Tapez dans Google, « datation du livre de Daniel » et vous tomberez sur le site internet du Témoin de Jéhovah, Monsieur Emmanuel Bertin. En tant qu’apologiste et fondamentaliste, il ne pouvait que contredire l’avis ultra-majoritaire de la datation du livre de Daniel.
Dans une présentation agréable pour les yeux, l’auteur nous présente une réfutation en bloc de l’explication de la Bible d’Osty de l’impossiblité d’une datation au Vie siècle du livre de Daniel. Sous un vernis d’érudition et de recherches fouillées, Emmanuel Bertin, nous offre un magnifique exemple de la malhonnêteté intellectuelle des fondamentalistes, et plus particulièrement celle de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
.
Examen.
Je vous informe aussi que cela fait bien longtemps que mon tout premiersite n’est plus à jour mais je n’ai pas retiré les pages à temps malheureusement. J’ai écris à Wanadoo mais on a refusé de retirer les pages.
Vous constaterez que j’y défendais la date de 607 alors que désormais je défends 587. J’ai changé d’avis après l’étude de la chronologie égyptienne (http://pagesperso-orange.fr/bertin….).
Monsieur Bertin ne défendant plus aujourd’hui la position de la société Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
, mais les informations étant encore présentes sur le net, j’ai décidé de conserver cet article pour information d’une position fondamentaliste existante chez les Témoins de Jéhovah et autres évangéliques.
Popper.
Datation du livre de Daniel
Étant donné que le livre de Daniel relate des évènements qui se dont produits après le sixième siècle avant notre ère, la majorité des biblistes avancent que celui-ci a été rédigé après les évènements relatés. Ainsi, ils situent sa rédaction vers l’an 160 avant notre ère. Voici d’après Émile Osty et Joseph Trinquet les quatre points qui font obstacle à l’authenticité du livre de Daniel (Bible Osty, 1973, p 1898) :
L’auteur avance qu’il n’y a que quatre points. Si vous avez lu le précédent opus dans Via Veritas
Via Veritas
Chemin Vérité en latin
Ce site collaboratif a permis durant les années 2006 à 2009 à une poignée d’auteurs de porter sur Internet une réflexion non confessionnelle de résistance au fondamentalisme et tout particulièrement au jéhovisme.
TJ-Révélation en est la continuité reprise par une autre équipe.
sur le sujet, vous pourrez vous constater que les anachronismes constituent des preuves cumulatives et non pas une seule catégorie.

Voyons les arguments des fondamentalistes et par la même occasion leur malhonnêteté intellectuelle.
1) La place du livre :
D’après les auteurs, c’est au synode de Jamnia entre 90 et 100 de notre ère que le canon des Écritures hébraïques a été fixé définitivement (p 15). Mais ce concile a uniquement servi à examiner puis à rejeter les livres apocryphes que certains voulaient inclure dans le canon.
Cette position n’est pas une invention d’Emile Osty et de Joseph Trinquet, mais le résultat d’un concensus obtenu sur le sujet après de multiples travaux et la découverte des manuscrits de la Mer Morte en 1949 qui ont révolutionné notre connaissance sur le sujet. Les experts parlent d’un début de canonisation de certains textes. Malgré tout, ce Synode de Jamnia (+90) n’eut pas une reconnaissance absolue dans la diaspora juive par la suite et c’est ce qu’à démontré David E. Aune [1].
Que cela veut-il dire ? Et bien, que nous savons depuis maintenant plus de cinquante ans que la vision traditionnelle d’un canon hébraïque fixé avant le Ier siècle de notre ère est fausse. [2] Avant la destruction de Jérusalem, les différents courants juifs (sadducéens, esséniens, pharisiens, samaritains, thérapeutes) possédaient leur propre littérature comportant une partie des écrits de notre AT actuel mais aussi d’autres écrits. [3]
L’intention des docteurs réunis à Jamnia n’était pas de fixer le canon des Saintes Écritures, mais de résoudre les derniers doutes et de sanctionner des usages séculaires. La « prétention » de fixer, par voie d’autorité, la liste des livres saints était étrangère à la tradition hébraïque et le demeure dans les Églises orientales. Le canon résultait d’abord de la réception des écrits par le peuple et de leur usage liturgique. (Rappelons que le principe de canon fixe et universel est une conception chrétienne postérieure au Concile de Carthage en +397) Ces docteurs juifs d’obédience pharisienne, réunis à Jamnia (Yavneh), levèrent les incertitudes qui subsistaient à propos des Hagiographies. Ils affirmèrent l’autorité de certains livres contestés comme Cantique
cantique
Il y a en tout 225 chants édités par la Watchtower, repris dans un recueil propret et bien relié, existant en plusieurs formats (il y a une version très grand format pour les myopes, et une autre en braille !).
Lorsqu’on mêle sa voix à d’autres, on est pris comme à un hameçon.
En effet, d’après Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle de notre ère, le canon des Écritures hébraïques était fixé depuis longtemps, du temps d’Artaxerxès donc au cinquième siècle avant notre ère. Il écrivit : « Il n’existe pas chez nous une infinité de livres en désaccord et en contradiction, mais vingt-deux seulement qui contiennent les annales de tous les temps et obtiennent une juste créance. Ce sont d’abord les livres de Moïse, au nombre de cinq, qui comprennent les lois et la tradition depuis la création des hommes jusqu’à sa propre mort. […] Depuis la mort de Moïse jusqu’à Artaxerxès, successeur de Xerxès au trône de Perse, les prophètes qui vinrent après Moïse ont raconté l’histoire de leur temps en treize livres. Les quatre derniers contiennent des hymnes à Dieu et des préceptes moraux pour les hommes. » — Contre Apion (I, 38-40 [VIII]).
