L’épître apocryphe de Jacques

La découverte de Nag Hammadi
Introduction de la Biblothèque copte de Nag Hammadi
En décembre 1945, près de la ville de Nag Hammadi, des paysans égyptiens déterraient fortuitement une jarre contenant treize codices de papyrus, des volumes reliés à plat comme nos livres et recouverts de cuir. Ils venaient de faire l’une des plus formidables découvertes de manuscrits anciens du XXe siècle.

- Folio en papyrus de l’évangile de Thomas
- IIIe-IVe siècle, écrit en copte
Dans un état de conservation variable, les 1156 pages inscrites renferment 54 œuvres différentes, la plupart inconnues par ailleurs, dont le fameux Évangile selon Thomas, un recueil de paroles de Jésus. Il s’agit de textes religieux, généralement décrits comme gnostiques. D’abord rédigés en grec, vraisemblablement au cours du IIe siècle, ces textes ont ensuite été traduits en copte, la langue de l’Égypte de cette époque, puis copiés vers le milieu du IVe siècle dans des codices qui ont par la suite été enfouis dans une jarre, probablement au début du Ve siècle.
Cette découverte est d’un intérêt inestimable, que ce soit pour l’histoire du livre, dont les codices de Nag Hammadi constituent les plus anciens spécimens, pour l’histoire de la langue et de la paléographie coptes, ou pour celle de la philosophie et du christianisme naissant.
Ces textes ressuscitent en effet pour nous des formes du christianisme primitif que la tradition postérieure a combattues et s’est efforcée de faire disparaître, mais qui jouèrent néanmoins un rôle essentiel dans sa formation. Leur édition, leur traduction dans des langues modernes et leur étude, qui en est encore à ses débuts, ouvrent donc une fenêtre nouvelle sur la période du IIe siècle, si importante dans la formation du christianisme. Toutefois, l’interprétation de ces textes nouveaux est particulièrement difficile. On ignore en effet l’identité de leurs auteurs, les lieux, dates et circonstances de leur rédaction en grec, de leur transmission, de leur traduction en copte, de leur copie dans les codices mis au jour en 1945. De laborieuses recherches permettent néanmoins de les situer dans leur contexte et d’en tirer de nombreux renseignements qui éclairent l’histoire des premiers siècles chrétiens sous un jour nouveau. Ainsi, pour ne donner qu’un seul exemple, l’Évangile selon Thomas est devenu une pièce maîtresse de la recherche sur le personnage historique de Jésus de Nazareth et sur les origines du christianisme.
(L’ÉPÎTRE APOCRYPHE DE JACQUES) (NH I, 2)
(Traduit du copte par Donald Rouleau)
Cette traduction française est le résultat d’un travail en cours, elle est donc provisoire et sujette à des modifications. Elle a été faite intégralement à partir du texte copte. Celui-ci étant écrit de façon continue, les divisions des phrases, de même que les divisions en paragraphes sont le fait du traducteur, qui a également ajouté des intertitres afin de faciliter la lecture, de même que, dans certains dialogues, l’identification des interlocuteurs.
Les chiffres en caractères gras indiquent les pages du texte copte auxquelles la traduction correspond, et les chiffres en exposant, ceux des lignes.
Voici la signification des signes critiques utilisés dans la traduction :
[ ] restitution par l’éditeur moderne
< > correction par l’éditeur moderne
![]()
{ }suppression par l’éditeur moderne( ) ajout par l’éditeur moderne
# # suppression par le scribe
/ / ajout par le scribe
† † passage corrompu
(PROLOGUE DE LA LETTRE)
1
- [C’est Jacques] qui [éc]rit à (?)
