La Culpabilité : un frein au bonheur

La culpabilité chez les Témoins de Jéhovah prend plusieurs formes, selon le DEGRE D’INTERIORITE du message TJ dans l’inconscient de chacun. Nous parlons ici de ce que nous connaissons : des jeunes TJ, ceux qui N’ONT RIEN DEMANDE à personne, ceux dont la vie a été tracée par d’autres (les parents) dans ce système totalitaire.

- Sigmund Freud contemplant des statuettes
(sans doute japonaises) - Marie Bonaparte, 1937.
Prints & Photographs Division Library of Congress
Trois ouvrages de Sigmund Freud s’avèrent absolument essentiels pour démonter la mécanique TJ :
1) L’avenir d’une illusion (1927) : Cette illusion, selon Freud, c’est la religion, rien de moins.
… nous appellerons REFUSEMENT le fait qu’une pulsion ne peut être satisfaite, INTERDIT le dispositif qui fixe ce refusement, et PRIVATION l’état qu’entraîne l’interdit.
2) Malaise dans la culture (1929) : Ce malaise, c’est entre autre la culpabilité née de la religion.
… notre intention toutefois était bien de présenter le sentiment de culpabilité comme le problème capital du développement de la civilisation, et de faire voir en outre pourquoi le progrès de celle-ci doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment.
Et en note en bas de page : « C’est ainsi que la conscience fait de nous tous des lâches », SHAKESPEARE, monologue de Hamlet.
3) L’homme Moïse et le monothéisme (1938) : L’invention du monothéisme remonte à l’Egypte, le personnage de Yahvé est en fait construit par Moïse, qui était par ailleurs lui-même Egyptien. Freud rappelle dans ce texte ultime sa thèse développée dans Totem et Tabou (1913) : l’idée de Dieu, du divin, nous vient de l’existence, en des temps immémoriaux, de la vie dans des groupes dominés par un mâle dur et violent.
Sur cette base, analysons la culpabilité chez les Témoins de Jéhovah, que nous appellerons évidemment « surmoi », cette instance qui, au fond de nous, forgée dès l’enfance, nous EMPECHE D’AGIR. Car la culpabilité est avant tout un « refusement » qui nous empêche d’être heureux.
Deux cas de figures, disons-nous, existent chez les jeunes nés dans une famille de Témoins de Jéhovah :
1) ceux qui ne se laissent pas directement atteindre par le message (même si personne n’y échappe) et qui voient justement uniquement le côté « interdit ». Ceux-là sont, dès leur plus jeune âge, guidés par la « peur du gendarme », la crainte du petit Témoin qui est dans la même classe à l’école et qui agit comme un surmoi extériorisé, comme une extension des « pères », des « anciens »… cet autre petit TJ qui a peut-être tout autant envie d’outrepasser les règles. Ne serait-ce pas d’ailleurs la jalousie de voir un autre oser agir qui le pousse à le dénoncer ?
2) Il y a les jeunes Témoins de Jéhovah qui avalisent le message, qui le font leur, qui l’assimilent. Ils veulent plaire à Dieu et surtout à son organisation. La privation est donc permanente. Ces jeunes-là feront tout pour ne pas se retrouver en position d’agir, ils trouveront toujours, INCONSCIEMMENT la parade pour ne pas avoir à faire le choix incriminé.
Si, dans quelques rares cas, l’acte refusé est tout de même consommé (nous parlons ici de choses même infinitésimale : une guirlande posée sur l’arbre de Noël de l’école, une tranche de gâteau d’anniversaire dégustée chez le voisin), alors le jeune TJ trouvera aussitôt le moyen de se faire punir, de commettre l’impair qui le « vendra » auprès des anciens.
Et quand le TJ commet des actions auto-destructrices ou tout au moins néfastes à sa propose santé mentale et physique (que j’ai décrites par ailleurs), que cherche-t-il ?
D’abord, il applique à la lettre ce qui lui a été inculqué.
Mais également : il cherche à s’anéantir lui-même, en quelque sorte à faire le boulot de Dieu. Ces actions nocives et dangereuses, c’est son Harmaguédon
Harmaguédon
Voir Harmaguédôn.
Le grand jour de la guerre de Dieu le Tout Puissant. Le Big Bang ou le Big Crunch pour les Témoins de Jéhovah.
à lui, c’est son auto-procès, son auto-condamnation. C’est exécuter à la lettre, jusqu’à l’absurde, et totalement inconsciemment, la colère de Dieu.
Cela nous est arrivé à tous, nous ex-Témoins de Jéhovah, et c’est pourquoi la recherche d’un soutien psychologique, ou mieux, psychanalytique, est fortement recommandé à chacun d’entre nous.
La culpabilité naît aussi dès le niveau de la pensée. Pensée qui - on le répète en permanence aux Témoins de Jéhovah - peut être LUE en permanence par Dieu. Voilà l’imagination et le désir oblitérés, empêchés, noyés dès l’origine. Ces enfants-là redouteront à tout moment la pensée impure, ou plus grave encore le DOUTE. Au bout d’un temps relativement court, les interdits sont intériorisés, l’inconscient classe automatiquement tout élément négatif, comme un filtre de boîte mail envoie à la corbeille tout message inopportun.
Une seule façon de commencer la lutte contre les sentiments coupables : déconstruire (mais non démonter), encore et toujours, son passé, évoquer de petits souvenirs, des événements faussement anodins qui continuent à nous poursuivre, et petit à petit, cette maudite culpabilité pourra se résorber.
Et à partir de là, l’humain peut se définir enfin autrement que comme « ex-TJ », il peut enfin entrer dans l’affirmation plutôt que dans la négation (même si nous reconnaissons qu’il ne pourra jamais se défaire d’une certaine mauvaise conscience, qu’il devra combattre toute sa vie, d’où l’utilité de la création du concept d’Exthéisme).
Il peut se bâtir une éthique personnelle, ce qui amène, à plus grande échelle, à établir des lois et des interdits, à réguler la vie entre les hommes.
Tout cela passe par l’acquisition d’un savoir, la reconnaissance de l’existence d’hommes qui avant nous ont pu dresser des lignes, floues ou précises, jamais terminées.
Détail important : Comme Freud l’explique, le refusement, la culpabilité n’ont pas pour origine la peur du châtiment, mais le besoin d’amour, d’ACCEPTATION au sein de la communauté. Un système de chantage affectif que les responsables Témoins de Jéhovah ont bien compris. Ils en jouent souvent dans les visites de pseudo-réconfort qu’ils font aux brebis plus affaiblies.

