jeudi, 23 février 2012|

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L’exclusion : mythes et réalité - Partie V




Lien vers ’’L’exclusion : mythes et réalité - Partie IV’’

« C’est la personne exclue qui coupe les ponts avec son entourage ! »

L’un des nouveaux arguments bien à la mode dans les milieux pro-TJ à propos de l’exclusion consiste à inverser la responsabilité de la rupture en prétendant que c’est l’exclu qui s’est détourné de sa famille et de ses amis. La Société Watch Tower a même utilisé cette tactique dans le cadre d’un procès récent en basant son argumentation sur cette idée (entre autres), puis a fait témoigner à la barre des adeptes ayant affirmé que c’était l’exclu qui avait souhaité mettre un terme aux relations amicales : [1]

« Dès son excommunication, Monsieur Lejeune va toutefois réfuter l’aide des membres de la Congrégation d’Esneux et manifester sa volonté de ne plus avoir aucun contact avec eux, raison pour laquelle celui-ci désertera, malgré plusieurs invitations, totalement les lieux de culte. »

« Pire encore, Monsieur Lejeune va en outre tenir de plus en plus fréquemment des propos insultants et diffamatoires à l’encontre de ses anciens coreligionnaires, de leur foi et de leurs convictions. »

« Celui-ci ne va pas hésiter à qualifier les Témoins de Jéhovah de « secte nuisible » et à s’associer à des associations qui se prétendent « anti-sectes » (telles qu’UNADFI, ADFI, etc.) en vue de dénigrer les Témoins de Jéhovah. » (…)

« Monsieur Lejeune a en outre essayé à plusieurs reprises de convaincre plusieurs témoins de Jéhovah de quitter la Congrégation , voire de "harceler par écrit certains membres de la congrégation. »

« Un tel comportement a, on le comprend aisément, considérablement dégradé les relations, déjà souvent difficiles, que Monsieur Lejeune entretenait avec les autres membres de la congrégation d’Esneux. »

« Étonnement, Monsieur Lejeune se plaint toutefois d’être « rejeté » par ceux-ci, de ne plus pouvoir entretenir avec eux des relations « a minima » et prétend imputer ce « rejet » à la concluante [la congrégation des TJ] qui donnerait à ses « adeptes » des « consignes » quant au comportement à adopter vis-à-vis des membres excommuniés. » [2]

Environ une année auparavant, Philippe Barbey, un sociologue apologiste des Témoins de Jéhovah et dont les travaux font l’objet de sérieuses critiques, a bien résumé cette pensée sur son propre site en déclarant :

« Le Témoin de Jéhovah qui est excommunié a fait clairement le choix d’un autre mode de vie que celui qu’adoptent ses coreligionnaires." (…) Sur le terrain, on constate que l’énorme majorité des excommuniés tourne très rapidement la page. Ils passent à autre chose. Leurs pôles d’intérêt ne sont plus ceux de leur famille. Le lien familial se détend naturellement. (…) Le membre excommunié mène une vie désormais basée sur d’autres critères, se fait d’autres amis, pratique naturellement un autre mode de vie, intègre un autre groupe social. (…) Le ‘désarrimage’ entre la personne qui n’est plus Témoin de Jéhovah d’avec les membres de sa famille qui le sont encore se fait naturellement et imperceptiblement. Leurs centres d’intérêt ne sont plus les mêmes, leur codes culturels changent, leur marques de reconnaissance s’estompent. Pour faire simple, leurs chemins s’éloignent. En dire quoi ? Rien de plus que des banalités. Ce phénomène de disjonction sociale s’observent partout et chaque jour. »

« S’il semble que les rédacteurs de l’extrait que vous citez veulent faire entendre qu’ils sont les acteurs volontaires de cette séparation, la réalité du terrain est différente. La volonté de séparation est d’abord celle de la personne qui quitte le groupe social, groupe qu’elle avait rallié en son temps parce qu’elle voulait en partager les marqueurs sociaux. C’est elle qui prend l’initiative de quitter la tribu et de rompre le continuum social, ici qualifié de ‘spirituel’. Les membres restés Témoin de Jéhovah sont en réalité passifs puisque eux n’ont fait aucun nouveau choix et se tiennent toujours à leur appartenance sociale d’ordre religieux. »

« À partir du moment ou quelqu’un a fait le choix, en conscience, de quitter son groupe social pour en intégrer un autre, il change lui-même les règles qu’il veut ou non désormais s’imposer. Son excommunication n’a plus d’importance, au même titre que la radiation d’un club sportif, d’une association ou l’exclusion d’un parti politique que l’on a de toutes façons choisi de quitter. » [3]

Pour replacer les choses dans leur contexte, il faut noter que cette page du site de M.Barbey est due à l’intervention d’un ex-TJ qui lui reproche son affirmation selon laquelle « seul le lien de nature spirituel est rompu, le lien familial reste intact », et lui fait remarquer que les publications jéhovistes ordonnent bel et bien une coupure, un passage du livre Gardez-vous dans l’amour de Dieu étant cité à l’appui. M. Barbey est donc obligé de produire ce que je qualifierai de longue élucubration dans le but de réfuter ces écrits bien gênants. Comment s’y prend-il concrètement pour répondre ?

Un mot sur la méthodologie

Avant d’aborder les arguments en eux-mêmes, il convient de relever que ce sociologue dit s’appuyer sur une étude empirique (« sur le terrain »), mais malheureusement nous n’en saurons pas plus, et c’est fort regrettable. Nous aurions en effet bien voulu savoir concrètement quelle était sa méthode travail : A-t-il rencontré des ex-TJ ? Si oui, quelles questions leur a-t-il posées ? Ces exclus -ou du moins, « l’énorme majorité » pour reprendre ses propres termes- lui ont-ils dit clairement combien ce fut une partie de plaisir de quitter les TJ et que ce sont eux qui ont choisi de s’éloigner de leurs anciens coreligionnaires (ça ne doit pas courir les rues…) ? Les différentes remarques qu’il émet avec beaucoup d’assurance reflètent-elles vraiment ce qu’il a pu observer sur le « terrain », ou relèvent-elles en grande partie d’une interprétation très subjective motivée par un désir de refaire à tout prix une virginité à l’organisation jéhoviste, tout en maquillant cette démarche sous un vernis sociologique ? C’est en tout cas quelque chose que l’on peut craindre lorsqu’on constate que, dans son ouvrage Les Témoins de Jéhovah - Pour un christianisme original, il valide sans le moindre regard critique chaque argument avancé par l’organisation jéhoviste, ce qui lui fut précisément reproché par un autre sociologue ayant examiné ses travaux.

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Max Weber (1864-1920) fut à l’origine d’une sociologie compréhensive dont se réclament aujourd’hui de nombreux sociologues.

Ainsi, bien qu’il soit, me semble-t-il, essentiel de citer ses sources lorsqu’on se livre à un travail sociologique et de surcroît sur un sujet aussi controversé, M. Barbey n’offre aucun témoignage d’ex-TJ susceptible de plaider en faveur de ses conclusions ; aussi faut-il nous contenter de cette seule et bien indigente présentation expédiée en deux mots et sur laquelle repose pourtant une grande partie des assertions qu’il présente sur la page de son blog. D’ailleurs, dès le deuxième paragraphe, l’argument d’autorité est invoqué, même si c’est à demi-mots (« mon point de vue est celui d’un sociologue wébérien qui analyse ce qu’il voit dans une optique d’analyse compréhensive »), peut-être pour pallier l’absence de réelle argumentation, puisque sans preuve concrètes à fournir, toute la page s’apparente à une simple réflexion personnelle, comme celles que l’on pourrait exprimer au café du coin.

Cela est d’autant plus douteux que les auteurs du présent site savent par expérience personnelle, et pour avoir lu ou écouter de nombreux autres témoignages d’ex-TJ, que la sortie de l’organisation est souvent pénible (cf. le troisième article de cette série), et que la rupture avec la famille et les amis TJ sont presque automatiquement imputable aux TJ, car ceux-ci se soumettent aux règles de leur organisation. D’ailleurs, dans les conclusions présentées par Jacques Lejeune et déposées le 1er septembre 2010 par son avocat au greffe de la Cour d’Appel de Mons, plusieurs ex-TJ évoquent de façon poignante l’évitement dont il sont l’objet de la part des TJ, qui les ont reniés soudainement. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Je précise que j’ai déjà eu l’occasion de lire les écrits d’autres sociologues ayant analysé les TJ, et je dois bien avouer que c’est la première fois que l’un d’entre eux attribue la responsabilité de la rupture à l’exclu… Il doit probablement s’agir d’un point de vue très marginal au sein de la communauté des ’’sociologues wébériens’’.

Toutefois, reconnaissons que la page qu’il a rédigée ici n’était rien de plus qu’une réponse à un contradicteur, et qu’il n’était donc peut-être pas possible, pour des raisons pratiques, de s’étendre abusivement sur tous les arguments qui l’ont amené à ces conclusions, à moins d’écrire un chapitre entier sur le sujet (encore que… on se demande bien pourquoi cela n’aurait pas pu être possible, mais bon…). Peut-être M. Barbey a-t-il voulu trancher dans le vif afin de ne pas décourager ses lecteurs avec trop de détails…

Quelles que soient les raisons de cet absence de développements, nous allons malgré tout accorder le bénéfice du doute à M. Barbey et admettre que ses études furent effectuées avec tout le sérieux et l’impartialité requises, et qu’elles l’ont effectivement amené aux affirmations qu’il formule sur sa page. Nous examinerons donc les arguments en eux-mêmes, en partant du principe qu’ils proviennent de faits dûment constatés. Mais, tandis que vous lirez le présent article qui propose une analyse critique des conclusions de ce sociologue, n’oubliez pas que cela ne signifie nullement que celles-ci soient effectivement corroboré par une étude de terrain effectuée dans les règles déontologiques du métier, puisque nous ne savons rien à ce sujet…

Donc, penchons-nous de plus près sur l’argumentation de M. Barbey - et sur celle de la Société Watch Tower dans le cadre du procès cité en introduction -, pour en arriver à la conclusion que c’est l’exclu qui prend ses distances avec sa famille et ses amis TJ.

Un rejet ce qui est écrit de façon limpide dans les publications jéhovistes

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Lorsqu’on défend un point de vue tarabiscoté, il faut parfois renier ce qui est clair comme de l’eau de roche…

Dans un tour de force assez remarquable, M. Barbey est obligé de renier les publications jéhovistes qui lui ont été citées en introduction et qui sont pourtant très explicites sur ce sujet. Dès son introduction, il est contraint de prétendre qu’il peut y avoir un « décalage (…) dans la lecture que l’on peut faire des publications des Témoins de Jéhovah », et ceci alors qu’il n’existe pas 36 000 façons de comprendre des ordres exprimés clairement et qui doivent s’appliquer sans contestations. Son raisonnement a pour effet de rendre nulles et non avenues les consignes de la Watch Tower qui, au final, se résumeraient à rien de plus que des mots sur le papier : ce qui est écrit noir sur blanc dans les publications jéhovistes ne constituerait que de la théorie et celle-ci n’est pas forcément effective. Dit autrement, cela donne : « Oui, les TJ disent ça, mais en fait ça ne se passe pas comme ils le disent ». Ainsi, si M. Barbey a raison, il faut en conclure que tout ce qui est écrit dans les publications jéhovistes - et de surcroît de façon tout à fait explicite et répétée dans le cas de l’exclusion, avec des sanctions à la clé en cas de non-respect - n’est pas forcément véridique. Si c’est valable dans ce domaine, ça peut être le cas pour n’importe quoi d’autre et alors il convient de prendre chaque publication avec des pincettes… Chers TJ, vous voilà donc prévenus : selon un sociologue, vos revues censées contenir la « vérité » disent n’importe quoi…

Et pourtant, même en 2011, un numéro de La Tour de Garde a réitéré une fois de plus l’ordre pour le fidèle de rompre avec l’exclu. Or, les paragraphes précédents mentionnent le cas d’une mère TJ décidant de ne plus fréquenter son fils exclu, ce qui indique que cela s’applique même dans le cercle familial. Par ailleurs, l’article renvoie, dans un astérisque, à La Tour de Garde du 15 décembre 1981, pages 25-30, indiquant ainsi que ces pages sont toujours d’actualité. Voyez cet extrait :

