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Jésus, homme ou Dieu ?



Table des matières :

Car voir en Jésus de Nazareth l’incarnation d’un Dieu Unique, mort et ressuscité pour le salut de l’humanité toute entière, proclamer par là sa foi de chrétien et la proposer comme vérité universelle, c’est à la fois se couper des autres religions monothéistes et se distinguer de tous ces hommes qui, nés dans d’autres cultures, adhèrent à d’autres croyances, ces dernières étant d’ailleurs aussi exotiques pour les chrétiens que les leurs le sont pour eux...
C’est se couper radicalement du Judaïsme et de l’Islam pour qui une telle croyance est scandaleuse, voire blasphématoire en ce qu’elle porte atteinte à la transcendance absolue du Dieu unique.
C’est aussi se couper de tous ces hommes qui ne partagent pas la conception chrétienne de l’existence. C’est prétendre détenir les clés de la connaissance, celles de la vie et de la mort...

Une telle attitude est-elle encore recevable aujourd’hui ? Ne dénote-t-elle pas à la fois une grande naïveté et une intolérable prétention, celle de dire le vrai sur tout à tous et pour tous les temps ?

On entend souvent dire aujourd’hui dans certains milieux chrétiens de moins en moins à l’aise dans des constructions dogmatiques théologiques manifestement obsolètes, qu’être chrétien consisterait, d’abord et avant tout, à se comporter comme Jésus.

Peu importerait donc pour eux en définitive, qu’il soit dieu ou non. « Vivre selon l’évangile », serait le plus important. L’adhésion à des « articles de foi » ou à des dogmes serait donc secondaire.
C’est d’ailleurs le point de vue de la plupart des autres « religions », des animismes au bouddhisme, qui donnent le pas aux pratiques comportementales, à la « manière de vivre » voire aux rites collectifs, sur le contenu intellectuel de leurs croyances ou sur un quelconque corps doctrinal théologique.
C’est d’ailleurs pourquoi elles récusent le plus souvent la dénomination de religion.

Mais alors, si certains chrétiens en viennent à privilégier le « faire » sur le « croire », la pratique sur la proclamation, que ne le crient-ils pas sur les toits alors que reviennent en force les fondamentalismes scripturaires, les décrets disciplinaires et les affirmations dogmatiques !?

Libérer Jésus de la divinité incongrue dont certains de ses disciples l’ont revêtu après sa mort, reconnaître que, bien loin d’avoir voulu instituer une nouvelle religion, il a voulu avant tout libérer ses corréligionnaires des contraintes disciplinaires et des carcans rituels imposés par les docteurs de la loi et les prêtres qui, au nom de leur savoir ou de leurs titres, exerçaient durement sur eux leurs pouvoirs, n’est-ce pas aujourd’hui la tâche la plus importante qui soit impartie à ceux qui se réclament encore de lui et des « valeurs évangéliques » qu’il a mis en pratique ?
Mais accepter de libérer Jésus de sa divinité mythique, libérer l’évangile de la théologie, serait pour les clercs ou les théologiens renoncer à leurs pouvoirs, à leurs fonctions, à leur statut social, à leur raison d’être et jusqu’ à leurs moyens d’existence...
Ne faut-il pas y voir là l’une des raisons principales de leur silence face aux derniers développements des sciences exégétiques et historiques ?

On dira que les dogmes chrétiens ne sont pas des démonstrations rationnelles mais ne peuvent être appréhendés que dans la foi et que la foi est pur don de Dieu...
Un tel « raisonnement » est-il bien sérieux ?
La foi chrétienne n’est-elle pas liée à une institution, à une civilisation, à une prédication, bref à un « milieu » socio-culturel donné ?

Alors que l’humanité sort péniblement de son adolescence et s’efforce de s’émanciper, dans les larmes et dans le sang, des pouvoirs patriarcaux qui l’ont opprimée durant des millénaires, n’est-il pas temps pour les hommes de ce temps de remettre à l’heure les pendules de ces religions qui les maintiennent dans l’enfance et dans la soumission en leur faisant miroiter un autre monde merveilleux et surnaturel ?

Les hommes se sont en effet récemment découverts les seuls vrais responsables de leur destin. Il est urgent pour eux de se libérer des angoisses archaïques, des superstitions séculaires et des croyances mythiques qui continuent de les opposer les uns aux autres.
Rejetant les vieux clivages religieux et idéologiques, sources de division et de haines qui les font encore s’entre déchirer aujourd’hui au nom de « vérités révélées » ou de traditions ethniques, l’heure n’a-t-elle pas sonné, pour les hommes et pour les femmes du village planétaire qu’est devenue la planète Terre, d’entrer enfin dans l’âge adulte du partage, de l’échange et du don ?

Libérer Jésus de son encombrante divinité, ne serait-ce pas pour les chrétiens d’aujourd’hui, proposer son « message » de fraternité et d’amour à tous les hommes, au même titre que ceux d’un Moïse, d’un Bouddha, d’un Mahomet, d’un Confucius, d’un François, au nom de ces nombreux « justes », anonymes ou obscurs qui, tour à tour et chacun selon leur propre charisme, ont marqué nos vies personnelles comme ils ont forgé l’Histoire des hommes en la faisant peu à peu émerger de la barbarie et en nous permettant de ne pas désespérer de l’Homme, en nous-mêmes et dans les autres ?