Josèphe ne précise pas comment il comptabilise les livres, ce qui est sûr c’est que les douze petits prophètes sont regroupés en un seul livre. Origène et Jérôme donnent le même chiffre que Josèphe car ils rattachent Ruth au livre des Juges et Lamentations à celui de Jérémie. Mais de toute façon ces vingt-deux livres correspondent à trente-neuf livres canoniques actuels, dont le livre de Daniel fait partie, les exégètes sont d’accord sur ce point (voir Bible Osty, p 14). Voici ce que Josèphe dit à propos des livres écrits ultérieurement : « Depuis Artaxerxès jusqu’à nos jours tous les événements ont été racontés, mais on n’accorde pas à ces écrits la même créance qu’aux précédents, parce que les prophètes ne se sont plus exactement succédé. Les faits montrent avec quel respect nous approchons nos propres livres. Après tant de siècles écoulés, personne ne s’y est permis aucune addition, aucune coupure, aucun changement. Il est naturel à tous les Juifs, dès leur naissance, de penser que ce sont là les volontés divines, de les respecter, et au besoin de mourir pour elles avec joie. » — Contre Apion, I, 41-43 (VIII).
De toute évidence, Josèphe pensait que la Bible hébraïque constituait, du moins en théorie, un texte immuable. Il faut, bien sûr, reconnaître que Josèphe écrit un ouvrage polémique adressé à un public parlant grec et, à l’occasion, n’hésite pas à exagérer ou à amplifier les faits. Cette vision d’un corpus biblique fixé au Ve siècle av JC fut la vision majoritaire pendant des siècles jusqu’à la découverte de manuscrits hébreux et grecs dans le désert de Judée – les rouleaux de la mer Morte. Les centaines de manuscrits, écrits en -250 et +68 ont apporté la preuve indéniable qu’a cette époque, « il n’y avait pas encore de ‘’canon’’ de la Bible, et l’on n’avait pas encore décidé quels livres elle devait inclure et sous quelle forme ou dans quelle ‘’édition’’. » [5]
Où devons-nous chercher l’origine de la doctrine d’un texte fixe et d’un canon fixe affirmée par Josèphe ? Frank Moore Cross, professeur émérite en hébreu et langue orientale à l’université de Harvard, nous donne la réponse : « C’était un Pharisien – je crois qu’il puise ici dans la tradition pharisienne et, en définitive, dans l’œuvre et les enseignements de Hillel. Les milieux juifs non pharisiens antérieurs à 70 apr. J.-C ne nous apportent aucune preuve de l’existence d’un canon ou d’un texte fixés. Les Esséniens de Qumrân ne montrent aucune connaisance d’un tel texte ou canon. Il en va de même dans la communauté juive hellénistique d’Alexandrie et dans les premières communautés chrétiennes. Selon un concensus des spécialistes adopté jusque récemment, le travail d’inclusion et d’exclusion qui fixa le canon ne fut achevé qu’au concile de Jamnia (Yabné), vers la fin du Ier siècle de l’ère chrétienne. » [6]‘
Au passage on notera que les Témoins de Jéhovah aiment citer Flavius Josèphe quand il arrange leur théologie mais pas quand il l’a contredit. C’est pour cela qu’ ils le critiquent pour ses qualités d’historien en ce qui concerne la date de la mort d’Hérode le Grand, en -4 (voir le livre Etudes Perspicaces à l’entrée Hérode), qui entre en contradiction avec la naissance de Jésus sous ce monarque en -1 suivant leur chronologie.
Le canon des Écritures hébraïques ayant été fixé bien avant le deuxième siècle avant notre ère comme l’affirme Josèphe, la place du livre de Daniel parmi les Ketoubim n’est donc pas du tout significative.
La démonstration est faite précédemment que cette vision du XIXe siècle ne tient plus. Vous pourrez noter au passage, que la commission des experts du Vatican a validé les travaux sur le sujet Vous pouvez lire la confirmation sur le sujet en la personne de Joseph Ratzinger.
La seule validité que l’on puisse donner à l’argument des fondamentalistes est qu’étant donné que le livre de Daniel était accepté par certaines communautés comme prophétique à cause de son style eschatologique (Qumran) mais rejeté par les Pharisiens (Jamnia) ainsi que les Samaritains et qu’il n’y avait pas un seul corpus faisant autorité absolue sur le sujet, alors l’argument d’autorité n’est pas valable.
2) Absence de Daniel dans Sir. 49 :
L’Ecclésiastique d’après les auteurs aurait été écrit vers 190 avant notre ère (p 1421) et donc avant le livre de Daniel qu’ils datent vers 165 avant notre ère. La liste du chapitre 49 omet Esdras et Mardochée, tous deux de grandes figures aux yeux des Juifs d’après l’Exil, le bon roi Josaphat ainsi que Job ; de tous les juges, elle ne nomme que Samuel. La liste est donc loin d’être exhaustive. Cet argument est donc irrecevable.
Cet argument de prime abord semble raisonnable, mais il y a tromperie. L’Ecclésiastique ou Siracide fut rédigé vers -190 par Simon Ben Sira sous la période Séleucide grecque. A l’objection du silence pour les Juges, ils sont cités de manière globale : « Les Juges, chacun selon son appel, tous hommes dont le cœur ne fut pas infidèle et qui ne se détournèrent pas du Seigneur, que leur souvenir soit en bénédiction ! » (Siracide 46:11). Ben Sira cite les grands noms d’avant l’Exil qui ont eu un impact dans la vie religieuse des Israélites pour leur observance des lois suivant le modèle parfait pour Ben Sira que fut Aaron et sa lignée (45:6-20). Job ne rentre pas dans ce domaine puisque c’est un récit de morale sous forme de poème qui ne fait jamais référence à Moïse.
Pourquoi tous les rois ne sont-ils pas cités ? Parce-qu’ « Hormis David, Ezéchias et Josias, tous multiplièrent les transgressions, ils abandonnèrent la loi du Très-Haut les rois de Juda disparurent. »(49:4) Pour Ben Sira seul compte le sacerdoce d’Aaron et ce qu’on annoncé les prophètes.(45:25 ; voir aussi 46:14-15)
Par contre, Ben Sira parle des douze prophètes (49:10) qui sont identifiés aux petits prophètes dans nos bibles actuelles, d’Ezechiel (49:8), Jérémie (49:7) et d’Esaïe (48:22) mais nulle part de Daniel. Bien que l’auteur parle d’autres prophètes n’ayant pas écrit comme Eli(48:1)ou Elisée (48:12).
