L’exclusion : mythes et réalité - Partie I
10

L’un des sujets sur lesquels la Société Watch Tower doit faire face à un grand nombre de critiques concerne sa mesure d’ « exclusion », rebaptisée « excommunication » depuis 2005, qu’elle applique à ceux qui souhaitent quitter ses rangs ou qui ont eu un comportement fautif selon ses règles (il est à noter que la nouvelle terminologie « excommunication » en vigueur en France et en Belgique ne change absolument pas la réalité que recouvrait cette mesure quand elle était appelée « exclusion » : il s’agit toujours d’une mise au ban de la communauté jéhoviste. Ce changement de type cosmétique est tout à fait captieux, car le but est de présenter cette mesure totalitaire comme le pendant de ce qui est pratiqué dans l’Église catholique - alors que l’application jéhoviste est bien plus étendue - et ainsi de lui donner une apparence moins sectaire que ce qu’elle est en réalité). [1]

- Nicolas Jacquette, ex-TJ, a déclaré dans les médias que ses parents l’ont rejeté du fait de son exclusion
En effet, il est fréquent que d’anciens membres [2] ayant témoigné publiquement évoquent l’effet dévastateur de cette mesure sur leur famille, ayant bien souvent rendu les contacts entre proches très douloureux, quand cela n’a pas tout simplement abouti à une rupture totale de tous les liens. Ainsi, nous avons entendu des parents se plaindre que leurs enfants Témoins refusaient de les revoir depuis des années, et parfois qu’ils ne connaissaient même pas leurs petits-enfants. Certains n’ont pas été autorisés à assister au mariage ou aux funérailles d’un proche parce qu’ils étaient exclus. Et dans tous les cas, les relations amicales ont été réduites à néant, ce qui peut être particulièrement éprouvant quand sait que le réseau d’amis d’un Témoin de Jéhovah se limite à ses coreligionnaires. [3] C’est ainsi qu’en Belgique, la Watch Tower doit actuellement faire face à un procès intenté par un ex-fidèle qui estime que cette mesure lui a porté préjudice et tente de le faire reconnaître en justice. [4]
De leur côté, le mouvement tout comme ceux qui le soutiennent ont tenté une riposte en élaborant des réponses « politiquement correctes » à ces accusations, réponses qui seraient de nature à minimiser l’impact de cette mesure et à la justifier, à tel point qu’on pourrait même se demander, à les écouter, s’il existe vraiment un quelconque problème dans ce domaine… C’est ainsi qu’il est fréquent de lire sur Internet des commentaires de Témoins de Jéhovah affirmant que l’exclusion est simplement l’expression d’un « choix » de la part de l’intéressé, que c’est la preuve de la « facilité » avec laquelle on peut quitter le mouvement, que la personne exclue « savait » à quoi elle s’engageait en intégrant la communauté, ou encore que c’est l’exclu lui-même qui a coupé les ponts avec ses anciens coreligionnaires.
La présente série d’articles sur le thème de l’exclusion se proposera de recenser quelques-uns des clichés relatifs à cette question dans un but d’analyse critique et de réflexion.
« Celui qui est exclu a fait son choix, c’est son droit, et nous le respectons ! »
Cette idée a été exprimée avec une grande clarté en 2009, par Philippe Barbey, un sociologue apologiste des Témoins de Jéhovah qui a écrit ceci sur son propre site :
Il faut remarquer que les travaux de ce monsieur ont fait l’objet d’importantes critiques, dont celles d’Arnaud Blanchard, qui conclut :
Pour répondre à cette première idée toute faite en rapport avec l’exclusion, idée qui se voudrait presque bienveillante, nous dégagerons deux caractéristiques qui définissent les notions de choix et de droit : il s’agit de l’opportunité et de la légitimité.