- [ ±8 ]thos. Paix
- [à toi de la part de] la Paix,
- [Amour de la part de] l’Amour,
- [Grâce de la part de] la Grâce,
- [Foi de la] part de la Foi,
- Vie de la part de la Vie
- sainte ! Puisque tu
- m’as prié de
- t’envoyer un (écrit) secret
- qui m’a été révélé, à moi
- ainsi qu’à Pierre, par le Seigneur,
- je n’ai pu certes te (le) refuser,
- ni te parler (de vive voix),
- mais [je l’ai] écrit en lettres
- hébraïques (et) je te l’ai
- envoyé, à toi
- seul, mais en tant que 19 serviteur du salut
- des saints. Applique-toi
- et garde-toi de divulguer
- cet écrit à beaucoup, lui
- que le Sauveur n’a pas voulu
- divulguer à nous tous, ses
- douze disciples. Ils
- seront cependant bienheureux,
- ceux qui seront sauvés par
- la foi en ce discours ! Je
- t’ai aussi fait parvenir, il y a
- dix mois, un autre (écrit)
- secret que m’avait révélé
- le Sauveur. Mais
- celui-là, d’une part, considère-le
- ainsi comme m’ayant été révélé
- à moi, Jacques. Celui-ci
2
- cependant, lui aus[si ±13 ]
- atteindre [ ±10 ]
- ceux qui [ ±9 ]
- cherche [ ±9 ]
- C’est ainsi que [ ±8 sa-]lut
- et [±12 ]
- [ ±4 ].
L’OBJET DE LA LETTRE : LA RÉVÉLATION
(Apparition de Jésus)
Et [alors que] les douze disciples
- étaient une [fois] tous assis
- ensemble,
- et qu’ils se rappelaient
- ce que le Sauveur avait dit
- à chacun d’eux, soit
- en secret, soit
- ouvertement, et qu’ils le fixaient
- dans des livres - pour ma part,
- j’écrivais ce qui se trouve dans ce [livre] -,
- voici que le Sauveur apparut.
- Il est passé parmi [nous, nous] lui [étions atten]tifs,
- et cinq cent
- cinquante jours après qu’il fut ressuscité
- d’entre les morts, nous lui avons
- dit : « Es-tu parti, t’es-tu éloigné de nous ? »
- Et Jésus dit : « Non, mais
- je m’en vais au lieu d’où je suis venu.
- Si vous voulez venir
- avec moi, venez ! » Tous répondirent
- en disant : « Si tu nous
- (l’)ordonnes, nous viendrons ! »
(Mise à part de Jacques et de Pierre)
Il dit :
- « En vérité, je vous le dis :
- jamais personne n’entrera
- dans le Royaume des cieux si je lui
- en donne l’ordre, mais parce que
- vous êtes emplis. Quant à vous, laissez-moi
- Jacques et Pierre,
- afin que je les emplisse ! » Et
- après qu’il eût appelé ces deux-là,
- il les prit à part (et) il ordonna
- aux autres de vaquer
- à leurs occupations.
(La recherche de la vraie plénitude)
Le Sauveur
- dit : « Vous avez été pris en pitié,
3
- [ ±13 ] devenir
- [ ±4 discip]les. Il
- écrivi[rent ±8 ] livres comme si
- [ ±10 ] à vous aussi
- [ ±8 ] soin et
- [com]me [ ±5 ] ils ont entendu
- et de la même [façon ±3 ] il n’ont pas compris.
- Ne voulez-vous pas être emplis ?
- Et votre cœur est ivre. Ne
- voulez-vous pas devenir sobres ?
- Désormais donc, ayez honte alors que vous êtes éveillés et
- que vous êtes endormis. Souvenez-vous
- que, vous, vous avez su
- le Fils de l’homme. Et lui,
- vous lui avez parlé et
- lui, vous l’avez écouté !
- Malheur à ceux qui ont vu le Fils
- de l’homme ! Ils seront
- heureux ceux qui n’ont pas
- vu l’homme,
- qui ne se sont pas joints à lui,
- qui ne lui ont pas parlé
- et qui n’ont rien entendu
- de lui ! À vous est
- la Vie ! Sachez donc qu’il vous a
- guéris alors que vous étiez malades,
- pour que vous deveniez rois.
- Malheur à ceux qui se sont remis
- de leur maladie parce qu’
- ils retourneront de nouveau à la maladie ! Bienheureux
- ceux qui n’ont pas été malades et
- qui ont connu le soulagement avant
- d’êtres malades ! À vous est le Royaume
- de Dieu ! C’est pourquoi je
- vous dis : « Soyez
- emplis et ne laissez aucune place
- vide en vous ! Il pourra se moquer
- de vous, celui qui viendra ».