* La Tour de Garde, 15 février 2011, p. 32, § 18 :

« En rompant vos relations avec la personne qui a été excommuniée ou qui s’est retirée de la congrégation, vous montrez que vous haïssez l’état d’esprit et les actions qui l’ont menée à cette situation. Vous montrez aussi que vous l’aimez suffisamment pour agir au mieux de ses intérêts. Votre fidélité augmentera peut-être les probabilités de la voir se repentir et revenir à Jéhovah. »

Mais les affirmations de M. Barbey vont encore plus loin : déduction logique, si ce qui est écrit dans les publications de la secte ne s’applique pas dans les faits, alors les auteurs de celles-ci ne sont pas responsables des ruptures. Il en vient carrément à blanchir la Watch Tower de tout paternité dans l’acte de séparation lorsqu’il déclare - et là ça devient franchement risible : « S’il semble que les rédacteurs de l’extrait que vous citez veulent faire entendre qu’ils sont les acteurs volontaires de cette séparation, la réalité du terrain est différente ». On pourrait quand même raisonnablement s’interroger : mais alors, pourquoi la Watch Tower veut-elle s’attribuer la responsabilité de nombreuses ruptures familiales et amicales, avec tout le lot de souffrances qui en découlent - et cela au risque d’adopter publiquement le rôle du bourreau dans l’histoire -, si ce n’est pas elle qui en est à l’origine ? Serait-elle si altruiste qu’elle serait prête à endosser une faute à la place de quelqu’un d’autre - alors qu’elle ne reconnaît déjà JAMAIS ses propres fautes, et qu’elle a vigoureusement combattu à la fois judiciairement (procès) et spirituellement (exclusion) tous ceux qui ont essayé de révéler publiquement ses méfaits (fausses prophéties, gestion des affaires de pédophilie en interne, incohérences doctrinales…) ? [4]

Si vraiment la faute de la rupture à l’exclu, alors il faudrait s’attendre à ce qu’il y ait de nombreux TJ qui se plaignent publiquement qu’un membre de leur famille exclu ne veuille plus les fréquenter. Or que constatons-nous « sur le terrain » ? Bien que la situation que je viens de décrire ne soit pas à exclure mais soit certainement rarissime, il apparaît c’est exactement l’inverse qui se produit : ce sont les exclus qui affirment souffrir de ne plus revoir des membres de leur famille TJ.

L’une des meilleures preuves que ce n’est pas l’exclu qui souhaite tourne la page de lui-même est attesté par Raymond Franz : évoquant la période plus « libérale » de l’organisation entre 1974 et 1981, période pendant laquelle des contacts plus soutenus avec les exclus étaient autorisés, il expliqua dans son livre À la recherche de la liberté chrétienne que de nombreux TJ furent alors tout heureux de renouer avec des membres de leur famille exclus, ce qui indique 1/ que les adeptes n’avaient pas envie de rompre les liens ; 2/ que les exclus non plus puisqu’ils ont manifestement accepté avec joie cette reprise de contact. La logique voudrait que, si les auteurs des consignes dans les publications jéhovistes n’étaient pas à l’origine de ces ruptures, une quelconque modification de politique sur le traitement de l’exclusion n’aurait rien changé dans les rapports familiaux puisque la possibilité de renouer les liens n’aurait dépendu QUE des protagonistes…

De surcroît, la Société Watch Tower assortit ses consignes de sanctions en cas de non-respect, comme en témoignent les extraits suivants :

* Le Ministère du Royaume d’août 1971, page 2 :

« Si quelqu’un continue de fréquenter un membre de sa famille qui est exclu et qui ne vit pas sous le même toit, pour des raisons qui ne sont pas absolument nécessaires, le comité devrait l’aider aimablement à comprendre les principes impliqués (…). Si une personne exclue ne vit pas sous le même toit, le passage de II Jean 9-11 montre qu’il ne faut pas ’la recevoir chez soi ni lui dire de salutation’. Le fait de continuer de rejeter les enseignements et les directives de la Bible à ce sujet peut conduire quelqu’un à être exclu. Ce n’est pas une exclusion éventuelle qui devrait nous inciter à obéir mais l’amour que nous portons à Jéhovah (I Jean 5:3). »

* La Tour de Garde du 15 décembre 1981, page 24, §27 :

« Par conséquent, si un chrétien s’associait à un pécheur qui a été rejeté par Dieu et exclu ou qui s’est retiré de lui-même, cela reviendrait à dire : “Moi non plus, je ne veux pas me trouver dans la montagne sainte de Dieu.” Si les anciens voient un chrétien s’engager dans cette voie en fréquentant régulièrement un exclu, ils essaieront de l’aider, avec amour et patience, à retrouver le point de vue de Dieu (Mat. 18:18 ; Gal. 6:1). Ils le conseilleront et, si besoin est, ils le ‘reprendront sévèrement’. Ils veulent l’aider à rester ‘dans la montagne sainte de Dieu’. Toutefois, si le chrétien ne cesse pas de fréquenter la personne exclue, il “s’associe [apporte son soutien ou prend part] à ses œuvres méchantes” et doit être à son tour ôté ou expulsé de la congrégation. »

Sauf erreur de ma part, on a rarement vu une personne offrir spontanément son argent à son agresseur si celui-ci ne la menaçait pas avec une arme. Or, quand la Watch Tower prévient ses adeptes qu’ils s’exposent à des sanctions aussi graves que la mort sociale et la perspective de destruction éternelle en cas de désobéissance, elle leur force la main par un chantage qui les oblige à opter pour une alternative qu’ils n’auraient probablement pas choisi sans cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête (cf. le premier article de cette série). Dès lors, l’organisation est bel et bien responsable de ces ruptures, et plutôt dix fois qu’une ! [5]

En outre, en juillet 2009, le Congrès de l’ICSA (International Cultic Studies Association) a même montré que la mesure répressive de l’exclusion présentait, par sa dureté et les problèmes qu’elles engendrait, un fort côté dissuasif et qu’en conséquence, certains TJ ne voulaient même pas quitter le groupe alors qu’ils étaient en désaccord avec celui-ci (et par la même occasion créaient un sérieux problème interne à l’organisation… mais ce n’est pas moi qui plaindrai la WT pour cet effet indésirable puisque c’est elle qui en est à l’origine par l’intermédiaire de sa mesure de bannissement !). Nous lisons dans la présentation de son programme :

« Ce papier explore l’impact de la politique de bannissement des Témoins de Jéhovah (TJ). Les données furent recueillies en employant la méthodologie webnographie (parfois appelé netnographie, ethnographie virtuelle, ou ethnographie en ligne), comme indiqué dans la section sur la méthodologie. L’analyse fut dirigée et il fut constaté que la politique de bannissement a effectivement créé une nouvelle ’’classe’’ de membre, le ’’fader’’. Comme les membres ne veulent pas être bannis, ils restent Témoins de Jéhovah via Internet, mais secrètement croient différemment. Ces faders partagent des informations entre eux et avec des ex-Témoins de Jéhovah, et causent bien plus de ravages qu’ils ne le feraient s’ils avaient été excommuniés et bannis. Ainsi, alors qu’il semble que le bannissement pourrait inciter certaines personnes à rester Témoins de Jéhovah, le bannissement met également l’organisation jéhoviste en risque parce que les faders mènent une double vie et fournissent des informations précieuses à des adversaires des TJ via Internet. Il s’agit d’une conséquence involontaire du bannissement que cette étude révèle. »  [6]

Ma question est la suivante : pourquoi des personnes ne veulent-ils pas quitter une communauté alors qu’ils ne sont plus en phase avec celle-ci, et qu’il arriveraient rapidement à « tourner la page » comme veut nous le faire croire M. Barbey, si ce n’est JUSTEMENT parce que c’est en réalité extrêmement difficile et parce que ces personnes tiennent à conserver des relations avec leurs proches, sachant pertinemment que ces derniers leur tourneraient le dos s’ils partaient ?

Et au risque de me répéter, le simple fait que la secte soit obligée de donner des directives à ce sujet montre clairement que c’est bien le comportement des adeptes qui fera toute la différence. Car si vraiment c’était l’exclu qui passait à autre chose de lui-même, pourquoi la Société Watch Tower aurait-elle besoin de légiférer sur le sujet ? L’affaire serait réglée d’office par l’éloignement voulu par l’exclu, point barre.

Pour ce qui est de savoir qui est responsable de la rupture, Raymond Franz déclara sans détours :

« La « coupure totale » des relations d’amitié [en cas d’exclusion] provient uniquement des actions agressives des anciens. » [7]

Voilà qui a le mérite d’être clair, et de s’accorder parfaitement avec ce qui est stipulé dans les publications jéhovistes, puisque dans une organisation pyramidale comme la Watch Tower, les anciens ne font qu’appliquer les ordres émanant du Collège Central ! Mais quand on choisit une explication exotique faisant fi de toute logique, on se retrouve à proférer des inepties…

Un postulat selon lequel le mode de vie de l’exclu est forcément incompatible avec celui des ses anciens amis

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Quitter les TJ signifie-t-il forcément emprunter un chemin diamétralement opposé ? Pourquoi les routes ne se seraient-elles pas côte à côté ?

M. Barbey invoque le fait que l’exclu a, selon lui, « fait clairement le choix d’un autre mode de vie que celui qu’adoptent ses coreligionnaires. » Puis il rappelle ensuite « le niveau d’ascétisme qu’ils prônent », laissant ainsi implicitement entendre que c’est forcément sur la base de la violation de la morale puritaine du groupe que l’exclu est sanctionné. [8]

Dans ce passage, M. Barbey parle d’un « mode de vie » différent que l’exclu aurait adopté, autrement dit d’un « comportement quotidien, d’une façon de vivre autour et pour certaines valeurs » (cf. article sur Wikipédia) qui serait si éloigné des préceptes jéhovistes que le fossé se créerait de lui-même. Or, bien que l’emploi de cette expression ne soit pas foncièrement incorrecte, l’idée qui s’en dégage est plutôt ambiguë car ces mots évoquent d’emblée une différence de grande ampleur dans le comportement de l’exclu en comparaison de la lifestyle TJ standard. Présenté ici comme systématique, on croirait que ce nouveau « mode de vie » engendrerait de façon inéluctable une rupture entre les deux parties, les individus adoptant alors des chemins différents qui les amèneraient à ne plus pouvoir se ’’reconnaître’’ mutuellement. Pourtant, dans les faits, l’amplitude entre les « modes de vie » est probablement loin d’être aussi radical qu’on se serait tenté de le croire en lisant M. Barbey.

En effet, 1/ l’exclu peut très bien avoir été sanctionné sur la base d’un seul acte répréhensible au regard des normes TJ ; 2/ l’acte peut être tout à fait bénin [9] et sembler insignifiant même à l’entourage TJ ; [10] 3/ même une pratique régulière d’un acte plus ’’sérieux’’ n’affecterait pas nécessairement à ce point les relations entre proches. En clair, ce n’est pas parce que quelqu’un est exclu qu’il va forcément adopter un comportement aux antipodes de celui de son entourage jéhoviste et qu’en conséquence, les liens ne pourraient pas faire autrement que de s’amenuiser jusqu’à disparaître.

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Comment voulez-vous que le TJ ne coupe pas les ponts avec l’exclu alors que la WT lui représente ce dernier comme un monstre hideux qui s’apparente davantage à Freddy Krueger qu’à Casimir ?