Il y a donc un silence troublant dans l’Ecclésiastique, d’autant plus que Daniel est supposé avoir annoncé la domination grecque (chapitre 7) que subi Simon Ben Sira et qu’il n’aurait pas manqué de noter la clairvoyance sans compter son observance de la loi pour ne pas manger les aliments impurs. Mais rien de tout cela.
3) Présence de vocable perses et grecs :
Les passages de Daniel 1:1–2:4a et 8:1–12:13 sont écrits en hébreu, tandis que Daniel 2:4b–7:28 est écrit en araméen. Voici ce que déclare une encyclopédie biblique à propos du vocabulaire employé dans la partie araméenne de Daniel : « Un examen du vocabulaire araméen de Daniel révèle que les neuf dixièmes de celui-ci peuvent être attestés directement par des inscriptions en sémitique occidental ou des papyrus du Ve siècle av. J.-C. ou antérieurs. Les autres termes ont été retrouvés dans des sources comme l’araméen nabatéen ou palmyrénien qui est postérieur au Ve siècle av. J.-C. S’il est possible, du moins théoriquement, que ce reste de vocabulaire soit brusquement apparu après le Ve siècle av. J.-C., il est tout aussi possible d’avancer qu’une forme orale précéda la forme écrite datant du Ve siècle av. J.-C. Toutefois, l’explication de loin la plus probable est que le dixième manquant ne représente rien de plus qu’une lacune dans notre connaissance actuelle de la situation linguistique, lacune que nous pouvons nous attendre à voir comblée avec le temps. » — The International Standard Bible Encyclopedia, par G. Bromiley, 1979, vol. 1, p 860.
Techniquement, il n’y a rien d’incorrect mais c’est dans le but de créer un écran de fumée. La question ne se porte pas sur la naissance de l’araméen possible au VIe siècle av. JC mais de créer le doute sur la question par un sophisme appelé post hoc ergo procter hoc. C’est-à-dire faire croire en une causalité qui n’est démontrée. Ce n’est pas parce-que l’araméen était peut-être parlé avant le Ve siècle, que Daniel est un écrit du VIe siècle. De même, ce n’est pas parce-qu’un auteur s’exprime dans une langue ancienne, qu’il est forcément de cette époque.
A nouveau les manuscrits de la mer Morte, ont prouvé « que les Juifs de la fin de l’époque du Second Temple utilisaient divers dialectes issus de l’hébreu en même temps que l’araméen, ces deux langues étant aussi proches que le français l’est de l’italien. Pour l’écrit, cependant, ils s’efforçaient en général d’imiter l’hébreu biblique, forme plus ancienne de la la langue. C’est un peu comme si les Français d’aujourd’hui tentaient de s’exprimer dans la langue de Rabelais. Pour ce faire, les auteurs des manuscrits n’avaient pas tous le même talent, de sorte que la « correction » varient dans des proportions considérables. » [7]
Il est important de noter que suivant les travaux de John Collins (qui reste la référence absolue sur le sujet) en 1993, l’araméen de Daniel est plus proche du IIe siècle que du Ve siècle. La démonstration prenant 123 pages (Daniel, Hermeneia Commentary - 499 pages) [8], je serai gré au lecteur de ne pas m’en vouloir de traduire cet opus et de s’y référer directement.
Le livre de Daniel contient quelques termes dits perses, mais cela n’a rien d’étonnant car « la présence d’Iraniens et de Perses est repérable à Babylone dès le début du VIe siècle… » (Histoire de l’Empire Perse, Pierre Briant, 1996, p 32). De plus, la majorité des noms étrangers employés par Daniel sont des noms de fonctionnaires, de vêtements, des termes de droit, etc., pour lesquels il n’y avait apparemment pas d’équivalents dans l’hébreu ou l’araméen de l’époque. Le livre contient également trois mots grecs (Daniel 3:5), ces trois mots sont des noms d’instruments de musique. D’après S. Driver, « on peut affirmer en toute confiance que ces mots ne peuvent avoir été utilisés dans le livre de Daniel que s’il a été écrit après la dispersion des influences grecques en Asie grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand. » Pourtant, aussi loin qu’on remonte dans l’Histoire connue, les Grecs avaient des liens étroits avec l’Asie occidentale. Cet argument n’a donc pas de poids.
Les fondamentalistes nous essorent la poignée pour ne pas ouvrir la boite de Pandore. Les anachronismes SONT LES PREUVES IRREFUTABLES de la pseudépigraphie et de la période de rédaction de ce livre. Elles sont cumulatives et additionnelles.
En voici quelques-unes :
Le terme Chaldéens (4:4) pour désigner les astrologues est anachronique. Le terme ne désignait qu’un peuple pendant l’époque de l’exil. Ce n’est que bien plus tard qu’il fut utilisé pour désigner les astrologues (vers le IVe siècle au plus tôt [9]
Daniel comporte des idées eschatologiques post-exil comme la résurrection et le jugement des morts. Daniel se réfère au livre de Jérémie comme étant « un livre sacré » (9 :2) mais Jérémie est un contemporain de Daniel et son livre ne rentra dans le canon Juif au plus tôt que vers – 200 !
De même pour les instruments de musiques. Voici la traduction de la Bible de Jérusalem, (que confirme aussi la Bible Bayard se basant sur la Théodotion) :
Daniel 3 :5 « à l’instant où vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et ferez adoration à la statue d’or qu’a élevée le roi Nabuchodonosor. »
Les instruments qui posent problèmes sont les suivants : la cithare ‘qithros’ (Greek ‘kitharis’), le psalterion ‘pesanterin’ (Greek ‘psalterion), et la cornemuse ’sumponeyah’ (Greek ’symphonia’).