Alors
- Pierre répondit : « Voilà
- trois fois que tu nous as dit :
4
- “ Soyez [emplis ! ”, mais]
- nous sommes emplis ».
Le [Sauveur répondit, il]
- dit : « C’est [pourquoi je vous ai]
- dit : [“ Soyez emplis”
- a-]fin que vous ne [soyez pas diminués]. Car [ceux qui sont diminués]
- ne [seront pas sauvés]. Bonne,
- en effet, est la plénitude et mauvaise, la diminution.
- De même, donc, que ta diminution est bonne et
- que ta plénitude, au contraire, est mauvaise, ainsi
- celui qui est empli diminue et
- celui qui est diminué, il ne s’emplit pas, comme
- s’emplit celui qui est diminué et
- celui qui est empli, lui aussi, il devient parfait
- suffisamment. il est donc nécessaire de diminuer
- dans la mesure où il est possible d’être emplis et de
- vous emplir dans la mesure où il est possible de diminuer,
- afin que vous puissiez vous [emplir]
- davantage. Soyez donc
- emplis de l’Esprit,
- mais diminués de
- la raison : car la raison est l’âme,
- elle est aussi psychique ».
(La condition des disciples face à la souffrance et à la mort)
Je
- répondis et lui dis : « Seigneur,
- nous pouvons t’obéir,
- si tu le veux, car nous avons abandonné
- nos pères mâles,
- nos mères et nos villages
- (et) nous t’avons suivi. Indique-nous donc
- la façon de ne pas être éprouvés
- par le Diable
- mauvais ».
Le Seigneur répondit
- et dit : « Quelle sera votre récompense,
- étant donné que vous faites la volonté du Père,
- (et) que vous ne recevez (rien) de lui
- en part de don tandis que
- vous êtes éprouvés par
- Satan ? Mais si vous
- êtes opprimés par
- Satan et
- persécutés et que vous faites sa (du Père)
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- volonté, je le [dis] : Il
- vous aimera et il vous rendra
- égaux à moi et il pensera
- à [votre] sujet que vous êtes devenus
- bien-[aimés] dans sa providence
- selon votre choix.
- Ne cesserez-vous donc pas d’aimer
- la chair et de craindre
- la souffrance ? Ou ne
- savez-vous pas que vous n’avez pas encore
- été maltraités ni encore
- accusés injustement
- ni encore enfermés
- dans une prison, ni
- encore condamnés
- illégalement, ni encore
- crucifiés sous
- un (faux) prétexte, ni ensevelis
- dans le parfum, comme moi-même
- (je l’ai été) par le Malin ?
- Vous osez ménager la chair,
- ô vous, pour qui l’Esprit est un mur qui vous entoure !
- Si vous réfléchissez
- sur le monde, depuis combien de temps il existait
- au moment où vous êtes tombés, et combien de temps,
- après vous, il demeurera encore, vous trouverez
- que votre vie est éphémère
- et que vos souffrances sont d’une
- seule heure. Les bons, en effet,
- n’entreront pas dans le monde.
- Méprisez donc la mort
- et souciez-vous de la Vie.
- Rappelez-vous ma croix
- et ma mort, et vous
- vivrez ».
Je répondis et
- lui dis : « Seigneur,
- ne nous parle pas de la croix
- et de la mort ; celles-ci, en effet, sont loin
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- de toi ! »
Le Seigneur répondit
- et dit : « En vérité, je vous le
- dis : Personne ne sera sauvé,
- s’il n’a [foi] en ma croix.
- Car ceux qui auront cru en ma
- croix, à eux est le Royaume de
- Dieu. Soyez donc à la recherche de
- la mort comme les morts qui
- cherchent la Vie,
- car à ceux-là se révèle ce
- qu’ils cherchent. Mais de quoi
- se soucient-ils ? Si vous examinez
- la mort, elle vous enseignera
- l’élection. Car
- je vous le dis : Personne
- ne sera sauvé de ceux qui craignent
- la mort. En effet, le royaume de la mort
- appartient à ceux qui se tuent.