Bien sûr, on pourra rétorquer que, bien souvent, l’exclu n’assiste plus aux réunions ni aux assemblées, et ne prend plus part au porte à porte, alors qu’il s’agit des signes les plus ostentatoires du mode de vie jéhoviste… mais encore faut-il rappeler que les « inactifs » n’y prennent pas part eux non plus et qu’ils peuvent être fréquentés malgré tout ! Je connais personnellement des témoignages d’ex-TJ indiquant que, lorsqu’ils étaient inactifs, ils bénéficiaient encore de bons rapports avec certains de leurs amis TJ, jusqu’au jour où ils ont décidé de se retirer de la secte ou ont été exclus, et ce n’est qu’à ce moment-là que les liens ont été totalement coupés (voir le cas concret cité en fin d’article)… Sont-ils devenus méconnaissables du jour au lendemain ? Mais qu’est-ce qui a donc changé si radicalement de façon aussi brutale ? En réalité, c’est bien souvent la description ultra-catastrophique que la Société Watch Tower dresse des exclus, conjuguée aux recommandations pressantes de couper tout contact et la culpabilité induite en cas de non-respect de la règle, qui donnent l’illusion d’un « décalage », bien souvent très artificiel mais entretenu à dessein, entre les TJ et l’exclu. Si ce portrait effrayant souvent très caricatural n’existait pas -et, bien sûr, si l’application des mesures draconiennes relatives à l’exclusion n’étaient pas exigée-, il est fort à parier que les relations se poursuivraient sans grande difficulté.

Nous avons dit un peu plus haut dans cet article que lors du changement de politique sur l’exclusion de 1974 à 1981, beaucoup de TJ s’enthousiasmèrent à l’idée de renouer avec des membres de leur famille exclus, ce qui prouve indubitablement que le fameux « mode de vie » de l’exclu, tenu pour si différent de celui de ses ex-coreligionnaires, ne constituait pas vraiment quelque chose de rédhibitoire pour les fidèles, mais que ceux-ci s’abstenaient de contacts uniquement à cause de la coercition exercée par leur mouvement religieux. Telle est la triste réalité, au-delà des pieuses déclarations formulées par un sociologue complaisant…

Quand on pense que ce même sociologue est capable d’alléguer, à propos de quelqu’un qui aurait quitté les TJ, que « son excommunication n’a plus d’importance » à partir du moment où il fait ce choix… Eh bien NON justement, c’est exactement l’inverse : comme le démontrent de très nombreux récits d’exclus, c’est bien la mesure en elle-même et les recommandations détaillées qui l’accompagnent qui vont changer radicalement la donne !

Mais M. Barbey va encore plus loin en affirmant que les « centres d’intérêt ne sont plus les mêmes, leur codes culturels changent, leur marques de reconnaissance s’estompent ». [11] Il n’y aurait donc pas que le style de vie qui serait en cause (la forme), mais carrément ce qui constitue le for intérieur de l’individu (le fond). Or, pour ma part, à l’époque où j’étais TJ, j’ai eu pour ami un autre TJ que je ne voyais que dans un cadre de détente, et comme il n’était pas dans la même congrégation que moi, nos activités se résumaient à des passe-temps communs hors du contexte religieux. En fait, en y repensant, j’aurais très bien pu être un non-TJ que cela n’aurait probablement rien changé. Et pourtant, lorsque je fus exclu, il décida de ne plus communiquer avec moi, et cela alors que 1/je n’avais pas changé d’un mois sur l’autre, et j’étais fondamentalement toujours le même que celui qu’il avait connu : mes centres d’intérêts et mes valeurs étaient inchangés ; 2/mon départ du jéhovisme n’affectait en rien mes relations avec lui puisque l’appartenance religieuse ne jouait déjà aucun rôle là-dedans à l’époque où j’étais TJ. Si donc il a cessé de me fréquenter, c’est uniquement parce qu’il a appliqué servilement les consignes de la Watch Tower. Aucun rapport avec des centres d’intérêt qui auraient divergé, de codes culturels qui auraient changé, de marques de reconnaissances qui se seraient estompés… [12]

Attention, je ne suis pas en train de dire que tout irait forcément pour le mieux pour celui qui désaffecterait les TJ, et que dans tous les cas ses relations avec sa famille et ses amis TJ resteraient absolument intactes. Néanmoins, la probabilité que les liens soient douloureux est d’autant plus forte que les règles du mouvement favorisent ouvertement cette situation. À titre de comparaison, avez-vous rencontré dans la même proportion en fonction de la taille du groupe, des témoignages d’ex-catholiques, d’ex-protestants, ex-adventistes, etc… qui auraient souffert d’une rupture avec leurs anciens amis quand ils sont partis, si tout éloignement du groupe était synonyme de rupture ? Cela peut arriver bien sûr, car tout mouvement religieux comporte son lot de personnes sectaires, mais cela s’apparente davantage à des dérives à titre personnel qu’à des consignes promulguées par le groupe lui-même. Le facteur humain est très certainement à mettre en cause à partir du moment où il existe une large diversité de situations (certains coupant totalement les ponts, d’autres à moitié, d’autres uniquement le lien spirituel, d’autres ne changeant rien du tout, etc). Or, dans le cas des TJ, le caractère récurrent de ces ruptures démontre clairement qu’il y a un vrai problème qui n’est pas seulement le résultat du comportement des fidèles à titre personnel, mais que c’est bien le système lui-même qui, chapeautant minutieusement la vie de tous ses adeptes, génère ces situations douloureuses.

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- « Hé, je dois t’avouer un truc : je vais quitter le club d’échecs ! »
- « Oh non ! Selon M. Barbey, c’est la fin de notre amitié ! »

Et bien sûr, M. Barbey établit une comparaison grotesque avec des « supporters de clubs sportifs, membres de syndicats, de partis politiques, adhérents d’associations, de clubs »… Mais alors, si ces exemples sont pertinents, pourquoi le fait de quitter l’un ou l’autre de ces groupes n’engendre-t-il pas des drames similaires à ceux dont font état ceux les sortants des TJ ? Entend-on fréquemment dans des talk-shows des cris de détresse émouvants du genre : « Ma mère a quitté le club d’échecs dans lequel je jouais. Depuis je ne la reconnais plus… », « Mon amitié avec lui s’est brisée le jour où il a cessé de se rendre à la salle de sport avec moi », « Étant donné que ma fille a quitté l’organisme de charité dont je fais partie, il m’est impossible de conserver des contacts avec elle… » Ridicule, n’est-ce pas ? Concrètement, il n’y a quasiment qu’ au sujet de groupes fonctionnant sur un mode sectaire que l’on entend de telles ruptures aussi tranchées. Mais pourquoi donc, s’il s’agit d’une situation ultra-commune qui se produit chaque jour ? [13] Par ailleurs, si vraiment des relations familiales ou amicales entre deux individus adhérant au même groupe/club/cercle s’estompaient par simple défection de l’un d’entre eux, alors il faudrait en déduire -et avec une certaine stupeur- que les sentiments n’étaient absolument pas profonds ! Je crois que si cette description était réelle, nous n’aurions aucune chance dans une vie entière de nouer des relations stables avec qui que ce soit…

Certes, ce sont bien les centres d’intérêts qui relient les gens les uns aux autres, mais concrètement il est toujours possible d’entretenir des liens avec des gens, même s’ils n’ont pas grand chose en commun avec nous (et parfois il y a bien plus qui nous relie à un(e) exclu(e) des TJ). N’avez-vous pas des rapports tout à fait amicaux, voire franchement chaleureux, avec des gens (voisins, collègues de travail, camarades de classe…) qui ne vous ressemblent pas forcément ? Il est bien entendu qu’on ne demande pas aux gens d’être les meilleurs amis du monde, car cela relève des relations humaines naturelles et ne peut en aucun cas être dicté par des règles prédéfinies, mais le fait est que ne pas être d’accord à 100% avec quelqu’un n’a pas nécessairement pour corollaire une rupture inévitable rendant impossible même un simple bonjour ou une discussion amicale. À moins bien sûr que l’on établisse un net clivage entre ’’Nous’’ et ’’Les Autres’’, ce qui est caractéristiques des groupes sectaires…

Si vous êtes TJ, demandez-vous à propos d’un exclu avec lequel vous n’avez plus de contact : était-ce le simple fait qu’il était baptisé TJ qui faisait que je le fréquentais ? N’était-ce pas plutôt ses qualités, sa personnalité, ses passions, autant de choses qu’il n’a probablement pas perdues simplement parce qu’il n’est plus TJ ? Si la consigne de ne pas fréquenter un exclu n’existait pas, me viendrait-il spontanément à l’idée de ne pas saluer celui-ci, de ne pas aller boire un verre avec lui, de ne pas l’inviter chez moi ou de ne pas prévoir une activité avec lui ? Si, en toute honnêteté, vous ne pouvez pas répondre « oui » à cette dernière question -ce qui est plus que probable-, alors c’est bien que ce n’est pas votre volonté propre, mais que vous ne faites qu’exécuter ce que l’on attend de vous en tant que disciples, en gros que vous êtes… une personne conditionnée.

Un postulat selon lequel l’exclu se serait créé de nouvelles attaches ailleurs

Selon M. Barbey, l’exclu mène, une fois expulsé de la secte, « une vie désormais basée sur d’autres critères, (…) intègre un autre groupe social », et déclare plus loin qu’il « a choisi de quitter son groupe social pour en intégrer un autre ». On pourrait croire, en lisant de telles formulations, que l’exclu s’insère très rapidement dans un autre groupe (1re phrase), voire carrément qu’il avait pour objectif d’intégrer un autre groupe avant même sa sortie des TJ (2nde phrase). Est-ce que cela correspond vraiment à la réalité ?

Pour répondre à cette question, je souhaiterais citer le sociologue Andrew Holden, qui dans le chapitre 8 de son ouvrage Jehovah’s Witnesses, portrait of a contemporary religious movement [14], étudie la question de l’exclusion, et donne la parole à de nombreux exclus pour appuyer ses conclusions. Afin d’apprécier la valeur des extraits reproduits ci-après et de prévenir d’éventuelles critiques sur la qualité du travail de M. Holden, je précise que son ouvrage reçut de vives éloges de la part d’autres éminents sociologues, tels qu’Eileen Barker, Ian Reader et Bryan Wilson, [15] dont les commentaires figurent sur la quatrième de couverture. [16]

Voici donc ce qu’on peut lire dans cet ouvrage :

« Éric m’a raconté comment, peu de temps après qu’il eut décidé de se dissocier de sa congrégation locale, certains de ceux qui sont restés membres l’ont contacté et lui ont expliqué comment ils avaient nourri des doutes pendant un très long temps, mais tous avaient trop peur de quitter la communauté de peur de perdre leurs plus proches amis et n’ayant personne d’autre vers qui ils pouvaient se tourner. » [17]

« Il n’est pas rare pour des Témoins qui expérimentent des doutes sur les enseignements de la Watchtower de dire n’avoir nulle part où aller. » [18]

« Pour beaucoup, la défection ne signifierait pas seulement le rejet de ses amis proches et des parents, il signifierait aussi l’abandon d’une communauté qui a offert jusqu’à présent une sécurité psychologique et émotionnelle pour la plus grande partie de leur vie. Bien que l’intérieur puisse être faillible, l’extérieur est potentiellement bien pire. » [19]

« C’est pourquoi les sortants qui font la transition la plus douce sont ceux qui ont un système de croyances de remplacement ou ont le soutien de personnes à l’extérieur qui sont en mesure de les détourner du milieu de la Société. Mais la recherche d’alternatives est loin d’être facile étant donné les années de contrainte sur les dévots de limiter leur contact avec le monde extérieur et de s’abstenir de lire de la littérature apostate. Ceux qui finissent par se libérer sont rarement autorisés à sortir dignement. » [20]

« L’histoire de Malcom confirme comment, paradoxalement, se cramponner à la théologie peut être symptomatique de la lutte d’une personne à se libérer. (…) Le refus des Témoins désabusés de renoncer à la théologie fait partie intégrante du dilemme dans lequel ils sont pris. Bien qu’ils puissent être certain que la version de la Société de la réalité soit déformée, ils ne peuvent pas imaginer la vie sans elle. Ceux qui atteignent le point de départ font souvent l’expérience d’une crise d’identité, en particulier s’ils n’ont pas réussi à trouver un autre système de croyance. Claire a expliqué : « C’est comme un tapis étant enlevé brusquement de sous vos pieds et vous êtes juste debout en l’air. Il n’y a rien là. Tout ce pour quoi vous avez vécu vient de partir. Vous êtes simplement perdus. » [21]

