Kit de détection de balivernes

Le regretté astronome et vulgarisateur scientifique Carl Sagan ne s’en laissait pas compter facilement et promouvait l’esprit critique.

- The Demon-Haunted World : Science As a Candle in the Dark
- Carl Sagan - 1996
Dans son ouvrage The Demon-Haunted World : Science As a Candle in the Dark (1996) Carl Sagan expose son Baloney Detection Kit que nous pouvons traduire par Kit de détection de balivernes ou d’idioties.
Par une liste de considérations du bien-penser il nous invite à reconsidérer les arguments que l’on nous présente et à juger sainement de leur valeur.
Evoquons quelques éléments de cette liste et examinons concurremment le livre « La Bible - Parole de Dieu ou des hommes » [1]
Lorsque cela est possible, il faut des confirmations indépendantes des faits.
Fait invoqué : la Bible a été préservée et nous avons la garantie de la lire telle que Dieu l’a faite rédigée (p.18).
« Mais comment savoir aujourd’hui, après que des milliers de copies en ont été faites, si la Bible n’a pas été complètement défigurée ? Pour le découvrir, penchons-nous un instant sur la Bible hébraïque, l’“Ancien Testament”. Dans la seconde moitié du VIe siècle avant notre ère, au moment où les Juifs revenaient de leur exil à Babylone, un groupe d’Israélites, connus sous le nom de sopherim, ou “scribes”, devinrent les dépositaires du texte de la Bible hébraïque. Ils avaient aussi la responsabilité de faire des copies des Écritures à l’usage du culte tant public que privé. Ces hommes très consciencieux et de métier produisirent un travail de la plus haute qualité. »
Conclusion suggérée : la Bible est surnaturelle, elle vient de Dieu.
Problème : tout le monde n’est pas d’accord avec ce jugement volontairement rassurant.
Notez l’avis de Jean-Daniel Macchi de la faculté de Théologie de l’Université de Genève :
" Le texte original de la Bible n’existe pas !
Ou plutôt faudrait-il dire que nous ne disposons d’aucun manuscrit original de la Bible. En effet, la Bible
hébraïque nous est parvenue au travers de plusieurs centaines de manuscrits (les témoins textuels) tous des
copies de copies, souvent aussi des traductions en d’autres langues que l’hébreu.
Bien que les plus anciens fragments de manuscrits bibliques datent du troisième siècle avant J-C c’est un
manuscrit du Moyen Âge qui sert de base aux éditeurs modernes de la Bible hébraïque. En effet, le codex
B19a Firkovisch se trouvant aujourd’hui au musée de St Petersbourg est le plus ancien manuscrit connu
contenant l’intégralité de la Bible hébraïque.
Entre les plus anciens manuscrits connus, a fortiori entre le texte tel qu’il fut rédigé, et le texte choisi par les
imprimeurs, une quinzaine de siècles se sont écoulés. Or, on estime qu’un manuscrit ne peut guère être utilisé
plus de deux siècles avant d’être trop altéré et de devoir donc être copié sur un nouveau support. Or, en dépit
du soin considérable que chaque scribe-copiste a mis à la réalisation de son travail, chaque manuscrit est
différent de sa source. A chaque étape de la copie le texte évolue donc, des fautes sont introduites, des
commentaires ajoutés, des mots sautés etc…
Bref le texte évolue tant et si bien que pour le texte de la Torah (les 5 premiers livres de la Bible hébraïque)
l’édition scientifique de la Bible mentionne plus de 4000 « lieux variants » dont une partie importante affectent de
manière significative le sens du texte. "

- Comprendre comment le texte de la Bible a évolué
- Document Jean-Daniel Macchi - Faculté de Théologie - Université de Genève
L’intégrité du texte originel est donc contesté. C’est très génant et ça contrarie le bel édifice.
Car il ne sert à rien de brandir l’avis de Sir Frederick Kenyon sur l’exceptionnelle conservation du texte grec, si le texte hébraïque, les deux tiers des Ecritures ont été corrompues par la force des choses.