- Soyez meilleurs que moi, rendez-vous
- semblables au Fils de l’Esprit
- Saint ! »
(La condition des disciples vis-à-vis du Sauveur et des uns vis-à-vis des autres)
Alors je lui demandai, moi :
- « Seigneur, comment pourrons-nous
- prophétiser pour ceux qui nous demandent
- de prophétiser
- pour eux ? Nombreux, en effet, sont ceux qui
- nous sollicitent et qui tendent l’oreille
- vers nous pour entendre une parole
- de notre part ».
Le Seigneur
- répondit et dit : « Ne savez-vous
- pas qu’on a tranché la tête de
- la prophétie avec Jean ? »
- Mais moi, je dis : « Seigneur,
- est-il donc possible d’enlever
- la tête de la prophétie ? »
- Le Seigneur me dit : « Si vous
- savez ce qu’est « la tête », et que
- la prophétie sort de la
- tête, comprenez ce que signifie : « On lui a enlevé
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- la tête ». Je vous ai d’abord
- parlé en paraboles
- et vous ne compreniez
- pas. Maintenant à nouveau, je vous parle
- en langage clair et
- vous ne saisissez pas. Or,
- vous, vous étiez pour moi
- une parabole en (langage)
- parabolique, et clairs
- en (langage) clair. Hâtez-vous
- de vous sauver, sans qu’on
- vous en prie. Mais
- préparez-vous vous-mêmes et,
- si c’est possible, devancez-moi,
- moi-même. Car c’est de cette façon
- que le Père vous aimera.
- Haïssez
- l’hypocrisie et la pensée
- mauvaise ! Car c’est la pensée (mauvaise)
- qui engendre l’hypocrisie.
- L’hypocrisie, elle, est éloignée
- de la vérité.
Ne laissez pas dépérir
- le Royaume des cieux !
- Car il ressemble à une branche de dattier
- dont les fruits se sont répandus
- autour d’elle. Elle a produit
- des feuilles et lorsqu’elles ont éclos,
- elles ont fait se dessécher la moelle. Ainsi
- en est-il du fruit qui
- a été produit à partir de cette
- racine unique : lorsqu’il fut planté,
- des fruits ont été engendrés par beaucoup (de pousses).
- Ce serait certes une bonne chose,
- s’il y avait maintenant possibilité de produire pour toi
- de nouveaux plants sans elle.
Puisque
- j’ai déjà été glorifié en cela avant ce
- temps, pourquoi me
- retenez-vous, alors que j’ai hâte de partir ?
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- Après la fin, en effet, vous
- m’avez contraint à rester auprès de vous
- encore dix-huit jours à
- cause des paraboles. C’était suffisant
- pour des hommes : ils ont écouté
- l’enseignement et ils ont compris « les Bergers »,
- « la Semence », « la Construction », « les Lampes des
- vierges », « le Salaire des travailleurs »,
- « les Didrachmes et la
- Femme ».
Soyez empressés pour 11 le verbe. Car le verbe,
- certes, son état est premièrement la foi,
- le deuxième, c’est la charité, le troisième,
- ce sont les œuvres. C’est d’elles,
- en effet, que provient la Vie.
- Car le verbe ressemble à un
- grain de froment : une fois que quelqu’un
- l’a semé, il y a mis sa confiance, et,
- quand il a poussé, il l’a aimé, parce qu’il a
- vu de nombreux grains à la place d’un (seul), et
- lorsqu’il a travaillé, il fut sauvé, l’ayant
- rangé comme nourriture. En outre,
- il (en) a réservé pour semer. C’est ainsi également
- qu’il vous est possible de recevoir
- le Royaume des cieux.
- Celui-ci, à moins de le recevoir par la
- Connaissance, vous ne pourrez le trouver. Voilà
- pourquoi je vous dis :
- « Soyez vigilants, n’errez pas !
- Et à maintes reprises, je vous ai dit, à vous
- et à vos compagnons, et également à
- toi-même, Jacques, je (l’)ai
- dit : “ Sauve-toi ”.
Et je t’ai
- ordonné de me suivre,
- et je t’ai instruit
- de la conduite (à tenir) en présence des magistrats.
- Voyez : Je suis descendu,
- j’ai parlé, j’ai été maltraité,
- j’ai porté ma couronne,
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- lorsque je nous ai sauvés. Je
- suis descendu, en effet, pour habiter
- avec vous, afin que, vous aussi,
- vous demeuriez avec moi. Et
- ayant trouvé vos maisons
- sans toit, j’ai demeuré
- dans les maisons qui pourraient me recevoir
- au moment où je descendrais.