« Pour ceux qui n’acceptent plus les enseignements de la Watch Tower, le désendoctrinement peut être un processus long et difficile. Les autobiographies qui prônent « une liberté nouvelle en Christ » peuvent être trompeuses, puisque toutes n’indiquent pas le temps qu’il a fallu pour s’adapter à un nouveau mode de vie ou la façon dont cela a été réalisé. Il est également impossible de savoir si la vision du monde des Témoins est totalement supprimée de la psyché de ceux qui font défection, ou si elle reste en sommeil. » [22]

« La lutte pour s’adapter au monde extérieur est commune à tous les anciens Témoins qui ont écrit des autobiographies ou qui ont passé un laps de temps raisonnable dans l’adhésion de la Watch Tower. Ceux qui partent affirment qu’ils n’ont jamais été encouragés à penser de manière indépendante et sont incapables d’abandonner le mouvement sans se sentir désorientés. (…) Cela est loin d’être facile pour n’importe qui ayant vécu par les principes d’une communauté fermée religieuses. » [23]

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« Jehovah’s Witnesses, portrait of a contemporary religious movement »
Un chapitre entier de ce livre traite de l’exclusion au sein des TJ

Ces extraits indiquent tout le contraire de ce qu’affirme M. Barbey, puisqu’ils prouvent, témoignages à l’appui, 1/ que la sortie crée un vide total, 2/ que l’enseignement jéhoviste continue d’être un frein à l’intégration sociale même après l’exclusion, et donc 3/ que la reconstruction est loin d’être immédiate et demande du temps. Ainsi, la façon dont M. Barbey présente les choses a pour effet de dissimuler la difficulté de l’exclu à s’intégrer dans un autre groupe et de faire croire à une démarche presque instantanée, qui donc contribuerait à l’éloignement entre les deux parties. Certes, il est fort probable qu’hormis cas désespérés, l’exclu réussira sa reconversion sur le long terme, mais ce processus ne constituera certainement pas l’une des causes de la rupture avec la famille et les amis TJ, mais plutôt la conséquence, puisque la volonté de rompre aura déjà été clairement signifiée par ces derniers.

Donc en effet, l’exclu va chercher à s’insérer ailleurs, mais c’est tout simplement parce qu’il n’a pas d’autre choix que de multiplier des démarches vis-à-vis du monde non-TJ, même si cela ne lui est pas spécialement aisé et qu’il le fait dans la souffrance, afin de se reconstruire un tissu social. Il agit ainsi, non parce qu’il souhaite « passer à autre chose », mais uniquement parce qu’il n’a pas d’autre alternative : délaissé par les TJ, il lui faut vite se trouver de nouveau appuis, sans quoi la solitude et la dépression risquent de le submerger.

De plus, nous avons vu dans la troisième partie de cette série d’articles sur l’exclusion que la Société Watch Tower recommande dans ses publications une rupture ferme avec l’exclu et ceci dans le but plus ou moins assumé que celui-ci souffre, que sa solitude et son rejet par sa famille et ses amis le conduisent à réintégrer l’organisation. Qu’est-ce que cela sous-entend ? Ni plus ni moins que l’exclu n’a pas eu le temps de se tisser un nouveau réseau social, que c’est son seul univers et qu’il reste très attaché aux personnes qui l’ont abandonné. La Société Watch Tower a bien conscience de ce fait et que c’est en étant tout à fait lucide sur le sujet qu’elle va prôner ces ruptures, transformant ainsi les relations familiales et amicales en appâts susceptibles de motiver l’exclu à réintégrer la secte. Si le ’’pestiféré’’ n’était pas à ce moment-là en souffrance à cause de son isolement, et s’il n’acceptait pas la fréquentation de sa famille ou de ses amis TJ, ce conseil plein de malice n’aurait aucune pertinence.

Une redéfinition du mot « naturel »

Selon M.Barbey, le lien familial se détend « naturellement » et les chemins se séparent « imperceptiblement », dans le cas d’une exclusion. Mais si c’est aussi naturel qu’il le prétend, alors pourquoi la Société Watch Tower a-t-elle besoin de rappeler les consignes en cas d’exclusion dans ses publications puisque de toute façon la relation va s’estomper d’elle-même ? Que je sache, quelque chose qui se fait naturellement n’a pas besoin d’être ordonné… Doit-on nous rappeler que nous sommes dans l’obligation d’aller aux toilettes régulièrement, de prendre des repas chaque jour, de dormir suffisamment, de respirer très souvent ? Non, évidemment, car étant donné que c’est naturel, toute consigne sur le sujet serait inutile puisqu’on l’applique déjà, la plupart du temps sans même en avoir conscience. En fait, la formulation même d’une telle consigne laisserait à penser que, non seulement ces actions n’entrent pas dans l’ordre naturel des choses, mais qu’en plus elles sont exactement le contraire puisque qu’il est nécessaire de les imposer, et que de ce fait, elles ne peuvent s’appliquer que d’une façon consciente, donc perceptible. Ainsi, si la Société Watch Tower doit appliquer cette piqûre de rappel de façon étonnamment régulière, c’est bien que cette mesure n’est pas naturelle et imperceptible, et d’ailleurs, la douleur que l’application de l’exclusion provoque de part et d’autre - douleur qui serait grandement amoindrie si le processus était naturel - et qui peut se concrétiser sous la forme de dépression et de solitude, confirme bien son côté « perceptible »…

Pour résumer, d’après M.Barbey, un ordre institutionnalisé et précisément codifié dans son application devient l’équivalent d’un processus soi-disant naturel qui relèverait uniquement des personnes concernées… Idée tout à fait originale certes, mais totalement absurde !

Mais soyons encore plus concret en considérant le vocabulaire utilisé par la secte quand elle aborde les consignes sur l’exclusion. Quand la Société Watch Tower déclare que « des contacts limités (…) devrai[en]t être réduit[s] au minimum » et que « les membres fidèles (…) ne se cherchent pas d’excuses pour fréquenter un parent excommunié qui ne vit pas dans le foyer », [24] que faut-il comprendre au juste ? Que les TJ ayant un membre de leur famille exclu sont obligés (définition du verbe ’’devoir’’ ; ’’obligation’’= contrainte imposée) de limiter leur contacts, ceci afin de manifester leur loyauté envers une obligation (définition de ’’fidèle’’, le mot étant employé ici comme adjectif qualificatif, n’étant donc pas synonyme de ’’membres’’) sans se trouver des raisons pour se soustraire à une obligation (définition du mot ’’excuses’’). [25] Alors, naturel ? Imperceptible ?

Voyez ces autres extraits tirés de deux publications jéhovistes :

* La Tour de Garde du 1er mars 1971, page 159 :

« Les chrétiens fidèles sont tenus de soutenir la décision d’exclusion en évitant de fréquenter celui qui est exclu. S’il s’agit d’un parent ne vivant pas sous leur toit, ils s’efforceront de n’avoir absolument aucune relation avec lui. S’il est inévitable et absolument nécessaire de régler certaines questions d’ordre familial, le contact avec l’exclu devra être réduit au strict minimum et il ne faudra échanger aucune pensée d’ordre spirituel. En agissant ainsi, les chrétiens démontreront leur loyauté envers Dieu, sa Parole et sa congrégation. »

*La Tour de Garde du 1er avril 1983, page 31 :

« Cependant, les sentiments humains, notamment l’affection que l’on porte à quelqu’un, peuvent être très puissants, si bien qu’un chrétien dont le conjoint ou un parent proche a été exclu aura du mal à se conduire envers lui en accord avec la mesure d’exclusion. (…) Des grands-parents chrétiens dont les enfants ont été exclus peuvent aussi ressentir une grande perte. Peut-être étaient-ils habitués à recevoir la visite régulière de leurs enfants, ce qui leur donnait la possibilité de jouir de la présence de leurs petits-enfants. Mais voilà que les parents ont été exclus parce qu’ils ont rejeté les lois et les voies de Jéhovah. Les choses ne sont alors plus les mêmes au sein de la famille. Évidemment, il appartient aux grands-parents de décider si certaines questions familiales rendent nécessaires un contact limité avec leurs enfants exclus. »

Ici, par l’utilisation des verbes et des groupes nominaux que j’ai mis en gras, la Société Watch Tower reconnaît explicitement que les sentiments humains, donc tout à fait naturels, peuvent pousser des fidèles à continuer de fréquenter un parent exclu. La publication reconnaît même qu’en agissant de la sorte, ils pourraient éprouver une certaine satisfaction, un sentiment de bien-être (’’jouir’’) ! Mais alors, où se situe le problème si tout va pour le mieux dans les relations familiales, et que les contacts se poursuivent comme avant ? En fait, bien souvent, la seule et unique responsable de cette déchirure qui fait souffrir tous les protagonistes est cette ’’gentille’’ organisation qui prétend publiquement promouvoir la paix dans les foyers, et qui demande explicitement que les relations soient rompues, quand bien même cela engendre de douloureux drames. En agissant de la sorte, elle se comporte exactement comme l’affirmait le Christ à propos des discordes dans les familles, selon ce que nous lisons en Matthieu 10:35,36, sauf que, dans la grande humilité que nous lui connaissons, la Société Watch Tower estime que ce sont automatiquement les non-TJ qui sont à l’origine de ces querelles. Jamais elle ne s’en attribue la responsabilité, alors que ses publications les exigent de façon on-ne-peut-plus explicite…

L’organisation dit aussi : « Ils s’efforceront de n’avoir absolument aucune relation avec lui » et « [Un TJ] aura du mal à se conduire envers [l’exclu] en accord avec la mesure d’exclusion »… À votre avis, quand on s’efforce de faire quelque chose (ou de s’en abstenir) et qu’on a du mal à y parvenir, n’est-ce pas précisément parce que c’est ardu, qu’il faut se forcer car sa tendance naturelle irait dans le sens opposé ? Enfin, pour clore sur ce point avec une dernière citation, une autre publication traitant de l’exclusion déclarait même en cas d’exclusion dans la famille : « Ils [les fidèles ayant un parent exclu] ne voudront pas donner aux membres de la Congrégation l’impression que tout est comme avant ». [26] Sous-entendu : les choses pourraient tout à fait se passer comme avant, mais il ne le faut pas, car maman Watch Tower ne veut pas !

Donc, puisque l’attitude naturelle serait de poursuivre la relation en cas d’exclusion, et non d’y mettre fin - ce que reconnaissent ouvertement les publications jéhovistes -, cela signifie que l’usage du mot ’’naturel’’ par M.Barbey sur la page de son blog est particulièrement incorrect : dans ce contexte-là, non seulement ce sociologue gauchit le sens de cet adjectif qualificatif, mais en plus il lui attribue carrément la définition opposée à son acception usuelle. Pour illustrer mon propos, c’est comme si, dans une conversation, je conférais au mot ’’grand’’ la signification de celle qui caractérise ordinairement le mot ’’petit’’, mais bien sûr sans préciser à mon interlocuteur que je viens de réinventer le dictionnaire ! Cela pourrait-il aboutir à autre chose qu’à une énorme méprise ? Bien sûr, il nous arrive à tous de commettre des lapsus et d’employer à tort tel ou tel mot, mais je crains que, dans le cas qui nous occupe ici, cette négligence de vocabulaire soit volontaire, ce qui est encore plus inquiétant de la part de quelqu’un qui se prévaut de son cursus universitaire pour valider ses thèses…

Une affirmation selon laquelle le comportement critique de l’exclu contribue à la rupture

Dans le cas du procès contre Jacques Lejeune, la Société Watch Tower expliqua pour sa défense que les anciens coreligionnaires de celui-ci avaient cessé de le fréquenter notamment à cause de son animosité envers le mouvement, relevant le fait qu’il avait qualifié celui-ci de « secte nocive » dans les médias et qu’il avait rejoint une association de victimes de sectes (cf. introduction). [27] D’après elle, cela aurait incontestablement contribué à éloigner M. Lejeune de ses anciens amis, ceux-ci estimant qu’ils ne pouvaient plus s’associer à quelqu’un qui aurait ainsi terni l’image de l’organisation à laquelle ils appartenaient.

Tout d’abord, en ce qui concerne le fait que M. Lejeune aurait tenus des propos « insultants et diffamatoires » sur les Témoins de Jéhovah et se serait associé à des associations anti-sectes dans le but de les « dénigrer », il faut préciser qu’il s’agit là uniquement de la perception que la Société Watch Tower a des propos de M. Lejeune, et apparemment aucun tribunal n’a condamné celui-ci pour diffamation, sans quoi l’organisation se serait empressée de faire référence à ce jugement.