1/ L’opportunité
Pour qu’il y ait vraiment choix, il faut que les alternatives qui se présentent à moi soient à peu près équitables en terme de bénéfices et de pertes, car plus une possibilité aura un impact significativement négatif sur ma vie ou sur ce qui me tient à cœur, moins il y a de chances que j’opte pour elle. Il faut donc que chacune des éventualités soit propice dans une mesure sensiblement commune, car plus la fourchette des gains et pertes sera importante entre les différents choix, et moins il y aura de choix justement, à tel point que certains d’entre eux ne pourront même plus être qualifiés ainsi. Par conséquent, tous les choix ne se valent pas et il ne faudrait pas se laisser éblouir par un détail purement technique -en l’occurrence, grammatical (« tu peux choisir entre ça ou ça »)- qui donnerait l’illusion d’une alternative, alors qu’il n’y aurait en fait pas de choix effectif une fois les mots transposés dans la réalité. Car comme le souligna fort justement le marquis de Vauvenargues, écrivain du XVIIIè siècle, dans Réflexions et maximes, « la nécessité nous délivre de l’embarras du choix ». Cela peut s’appeler l’opportunité, qui se définit comme une occasion favorable.
Par exemple, si je suis au 8è étage d’un immeuble et que je désire descendre, peut-on vraiment dire que j’aie le ’’choix’’ entre sauter de la fenêtre et mourir, ou bien prendre tranquillement la rampe d’escalier et arriver sain et sauf tout en bas ? À moins que je sois dépressif et que j’aie des envies de suicide, il est clair que seule la deuxième possibilité s’offre à moi. Pourquoi cela ? Parce que la première s’exclut d’office, étant donné qu’elle me priverait de quelque chose de bien trop précieux : ma vie, ou dans le meilleur cas que l’on puisse imaginer, ma santé. En fait, dans cet exemple, je n’ai pas de choix : il me faudra utiliser mes guiboles, quand bien même je ne serais pas un sportif dans l’âme, car je serais très nettement gagnant en agissant de la sorte.
Pour enfoncer un peu plus le clou, auriez-vous même l’idée de demander à votre hôte venu vous rendre visite dans votre appartement situé au 8è étage : « Quand tu partiras, tu préféreras sauter par la fenêtre ou prendre les escaliers ? ». En fait, cette alternative serait tellement saugrenue que vous n’envisageriez même pas un seul instant de la proposer comme solution. Si vous le faisiez, il serait fort probable que votre hôte soit interloqué et pense que 1/ vous plaisantez, 2/ vous êtes sadique si vous êtes sérieux, car cela signifierait que vous seriez prêt à l’envoyer à la mort, ou 3/ vous avez perdu la tête !
Or, la sentence que la Watch Tower prononce sur l’exclu est en fait ni plus ni moins que la mort sociale de l’ex-adepte : il s’agit pour elle de faire en sorte que celui-ci soit comme décédé aux yeux de ses membres. L’exclu est privé de toute fréquentation, et même conversation, avec ses ex-coreligionnaires ; il voit sa réputation traînée dans la boue car, comme il n’a plus la possibilité de se défendre publiquement pour expliquer ce qui s’est réellement passé, on peut sans complexes raconter sur son dos toutes sortes d’histoires bien crapoteuses, quitte à le dépouiller de sa dignité… [7] Or, dans un État de droit, le bannissement social d’une communauté et la perte de sa réputation constitue probablement la pire sanction qui puisse être appliquée à quelqu’un…
Par ailleurs -et c’est une chance-, la Watch Tower reconnaît que le christianisme a aboli la Loi mosaïque, et donc que les soi-disant « coupables » d’aujourd’hui n’ont pas à être lapidés comme au temps de l’Israël antique, et laissent ainsi le soin à Dieu pour ce qui est d’exécuter physiquement ces horribles personnes… [8] En gros, seule la condamnation à mort physique est différée, le principe en lui-même n’a pas changé : ça se résume à quelque chose dans le genre « tu appliques à la lettre ce qu’on te dit ou bien tu crèves socialement (malheureusement, on ne peut pas te mettre à mort physiquement) ! ». Pensez-vous qu’il y a là une alternative possible, que la deuxième possibilité puisse être vraiment choisie, et non pas plutôt subie ?