- C’est pourquoi obéissez-moi
- ô mes frères.
Comprenez
- ce qu’est la grande Lumière. Le Père
- n’a pas besoin de moi. Un père,
- en effet, n’a pas besoin de son fils, mais
- c’est le fils qui a besoin
- du père. C’est vers lui que je me hâte,
- car le Père du Fils
- n’a pas besoin de vous.
- Écoutez le Verbe,
- comprenez la Connaissance, aimez
- la Vie, et personne ne vous
- persécutera, ni personne ne
- vous opprimera
- hormis vous seuls.
- Ô misérables, ô
- infortunés, ô
- contrefacteurs de la Vérité,
- ô falsificateurs de la Connaissance,
- ô transgresseurs de l’Esprit !
- Maintenant encore, vous persistez
- à écouter, alors qu’il vous convient
- de parler depuis le début ?
- Maintenant encore, vous persistez à
- dormir alors qu’il vous faut veiller
- depuis le début afin que
- le Royaume des cieux vous accueille.
10
- Oui vraiment, je vous le dis :
- « Il est plus facile à un (homme) pur
- de tomber dans l’impureté et
- à un homme de lumière de tomber
- dans l’obscurité qu’à vous de
- régner ou non. Je me suis souvenu
- de vos larmes, de votre deuil,
- et de votre chagrin : ils sont loin de
- nous. Maintenant donc, ô (vous) qui êtes
- hors de l’héritage du
- Père, pleurez là où il le faut,
- gémissez et
- proclamez le bien
- puisque le Fils monte
- bel et bien ! Oui vraiment, je vous le dis :
- Si j’avais été envoyé
- vers ceux qui m’écoutent et
- si je leur avais parlé,
- je ne serais jamais descendu
- sur la terre. Maintenant donc,
- ayez-en honte désormais.
- Voici que je m’éloignerai de vous ;
- je partirai et je ne veux plus
- demeurer davantage avec vous de même que,
- vous aussi, vous ne (l’)avez pas
- voulu. Maintenant donc, suivez-
- moi en toute hâte. C’est pourquoi
- je vous le dis, c’est pour vous
- que je suis descendu. C’est vous
- les bien-aimés. C’est vous qui allez
- devenir cause de la Vie
- en plusieurs. Invoquez le Père,
- suppliez Dieu souvent
- et il vous exaucera. Bienheureux
- celui qui vous a vus avec lui,
- alors qu’il était proclamé parmi les anges
- et qu’il était glorifié parmi
- les saints ! À vous est la Vie !
- Réjouissez-vous et exultez comme
11
- fils de Dieu. Sauvegardez [la]
- volonté afin que vous soyez
- sauvés. Acceptez de moi un blâme et
- sauvez-vous. J’intercède
- pour vous auprès du Père et il
- vous pardonnera beaucoup ».
Et lorsque nous
- avons entendu cela, nous sommes devenus joyeux,
- car nous avions été attristés
- de ce que nous avions dit
- d’abord. Mais lorsqu’il nous vit
- nous réjouir, il dit : « Malheur à vous,
- qui avez besoin d’un défenseur.
- Malheur à vous, qui avez besoin
- de la grâce. Bienheureux
- seront-ils ceux qui auront parlé
- avec assurance et se seront acquis
- pour eux-mêmes la grâce ! Rendez-vous
- semblables à des étrangers. Car comment
- sont-ils face à votre
- ville ? Pourquoi êtes-vous troublés,
- puisque vous vous bannissez
- vous-mêmes et vous vous éloignez
- de votre ville ? Pourquoi
- abandonnez-vous vous-mêmes
- votre demeure,
- la préparant pour ceux qui veulent
- y habiter ? Ô (vous) qui êtes bannis
- et fugitifs, malheur
- à vous, parce que vous serez repris !
