que face à la vie précieuse d’Abraham, sacrifier la vie ou la vertu de sa femme ne pesait pas plus que la mort d’un chevreau.

L’homme de foi, qui croit en un dieu puissant et protecteur, aurait dû invoquer sa protection et tenir tête, demeurer ferme. Quel terrible constat.

Ouvrons une parenthèse pour revenir sur une aberration du texte biblique. Lors de sa deuxième affaire de proxénétisme aggravé (Genèse 20), Sara approche les 90 ans. Un peu avant, l’échange annonciateur portant la naissance d’Isaac nous donne des indices sur la fraicheur de Sara.

Gen 18:10-12 Et il dit : Je reviendrai certainement vers toi quand son terme sera là, et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Et Sara écoutait à l’entrée de la tente, qui était derrière lui. (11) Or Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge ; Sara avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes. (12) Et Sara rit en elle-même, disant : Étant vieille, aurai-je du plaisir ?… mon seigneur aussi est âgé.

La brave femme n’avait plus ses règles, étant avancée en âge, et n’étant plus très certaine d’éprouver du plaisir dans des choses appartenant pour elle à un passé révolu.

Et voilà que Abimelec, roi de Guerar, certainement habitué à avoir auprès de lui les plus jolies filles du pays, s’amourache de Sara (Gen. 20).
Drôle d’époque que ce vingtième siècle avant notre ère !
Si aujourd’hui on tremble pour les enfants, à cette époque reculée on devait trembler pour les vieillards.
C’était l’âge d’or de la gérontophilie.

Madame de Fontenay a bien tort d’écumer nos bons villages français pour trouver des candidates nubiles pour la prochaine élection de Miss France.
Elle devrait plutôt visiter les hospices pour découvrir les beautés fatales qui n’attendent que d’être révélées.

Dans la famille délurée, nous avons eu le père, la mère, le fils et la brue, je demande le neveu. C’est Lot.

Parlons en du « juste » Lot.

2Pe 2:7-8 et s’il a délivré le juste Lot, accablé par la conduite débauchée de ces hommes pervers, (8) (car ce juste qui habitait parmi eux, les voyant et les entendant, tourmentait de jour en jour son âme juste à cause de leurs actions iniques,)

Car le « juste » Lot était-il donc emprisonné pour ne pas pouvoir quitter un endroit si mal fâmé qu’il torturait son âme de juste en les cotoyant ? Absurde.

Et quelle fut la conduite de Lot, homme de foi, neveu d’Abraham ?

Alors que Lot réside dans la ville de Sodome, il offre l’hospitalité à deux anges qui trouvent refuge chez lui. Mais les choses tournent mal, et les Sodomites veulent faire goûter aux invités la spécialité de la ville.

Gen 19:5-10 Et ils appelèrent Lot, et lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, afin que nous les connaissions. (6) Lot sortit vers eux à l’entrée, et ferma la porte après lui ; (7) et il dit : Je vous prie, mes frères, ne faites pas ce mal. (8) Voici, j’ai deux filles qui n’ont point connu d’homme ; laissez-moi les faire sortir vers vous, et faites-leur comme il vous plaira. Seulement, à ces hommes ne faites rien, car c’est pour cela qu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. (9) Et ils dirent : Retire-toi ! Et ils dirent : Cet individu est venu pour séjourner ici et il veut faire le juge ! Maintenant nous te ferons pis qu’à eux. Et ils pressaient beaucoup Lot, et s’approchèrent pour briser la porte. (10) Et les hommes étendirent leurs mains et firent entrer Lot vers eux dans la maison, et fermèrent la porte.

Quoiqu’exposé à la lubricité et la colère de la foule, Lot ne lui propose ni plus ni moins que de s’acharner sur ses filles vierges.

Les défenseurs de Lot diront peut-être que Lot faisait une proposition dilatoire qu’il savait pertinemment ne pas tenir.
La tentative avortée montre que Lot connaissait mal la foule ; si c’était vraiment pour gagner du temps pourquoi ne pas s’offrir lui même, car il était bien plus au goût des Sodomites.

Le véritable homme de foi n’aurait-il pas du rester dans sa maison et réunir sa famille en prière collective pour demander l’aide du Dieu tout puissant ?
Là encore, ce n’est pas la foi qui domine et traverse le texte.
Bien au contraire, c’est la peur incontrôlée, les foies.

A l’analyse on a du mal à trouver la foi dans ces récits mythologiques qui par leur intensité dramatique artificielle frisent le ridicule.

Non les patriarches n’avaient pas la foi, mais les foies, et se protégeaient le plus égoïstement du monde, quand la manœuvre ne leur rapportait pas des biens.

S’il nous reste le mot foies, je vous invite, pour conclure notre exposé, à lui rajouter vous même la lettre L en son milieu, ce qui qualifiera mieux que tout l’absurdité et l’incohérence des textes bibliques que nous venons d’évoquer.


Notes:
1 commentaire
  • La foi ou les foies ? 2 juillet 2006 10:18, par NS

    Nous aussi, nous ne nions pas que la foi « sauve » : mais pour cette raison même nous nions que la foi prouve quelque chose, - une forte foi, moyen de salut, fait naître des soupçons à l’égard de son objet, elle n’est pas un argument en faveur de la « vérité », mais seulement d’une certaine ressemblance - de l’illusion.

    - Nietzsche, La Généalogie de la Morale, Chap. 24 de la Troisème Dissertation

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