L’an neuf

Il est venu l’an neufD’un millénaire obscur aux lueurs incertaines.On voulait la lumière et voici l’ombre vientS’étendre longuement comme l’eau des fontaines,Flaques de déraison qui partout nous parvient.La frayeur de l’an mil leur faisait fondre l’âme,On voyait un courroux derrière tout fléau ;Ce qui se profilait avait rigueur de blâme,Ils méprisaient Agnus, ils subiraient Leo [1].Il nous monte des peurs en des vagues marinesArpentant des courants qu’on ne maîtrise plus.Ouverte à tous les vents qui troublent les narinesL’angoisse vient au port déposer ses surplus.Il est venu l’an neufDe nos vieilles terreurs à la vie trop facile.On se croyait adulte aux bornes de demain,Le cœur bien endormi par un espoir gracile,L’accord était conclu et topé dans la main.Il vient d’être brisé, le sceau d’incertitude.Ne la sentez-vous pas vous travailler au flanc ?Tout un monde bascule et verse en solitudeCoulant tel un métal qui se rougit à blanc.Tant de vies déversées, tant de siècles d’Histoire,Tant de belles idées pour des balbutiements,Des signes hésitants gravés sur l’écritoire,L’humaine inanité vaut tous les châtiments.Il est venu l’an neufDe nos vieilles erreurs aux accents de prophète.Sur la Terre, un malheur, c’est cent regards aux cieuxEt plus d’un aruspice avec le cœur en fête :« Je vous ai annoncé, chagrins délicieux ».Regardez, c’est écrit, sur la forte muraille,On lit : « Mené mené », puis « Thékel Upharsin [2] »,Suivi d’un cri plaintif, d’une voix qui s’éraille ;Il est tombé de haut le bel ordre assassin.Dénonçons le mensonge, opposons-nous aux fables,Secouons-nous les sens, sortons de nos torpeurs,La Vie et l’Univers sont des hôtes affables.Il est venu l’an neuf, exorcisons nos peurs !
Notes:
[1] L’Agneau et le Lion, en latin, dans la Vulgate de Jérôme de Stridon – Apocalypse 5:5, 6.
[2] L’énigmatique écriture sur le mur : « Compté, compté, pesé, et divisé » – Daniel 5:24-28
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