La cornemuse se retrouve sur les murs des pyramides en Egypte et cela vers -3000. Suivant la méthode des fondamentalistes, le fait que les instruments existaient avant suffit à réfuter cet argument. Mais que diriez-vous si dans un livre supposé être de l’histoire, vous appreniez que Jean Sébastien Bach jouait sur un clavier électronique ou que Molière jouait du saxophone ? La réponse coule de source : anachronisme révélant l’époque de rédaction.
Il est important de noter aussi que l’existence du mot psaltérion n’est pas attestée avant le IIe siècle av. JC [10] Psalterion vient du grec “psallo” qui veut dire pincer une corde. Pourtant l’instrument possède son équivalent en hébreu kelyi (Psaumes 71 :22 ; 1 Chroniques 16 :5)ou nevel (I Samuel 10:5 ; 2 Samuel 6:5 ; I Rois 10:12 ; I Chroniques 13:8 ; 15:16, 20, 28 ; 25:1, 6 ; II Chroniques 5:12 ; 9:11 ; 20:28 ; 29:25 ; Néhémie 12:27 ; Psaumes 33:2 ; 57:6 ; 81:2 ; 92:3 ; 108:2 ; 144:9 ; et 150:3)
Le livre de Néhémie écrit au Ve siècle utiliserait donc le mot nevel pour désigner un instrument que Daniel, un siècle plus tôt, serait le seul a appeller pesanterin sans aucune raison puisque ce sont les seuls mots grecs du livre de Daniel ? C’est absurde.
Les autres preuves cumulatives contre la rédaction au VIe siècle confirment que ce terme correspond à la Judée sous influence grecque au IIe siècle av JC.
Que font les Témoins de Jéhovah devant cet obstacle ? Il change les termes pour donner des mots génériques alors que l’ensemble des manuscrits donnent les mêmes mots (Septante, Théodotion, Massoréte, Qoumran) :
« Au moment où vous entendrez le son du cor, du chalumeau, de la cithare, de la harpe triangulaire, de l’instrument à cordes, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments de musique, vous tomberez et adorerez l’image d’or que Neboukadnetsar le roi a dressée. » (TMN)
Et voilà comment faire disparaitre la cithare et le psaltérion, en donnant une définition au lieu d’une traduction.
4) L’erreur historique concernant Balthasar
Pourquoi Balthasar est-il appelé fils de Nabuchodonosor alors qu’il est le fils de Nabonide ?
En fait, Balthasar serait le petit-fils de Nabuchodonosor par une de ses filles mais ni l’hébreu, ni l’araméen ne possèdent les mots « grand-père » et « petit-fils ». Fils de peut signifier « petit-fils de » et même « descendant de ». Cela est confirmé par d’autres passages bibliques : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham : » — Matthieu 1:1, Da. « Je suis Yahvé, le Dieu d’Abraham, ton père … » en s’adressant à Jacob qui est le petit-fils d’Abraham (Genèse 28:13, Os). Pour cette raison, André Chouraqui ne voie aucun inconvénient à ce que le mot « père » puisse être compris comme « ancêtre » (Bible Chouraqui, éditions Desclée de Brouwer, 3e édition, 1998, note de Daniel 5:2).
A cette affirmation, voici que dit Didier Fougeras, coordinateur de la Nouvelle Bible Segond :
« C’est vrai que d’une façon générale l’hébreu biblique emploie « père » et « fils » aux sens d’ancêtre et de descendant. Cela dit, il est parfaitement capable de préciser une relation généalogique, p. ex. : Genèse 11,31, ben-benô ; le fils de son fils.
Mais en général il n’éprouve pas le besoin de le faire (p. ex. la relation entre Saül et Mephibosheth est toujours exprimée par ’ab et ben, alors que d’après le récit ils sont clairement grand-père et petit-fils).
Par contre, on précise quand les trois générations interviennent dans le même contexte (p. ex Jérémie 27,7, sur Nabuchodonosor justement). »
De plus Balthasar parle de Nabuchodonosor comme étant son père et non de son grand-père « Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Es-tu ce Daniel, l’un des fils de la captivité de Juda, que le roi, mon père, a amenés de Juda ? » (5:13)
Aucune donnée historique ne permet de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse que Balthasar soit le petit-fils de Nabuchodonosor. Mais si cela est vrai, cela expliquerait pourquoi Nabonide l’a associé au pouvoir. En effet, Nabonide n’avait aucune légitimité au trône contrairement à son fils qui était de descendance royale.
Ceci est complètement faux. Des documents akkadiens et des documents cunéiformes trouvés à Babylone prouvent sans aucune contestation possible que Balthazar était le fils de Nabonide et sans aucune parenté avec Nabuchodonosor car le père de Nabonide était un noble, appelé Nabu-balaṭsu-iḳbî, qui avait usurpé le trône. [11]
Un détail montre que Daniel n’a pu prendre Balthasar pour le fils de Nabuchodonosor. En effet, Daniel disposait du livre de Jérémie (voir Daniel 9:2). Or en Jérémie 52:31, il est fait mention d’Évil-Mérodak qui devint roi dans la trente-septième année de l’exil de Joïakîn. Joïakîn ayant a été emmené en exil dans la huitième année de Nabuchodonosor (voir 2 Rois 24:12) et Nabuchodonosor ayant régné quarante-trois ans, Jérémie désigne Évil-Mérodak comme étant le successeur de Nabuchodonosor. Daniel savait que Balthasar était le dernier « roi » de Babylone et devait également savoir qu’Évil-Mérodak l’a précédé. Pourquoi le récit ne mentionne t’il pas les règnes d’Évil-Mérodak, Nériglissar, Labashi-Mardouk et Nabonide et passe t’il ainsi directement de Nabuchodonosor à Balthasar ?