La publication jéhoviste qui suit confirme bien cette analyse :
« Celui qui a été un vrai chrétien peut quitter la voie de la vérité et dire qu’il ne se considère plus comme Témoin de Jéhovah ou ne veut plus être connu comme tel. Lorsque ce cas rare se produit, l’individu qui ne veut plus être chrétien [9] se retire volontairement de la congrégation. (…) Ceux qui cessent d’être ’’des nôtres’’ en rejetant délibérément la foi et les croyances des Témoins de Jéhovah devraient à juste titre être considérés et traités de la même façon que les personnes qui ont été exclues pour avoir péché. (…) L’exclusion recouvre plus que la simple rupture des relations spirituelles. (…) La Bible [c’est-à-dire l’interprétation que la Watch Tower en fait] interdit aussi toutes relations amicales avec la personne exclue. (…) Soutenir la justice de Dieu [10] et l’exclusion signifie-t-il qu’un chrétien ne devrait pas adresser du tout la parole à un exclu ni même le saluer ? (…) Nous savons tous par expérience qu’un simple “bonjour” peut constituer le premier pas vers une conversation et peut-être vers une amitié. Voulons-nous faire ce premier pas avec une personne exclue ? »

- Hier la guillotine, aujourd’hui l’exclusion TJ.
Ironiquement, la peine de mort fut abolie en France en 1981, date à laquelle la WT a étendu sa mesure d’exclusion…
Nous remarquons dans ce passage qu’il s’agit bien 1/ d’une personne qui s’est retirée volontairement ; 2/ qu’elle est considérée comme particulièrement fautive ; 3/ que toutes les relations, pas seulement spirituelles, mais aussi amicales, sont rompues ; 4/ que même un simple bonjour est interdit. N’est-ce pas là précisément la définition de la mort sociale de l’individu qui se retrouve coupé de tout ce qui a constitué son univers social, lui occasionnant ainsi une terrible souffrance et une profonde solitude ? Comment voulez-vous, dans de telles conditions, que ce ’’choix’’ puisse être effectué librement, qu’il soit perçu comme une possibilité raisonnablement viable ? À moins d’être suicidaire, y aurait-il quelqu’un qui ferait ce « choix » de son plein gré s’il ne s’est pas reconstitué au préalable un solide réseau d’amis ? Et notons que ces consignes sont toujours d’actualité.
Quelles sont les conséquences de cette mesure discriminatoire qui dénie les « droits » les plus élémentaires des personnes, tout en prétendant les respecter dans le discours destiné à l’extérieur ? Certains Témoins de Jéhovah restent dans le mouvement tout en faisant semblant de croire car ils n’osent pas risquer l’exclusion, et ceux qui en partent sont tellement affectés qu’ils peuvent sombrer dans la dépression et une solitude extrême, voire effectuer des tentatives de suicide. Hypocrisie et souffrance : les conséquences de la politique watctowerienne sont plutôt ’’pourries’’ ; or l’Évangile nous avertit que c’est à ses « fruits » que l’arbre se reconnaît…
2/ La légitimité

- Vanille ou fraise : quelque soit votre choix, vous faites bien. Cela dit, moi je prendrais bien les deux !
D’autre part, la notion de choix implique généralement que chaque éventualité soit considérée comme légitime par celui qui la propose. Offrir le choix à quelqu’un signifie au mieux qu’on approuve, au pire qu’on tolère, chaque proposition qu’on lui présente. Par exemple, si je demande à mon hôte : « Veux-tu une glace à la vanille ou à la fraise ? », son choix sera honorable quel que soit le parfum pour lequel il optera et, tout critère de préférence personnelle mis à part, je n’aurai aucune raison de lui reprocher d’avoir fait ce choix plutôt que l’autre, sans quoi j’aurais été un bel hypocrite dans mon offre.
Quant à la notion de droit, elle insiste encore plus sur la légitimité de l’action qui peut être entreprise, puis qu’elle se définit comme la faculté reconnue d’accomplir une action. Si celle-ci est reconnue, admise, cela signifie que celui ou celle qui me l’accorde ne peut pas, en tout état de cause, me reprocher de l’avoir effectuée. D’où l’expression « être dans son bon droit ».