Ou,
- peut-être, pensez-vous du Père
- qu’il est ami des hommes, ou qu’il
- se laisse persuader par des prières, ou qu’il
- fait grâce à l’un pour l’autre, ou
- qu’il soutient quelqu’un
- qui cherche ? Il connaît, en effet, leur volonté et
- aussi ce dont la chair a besoin,
- parce que ce n’est pas elle qui
- désire l’âme. Sans l’âme, en effet,
- le corps ne pèche pas, de même que
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- l’âme n’est pas sauvée sans
- l’esprit. Mais, si l’âme
- est sauvée sans le mal, et si est sauvé
- également l’esprit, le corps
- devient sans péché. Car c’est l’esprit
- qui vivifie l’âme. C’est au contraire
- le corps qui la tue,
- c’est-à-dire que c’est elle-même qui se tue.
- En vérité je vous le dis :
- « Il ne pardonnera le péché à
- aucune âme, ni le grief à
- la chair, car aucun de ceux qui
- auront porté la chair ne sera sauvé.
- Vous pensez sans doute que beaucoup ont
- trouvé le Royaume des cieux.
- Bienheureux celui qui s’est vu
- quatrième dans les cieux ! »
- Quand nous entendîmes cela, nous nous attristâmes.
- Et lorsqu’il vit que nous nous attristions,
- il dit : « C’est pourquoi je vous le dis :
- Afin que vous
- vous connaissiez. Car le Royaume
- des cieux est semblable à un épi de blé qui
- a poussé dans un champ et,
- lorsque celui-ci a mûri, il a répandu
- son fruit et de nouveau il a rempli le
- champ d’épis pour une autre année. Vous-
- mêmes aussi, empressez-vous de faucher
- pour vous un épi de vie, afin
- que vous soyez emplis du Royaume.
- Et aussi longtemps que je suis
- avec vous, attachez-vous à moi
- et obéissez-moi. Mais
- quand je m’éloignerai de vous,
- souvenez-vous de moi ! Et souvenez-vous de moi
- parce que j’étais auprès de vous
- sans que vous m’ayez connu.
- Bienheureux seront ceux qui m’ont
- connu ! Malheur à ceux qui ont
- entendu et qui n’ont pas cru !
- Bienheureux seront ceux
13
- qui n’ont pas vu, mais qui [ont cru] !
- Et de nouveau encore, je vous [convaincs],
- car je me révèle à vous
- bâtissant une maison qui
- vous est utile, puisque vous trouvez
- abri près d’elle, de même qu’elle pourra
- soutenir la maison de vos voisins,
- si elle menaçait de s’écrouler. Oui en
- vérité, je vous le dis : Malheur
- à ceux à cause de qui j’ai
- été envoyé ici-bas !
- Bienheureux ceux qui vont
- remonter auprès du Père ! À nouveau, je
- vous réprimande, ô (vous) qui existez. Rendez-vous
- semblables à ceux qui n’existent pas,
- afin que vous soyez avec ceux
- qui n’existent pas. Ne permettez pas que
- le Royaume des cieux devienne désert
- en vous ! Ne soyez pas orgueilleux,
- à propos de la Lumière illuminatrice, mais
- soyez tels envers
- vous-mêmes que moi-même (j’ai été)
- envers vous ! Je me suis livré
- pour vous à la malédiction, afin que
- vous aussi soyez sauvés ».
(Conclusion du dialogue et ultimes recommandations du Seigneur)
- Alors Pierre répondit
- à cela, il dit : « Tantôt,
- tu nous exhortes
- au Royaume des
- cieux ; tantôt, aussi, tu nous (en)
- détournes, Seigneur. Tantôt,
- tu nous persuades et tu nous attires
- à la foi, et tu nous promets
- la Vie ; tantôt, aussi, tu nous
- repousses hors du Royaume
- des cieux ».
Mais le Seigneur répondit,
- il nous dit : « Je vous ai donné
- la foi à maintes reprises ; bien plus
- je me suis manifesté à toi,
14
- [ô Ja]cques, et vous ne m’avez pas
- connu. À nouveau, maintenant encore, je
- vous vois vous réjouir de nombreuses
- fois ; et alors que vous êtes joyeux
- à cause de la promesse de la Vie,
- vous vous attristez, d’autre part, et
- vous vous affligez, si l’on vous instruit au
- sujet du Royaume. Mais vous,
- par la Foi et la Connaissance, vous avez reçu
- pour vous la Vie. Méprisez
- donc le rejet, si vous
- en entendez (parler) ; mais si vous entendez
- la promesse, exultez davantage.