Le livre de Daniel n’est pas un récit relatant l’histoire de l’empire néo-babylonien. Il relate les faits intéressant directement le peuple juif et en rapport avec le dessein de Dieu. S’il ne s’est rien passé d’intéressant dans cette optique entre le période de Nabuchodonosor et celle de Balthasar pourquoi l’aurait-il raconté ?
Les auteurs de la Bible apportent un soin particulier aux généalogies et à la chronologie lorsqu’elles concernent le dessein divin. La succession des rois de Babylone est une précision qui aurait pu être apportée mais elle n’est pas du tout utile dans le cadre du récit biblique. Donc, si Daniel omet cette période de transition, c’est tout simplement parce qu’aucun évènement important ne s’est produit durant celle-ci.
Cette explication ne tient pas debout car elle se base sur une théologie postérieure à l’époque de Daniel dans le but de masquer les erreurs de l’auteur. L’explication d’un récit qui ne prend en compte que ce qui concerne les « desseins divins » n’est qu’un sophisme. Pourquoi dans l’ensemble des livres (I & II Rois, I & II Chroniques, Jérémie) on prendrait en compte une chronologie pour situer des évènements et pas dans le livre de Daniel ? C’est présupposer de la volonté de l’auteur.
De plus, l’argument de la possession du livre de Jérémie n’est pas valide car la question se pose : Quelle version du livre de Jérémie ? Les manuscrits de Qoumran ont révélé 2 version du livre de Jérémie dont une plus courte de 15 pour cent et agencée différemment. [12]
Pourquoi Balthasar est-il appelé roi alors qu’il n’est que régent ? Voici ce que relate le Poème de Nabonide : « Il (Nabonide) confia le corps expéditionnaire à son fils aîné [Balthasar] et mit sous son commandement une armée (composée de gens) de tous les pays ; il retira sa main (des affaires), il lui confia la royauté. Et lui [Nabonide], il prit la route de (pays) éloignés. Les forces armées d’Akkad étaient sur le pied de guerre avec lui. Il s’orienta vers la ville de Tema´a (qui est) au milieu d’Amurru. » — Textes du Proche-Orient ancien et histoire d’Israël, par J. Briend et M.-J. Seux, Paris, 1977, p. 149.
Une découverte faite au nord de la Syrie laisse entrevoir une explication. En 1979, une statue d’un chef de la Gôzan antique a été exhumé. Il y avait sous sa jupe deux inscriptions, l’une en assyrien et l’autre en araméen. Le texte en araméen, la langue locale, le qualifie de « roi » alors que le texte en assyrien le qualifie de « gouverneur » de Gôzan. C’est pourquoi l’archéologue et linguiste Alan Millard a écrit : « À en croire des sources babyloniennes et des textes nouveaux figurant sur cette statue, on trouvait sans doute tout à fait correct dans des récits non officiels comme le livre de Daniel d’appeler Balthasar ’roi’. Il agissait en roi, en agent de son père, même s’il n’était peut-être pas légalement roi. La distinction précise aurait été hors de propos et n’aurait fait qu’embrouiller l’histoire telle qu’elle est racontée dans Daniel. » — Biblical Archaeology Review, mai/juin 1985, p 77.
« Le poème de Nabonide » (appelé La chronique de Nabonide) parle d’un évènement se déroulant en 545/544 mais Daniel (5 :30-6 :1) parle de Balthasar étant roi au moment de la prise de Babylone en -539. Toutefois la Chronique de Nabonide continue de parler de Balthasar comme étant prince et non comme étant roi au moment des évènements. L’empire babylonien avait-il deux rois en même temps ? Non. Il n’était qu’un prince assumant les fonctions de son père en son absence sans toutefois posséder le titre.
Balthasar était donc le prince héritier mais ne fut jamais roi. S’il était régent comme le laisse supposer la spéculation à partir d’une statue qui ne concerne pas nos protagonistes, il faut expliquer pourquoi Daniel ne le qualifie pas de régent ou de gouverneur ?
Pourquoi Daniel date t’il deux visions prophétiques selon les années de règne de Balthasar et non selon celles de Nabonide ?
La méthode de datation selon l’année de règne du roi en place est typique des monarchies antiques. Les tablettes babyloniennes de l’époque de Nabonide sont toutes datées des années de règne de Nabonide, jamais de celles de Balthasar.
Voici l’explication la plus probable : Après le récit de la chute de Babylone et de la mort de Balthasar, il est fait mention du complot contre Daniel sous le règne de Darius le Mède établi roi sur les Chaldéens. Ensuite le livre est constitué des diverses visions et prophéties de Daniel et en premier lieu celles qu’il reçut du temps ou Balthasar était « roi » sur Babylone. Comme ces visions qui concernent en partie la puissance médo-perse ont été révélées des années avant la chute de Babylone, Daniel cherchait uniquement à préciser qu’il les avait reçues du temps de Balthasar et donc avant que cette même puissance ne renverse Babylone et non à leur donner une date absolue. Car sans cette précision l’ordre du livre pourrait faire penser qu’il a reçu ces visions après. Si Daniel s’était basé sur les années de règne de Nabonide, il n’aurait fait qu’embrouiller le récit car il aurait dû expliquer les rapports entre Nabonide et Balthasar ce qui n’est pas essentiel à la compréhension du récit.
Quelle tartuferie ! Le seul point qui est acceptable ici est le dernier, à savoir que l’auteur du livre de Daniel reste logique avec lui-même. Mais tout ceci ne reste qu’argutie.
La réalité est que les auteurs juifs du IIe siècle ont massivement versé dans l’uchronie et la pseudépigraphie. Prenez le livre de Baruch qui est considéré par les experts comme ayant été écrit vers le IIe siècle av JC. et nous mettant aussi Nabuchodonosor et Balthazar dans la même famille ( 1:10-12) Mais Nabuchodonosor et Balthazar ne sont pas les seuls à subir les erreurs historiques.