Si la Bible doit être considérée comme intègralement préservée par Dieu, il faudrait le constater sur toutes les Ecritures et non les seules Ecritures grecques. Ce n’est pas le cas, l’argument en faveur de la sacralité biblique ne tient pas.
Il faut encourager des discussions substantielles des faits par entre des gens informés ayant différents points de vue.
Ce n’est pas le point fort de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
qui bien loin de donner la parole aux détracteurs de la Bible préfère donner l’avis des critiques des détracteurs.
A propos de la Haute Critique, le livre avance (p.43) :
« En ce XXe siècle, ère du rationalisme, les intellectuels admettent plus volontiers que la Bible soit la parole des hommes que celle de Dieu. Il leur est plus facile de croire que les prophéties ont été écrites après coup, que d’en reconnaître l’authenticité. Ils préfèrent ranger les miracles de la Bible parmi les mythes, les légendes, ou les contes populaires, que d’envisager qu’ils soient des faits réels. Leurs thèses, lourdes de préjugés, n’offrent toutefois aucune raison sérieuse de récuser la véracité des Écritures. La haute critique comporte de graves failles et ses attaques n’ont pas réussi à prouver que la Bible n’est pas la Parole de Dieu. »
Jamais dans le livre ne se trouvent exposées de manière loyalement argumentée les thèses dénoncées.
Exemple (p.49 ) :
"Parlant des rapports qui existent entre l’archéologie et les récits historiques de la Bible, le professeur David Noel Freedman déclare : “Dans l’ensemble, l’archéologie tend cependant à confirmer la valeur historique de la narration biblique. Dans ses grandes lignes, la chronologie qui s’étend de l’ère patriarcale jusqu’à l’époque du N[ouveau] T[estament] correspond aux données fournies par l’archéologie. (…) Les découvertes à venir vérifieront probablement le jugement dépassionné que l’on porte aujourd’hui sur la tradition biblique, à savoir qu’elle repose sur des faits historiques et qu’elle a été transmise fidèlement, bien qu’on ne puisse la qualifier d’histoire au sens critique ou scientifique.”
Puis, considérant les efforts déployés par la haute critique pour discréditer la Bible, Freedman ajoute : “Les tentatives des exégètes modernes de refaire l’histoire biblique histoire biblique ce qui a trait à la formation de la bible et des faits historiques s’y rattachant - par exemple la thèse de Wellhausen qui ne voit dans l’ère patriarcale qu’un reflet de la monarchie divisée ; ou celle de Noth et de ses partisans, qui rejettent l’historicité de Moïse, de l’exode et, de là, remanient toute l’histoire d’Israël - ces tentatives n’ont pas aussi bien résisté aux découvertes archéologiques que la narration biblique."
La citation date de presque 50 ans.
Pourquoi la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
ne donne-t-elle pas une déclaration récente de Freedman telle que celle que l’on retrouvera dans son livre « The Nine Commandments - Uncovering the Hidden Pattern of Crime and Punishment in the Hebrew Bible ».
A propos du deuxième commandement - tu ne feras pas d’idole pour toi-même - l’auteur a écrit (traduit de l’anglais) :
"Avant tout, alors que le nom de Yahweh apparaît tout au long du livre de la Genèse, un passage de l’Exode semble indiquer qu’il est anachronique dans ces récits anciens. En Exode 6:3 Yahweh informe Moïse : j’apparaissais à Abraham, Israël et Jacob comme El Shaddaï mais par mon nom de Yahweh je ne me suis pas fait connaître à eux. Cependant un parcours des textes patriarcaux montre qu’Abraham, Isaac et Jacob usèrent tous de l’épithète Yahweh. En quel sens alors le nom de Yahweh fut-il inconnu des patriarches.
Ce fut une telle question, et d’autres encore qui conduisit les exégètes à postuler que différentes sources avaient été utilisées pour construire les « cinq livres de Moïse », l’une au moins d’entre elles perpétuant la tradition que le nom de Yahweh ne fut pas utilisé par l’ancien Israël avant l’époque de Moïse.