Pour illustrer un usage erroné de ces termes, imaginez que le Procureur de la République déclare, à propos d’un violeur et assassin, dans le cadre d’un procès : « Il a violé puis tué, c’était son choix (ou son droit) et nous l’avons respecté, mais il a dû en subir les conséquences, à savoir la prison à perpétuité ». Ne trouveriez-vous pas cette formulation pour le moins surprenante, voire même assez choquante ? Car au fond, en qualifiant de ’’choix’’ ou de ’’droits’’ les actions odieuses du criminel, cela signifie plus ou moins explicitement :
Que ces crimes faisaient partie d’un palette de comportements acceptables par la société ;
- Or, s’il y a sanction -et de surcroît sanction élevée-, c’est bien que le comportement incriminé ne relevait pas d’un choix, qu’il n’était en rien honorable. Quand il s’agit d’actes aussi monstrueux, on s’attend tout naturellement à ce qu’ils soient totalement proscrits, bannis, interdits : la société civile n’offre pas le ’’choix’’ de les pratiquer, et les gens qui commettent ces méfaits ne les font que parce qu’ils ont bravé les lois.
- Si c’était un droit, alors on ne pourrait pas prévoir de sanction, sinon cela signifierait que l’action n’était pas considérée comme légitime. Bref, c’est exactement le contraire d’un droit ; l’emploi de ce mot dans ce cas serait particulièrement fautif puisqu’il serait vidé de toute sa signification et créerait un contresens.
Qu’en conséquence, la Justice n’a pas à se justifier de prendre des mesures à l’encontre du criminel ; c’est la normalité des choses. C’est d’ailleurs plutôt le contraire qui étonnerait, voire révolterait.

- Un avocat qui défendrait un violeur et meurtrier, en invoquant le ’’droit’’ de celui-ci d’avoir agi ainsi, ne ferait pas long feu dans la profession…
En fait, pour résumer : soit il s’agit d’un choix (expression honorable de la liberté d’un individu), soit d’un comportement inacceptable et injustifiable (violation d’une loi, atteinte au bien-être d’autres personnes). Mais tenter de concilier ces deux points de vue est vain car ceux-ci sont plutôt antinomiques…
Transposons cela dans le cadre du jéhovisme. De la même manière, la double présentation de l’exclusion, à la fois ’’faute grave’’ et ’’choix’’/’’droit’’, relève d’un non-sens car c’est paradoxal : d’un côté l’exclusion est présentée comme une mesure punitive destinée à châtier un individu tenu pour fautif, coupable d’avoir transgressé un précepte si important qu’il mériterait un ostracisme de la part de sa communauté, et dans le même temps cette pratique est hypocritement définie comme l’expression de la liberté de la personne, liberté que le mouvement aurait, dans sa grande bonté semble-t-il, respectée… De deux choses l’une :
Soit l’exclu est effectivement coupable d’un comportement répréhensible et mérite sa sanction. Dans ce cas-là, on se demande bien pourquoi des Témoins de Jéhovah éprouvent le besoin d’atténuer la responsabilité de leur Watch Tower en parlant de ’’choix’’ du fautif, alors qu’elle serait tout à fait dans son bon droit à jouer les mères fouettardes. Cela laisse à penser qu’ils sont mal à l’aise ;
Soit c’est bien l’expression d’un choix personnel légitime, d’un droit (discours tenu exclusivement en externe), et alors il n’y a aucune raison d’infliger un tel traitement infamant. [11] Ce serait alors un abus de pouvoir de la part de l’organisation.
D’ailleurs, lorsqu’un Témoin de Jéhovah enseigne un futur nouvel adepte qui a suffisamment progressé dans son étude pour demander le baptême, croyez-vous qu’il va le prévenir à ce moment-là en ces termes : « Oh, de toute façon, si vous vous rendez compte que vous vous êtes trompé, vous pourrez toujours envisager l’excommunication ! » ? Ça ferait plutôt étrange, et si un autre fidèle l’entendait parler ainsi, il est fort probable qu’il le reprendrait pour s’être exprimé de la sorte. Pourquoi cela ? Parce qu’en fait, l’exclusion n’est jamais perçue par le bon Témoin de Jéhovah comme étant une possibilité de sortie, elle n’est pas du tout envisageable et n’est appliquée qu’en dernier ressort comme châtiment ultime. Dans le contrat du baptême, il n’y a aucune clause, pas même en tout petits caractères dans un astérisque, prévoyant la possibilité de se rétracter, le Témoin étant censé rester fidèle à son mouvement pour tout le reste de sa vie. En fait, dans l’esprit du Témoin, l’exclu ne devait pas faire ce qui l’a amené à être exclu, seulement voilà, on n’avait pas les moyens de l’en empêcher (même situation que dans le cas du criminel mentionné plus haut).