Prenons le livre de Tobit, qui a été identifié comme une autre production du 2e siècle av. JC, [13] et mettant anachroniquement Ahasuerus au temps de la conquète de l’Assyrie par les Babyloniens et les Medes. Tobit, se déclare comme un captif exilé à Ninive au temps de Salmanasar en 721 av. JC.
1:1-2 Livre des actes de Tobit, fils de Tobiel, fils d’Ananiel, fils d’Adouël, fils de Gabaël, fils de Raphaël, fils de Ragouël, de la descendance d’Ariel, de la tribu de Nephtali,qui, au temps de Salmanasar, roi d’Assyrie, fut déporté de Thisbé, laquelle se trouve au sud de Kydios de Nephtali, en Haute-Galilée, au-dessus d’Aser, en retrait vers l’ouest, au nord de Phogor
Le livre apocryphe de Tobit se déroule 180 ans avant la chute de Babylone par les Perses. Comme dans les chapitres 2 à 7 de Daniel, Tobit est également écrit en aramaéen, qui est devenu la langue des Juifs au IIe siècle av JC. En - 612, l’alliance des Babyloniens et des Medes permit la capture de Ninive et participa à la chute de l’empire Assyrien. Le livre de Tobit assure que Assuérus(Ahashvérosh) fut le chef des Medes durant la bataille.
Tobit 14:14-15 Il mourut lui-même à l’âge de cent dix-sept ans, entouré du respect de tous. Avant de mourir, il apprit la ruine de Ninive et vit arriver en Médie les Ninivites emmenés en captivité par Assuréus, [14] roi des Mèdes. Il loua Dieu pour le sort qu’il avait infligé aux Ninivites et aux Assyriens. Il se réjouit de la destruction de Ninive et, tant qu’il vécut, il remercia le Seigneur Dieu, digne d’être loué pour toujours. (TOB)
Tobit 14:15 Il apprend, avant sa mort, que Ninevé est perdue, Neboukhadrèsar et Ahashvérosh l’avaient prise. Il se réjouit, pour Ninevé, avant sa mort. (Traduction Chouraqui)
Les Medes participèrent à la conquête de Ninive, mais l’armée des Mèdes ne fut pas menée par Assuérus, qui n’était même pas un Mède. Il était Perse, et il ne vécut que deux siècles plus tard. Les Mèdes furent dirigés par Cyaxeres et Nabopolassar comme le rapporte la tradution de A. K. Grayson pour Chronique de la chute de Ninive (faisant partie des Chroniques Babyloniennes livre III.
Au IIe siècle av. JC, les repères historiques semblent apparemment devenus confus pour les auteurs de l’époque à propos de quand et où Assuérus avait vécu et régné. Donc, l’écrivain de Daniel identifiait son « Darius le Mède » comme le fis Assuérus « de la descendance des Mèdes », comme l’écrivain de Tobit qui pensait qu’Assuérus, au lieu du véritable conquérant de Ninive à savoir Cyaxeres, le roi des Mèdes. Cette erreur n’aurait jamais été faite si Daniel était un haut officier de la cour de Babylone au sixième siècle av. JC.
5) L’erreur historique concernant Darius le Mède :
Darius est-il une invention ?
Le fait qu’il soit inconnu de l’Histoire ne prouve rien. Avant le milieu du dix-neuvième siècle Balthasar et Sargon étaient uniquement mentionnés dans la Bible, depuis les découvertes archéologiques ont prouvé leur existence. Les centaines de milliers de tablettes cunéiformes mises au jour au Proche-Orient présentent toujours une histoire incomplète. Les autres sources, les écrits des historiens de l’Antiquité qui vécurent un ou deux siècles après les événements, voir davantage, sont peu nombreuses.
Certains pensent que Darius peut être identifié au Goubarou (souvent confondu avec Ougbarou) de la Chronique de Nabonide : Ougbarou, « gouverneur du Gutium, et l’armée de Cyrus firent, sans combat, leur entrée dans Babylone ». Puis, après avoir raconté l’entrée de Cyrus dans la ville dix-sept jours plus tard, cette inscription déclare qu’il installa Goubarou « comme gouverneur de (tous) les gouverneurs, à Babylone ». — Chroniques mésopotamiennes, J. J. Glassner, Paris, 1993, p 204.
Territoire sur lequel Goubarou exerçait son autorité : La Chronique précise que Ougbarou, gouverneur de Gutium, mourut quelques semaines après la conquête. D’autres textes cunéiformes montrent que Goubarou vécut encore et fut gouverneur pendant quatorze ans, non seulement de Babylone, mais aussi de toute la Babylonie et de la « région qui est au-delà du fleuve », laquelle englobait la Syrie, la Phénicie et la Palestine jusqu’à la frontière égyptienne. Ainsi, Goubarou gouvernait une région qui s’étalait sur toute la longueur du Croissant fertile, en gros le territoire qu’avait couvert l’empire néo-babylonien. Darius le Mède avait été « fait roi sur le royaume des Chaldéens » (Daniel 5:31 ; 9:1, Da), mais n’est pas appelé « roi de Perse », titre par lequel on désignait habituellement Cyrus (Daniel 10:1 ; Esdras 1:1,2 ; 3:7 ; 4:3). Ainsi, la région gouvernée par Goubarou semble au moins la même que celle sur laquelle Darius régna. Pourquoi serait-il appelé Darius dans la Bible ?
Étant donné que nulle part Goubarou n’est appelé Darius, on a émis l’idée que « Darius » était son titre ou nom de trône. W. Albright déclare : « Il me semble fort probable que Gobryas [Goubarou] ait vraiment été revêtu de la dignité royale et qu’il ait porté le nom ’Darius’, peut-être un vieux titre royal en Iran, pendant que Cyrus était en campagne en Orient. » — Journal of Biblical Literature, 1921, vol. XL, p 112, note 19.