A l’appui de cette théorie fut l’observation que lorsque les fils narratifs employant les différents noms sont séparés, beaucoup de ces soi-disants « doublons » (histoire très semblable à une autre) se séparent également. Par exemple il existe deux récits relatant l’attribution du nom Isaac.
Dans l’un d’entre eux, en Genèse 17, les noms utilisés sont Elohim, le nom générique de Dieu, et El Shaddaï. Dans l’autre récit, en Genèse 18, le seul nom utilisé est Yahweh.
Le fil narratif qui emploie le nom divin Elohim fut distingué par les premiers exégètes par « E ». de manière similaire, le fil qui emploie le nom divin Yahweh fut appelé « J » (de l’allemand Jahweh, car la théorie fut largement développée en allemagne).
Cependant il fut bientôt découvert que dans « E » il y avait encore plus de doublons et de différences stylistiques.
Parce qu’un groupe de ces textes semblait particulièrement intéressé par la matière sacerdotale (sacrifices convenables, loi rituelle, etc…), il fut appelé la source « P » (P pour priestly). Ce qui restait reçut la désignation « E ».
Quoique la découverte de ces sources requit plusieurs étapes et la contribution de nombreux exégètes, la plus complète et convaincante présentation fut produite par un exégète allemand nommé Julius Wellhausen, et est quelque fois désignée comme la théorie welhausienne, quoiqu’elle soit le plus suvent appelée l’Hypothèse Documentaire, oe encore la Théorie JEDP (D pour deutéronomiste, une composition indépendante consistant du livre du Deutéronome).
Bien que l’Hypothèse Documentaire ne soit pas sans détracteurs, elle est devenue le modèle prévalant en matière d’exégèse biblique pour la compréhension de la composition de la Torah.
Les citations de Freedman données par le livre jéhoviste sont donc tout à fait partiales. Là encore le lecteur s’arrêtera à ce qu’on lui délivre si complaisamment.
Des arguments d’autorité n’ont que peu de poids (en sciences, il n’y a pas d’“autorités”)
La Watchtower
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aime à user de ces artifices lénifiants.
Pour exemple (p. 7) :
"Abraham Lincoln, seizième président des États-Unis, décrivit la Bible comme “le don le plus précieux que Dieu ait jamais fait à l’homme (…). Sans elle, ajouta-t-il, nous ne saurions distinguer le bien du mal”.
Sir William Blackstone, homme de loi britannique, souligna en ces mots l’autorité qui se dégage de la Bible : “Sur ces deux fondements, la loi de la nature et la loi de la révélation [la Bible], reposent toutes les lois humaines, c’est-à-dire qu’on ne devrait permettre à aucune loi humaine de contredire celles-là.”
Comment rejeter le jugement de ces excellents hommes ? Mais c’est oublier que des hommes tout aussi excellents ont eu une opinon contraire.
C’est ainsi que l’un des pères fondateurs de l’Amérique, Thomas Jefferson a écrit : « The Christian God is a being of terrific character - cruel, vindictive, capricious et unjust. »
Traduction : Le Dieu chrétien est un être d’un caractère terrible - cruel, vindicatif, capricieux et injuste.
Et son jugement sans appel ne vous donne pas trop envie de lire la Bible.
Envisagez plus d’une hypothèse et ne sautez pas sur la première idée qui vous vient à l’esprit.
Essayez de ne pas vous attacher excessivement à une hypothèse simplement parce que c’est la vôtre.
Dans les pages du livre, jamais vous ne trouverez de citations qui montreraient que la position commune des exégètes est beaucoup plus réservée sur l’historicité de la Bible.