Ensuite, il est curieux de lire que, d’après la branche belge du mouvement, «  dès son excommunication, Monsieur Lejeune va toutefois réfuter l’aide des membres de la Congrégation d’Esneux », ce qui impliquerait qu’après son exclusion, certains TJ ont continué à parler à M. Lejeune. Il ne m’est bien entendu pas possible de définir avec certitude la réalité qui se cache derrière cette phrase, mais, étant donné les règles promulguées par la Watch Tower en rapport avec l’exclusion, il y a de grandes chances qu’elle fasse référence à une injonction formaliste et succincte provenant des anciens, voire éventuellement de membres de sa famille proche, notamment de son épouse - les seuls autorisés à adresser la parole à un exclu, et encore… - de revenir assister aux réunions de la congrégation en vue d’une réintégration sur le long terme. De plus, puisque M. Lejeune venait alors d’être exclu, il y a tout lieu de penser que « l’aide » en question se résumait à un simple et bref « conseil », et non à des dialogues répétés. Enfin, le climat lors duquel cette « aide » a dû être apportée n’était probablement pas des plus conviviaux et amicaux lorsqu’on sait à quel point les exclus sont considérés avec dédain et mépris par l’organisation (cf. le deuxième article de cette série). En résumé, la formulation évasive (« l’aide », « des membres de la Congrégation ») utilisée par la Société Watch Tower a probablement pour effet de tromper en donnant une vision plus sympathique de la réalité, à savoir que M. Lejeune a probablement reçu une simple injonction donnée sur un mode accusateur uniquement par certaines personnes habilitées par le mouvement à le faire. [28]

Concernant le fait que « Monsieur Lejeune a en outre essayé à plusieurs reprises de convaincre plusieurs témoins de Jéhovah de quitter la Congrégation », il faut peut-être rappeler que, si les choses se sont bien déroulées comme la Watch Tower le prétend, le seul moyen de conserver des relations intactes avec ses proches en cas d’exclusion est de les aider à sortir de la secte, étant donné que celle-ci prône une rupture totale. Il n’est donc pas anormal que M. Lejeune ait voulu agir de la sorte pour préserver ses relations. Dans mon propre cas, j’ai bien été obligé de tenter de convaincre mes proches lorsque je savais que j’allais être exclu, sans quoi je risquais de les perdre définitivement.

Maintenant, en ce qui concerne la critique publique de la Watch Tower par M. Lejeune qui, selon l’organisation, constituerait une condition aggravante de l’éloignement de ses amis TJ, il serait bien de replacer les événements dans leur ordre chronologique, s’il vous plaît. Si M. Lejeune a tenu de tels propos sur le compte des Témoins de Jéhovah, c’est probablement bien parce qu’il a subi un préjudice de la part de cette organisation qui lui a fait perdre tout son tissu social. Autrement dit, c’est parce que la Société Watch Tower a été l’instigatrice de ces ruptures de par sa politique d’exclusion (=cause) que M. Lejeune tient aujourd’hui un discours hostile à son encontre (=conséquence), et non l’inverse. Nuance.

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Un boomerang ne revient à son endroit d’origine que parce qu’il a été lancé au préalable. De même, les critiques des exclus contre la WT ne sont que l’effet d’une politique dont elle est l’instigatrice.

En effet, il n’est pas forcé que les conséquences de la sortie du mouvement soient aussi douloureuses : la personne qui s’en va pourrait très bien conserver des rapports harmonieux avec ses amis et sa famille Témoins de Jéhovah, cela ne serait pas automatiquement un problème, car au fond, chacun pourrait respecter le point de vue de l’autre sans toutefois le partager. Au demeurant, la vie en société passe nécessairement par un compromis qui consiste à tolérer ceux qui ne pensent pas ou ne vivent pas comme nous, afin de respecter les différences et de garantir l’épanouissement de chacun. Mais il se trouve que la Société Watch Tower piétine le droit à la différence quand cette différence n’est pas la sienne, et entreprend tout ce qui est en son pouvoir pour démolir les relations entre l’exclu et ses anciens amis, en imposant une rupture totale qui s’accompagne de calomnies. Et ensuite - et l’adverbe de temps a ici toute son importance -, lorsque la personne isolée est en colère et se plaint d’avoir été traitée indignement, ce qui constitue au demeurant une réaction tout à fait compréhensible, la Société Watch Tower met en avant la rancœur exprimée par cette personne comme étant le motif de cette séparation… C’est le monde à l’envers ! Sa tactique est ici de présenter la personne qui critique comme étant intolérante alors que la plupart du temps il ne s’agit que d’un comportement bien logique en réaction au traitement ignoble qu’elle a subi. Il est fort à parier que, si la secte n’élaborait pas des mesures aussi cruelles à l’encontre de ceux qui la quittent, bien des ex-TJ n’éprouverait pas l’envie de la critiquer. La mauvaise presse que font les ex-TJ n’est bien souvent qu’un retour de manivelle que la secte n’a pas volé. En gros, s’il fallait résumer la manière de procéder de la Watch Tower, ce serait quelque chose comme : « On a le droit de vous écraser comme une vulgaire punaise, mais surtout ne venez pas vous plaindre, et fermez-la, sans quoi c’est bien la preuve que vous avez bien mérité ce qui vous arrive ! »

En outre, il convient d’établir une claire distinction entre la Société Watch Tower d’une part (l’organisation), et les fidèles Témoins de Jéhovah d’autre part. Un exclu peut très bien critiquer l’organisation - au demeurant, cela n’est rien d’autre que l’expression d’un point de vue tout à fait honorable dans un pays démocratique, pourvu qu’il ne s’agisse pas de mensonges flagrants - mais cela ne signifie absolument pas qu’il ne souhaite plus fréquenter ses anciens coreligionnaires, ou qu’il n’ait plus d’affection à leur égard. Voici pour preuve le constat établi par Andrew Holden, après avoir interviewé de nombreux ex-TJ :

« Tous les anciens Témoins que j’ai rencontrés m’ont parlé de leur sentiment de méfiance profonde à la sortie de l’organisation. La plupart de leur ressentiment était dirigé envers la Watch Tower et les responsables des congrégations qui maintenant étaient considérés comme tyranniques. Cependant, tous ont exprimé des sentiments d’une véritable affection pour leurs anciens frères et sœurs à qui on a interdit de parler avec eux. » [29]

Là encore, si les TJ ont tant de mal à accepter les critiques et en viennent à rejeter celui qui les exprime, c’est bien souvent la conséquence directe des règles sectaires de l’organisation. En effet, par le discours réitéré à l’infini selon lequel les « opposants » sont des menteurs qui subiront à coup sûr le châtiment divin, et que l’organisation constitue le peuple de Dieu, pur et véridique, la Watch Tower contribue à engendrer chez l’adepte un sentiment fusionnel envers le groupe, ce qui à pour effet d’amener le TJ à être affecté par toute critique envers son mouvement comme si c’était contre lui-même qu’elle était dirigée.

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- « Paraîtrait que la WT donne des consignes sur l’exclusion… »
- « Oh, pas du tout ! Ce ne sont rien que d’odieux commérages ! »

Enfin, la branche belge de la Société Watch Tower déclare qu’ «  étonnement , Monsieur Lejeune se plaint toutefois d’être ’’rejeté’’ par ceux-ci, de ne plus pouvoir entretenir avec eux des relations ’’a minima’’ et prétend imputer ce ’’rejet’’ à la concluante [la congrégation des TJ] qui donnerait à ses ’’adeptes’’ des ’’consignes’’ quant au comportement à adopter vis-à-vis des membres excommuniés ». Alors là, s’il y a un passage dans ce document qui mériterait sa place dans un recueil d’anthologie consacré aux pires déclarations de la Watch Tower, c’est probablement celui-là… Quelle MALHONNÊTE éhontée de la part d’une organisation chrétienne qui affirme rejeter le mensonge ! Non, sans blague, elle est « étonnée » que M. Lejeune lui attribue la responsabilité de ces ruptures ? Notez l’emploi du verbe « prétendre » qui cherche à jeter la suspicion sur les propos de M. Lejeune, et du verbe au conditionnel (« donnerait »), comme si elle n’était pas au courant des consignes qu’elle-même édicte sur le sujet de l’exclusion, comme s’il s’agissait de vulgaires ragots… Faut-il citer ici les nombreuses références qui prouvent non seulement l’existence de ces consignes, mais aussi leur caractère fréquent dans les publications jéhovistes ? De qui se moque-t-on ?

Une inversion de l’ordre chronologique des évènements

Dans le cadre du procès de M. Lejeune, les exclus qui se ont témoigné en sa faveur affirment clairement que ce sont leurs familles et leurs amis qui ont décidé de stopper les relations, et non l’inverse. [30] En voici quelques extraits : [31]

« Désormais, tous les Témoins de Jéhovah ont l’obligation de rompre toute relation avec moi et même de détourner la tête lorsqu’ils me rencontrent. Je me suis retrouvé dans un isolement total pendant plusieurs mois. »

« Alors nous sommes de ces parents privés de voir leurs enfants à cause de la fameuse loi d’exclusion enseignée par la Watch Tower. (…) Il s’est écoulée une bonne année complète avant que nous ayons quelques signes de vie de nos deux enfants les plus âgés. (…) Un petit-fils est né, mais nous n’en avons même pas été informés. (…) À chaque jour qui s’élève, je préférerais ne pas avoir à continuer à vivre. À chaque jour, je dois me secouer constamment afin de ne pas sombrer dans la dépression. »

« En un rien de temps, ma vie s’est écroulée. (…) Et puis subitement, cette « grande famille de frères et sœurs spirituels » m’a tourné le dos. Ils ne peuvent plus me parler, ni me saluer. »

« Je suis totalement ignorée de la part de mon oncle et de ma tante avec qui je m’entendais pourtant fort bien ! (…) Quand je croise mes meilleurs amies Témoins de Jéhovah, elles me regardent dans les yeux et s’éloignent. »

« Sur quelques jours vous vous retrouvez sans amis, sans plus personne qui vous rend visite, plus de souper entre amis et famille. (…) Mon mari, fils unique, ne voit ses parents que lorsqu’il va à l’hôpital ou est malade, ou eux malades, ils refusent toute invitation, cela se résume à deux, trois visites par an et de courte durée. Et c’est la même chose avec mon frère que je ne vois plus du tout. »

« Du jour au lendemain, je n’ai plus eu ni amis, ni parents, ni frères et sœurs. Même mes grands-parents m’ont torpillé. (…) Toutes les portes se fermaient. »

Les personnes qui ont témoigné dans le cadre de ce procès ont apporté une approche bien différente de celle soutenue par M. Barbey : ils montrent que la rupture n’était pas du tout de leur fait, et que celle-ci a été l’origine de bien des souffrances. Et il va sans dire que la liste de récits dans la même veine pourrait être, hélas, considérablement allongée… M. Barbey serait-il capable de trouver beaucoup d’ex-TJ qui soient capables d’accréditer sa thèse hautement discutable, alors qu’un nombre incroyable de témoignages infirment son analyse ?

« Oui mais, concrètement, n’y a-t-il pas parfois des exclus qui ne veulent plus entendre parler de leurs anciens amis », pourra-t-on me rétorquer ? C’est possible, mais encore faut-il bien rappeler que l’ex-TJ sait pertinemment que son ancien coreligionnaire ne lui adressera pas la parole. Il le sait puisqu’il a lui-même probablement déjà appliqué cette mesure à d’autres exclus du temps où il était adepte. Aussi, afin d’éviter la peine et le malaise qui s’installeront lorsqu’il tentera de saluer un TJ et que celui-ci l’ignorera superbement, l’ex-TJ préférera prendre tout naturellement les devants en ne recherchant plus le moindre contact avec ses anciens amis, puisqu’il ne doute pas qu’hormis cas exceptionnels, [32] il sera rejeté.