- Heureusement que le ’’monde pourri’’, avec ses institutions, est là pour veiller aux libertés ! Parce que s’il ne fallait compter que sur la WT…
En réalité, quand les pro-Watch Tower affirment que quitter celle-ci constitue un droit absolu, ils entretiennent volontairement une confusion sur l’identité de celui qui accorde ce droit. Car oui, il s’agit bien d’une prérogative reconnue, mais de la part de la société civile, pas de la part de la Société Watch Tower qui, au contraire, la dénie et l’applique uniquement sur le mode du châtiment. Que les défenseurs de cette organisation (adeptes, sympathisants, sociologues complaisants) n’aillent donc pas se placer du point de vue d’un système qui reflète les normes du « monde » auxquelles celle-ci prétend ne pas adhérer ; cela ne correspond pas à SON point de vue à elle, et ainsi c’est tout à fait hypocrite…
Mais alors pourquoi l’exclusion est-elle si souvent présentée par les Témoins comme relevant d’un « choix personnel », d’un « droit » ? Simplement parce que ça ’’fait joli’’ en terme d’éthique (la notion de choix est essentielle pour garantir une certaine ’’liberté’’) et qu’ainsi ça sauve un peu les apparences quand on est accusé de bafouer les droits élémentaires d’un individu… D’ailleurs, le Témoin de Jéhovah ne se rend probablement pas compte qu’en utilisant de tels substantifs, il cherche en fait à se mettre au diapason avec la société environnante qui a -du moins dans le discours- tendance à privilégier l’individualité sur l’intérêt collectif. C’est curieux quand même (enfin, non en fait…) de la part d’un groupe qui, dans le même temps, déconseille fortement tout individualisme, et qui soudain affirme mettre un point d’honneur à le respecter. Ça ressemblerait à s’y méprendre à de l’opportunisme pur jus… [12]
Dans la deuxième partie de cette série, nous considérerons un autre stéréotype véhiculé par les Témoins de Jéhovah en rapport avec l’exclusion, à savoir : « L’exclu savait à quoi s’attendre quand il s’est fait baptiser ».
Notes:
[1] Dans les articles de cette série, nous utiliserons systématiquement le terme « exclusion » afin de ne pas nous faire complice de cette hypocrisie sémantique et ainsi d’éviter d’entretenir davantage la confusion…
[2] Voir par exemple ’’« L’exclusion » décrite comme ’pire que la mort’’’, sur Prevensectes, par Brian Lewis, traduction de Charles Chasson, 28 mai 2002
[3] Il est de plus en plus fréquent qu’un Témoin de Jéhovah déclare avoir des amis hors de son mouvement. Or, dans ce genre de cas, soit le terme « amis » est employé dans un sens volontairement élargi pour désigner de simples connaissances qu’on ne peut éviter dans le cadre du travail, du voisinage ou de l’école, et avec lesquelles une distance est maintenue car ce sont des gens ’’non fréquentables’’ d’après le mouvement (relations de façade sans profondeur destinées à montrer qu’on est bien intégré), soit le fidèle entretient effectivement des amitiés extra-jéhovistes, ce dont il ne se vantera pas en interne car c’est en contradiction avec les recommandations écrites du mouvement. Par exemple :
* La Tour de Garde du 15 décembre 1981, page 21 :« La plupart des gens que nous côtoyons dans la vie de tous les jours n’ont jamais connu ni suivi les voies de Dieu. Peut-être sont-ils des fornicateurs, des extorqueurs ou des idolâtres, et donc des personnes qu’un chrétien ne choisira pas de fréquenter de façon étroite et régulière. Néanmoins, nous vivons sur la terre, parmi l’humanité, et il se peut que nous devions nous mêler à de tels individus et leur parler dans le cadre du travail, à l’école ou dans notre quartier. »
* Les jeunes s’interrogent - Réponses pratiques, page 67 : « Où pouvez-vous trouver des amis qui aiment Dieu ? Au sein de la congrégation chrétienne. » (qui désigne les Témoins de Jéhovah uniquement)
* À propos d’une personne qui étudie avec les TJ, La Tour de Garde du 1er mars 1985, page 25 dit : « Dès que possible, invitez d’autres membres de la congrégation à vous accompagner à l’étude afin que votre élève commence à se faire de nouveaux amis. Il importe de l’aider rapidement à se rendre compte que dans ‘la famille entière de nos frères dans le monde’ il liera des amitiés qui compenseront largement toutes celles qu’il risque de perdre dans le présent système de choses. »
De même, le livre destiné aux anciens Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau déclare : « Cela comblera aussi le vide que ressentent les nouveaux quand ils rompent avec leurs anciennes fréquentations et renoncent aux divertissements qu’ils avaient dans le monde ».