- Oui, en vérité, je vous le dis :
- Celui qui recevra la Vie et
- qui croira au Royaume ne
- le quittera jamais, pas
- même si le Père voulait
- l’(en) chasser. Ces choses-là, je veux vous les dire
- jusqu’à ce point. Mais maintenant, je vais
- remonter vers le lieu d’où je suis
- venu. Mais vous, quand je me suis hâté
- de partir, vous m’avez rejeté et,
- au lieu de m’accompagner,
- vous m’avez poursuivi.
- Prêtez plutôt attention à la gloire qui
- m’attend et, quand vous aurez ouvert
- votre cœur, écoutez les hymnes
- qui (m’)attendent là-haut dans les cieux.
- Car il m’est nécessaire aujourd’hui
- que je m’emplisse à la droite de mon Père.
- Or la dernière parole, je vous l’ai dite.
- Je vais me séparer de vous. Un
- char spirituel m’a en effet enlevé
- et dès maintenant je vais me dévêtir
- pour me revêtir.
- Mais attention ! Bienheureux
- sont ceux qui ont annoncé la Bonne Nouvelle
- du Fils avant qu’il fût descendu
- de telle sorte que, si je venais, je puisse monter !
- Trois fois bienheureux
15
- sont ceux qui ont été
- proclamés par le Fils
- avant qu’ils ne viennent à l’existence de telle sorte qu’il
- y ait part pour vous avec
- eux ».
Quand il eut dit ces choses,
- il s’en alla. Quant à nous, nous nous sommes mis à genoux.
- Moi et Pierre, nous rendîmes grâces
- et nous élevâmes notre cœur vers
- les cieux. Nous entendîmes
- de nos oreilles et nous vîmes
- de nos yeux le bruit de la guerre
- et une sonnerie de trompette
- et un grand tumulte. Et quand nous
- sommes passés au-delà de ce
- lieu-là, nous avons élevé notre
- intellect davantage encore, et nous
- avons vu de nos yeux, et nous avons entendu
- de nos oreilles, des hymnes
- et des louanges angéliques, et
- une allégresse d’anges, et
- des Grandeurs célestes
- chantaient des hymnes et, nous aussi,
- nous exultions. Après cela,
- nous avons voulu élever encore notre
- esprit jusqu’à proximité de la Grandeur.
- Et lorsque nous sommes montés, il ne nous a pas été permis
- de rien voir ni entendre.
- Car le reste
- des disciples nous a appelés. Ils
- nous ont demandé : « Qu’avez-vous
- entendu de la part du
- Maître ? Et que vous a-t-il
- dit ? Et où est-il allé ? »
- Et nous leur avons répondu :
- « Il est monté et
- il nous a donné la main droite, et
- il nous a promis à tous la Vie et il nous a
- dévoilé des fils
- qui viendront après nous, [nous] ordonnant
16
- de les aimer comme si nous devions
- [être sauvés] à cause de ceux-là ». Et lorsqu’ils eurent
- entendu, ils crurent, certes, à leur
- vie, mais ils furent en colère à cause
- de ceux qui seront engendrés.
Comme je ne voulais pas cependant
- les précipiter dans une occasion de chute,
- j’envoyai chacun (d’eux) à un
- endroit différent. Quant à moi, je suis
- monté à Jérusalem priant pour
- avoir une part avec les bien-aimés,
- ceux qui seront manifestés.
(CONCLUSION DE LA LETTRE)
- Et je prie pour que le
- commencement vienne de toi.
- Telle est, en effet, la façon dont je pourrai
- être sauvé, dans la mesure où ceux-là seront
- illuminés par moi, par ma foi,
- et par une autre qui est meilleure
- que la mienne. En effet, je souhaite
- que la mienne soit diminuée.
- Efforce-toi donc de leur
- ressembler et
- prie afin d’acquérir une part
- avec eux. Car en dehors des choses
- que j’ai dites, le Sauveur
- ne nous a pas dévoilé de révélation
- au sujet de ceux-là. Nous proclamons
- en fait que c’est avec eux
- à qui on a prêché qu’il y a part, ceux
- dont le Seigneur a fait ses
- enfants.
Notes:
3