- Jacques Lacan
- Durant l’un de ses séminaires
Jacques Lacan va plus loin, dans un petit livre lumineux, publié en 2005 au Seuil par Jacques Alain Miller et qui compile deux textes de Lacan : Le triomphe de la religion - Discours aux catholiques.
Ce que nous enseigne Totem et Tabou, c’est que le Père n’interdit le désir avec efficace que parce qu’il est mort, et, ajouterai-je, parce qu’il ne le sait pas lui-même - entendez, qu’il est mort. Tel est le mythe que l’homme propose à l’homme moderne, en tant que l’homme moderne est celui pour qui Dieu est mort - entendons, que lui croit le savoir.
Pourquoi Freud s’engage-t-il sur ce paradoxe ? Pour exprimer que le désir n’en sera que plus menaçant, et donc l’interdiction plus nécessaire et plus dure.. DIEU EST MORT, PLUS RIEN N’EST PERMIS. Le déclin du complexe d’Œdipe est le deuil du Père, mais il se solde par une séquelle durable, l’identification qui s’appelle le surmoi.
Le Père non aimé devient l’identification que l’on accable de reproches en soi-même.
La culpabilité, c’est aussi ça : une « épine dans la chair », pour interpréter l’expression de Paul, (2 Corinthiens 12:7, selon la Traduction du Monde Nouveau
Dès lors, comment se débarrasser cette culpabilité si bien ancrée ? Comme on le fait d’une écharde : avec beaucoup de patience et d’habileté. Mais même une fois la brindille extraite, la douleur résiduelle subsiste longtemps.
Notes:
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