À cet égard, je souhaiterais rapporter une anecdote que j’ai personnellement vécue. Il y a quelques années, lorsque j’étais encore TJ, un de mes amis me confia un jour qu’il avait été choqué de croiser une ex-TJ fraîchement exclue, et que celle-ci l’avait parfaitement ignorée, se comportant exactement comme si elle ne l’avait jamais connu, et ceci alors qu’ils étaient tous deux sur le même trottoir. À écouter mon ex-ami TJ, on aurait donc pu croire qu’il avait alors l’intention de lui adresser la parole et qu’il a été frustré de ne pas pouvoir le faire. Ai-je attribué à ce TJ de plus nobles intentions que celles dont il était animé alors ? La réponse me fut fournie quelques années plus tard, lorsque je fus exclu à mon tour, et que j’ai croisé ce même TJ dans la rue. Comment a-t-il réagi en cette circonstance, alors que de mon côté je m’approchais de lui avec un sourire qui signifiait « si tu veux qu’on se parle, c’est OK pour moi » ? Eh bien, après m’avoir bien regardé l’air épouvanté (« mon Dieu, c’est bien lui ! »), il a détourné le regard et s’est mis à siffloté, l’air gêné, et a poursuivi son chemin comme si de rien n’était… Et évidemment, de mon côté, j’ai eu un petit pincement au cœur mêlé de rage de constater - alors que j’aurais dû être habitué tant c’était fréquent -, que quelqu’un qui m’avait bien connu n’a même pas daigné répondre à mon sourire et m’a « mis un vent » qui s’apparentait à une bourrasque. Dès lors, quelle sera ma réaction si je croise à nouveau ce TJ dans la rue ? Exactement la même que celle de l’ex-TJ que j’ai évoquée au début de ce paragraphe, qui visiblement, avait mieux saisi le côté infâme du fonctionnement du système jéhoviste et savait à quoi s’attendre. Je n’ai plus l’intention de faire le premier pas envers des personnes qui ont déjà prouvé qu’ils adoptaient un comportement méprisant à mon égard et qui me mettent davantage à l’épreuve. Question de survie sans doute…

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Une lettre renvoyée à l’expéditeur sans être ouverte… Voilà le camouflet qu’ont vécu bien des ex-TJ lorsqu’ils ont écrit à leur famille ou à leur amis TJ !

Les ex-TJ à qui la famille TJ a renvoyé, sans même l’avoir ouvert, le courrier qu’ils leur avait adressé, peuvent témoigner du fait qu’il souhaitaient, eux, conserver des liens, mais que c’est leur famille TJ qui ne le voulait pas, sur les bons conseils de la secte. [33] Dès lors prétendre que c’est l’exclu qui coupe les ponts est une inversion des causes et des conséquences : l’exclu peut effectivement stopper les relations mais simplement parce qu’il se sait rejeté et s’attend à l’être, mais ce n’est généralement pas son souhait s’il avait le choix.

Mais passons à un cas concret qui, même s’il ne prétend pas refléter systématiquement toute situation en rapport avec l’exclusion, donnera une idée précise sur l’auteur de la rupture dans le cas d’une amitié TJ/ex-TJ. Voici le scan d’une lettre d’une TJ adressée à l’une de ses amies qui s’était retirée de l’organisation quelque temps avant.

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Voici la lettre d’une TJ à une exclue qui fut son amie, cette dernière souhaitant conserver des contacts avec elle… Alors, qui souhaite de façon catégorique une coupure ?

Pour replacer les choses dans leur contexte, il faut préciser que l’ex-TJ avait été précédemment ’’inactive’’ pendant plusieurs années, et ceci après avoir été profondément déçue par l’organisation jéhoviste, et pourtant cela n’avait pas modifié l’amitié entre elle et son amie TJ. Puis en novembre 2006, elle adressa sa lettre de retrait avec un dossier détaillé à sa congrégation et parallèlement, elle envoya une lettre à son amie TJ en lui confirmant qu’elle se retirait après avoir découvert de nombreuses informations compromettantes sur l’organisation. Toutefois, elle précisait bien que, pour elle, absolument rien ne changeait à son amitié. Son but n’était pas de lui faire quitter les TJ, mais simplement de poursuivre une relation amicale qui semblait avoir acquis de la force au fil des années. Elle lui proposa dans sa lettre qu’elles s’écrivent de temps à autre pour s’échanger des nouvelles l’une de l’autre. Malheureusement, elle n’obtient aucune réponse. Puis, début mai 2007, elle est partie quelques jours en Espagne et lui a envoyé une petite carte postale. C’est suite à cette carte postale que la TJ lui a adressé la lettre reproduite ci-dessus et dans laquelle elle exprime très clairement -et aussi très sèchement- sa volonté de couper tout contact.

Rappelez-vous les propos de M. Barbey, comme quoi les personnes se regroupent autour des marqueurs sociaux et de valeurs communes, discours présenté de façon généraliste et qui n’est pas faux en soi, mais dont la conclusion relève de l’argument non sequitur, à savoir que la rupture est inévitable lorsqu’un TJ quitte son mouvement religieux. Faudrait-il en déduire que l’honnêteté et la probité morale ne font pas partie des valeurs défendues par les adeptes du jéhovisme, puisque ce sont ces qualités-là qui ont poussé cette ex-TJ à demander son retrait et que cela a immédiatement sonné le glas de son amitié avec la TJ, et alors que rien n’avait changé, que ce soit dans son comportement comme dans sa façon de penser, entre sa période d’inactivité et son retrait officiel ? Libre à chacun de tirer les conclusions qui s’imposent…

Ainsi, il est totalement faux de prétendre que c’est l’exclu qui tourne la page : dans l’écrasante majorité des cas, c’est bien le mouvement qui est à l’origine de la rupture, alors que l’exclu la subit et aurait probablement voulu conserver de bons rapports avec sa famille et ses amis. Pour ma part, je trouve que cet argument est probablement le plus scandaleux des poncifs véhiculés par les TJ et ceux qui les soutiennent à propos de l’exclusion, car autant ceux développés dans les quatre premiers articles de cette série peuvent, à la rigueur, nécessiter un brin de réflexion, autant celui-ci relève ouvertement de la mauvaise foi tant il est évident que la réalité ne correspond pas à cette image d’Épinal destinée à absoudre le mouvement de tout comportement fautif…


Notes:

[1] Bien sûr, il ne m’est pas possible de me prononcer sur ce cas précisément puisque je ne connais pas la situation in concreto. Néanmoins, étant donné les lourdes répercussions qu’un tel procès pourrait occasionner si les juges se prononçaient en faveur de M. Lejeune, il est fort à parier que la présentation des ’’faits’’ par la Watch Tower relève de cette stratégie, même si à cette fin la réalité a souffert de quelques petits ’’ajustements’’.

[2] ’’31/05/2010 - Conclusions principales (émises par la C. C. des Témoins de Jéhovah).’’, pages 6 et 7, format pdf, sur Aggelia

[3] ’’Les Témoins de Jéhovah - une analyse sociologique’’, Excommunication, Rubrique « Question/Réponse », sur Barby.jimbo

[4] Un exemple qui illustre cette triste réalité est celui relatif aux poursuites judiciaires que la Société Watch Tower a engagées contre le webmaster du site Quotes, alors que celui-ci se contentait de publier en ligne des passages tirés des publications jéhovistes. On ne pouvait donc pas l’accuser d’interpréter les propos de la Watch Tower puisqu’il les restituait fidèlement, et l’organisation était simplement face à ses propres déclarations. Selon des experts judiciaires qui ont examiné cette affaire, ce webmaster était dans son plein droit et le mouvement avait toutes les chances de perdre si seulement ce bras de fer n’avait pas été complètement disproportionné en termes de moyens financiers…

[5] La menace d’exclusion en cas de fréquentation d’un exclu ne semble pas avoir été réitérée récemment dans les publications jéhovistes ; néanmoins, le principe en lui-même (« c’est pas bien et tu mérites une sanction ! ») reste inchangé, puisque qu’un TJ qui se comporterait de la sorte a toutes les chances d’être ’’noté’’ et de ne pas pouvoir accédé à des privilèges dans sa congrégation. Il ne sera pas considéré comme quelqu’un d’’’exemplaire’’ par sa communauté, et sera ainsi mis à l’écart.

[6] The Impact of Religious Shunning : An Exploratory Analysis of the Jehovah’s Witnesses’ Shunning Policy, par Stephen 3. Ferriss, M.A. :

« This paper explores the impact of the shunning policy of the Jehovah’s Witnesses (JWs). Data was gathered employing the webnography methodology (sometimes called netnography, virtual ethnography, or online ethnography) as outlined in the methodology section. Analysis was conducted and it was found that the shunning policy has actually created a new ’’class’’ of member, the ’’fader’’. Because members do not want to be shunned, they remain JWs via the Internet but secretly believe otherwise. These faders share information among themselves and with ex-JWs, and cause much more havoc than they would if they had been disfellowshipped and shunned. So while it appears that shunning might encourage some people to remain JWs, shunning also puts the JW organization at risk because faders lead double lives and supply valuable information to JW opposers via the Internet. This is one unintended consequence of shunning that this study reveals. »

[7] À la recherche de la liberté chrétienne, Raymond Franz, Commentary Press, Atlanta, 2002, édition en français, page 334

[8] L’idée reçue selon laquelle l’exclu a fait ’’quelque chose de très grave’’ et donc mérite sa sanction fera probablement l’objet d’un développement ultérieur, étant donné la régularité avec laquelle ce cliché grossièrement réducteur est invoqué comme ’’argument’’ par les défenseurs de la Watch Tower pour justifier l’étendue de l’exclusion. Voilà pourquoi je ne m’étendrai pas davantage sur ce point dans la suite du présent article.

[9] J’ai, par exemple, beaucoup de mal à croire par exemple qu’une grand-mère qui aurait été exclue pour avoir souhaité participer à la célébration de Noël - cas vécu dans ma congrégation - aurait changé à ce point qu’elle deviendrait une toute autre personne qu’on jugerait infréquentable.

[10] Beaucoup de TJ sont en réalité en désaccord sur - voire trouvent carrément ridicule - la position qu’adopte leur mouvement religieux sur certaines questions, parmi lesquelles figurent fréquemment la condamnation rigoureuse des célébrations festives, la critique des autres religions ou l’étendue de la mesure d’exclusion. Naturellement, ces TJ ne feront part de leurs points de vue divergents que dans un cadre privé, et se remettront à réciter à la virgule près la doxa jéhoviste officielle une fois qu’ils se retrouveront dans un contexte plus cérémonieux ou avec des co-adeptes moins proches.

[11] Sic, les fautes d’orthographe sont dans le texte.