Goubarou peut-il être qualifié de roi ?Le professeur Whitcomb explique que, selon la Chronique de Nabonide, Goubarou, en qualité de gouverneur de district de Cyrus, « installa des gouverneurs à Babylone » ; or, Daniel 6:1, 2 (Da) relate qu’il « plut à Darius d’établir sur le royaume cent vingt satrapes ». J. Whitcomb en conclut que Goubarou étant gouverneur d’autres gouverneurs, ses subordonnés le qualifiaient vraisemblablement de roi (Darius the Mede, p 31-33). Quant à A. Olmstead, il dit à propos de la vaste région sur laquelle Goubarou (Gobryas) exerçait sa domination : « Sur toute cette étendue de terres fertiles, Gobryas [Goubarou] régnait presque en monarque indépendant. » — History of the Persian Empire, 1948, p. 56. En accord avec ce qui précède, certains spécialistes sont d’avis qu’en réalité Darius le Mède était probablement vice-roi du royaume des Chaldéens, mais qu’il était subordonné à Cyrus, le souverain suprême de l’empire perse. A. Olmstead fait cette observation : « Dans ses relations avec ses sujets babyloniens, Cyrus était ’roi de Babylone, roi des pays’. En mettant de la sorte en évidence que l’antique lignée de monarques était ininterrompue, il flattait leur vanité, gagnait leur fidélité […]. Mais c’est le satrape Gobryas qui représentait l’autorité royale après le départ du roi. » — History of the Persian Empire, p 71. Ceux pour qui le Darius de la Bible était un tel délégué font remarquer qu’il est dit de lui qu’il « reçut le royaume » et qu’il fut « fait roi sur le royaume des Chaldéens », ce qui indiquerait qu’il était effectivement subordonné à un souverain plus puissant (Daniel 5:31 ; 9:1, Da).
Pas besoin d’aller chercher un livre de 1921 pour affirmer qu’un alias est possible. Vous avez le fondamentaliste presbytérien Whitcomb qui en a fait un livre en 1963. [15].
Cependant, il y a 3 gros problèmes avec cette théorie.
1/ Tout d’abord, Gobryas n’était qu’un simple gouverneur qui dû faire allégeance à Cyrus et à l’Empire Perse. S’il tenait à sa position et à sa vie, il aurait était fou et inconscient de défier l’autorité de Cambyses et de Cyrus en s’arrogeant leurs droits et hommages à lui-même comme nous pouvons le lire en Daniel 6
2/ Deuxièmement, pour réconforter les Juifs persécutés pour leur foi subissant les règles païennes de leur dominateur, l’auteur souligne dans tout son livre que c’est Dieu qui installe et dépose les rois (Daniel 1:2 ; 2:21,37 - 38 ; 4:17,25 - 26.32 ; 5:18 - 21.26.28 ; 7:12 - 14.22.27 ; 11:1) Donc, nous devons comprendre que Darius a reçu directement son royaume de Dieu (et non de quelqu’un d’autre), puisqu’il est le Maitre de l’histoire
3/ Les documents de l’ancien araméen montre que l’expression « recevoir le royaume » signifie « devenir Roi ». Ce que confirme le texte de la Septante, de Theodition, la Peshita et la Vulgate. Exemple : Daniel 9 :1
Le gros problème avec ces spéculations fondamentalistes que l’auteur nous montre c’est que c’est en contradiction totale avec les 1/faits archéologiques 2/ le livre de Daniel lui-même.
1/ L’argument « absence de preuve, n’est pas preuve de l’absence » n’est qu’une parade qui ne peut être utilisé dans ce cas-précis. Si j’admets que le silence doit être utilisé avec précaution, le silence s’élève au niveau du démenti si un autre auteur contemporain avait mentionné un événement particulier porté à notre connaissance où s’il avait vécu au même moment où les faits se sont produits . Le silence des auteurs romains de l’Antiquité, par exemple, est une excellente évidence que les avions, les trains, et les camions ne furent pas utilisés à Rome aux jours de Jésus !
Les documents babyloniens s’avèrent justement contenir de très nombreuses références à Cyrus comme Empereur, à Cambyses comme roi, et à Gobryas comme gouverneur à Babylone —mais aucune référence pour Darius. Ces faits connus ne laissent aucune place pour le Darius le Mede de Daniel comme Souverain unique de Babylone, prouvant de ce fait sa non-existence à ce moment-là et cela au delà du doute raisonnable.
2/ Daniel (6 :21) et les satrapes (Daniel 6 :6) s’adresse à Darius en disant « Roi Darius, vis éternellement ! » (Daniel 3 :9 et 5 :10). L’auteur nous indique très clairement que le nom officiel du roi est « Darius » et non Gobryas . Par conséquent, le silence des documents babyloniens contemporains concernant Darius prouve au delà du doute raisonnable qu’il est factice.
S’il n’est pas exclut à 100% que Gobryas eut comme pseudonyme Darius, l’historien acceptera l’hypothèse la plus plausible et contenant le plus d’évidences et de preuves.
En l’occurrence, pour Gobryas/Darius nous en possédons AUCUNE ! Le livre de Daniel lui-même n’en fait pas mention. Cette spéculation théologique fondamentaliste du début du XXe siècle est par conséquent à rejeter.
La vraie raison de cette spéculation n’est pas historique mais d’un intérêt vital pour les fondamentalistes qui tiennent à leur livre de Daniel écrit au VIe siècle av JC. Etant incapable de comprendre qu’un texte peut subir plusieurs couches de composition dans une période de l’histoire où la pseudépigraphie est un sport international et le droit de la propriété intellectuelle inexistante, ils inventent les théories les plus invraisemblables pour conserver une bible intacte de toute critique. Leur monde manichéen est incapable d’admettre la diversité et pour ma part je considère que leur foi est puérile et bien fragile pour se sentir déstabilisé lorsqu’un livre biblique est dénoncé par les historiens comme versant dans l’uchronie.