PS : Remarquons au passage que la déclaration à destination du grand public est hypothétique et c’est l’entourage qui est mis en cause (« toutes celles qu’il risque de perdre » [sous-entendu les non-TJ vont peut-être le laisser tomber]), tandis que celle publiée en interne est affirmative et indique une rupture voulue par le Témoin (« quand ils rompent avec leurs anciennes fréquentations »).
[4] ’’Plus Jéhovah, plus de droit…’’, Michaël Kaibeck, La Dernière Heure, 17 février 2006
[5] ’’Les Témoins de Jéhovah - une analyse sociologique’’, Rubrique « Discipline religieuse », sur Barby.jimbo
[6] Archives des Sciences Sociales des Religions, document 126.38, pages 47-112
[7] Ainsi, il est assez fréquent qu’on entende de folles rumeurs dans les congrégations affirmant qu’une personne exclue a sombré dans les pires vices possibles et imaginables. J’ai moi-même connu le cas d’un couple de Témoins de Jéhovah qui avaient fait partie de ma congrégation et qui, après un déménagement, auraient été exclus. Rapidement, le bruit a couru comme quoi l’épouse avait quitté son conjoint pour un collègue de travail bien plus jeune. Tout le monde a repris cette histoire en cœur à tel point qu’elle a rapidement accédé au statut de ’’fait avéré’’. Or, il apparu après coup que le couple en question ne s’est jamais séparé… et qu’il n’avait même jamais été exclu, mais était simplement ’’refroidi’’ (inactifs par rapport aux pratiques jéhovistes) ! Pourquoi avons-nous tous participé à répandre ces calomnies honteuses en toute bonne conscience ? Parce qu’on pensait qu’il s’agissait de personnes exclues, et qu’ainsi on pouvait légitimement participer à la « curée » sans la moindre honte…
[8] La Tour de Garde du 15 octobre 1970, page 629 : « Celui qui est exclu (…) reçoit-il un châtiment complet par la congrégation ? Non ; car s’il ne se repent pas il recevra la pleine rétribution de ses actes, c’est-à-dire la mort, non pas par la congrégation mais des mains de Dieu. »
[9] On remarquera au passage qu’une personne qui se retire de la Watch Tower est considérée par elle comme quelqu’un qui a, forcément, renoncé au christianisme, puisqu’elle seule est, à propre yeux, authentiquement chrétienne… Quelle suffisance !
[10] Comprenez : les décisions prises par l’organisation, la justice de Dieu n’a rien à voir là-dedans…
[11] D’ailleurs, l’un des anciens qui m’a exclu m’a affirmé, une fois qu’il a constaté que j’étais ’’irrécupérable’’, que j’avais ’’tout à fait le droit’’ de partir de l’organisation puisque que j’étais en désaccord avec certaines points doctrinaux (même si au final ce sont bien eux qui m’ont exclu ; le but était que je sois viré au plus vite pour ne pas parler à d’autres de ce que j’avais découvert). Il a bien fait de me le préciser, parce que, étant donné le ton méprisant avec lequel il s’est adressé à moi et le fait qu’il ne m’ait même pas salué en partant -alors que je n’étais pas encore exclu-, j’aurais pu sérieusement douter que je pouvais faire ce ’’choix’’ légitimement…
[12] Cela relève de la langue de bois que le mouvement sait manier avec une dextérité surprenante, dans ce domaine comme dans plein d’autres… Voir par exemple les articles ’’L’art de la langue de bois pour une bonne réputation’’ et ’’« On est différent… tout en étant pareil ! »’’