[12] Ah, l’étiquette ! C’est quelque chose d’extrêmement important pour les TJ : à l’avenant avec le sentiment élitiste qui prévaut en leur sein, il vaut mieux à leurs yeux être un mauvais TJ qu’une bonne personne ’’du monde’’…

[13] Évidemment, les partisans du jéhovisme, comme ceux de tout mouvement sectaire, expliqueront cette animosité de l’exclu en développant la thèse fort pratique du complot qui pourrait se résumer de la manière suivante : « on nous en veut parce qu’on est du côté de Dieu, les méchants s’acharnent sur nous et ça confirme qu’on est dans le vrai ! » Quitte à pousser ce raisonnement jusqu’au bout pour mettre en évidence ses limites, il faudrait en déduire que le pire des vauriens, accusé de multiples crimes en tous genres et condamné à une lourde peine par un tribunal, serait donc un homme saint puisque tout le monde se dresserait contre lui ! Ainsi, au lieu d’avoir recourt à cet argument a priori qui serait susceptible de blanchir n’importe qui, indépendamment de toute situation concrète, le plus sage serait sans doute d’examiner les faits pour eux-mêmes et d’en tirer les conclusions seulement après. Voilà sans doute pourquoi la WT refuse si souvent la confrontation avec ceux qui la critiquent : peut-être a-t-elle effectivement des agissements à se reprocher, et ainsi la théorie du complot constitue un alibi très appréciable…

[14] Certaines pages du livre sont disponibles sur Google.books

[15] Il n’est peut-être pas inutile de préciser que ces sociologues reçoivent parfois le qualificatifs d’« apologistes » des sectes de la part des militants anti-sectes les plus acharnés (voir sur les sites Apologetics Index ou Antisectes ; je précise que je ne suis pas nécessairement d’accord avec cette classification). Ainsi, lorsqu’ils font l’éloge du livre de Holden, on ne peut pas les accuser d’être des détracteurs des TJ, puisque certains leur reprochent déjà une trop grande complaisance envers les groupes socialement controversés. Cela dit en passant, si déjà des sociologues pourtant mesurés dans leurs critiques semblent trop favorables aux « sectes », allez donc imaginer ce qu’on pourrait dire de M.Barbey…

[16] Voici un autre avis professionnel positif

[17] Jehovah’s Witnesses, portrait of a contemporary religious movement, Andrew Holden, anglais, 2002, Routledge, ISBN 0-415-26609-2, page 155

[18] Holden, page 156

[19] Holden, page 156 et 157

[20] Holden, page 163

[21] Holden, page 164

[22] Holden, page 165

[23] Holden, page 165 et 166

[24] Gardez-vous dans l’amour de Dieu, WBTS, publié en 2008

[25] J’avoue être presque désolé de donner un tel cours de français qui est du niveau Cours Préparatoire, mais visiblement il faut vraiment tout expliciter quand on a affaire à de tels raisonnements si alambiqués…

[26] Le Ministère du Royaume, août 2002

[27] Dans le même temps, la Société Watch Tower estime qu’elle peut critiquer publiquement et sans la moindre vergogne les autres religions qui, selon elle, sont enfoncées jusqu’au coup dans les ténèbres spirituelles avec le Diable pour père, propagent de fausses doctrines, se compromettent avec ’’le monde’’, sont peuplées de fidèles hypocrites et formalistes ; la WT compare toutes ces religions à une prostituée infâme méritant la destruction divine. Quand à ceux qui se montrent critiques envers elle, la WT les présente dans ses périodiques comme des suppôts de Satan, menteurs comme des arracheurs de dents et rongés par la haine et l’esprit revanchard. Est-il utile de préciser que, dans ce genre de cas, l’organisation (cette même organisation qui semble outrée par les propos de M. Lejeune) ne voit rien de choquant ou de diffamatoire, mais simplement une expression légitime de la liberté d’opinion…

[28] La Société Watch Tower a déjà prouvé qu’elle était experte pour ce qui est de manier le verbe à son avantage, quitte à être légèrement malhonnête quand ses intérêts sont en jeu. À titre de précédent, citons le cas de la lettre que la branche suisse a adressée au gouvernement en 1943 à propos du service militaire qu’elle condamnait, et dans laquelle elle déclarait : « Des centaines de nos membres et de nos sympathisants ont accompli leur obligation militaire et continuent à le faire ». Sans le dire explicitement, elle incluait par cette expression vague les membres n’ayant pas été fidèles à l’organisation (donc une minorité qu’elle n’approuvait absolument pas et qui, du même coup, n’étaient plus TJ) ainsi que les maris non-TJ… Et moi qui croyait que le mensonge était contraire au christianisme !

[29] Jehovah’s Witnesses, portrait of a contemporary religious movement, Andrew Holden, anglais, 2002, Routledge, ISBN 0-415-26609-2, page 165

[30] Tiens, d’ailleurs, dans le cadre de ce procès, pourquoi n’y a-t-il pas eu des personnes alors exclues pour témoigner en faveur de la Watch Tower ? Pourtant, il y a tout lieu de croire que cela aurait eu un effet des plus favorables sur les juges dans cette affaire, et que l’image de l’organisation aurait été grandement rehaussée grâce à des témoignages laudatifs provenant d’ex-membres… Pourquoi la Watch Tower fut-elle contrainte de demander à des personnes réintégrées dans l’organisation (donc des TJ, eux-mêmes à nouveau sous la menace de l’exclusion s’il ne tiennent pas le discours officiel de la secte) de témoigner sur leur ancienne condition d’exclu, présentée invariablement de façon bien complaisante ? N’est-ce pas tout simplement parce que l’organisation n’aurait pas pu trouver des exclus confirmant sa version édulcorée sur les consignes relatives à l’exclusion ?

[31] Conclusions de Jacques Lejeune, dans le cadre de son procès contre la Société Watch Tower, sur Aggelia

[32] Il arrive parfois que certains TJ bravent l’interdit et discutent avec des exclus, mais 1/il s’agit probablement d’une minorité ; 2/la conversation tourne généralement court à cause de l’image négative que le TJ a de l’exclu et de la peur d’être pris la main dans le sac par un autre TJ…

[33] Michèle et Jean-Marie Bastien ont évoqué publiquement cette situation pénible en rapport avec leur fille TJ, et j’ai moi-même connu une ex-TJ à qui il est arrivé la même chose lorsqu’elle écrivait à sa sœur… Pour info, je tiens à préciser que cette ex-TJ a conservé pendant un temps des relations normales avec sa sœur, alors qu’elle était déjà exclue, et que ce n’est qu’après que les anciens aient adressé des remontrances à cette TJ qu’elle a décidé, comme par hasard, de cesser tout contact. Drôle de coïncidences, non ?

11 commentaires
  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 18 octobre 2010 16:45, par charles

    Monsieur Barbey dont le directeur de thèse était Michel Maffesoli, celui-là même qui a dirigé aussi la thèse de l’astrologue Elisabeth Teyssier, et qui avait fait grand bruit à l’époque.

    Maintenant je pense que monsieur Barbey devrait rapidement vous menacer de procès pour avoir eu l’outrecuidance de critiquer le travail d’un « universitaire » comme lui. Bande de manants et de va-nu-pieds…

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  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 20 octobre 2010 11:05, par free

    Bravo Liberty 84,

    Ton article reflète toutes les caractéristiques d’un travail universitaire, précision, références, rigueur, honnèteté intellectuelle, effort d’objectivité et profondeur….je suppose que Mr Barbey devrait s’inspirer de ta démarche et abandonner une défense sans réserve et sans esprit critique des régles qui régissent l’exclusion au sein de la WT. Tout ex-TdJ sait par expérience que l’analyse de Mr Barbey est fausse et que c’est bien le mouvement qui est à l’origine de la rupture, alors que l’exclu la subit souvent d’une manière dévastatrice au niveau affectif et aurait probablement voulu conserver de bons rapports avec sa famille et ses amis. Merci encore, je suis persuadé que cet article aidera de nombreuses personnes qui se posent des questions.

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  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 29 octobre 2010 18:22, par le voyageur

    Excellent travail. Mais une question simple. Monsieur Barbey n’est-il pas tout simplement un Témoin de Jéhovah ?

    Le voyageur.

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    • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 30 octobre 2010 11:45, par Winston Wesson

      Bonjour Le voyageur.

      L’appartenance religieuse est une question d’ordre strictement privé, et il est interdit -sur Internet ou ailleurs- de révéler publiquement que telle ou telle personne est Témoin de Jéhovah ou Mormone si elle ne souhaite pas rendre public ce fait.

      M. Barbey a, de fait, fait valoir ce droit plusieurs fois contre des personnes qui entendaient diffuser des affirmations sur cette question à son sujet, en déposant des réclamations aux autorités compétentes. Au vu du nombre de fois où elle revient, la question peut certes sembler légitime, mais le fait est que M.Barbey refuse (aux dernières nouvelles que j’ai en tout cas) d’y répondre par « oui » ou par « non », et que c’est son droit.

      Son travail se présente comme « universitaire » et « neutre », et il l’affirme indépendant de toute allégeance. Chacun peut donc se faire son opinion sur la qualité de ce travail « sur le terrain » au vu, par exemple, des affirmations qui sont soulignées ici, indépendamment de la question de son appartenance religieuse.

      Cordialement, Winston

      Répondre

      • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 30 octobre 2010 21:06, par le voyageur

        Cher Winston, j’ai posé cette question parce qu’à l’époque ou j’étais TdJ un surveillant de circonscription (encore en fonction à l’heure actuelle) m’avait recommandé l’ouvrage. De plus les infomations figurant dans ce livre sont très pointues et M. Barbey semble avoir eu accès à des informations sensibles venant directement du béthel de france. On lui a ouvert la porte aux secrets. Salutations

        Répondre

        • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 31 octobre 2010 09:51, par Winston Wesson

          Merci de ces quelques précision, cher Voyageur.

          Sur la page de présentation de l’ouvrage des éditions l’Harmattan, l’auteur reconnaissait à une époque (mention aujourd’hui disparue me semble-t-il) qu’il avait profité de la complète coopération du Béthel de Louviers qui lui avait grand ouvert les portes de sa bibliothèque. Si mes souvenirs sont exactes, il s’autorisait même une remarque à l’égard de ses confrères historiens ou sociologues qui s’étaient plaints, avant son travail, de n’avoir jamais pu profiter de la collaboration constructive de la hiérarchie jéhoviste pour les aider dans leurs travaux. M.Barbey a donc joui d’un régime d’exception de la part des autorités jéhovistes, qui voyaient d’un très bon œil les activités de ce Monsieur, ce qui est compréhensible puisque ce travail est 100% jéhovah-compatible.

          Répondre

  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 11 novembre 2010 17:29, par michella

    Bonjour

    Je suis amie des TJ ayant fait le pas de m’inscrire à l’école Théocratique

    Votre analyse de l’exclsuion ou excommunication est interressante Mais c’est le point de vu Biblique qui pour moi est éssentiel notamment l’exortation de Paul en 2 corinthiens Ce qui est immorale pour vous ne l’est manisfestement pas pour JAH

    « nous preferons obeir à jah en tant que chef plutot qu’aux hommes »

    Fin de la discussion

    Répondre

    • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 11 novembre 2010 22:13, par liberty84

      Rebonjour Michella,

      Il est très fréquent que les TJ affirment suivre scrupuleusement la Bible qu’il tiennent pour la Parole de Dieu, et que celle-ci prime sur toute directive humaine. Or, je vais probablement vous surprendre, mais j’ai précisément été exclu parce qu’étais convaincu du contraire et que j’ai eu le malheur de le faire savoir. Voulez-vous des exemples comme quoi les « Témoins de Jéhovah » sont en réalité des « Témoins de la Société Watch Tower » et suivent aveuglément les directives du Collège Central ? En voici :

      * La WT a explicitement demandé à ses fidèles de refuser le service civil jusqu’en 1996, et ce sous peine d’exclusion, puis a soudainement reconnu que plusieurs versets bibliques autorisaient le chrétien à effectuer ce service pour « César ». Or, à ma connaissance, avant 1996, tous les fidèles ont refusé de l’effectuer, préférant passé de douloureuses années de prison, et ceci alors qu’ils n’étaient pas capables de défendre leur point de vue sur la Bible. Qui donc ces TJ ont-ils suivi : le Collège Central ou les directives bibliques ?

      * Pendant la Première Guerre Mondiale, la WT a accepté que ses membres servent dans des unités non combattantes des armées. Cela choqua certains Étudiants de la Bible qui se détachèrent du groupe et furent appelés les « Standfasters ». Or, ces derniers ont été considérés par la WT comme des « apostats », des infidèles, des rebelles dignes de la destruction, et pourtant ceux-ci avaient le bon point de vue sur la question de la neutralité en période de guerre puisque la WT a, par la suite, adopté la même position. Ainsi, ce qui importait pour la WT, c’était de lui rester fidèle, même si elle se comportait d’une façon non chrétienne selon sa propre compréhension des principes bibliques. Qui donc les Étudiants de la Bible restés fidèles à l’Organisation ont-ils suivi : la WT ou les directives bibliques ?

      Je pourrais citer d’autres exemples, mais ce que je veux souligner par les deux points que j’ai développés ci-dessus, c’est que, derrière les pieuses déclarations selon lesquelles les TJ ne reconnaissent que les normes bibliques, se cache une réalité bien différente : on attend du parfait TJ une loyauté sans faille ’’’vis-à-vis d’une organisation, peu importe si les préceptes qu’elle édicte sont en conformité ou pas avec la Bible’’’.