6) Le livre d’Ézéchiel
Les biblistes admettent l’authenticité du livre d’Ézéchiel et datent sa rédaction du quatrième siècle avant notre ère. Or, Ézéchiel cite par trois fois un personnage nommé Daniel (14:14 ; 14:20 et 28:3). Au chapitre 14, il cite Daniel comme un homme juste avec Noé et Job. Certains biblistes affirment qu’il s’agit en réalité d’un certain ’Danel’, connu par les écrits de Ras-Chamra , l’antique Ougarit, pour sa sagesse et sa justice (tablette AO17323). Au verset 3 du chapitre 28 il est écrit concernant la ville de Tyr : « Voici, tu es plus sage que Daniel, Rien de secret n’est caché pour toi ; » (Sg). Cette description correspond tout à fait au Daniel biblique : « Le roi s’entretint avec eux ; et, parmi tous ces jeunes gens, il ne s’en trouva aucun comme Daniel, Hanania, Mischaël et Azaria. Ils furent donc admis au service du roi. Sur tous les objets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, et sur lesquels le roi les interrogeait, il les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues qui étaient dans tout son royaume. » — Daniel 1:19,20 (Da). « Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision pendant la nuit. Et Daniel bénit le Dieu des cieux. » — Daniel 2:19 (Da). Les arguments décisifs en faveur du Daniel biblique sont, d’une part, que l’autre personnage est inconnu par ailleurs dans la Bible et d’autre part, que les habitants d’Ougarit étaient des païens. Ézéchiel n’aurait certainement pas cité ce personnage probablement inconnu de ses contemporains (Ougarit fut détruite vers 1200 avant notre ère) et de plus un adorateur du dieu Baal aux côtés d’hommes justes tels que Noé qui « marchait avec Dieu » (Génèse 6:9) et Job « homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal » (Job 1:8).
Ezechiel parle du roi de Tyr qui s’est montré plus sage que les autres en prospérant dans le commerce et non pas par rapport à un quelconque prophète contemporain qui n’aurait encore rien écrit.
Fils d’homme, dis au prince de Tyr : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Parce que ton cœur s’est enorgueilli, tu as dit : « Je suis un dieu, j’habite une demeure divine, au cœur de la mer. » Alors que tu es un homme et non un dieu, tu te fais un cœur semblable au cœur de Dieu. Voilà que tu es plus sage que Daniel ; pas un sage n’est semblable à toi. Par ta sagesse et ton intelligence, tu t’es fait une fortune, tu as mis or et argent dans tes trésors. Si grande est ton habileté dans le commerce ! tu as multiplié ta fortune, et ton cœur s’est enorgueilli de ta fortune. (Ezechiel 28:2-5)
Le livre d’Ezekiel est réputé avoir été finalisé en -591 [16]. Mais les évènements qui font de Daniel un être supérieur aux sages de Babylone concerne un jeune homme emmené lors de la première déportation en -597 qui connut une première apogée (suivant le livre) la deuxième année du règne de Nabuchodonosor soit en 603/2 (chapitre 2) ??? [17]
Alors qu’il n’était pas encore déporté ? Si nous devons entendre la deuxième année de la déportation soit -595, c’est un peu court pour faire de lui la référence absolue sur le sujet.
En fait, le raisonnement utilisé est circulaire. Le Daniel sage du livre d’Ezekiel correspond au livre de Daniel qui s’auto-déclare plus sage que tous les sages de Babylone à la troisième personne.(sic !) Comment savoir qui est ce sage Daniel ? Il faut lire Ezekiel. Comment savoir que c’est le bon Daniel dans Ezeckiel ? Il faut lire Daniel…Cherchez l’erreur.
Notez aussi que pour les fondamentalistes, il ne semble qu’il n’y avait qu’un seul Daniel existant à l’époque… De plus Ezekiel 14:14,20 place chronologiquement à deux reprises Daniel entre Noé et Job. ( soit entre -2370 et avant l’Exode vers -1200 suivant le récit biblique)
"14. et qu’il y ait dans ce pays ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, ces hommes sauveraient leur vie grâce à leur justice, oracle du Seigneur Yahvé.
20. et que Noé, Daniel et Job soient dans ce pays : par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, ils ne sauveraient ni fils ni fille, mais ils sauveraient leur vie grâce à leur justice. " [18]
Et pour terminer sur l’impossibilité de prendre source dans des écrits païens, il y a des preuves abondantes de présences de légendes païennes plus anciennes que le récit biblique (Gilgamesh/ Noé, Samson/ légende cananéenne, Baal).
Conclusion
Nous constatons que les quatre points avancés par Émile Osty et Joseph Trinquet ne résistent pas a un examen approfondi. Nous pouvons en conclure que la principale raison qui pousse la majorité des biblistes à dater le livre de Daniel du deuxième siècle avant notre ère est qu’il rejettent l’idée que les prophètes bibliques aient pu prédire des évènements longtemps avant qu’ils n’arrivent.
Je ne sais pas ce qu’on doit comprendre par « examen approfondi » mais si c’est ce contenter de répéter comme un perroquet de sacristie les écrits des pseudo-spécialistes de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
, eux-mêmes se basant sur des écrits de fondamentalistes, alors il y a tromperie. La conclusion est typique des Témoins de Jéhovah qui font un procès d’intention a deux exégètes, croyants de surcroit, [19] , parce qu’ils ont l’honnêteté intellectuelle de reconnaitre ce que la foi ne peut plus défendre face à une armada de preuves. C’est une pratique abjecte et témoin de l’esprit mesquin, fanatique et religiocentriste des Témoins de Jéhovah. En effet, hors de leur religion, point de salut ! Et pas de christianisme possible, sans Daniel ? Un monde manichéen qui amène donc à la plus grande prudence face à des sites similaires sur le sujet.
En fait, les Témoins de Jéhovah n’ont pas la franchise de reconnaître que s’ils admettaient que le livre de Daniel est une pseudépigraphie, l’ensemble de leur théologie à laquelle ils adhèrent s’écroulerait comme un chateau de cartes et qu’il n’aurait plus aucune raison de prêcher la fin du monde depuis une date (1914) donnée par un montage théologique fumeux basé sur le livre de Daniel.