Notez donc celle-ci (tirée de Introduction to the Oxford Annotated Bible RSV (1973), Ed. Bruce Metzger & Herbert May) :
"L’Ancien Testament peut être décrit comme l’expression littéraire de la vie religieuse de la vie d’Israël.(…)
Probablement que dès l’époque de David et Salomon, surgissant d’une matrice de mythe, de légende et d’histoire, est apparue le première forme écrite des actes de salut de Dieu depuis la Création à la Conquête de la Terre Promise, un récit qui sous une forme modifiée devint plus tard une partie des Ecritures. Mais il fallut un temps très long pour que l’idée d’Ecriture n’apparaisse et que l’Ancien Testament ne prenne sa forme présente.(…)
Le processus par lequel les Juifs devinrent le « peuple du Livre » fut graduel, et le développement est enveloppé dans les brumes de l’histoire et de la tradition. (…)
La date de la compilation finale du Pentateuque ou de la Loi qui fut le premier corpus, ou la plus grande partie de littérature qui en vint à être considérée par les Juifs comme les Ecritures ayant autorité, est incertaine, quoique certains aient de manière conventionnelle gardé la date de l’Exil au 6e siècle. (…)
Avant l’adoption du Pentateuque comme la Loi de Moïse, il fut compilé et édité selon l’esprit et la diction de l’Ecole deutéronomique, le groupe de livres constitué par le Deutéronome, Josué, Juges, Samuel et les Rois selon leurs formes actuelles.
Ainsi le Pentateuque prit forme au cours d’une longue période de temps."
Les arguments en défaveur d’une lecture littérale des Ecritures ne sont jamais évoqués, l’hypothèse pour la Watchtower
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est intolérable. Elle mettrait tant de certitudes par terre.
Le rasoir d’Occam : s’il y a deux hypothèses qui expliquent les données aussi bien, préférez la plus simple.
A propos des miracles, le livre « La Bible - Parole de Dieu ou des hommes » cite le témoignage de l’évangéliste Luc portant sur la résurrection du Christ :
« Revenons à la tombe trouvée vide le 16 Nisan. À quelle conclusion cet homme très compétent allait-il aboutir ? Tant dans son Évangile que dans le livre des Actes, Luc présente la résurrection de Jésus comme un fait (Luc 24:1-52 ; Actes 1:3). Il ne nourrissait pas le moindre doute à ce sujet. Cette conviction était peut-être confortée par les faits qu’il avait personnellement vécus, car s’il ne fut pas, selon toute vraisemblance, témoin oculaire de la résurrection de Jésus, il dit par contre avoir assisté à des miracles accomplis par l’apôtre Paul. - Actes 20:7-12 ; 28:8, 9. »
Répondant à la force d’un tel témoignage, et appliquant précisément le principe du rasoir d’Occam, le philosophe écossais David Hume a écrit :
"Enquête sur l’entendement humain, Section X
Aucun témoignage ne suffit pour établir un miracle, sauf si le témoignage est de telle sorte que sa fausseté serait encore plus miraculeuse que le fait qu’il essaie d’établir et, même dans ce cas, il se produit une destruction mutuelle des arguments (…).
Lorsque quelqu’un me dit qu’il a vu un homme revenir à la vie, j’évalue immédiatement s’il est plus probable que cette personne se trompe ou ait été trompée, ou si le fait qu’elle rapporte pourrait s’être réellement produit. Je pèse un miracle par rapport à l’autre, et selon la supériorité que je découvre, je prononce ma décision, et rejette toujours le miracle le plus grand. Si la fausseté de son témoignage semble plus miraculeuse que l’événement qu’elle rapporte, alors (…) peut-il prétendre commander à ma croyance ou à mon opinion. "
A votre avis entre l’éventualité d’une résurrection et l’éventualité d’un faux témoignage même sincère quel est le plus simple et donc le plus probable ?
Prêtez-vous donc au jeu. Faîtes passer le Baloney Detection Kit, le Kit de Détection de balivernes aux différentes publications de la Watchtower
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Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
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Vous comprendrez enfin que l’argumentaire jéhoviste tient sur de l’air, et pourquoi vous trouviez l’enseignement indigeste et vous vous sentiez si souvent « baloney ».
Notes:
[1] Publié en 1989 par les Témoins de Jéhovah.