      Dans ma propre histoire, je dois préciser que, lorsque les anciens m’interrogèrent pour m’exclure, je n’avais renié ni Dieu ni la Bible, et que la seule question que l’on m’a posée fut la suivante : « Reconnais-tu l’autorité du Collège Central ? », et ceci alors que ces anciens étaient bien incapables de soutenir l’enseignement du Collège Central face aux arguments bibliques que je soulevais. A ce moment-là, j’ai été définitivement convaincu que la WT est bel et bien une secte au sens biblique du terme, puisqu’elle demande une allégeance envers des humains et non envers l’enseignement du Christ qu’elle trahi.

      Je vous encourage vivement à examiner en profondeur le contenu du présent site, de TJ-Encyclopedie et d’Aggelia avant de vous engager davantage chez les TJ, ceci afin de vous épargner la douloureuse déception que nous-mêmes avons malheureusement connue en notre temps.

      Cordialement, Liberty.

      Répondre

  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 12 novembre 2010 13:26, par michella

    Bonjour liberty Désolée j’ai un problème avec mon clavier et je ne peux pas mettre de ponctuation

    Il y a beaucoup de choses que les TJ faisaient avant et ne font plus maintenant et vice-versa suite à une meilleur compréhension des écritures Les « dirigeants » du collège central bien que dirigés par l’Esprit Saint c’est ma conviction absolue ne sont pas « inspirés » ne sont pas des prophètes tout ce qui importe là dedans et la sincèrité qui découle de tout ces enseignements Forcément l’imperfection des hommes emmènera son lot d’erreur il y en a eu des tonnes et il y en aura encore des tonnes

    "Qu’est-ce que le service civil ?

    Le service civil est une contribution civile de la Confédération en vue de promouvoir la cohésion sociale, de résoudre des conflits sans violence, de développer et de maintenir durablement notre patrimoine culturel.

    Le service civil est un service de remplacement pour des jeunes hommes* qui ne peuvent pas accomplir de service militaire pour des raisons de conflit de conscience.

    Le service civil s’effectue au sein de crèches pour enfants et d’établissements de soins, dans le domaine de la conservation de biens culturels, dans le cadre de projets de parcs naturels et de bien d’autres institutions publiques ou privées reconnues d’utilité publique.

    Le service civil dure une fois et demie le service militaire. A quelques restrictions près, le lieu, la période et la durée peuvent être librement choisis. Une première période d’affectation à accomplir dans l’année de l’admission au service civil est prescrite, de même qu’une affectation dite « longue » de 180 jours dans le domaine des soins ou de l’environnement.

    L’astreinte au service civil débute au moment où la décision d’admission passe en force et s’achève lorsque la personne astreinte a 34 ans révolus. Toute personne ayant accompli tous les jours de service prescrits jusqu’à sa 30e année est aussitôt libérée du service civil.

    *Les femmes peuvent déposer une demande d’admission au service civil lorsqu’elles ont été admises au service militaire."

    Rien à voir avec le service militaire et la guerre elle meme qui est le fait de prendre armes et d’aller combattre et tuer

    Les étudiants de la Bible pratiquaient le service militaire au début du 20 èsiècle ok ils ont reconnu par la suite qu’ils avaient le mauvais poin de vue en réexaminant scrupuleusement les écritures Maintenant si des personnes ce sont fait exclure pour ces problèmes de compréhension ou d’incompréhension de la bible on en est désolée mais c’est le risque à prendre et à accepeter les erreurs humaines

    Dans ma congrégation par exemple il y a une dame qui a été exclu et qui s’est repentie depuis mais n’a toujours pas été réintégré alors que ça fait 5 ans qu’elle refréquente les réunions n’en a jamais manqué aucune ne communique avec personne dans la congrégation depuis 5 ans et celà uniquement à cause d’un seul Ancien qui refuse sa réintégration Tout celà est profondément injuste et choquant c’est vrai etça donne envie de tout quitter mais moi je ne vais pas aux réuunions pour l’Homme mais uniqument pour Dieu je vais pour me fortifier spirituellement et fréquenter des personnes qui partagent ma foi meme si les choses peuvent etre difficiles Cet Ancien aura ces propres problèmes à régler avec Dieu lorsqu’il lui fera face Maintenant ça n’enlève en rien la sincèrité de cet ancien envers Dieu il se laisse emporter par son orgueil c’est la vie

    Ce que je recherche dans une confession religieuse (car pour moi il m’est inconcevable de vivre ma spiritualité seule dans mon coin sous pretexte qu’aucune des confessions Chrétiennes existant en ce monde n’a la vérité absolue ) c’est la sincérité de la démarche spirituelle le fait qu’ils pensent sincèrement à l’appuie des écritures que cette interprétation est la bonne ( meme si au final elle peut etre fausse ) j’analyse l’interprétation qu’ils en font et je la compare avec ma propre compréhension des choses

    Le fait est que à 95% de ma compréhension des écritures s’apparente avec celle des TJ

    J’ai tout éssayé les protestants les mormons les Catholiques Et j’ai remarqué que la raison essentielle pour laquelle elles ne sont pas considérées comme secte est parcequ’elles ne s’embarrassent pas à suivre des préceptes bibliques qui leurs semblent « trop difficiles » à suivre et risuqeraient de les mettre en marge de la société et donc du monde Vivre la spiritualité oui mais sans prendre le moindre risque face au monde actuel sans appliquer « scrupuleusement » les écritures pour ne pas passer pour des illuminés Preferant se mouvoir dans le mouve ayant plus peurs de leurs propres vies que la crainte de Dieu Elles justifient ce comportement en disant « qu’il ne faut pas suivre les écritures d’une manière LITTERALLE » ah oui bien sur malgré les avertissements de paul faire de la philosophie sur des passages qui ne pretent EN RIEN à de l’interprétation c’est tellement plus facile ça permets de « relativiser l’exigence » du commandement et ainsi de vivre en meilleur harmonie avec les gens de ce monde

    Donc voilà j’ai toujours dis à mon enseignante que pour moi les enseignements de la Watchtower étaient les meilleurs que j’avais pu trouvés jusqu’ici mais qu’en aucun cas ils n’avaient la vérité à absolue étant donné que ce sont de humains spirituellement élévés mais imparfaits donc les enseignements seront logiquement IMPARFAITS (elle n’est pas d’accord mais je reste sur ma position )

    Mais c’est pas faute que la Watchtower éssaie de s’en approcher le plus possible avec tout les réajustements sans se préoccuper des qu’en dira t’on et de la façon que ce sera perçu par les gens du monde parceque c’est le risuqe à prendre quand on veut réellement suivre les enseignemenst de JAH et de son fils Jésus Christ Pour moi ceux qui ne subissent pas ne fusse qu’un quart de ce que Jesus a subit parceque protégés par la MORALE des gens du monde ne peuvent en aucun cas s’etre approché de enseignements de Jesus parceque il est impossible de suivre Jesus sans etre presécuté plus qu’un minimum c’est Jesus lui meme qui le dit PAS LA WATCHTOWER !!

    Quand je vois à quel point MEME les mormons sont laissés tranquilles dans leur coin alors quils diffusent l’un des enseignements si ce n’est l’enseignement le plus absurde la chrétienneté simplement parcequils font comme tout le monde noel anniverssaire sang et tout le tralala bref faites comme tout le monde meme si c’est absurde et on vous foutra la paix !!

    Pour un croyant qui ne veut pas spirituellement s’isoler comme moi je ne vois rien de mieux que les TJ malgré l’imperfection des enseignements Aller chez les Cathos avec toute leur idolatrie autour de marie Mere de Dieu Aller chez Protestants qui disent que Jésus est Dieu Aller chez les mormons qui introduisent un autre Evangile

    Je préfère aller dans un groupe ou l’enseignement est à 90% vrai et à 10% faux ou inexacte que dans un groupe ou c’est 40% et le reste faux inexacte et surtout complètement paganisé comme dans toutes ces confessions que je viens de citer

    J’ai lu tout vos articles sur le nom de Dieu qui n’apparait pas dans le NT Sur certaines pratiques empruntées du paganisme sur l’Exclusion Sur la dérive et la tyrranie de certains dirigeants

    RIEN de tout ce qui est faussé par l’homme ne m’empèchera de me faire baptiser l’amour que j’ai pour Jéhova et son fils Jesus Christ est plus fort que les moqueries et les insultes des gens de ce monde

    michella

    Répondre

  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 12 novembre 2010 17:03, par free

    Bonjour Michella

    La seule conclusion que l’on peut tirer de la lecture du NT, c’est qu’il est impossible de déduire un système disciplinaire cohérent. Il y a des groupes de « chrétiens » différents avec des « châtiments » différents pour des « fautes » différentes. Même dans les textes pauliniens ou assimilés on observe des variations sensibles. Vous citez 1 Corinthiens 5 pour justifier la politique de la WT mais cela signifie qu’il faille ignorer de nombreux autres textes qui expriment un système disciplinaire différents, par exemple 2TIM 2 : 14-18, 23-24 nous parle de personnes qui se sont « écartées de la vérité », qui « boulversent la foi de quelques uns », qui sont dans le « piège du diable »,pourtant le rédacteur recommande l’attitude suivante : « évite les discours vides, être capable d’enseigner ceux qui ne sont pas disposés favorablement avec comme objectif la repentance et qu’ils reviennent à la raison. » D’autres textes invitent à manifester une attitude plus souple.

    14 Nous vous prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le « désordre », consolez ceux qui sont abattus, « supportez les faibles », usez de patience envers tous.15 Prenez garde que personne ne rende à autrui le mal pour le mal ; mais poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous. 1 Thessaloniciens - Chapitre 5

    14 Et si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous disons par cette lettre, notez-le, et n’ayez point de communication avec lui, afin qu’il éprouve de la honte. 15 Ne le regardez pas comme un ennemi, mais « avertissez-le comme un frère ». 2 Thessaloniciens - Chapitre 3

    16 Confessez donc vos « péchés » les uns aux autres, et « priez les uns pour les autres », afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste a une grande efficace.19 Mes frères, si quelqu’un parmi vous s’est « égaré loin de la vérité », et qu’un autre « l’y ramène »,20 qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. Jacques chapitre 5

    L’analyse de la WT est parcellaire, fragmentaire, elle choisit d’ignorer certains versets au profit d’autres textes du NT, elle choisit arbitrairement le système disciplinaire le plus sévère.

    Répondre

  • L’exclusion : mythes et réalité - Partie V 21 février 2011 17:14, par dude

    Je ne suis plus TJ depuis un mois environ.

    Mes amis ne m’adressent plus la parole. Ils m’ont juste dit que la porte reste ouverte SI (et seulement si) je reviens…

    Mes parents et ma famille ne me parlent plus.

    Mon plus jeune frère m’a simplement dit « Ne vas pas nous reprocher de couper les ponts, n’oublie jamais que c’est ton choix ».

    J’ai fait un choix, celui de quitter les TJ et je veux l’assumer jusqu’au bout (bien qu’à mes yeux le mot choix lors d’un retrait volontaire n’est pas exactement le bon terme…). Mon choix a simplement été de quitter les TJ, la rupture « affective » est de leur ressort.

    La preuve que les TJ n’assume pas complètement ce « principe » soi disant chrétien, c’est qu’ils n’arrivent pas à le justifier clairement et restent relativement évasifs sur le sujet.

    Auprès de ma grand-mère non-TJ ils essaient de faire croire que la rupture vient de moi, qu’ils me verraient volontiers (ils omettent de préciser que ce ne serait que dans le cas d’une « réintégration »…).

    L’hypocrisie me sort par les yeux, les demi-vérités aussi. L’aveuglement dans lequel ils sont tous aussi… Mais je sais qu’il y a peu j’en étais au même point, comment est-ce que j’ai pu me laisser aveugler à ce point ???

    Je n’arriverai pas à expliquer ce que je ressens vraiment, le sentiment de solitude, la culpabilité qui perce, lancinante, même si je sais que j’ai fait le bon choix… Le manque… Le manque surtout… et le vide tellement profond que j’évite de laisser mes larmes couler par peur de ne plus les voir s’arrêter…

    J’ai du mal à réaliser que cette histoire est la mienne, je me blinde, avance en m’interdisant de trop penser, de trop réfléchir… par peur de sombrer.

    C’est surement encore trop récent.

    Répondre


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