Libérer Jésus de la divinité, n’est-ce pas aussi pour nous, occidentaux, inventeurs d’une « pensée unique » qui livre aujourd’hui plus de cinq milliards d’individus à l’omnipotence du « Marché » et aux diktats du nouveau et unique vrai dieu actuel de la planète, l’Argent, reconnaître que notre vieille prétention occidentale de détenir les vérités dernières n’est sans doute pas étrangère à notre actuelle volonté impérialiste de mettre la planète en coupe réglée sous une seule et unique férule monétaire des pays riches présentée comme la nouvelle et seule voie de salut pour l’humanité entière ?

Libérer Jésus de la divinité, c’est libérer le « spirituel », dont sont assoiffés ces mêmes occidentaux englués dans un consumérisme échevelé, du carcan religieux qui leur interdit l’accès aux sources de l’esprit et dans lequel les maintiennent les clercs de tout poil.
C’est libérer le spirituel de la sphère intimiste et privée, voire moraliste et conservatrice, dans laquelle la religion l’a tenue captive : c’est enfin et surtout donner au spirituel sa dimension politique.
Car du « spirituel » qui ne s’incarne pas dans du « politique » est une imposture.

Jésus n’est pas un guide intérieur, une sorte de gourou à usage d’un « développement personnel » élitiste devant conduire à une meilleure connaissance de soi.
Les « psy » de tous bords font très bien cela aujourd’hui. Le « message évangélique » est d’abord un message public d’amour, d’altérité, d’altruisme, un appel au bonheur, à l’échange et à la fraternité universelle devant se traduire pour se réaliser par des actions concretes de solidarité (envers le plus pauvres), par des affrontements sociaux (envers les oppresseurs et les exploiteurs), bref, par des actes et par des paroles publiques.
C’est cette « façon de vivre » que Jésus a payé de sa vie.
Jésus n’a rien à apporter à nos petites personnes d’accidentaux repus en quête d’approfondissement spirituel.
Il nous a appris à nous porter vers les autres, à nous porter les uns les autres, à nous supporter mutuellement... et, plus simplement sans doute, mais plus difficilement sûrement... à « nous aimer les uns les autres »... et peut-être par là, comme en prime, à mieux nous connaître nous-mêmes... !
Cela ne peut aller sans heurts, pour nous et pour les autres.

Mais cela ne va pas non plus sans une profonde joie.
Tel semble être l’alpha et l’oméga d’un message qui, pour être crédible et efficace pour le prochain millénaire, doit être libéré de toute religion, fut-elle chrétienne.


Notes:
4 commentaires
  • > Jésus, homme ou Dieu ? 23 septembre 2006 09:20, par NS

    La démarche d’André Monjardet est clairement exthéiste.

    Elle prouve qu’on peut partir d’un personnage biblique, en l’occurence le plus « grand » de tous, et l’extraire de son contexte theologico-historique pour déconstruire son application habituelle, et en bâtir une autre.

    Oser parler de Jésus en ces termes - non insultants, mais différents : une action essentielle pour les exthées.

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  • Jésus humain ou divin ? 23 novembre 2006 08:51, par Un contributeur du site « Le Pharisien Libéré »

    Sur Google, votre site donne un article avec cette phrase :

    Google sur Via Veritas Via Veritas Chemin Vérité en latin

    Ce site collaboratif a permis durant les années 2006 à 2009 à une poignée d’auteurs de porter sur Internet une réflexion non confessionnelle de résistance au fondamentalisme et tout particulièrement au jéhovisme.

    TJ-Révélation en est la continuité reprise par une autre équipe.
     : Par exemple, dans l’évangile de Marc, il n’est pas question d’être divin et un dominicain comme Marie-Emile Boismard affirmait en 1998 qu’aucune ...

    Je regrette de ne pas avoir retrouvé l’article qui, selon mon souvenir, se réfère à « A l’aube du Christianisme, avant la naissance des dogmes », CERF, 1998. J’attire l’attention des rédacteurs et des visiteurs sur le fait que Boismard o.p. est un dominicain (o.p. = « ordre des prêcheurs ») ce qui en dit long sur ce temps de liberté de penser que connurent les chercheurs et exégètes catholiques entre 1967 et 1998, justement, 1998 l’année du Motu Proprio Ad Tuendam Fidem. Mais cela, c’est de la cuisine de politique interne de l’ECAR (Eglise catholique apostolique et romaine)

    Je voudrais ajouter que Boismard n’est pas un exégète chrétien isolé dans cette démarche qui questionne l’affirmation dogmatique de la divinité de Jésus.

    Ce questionnement est vieux comme le christianisme puisqu’il commence avec les successeurs d’Arius. Si Arius fit l’objet d’un procès qui conduisit à la dogmatisation de la divinité de Jésus (c’était déjà de politique, opposant le pot de terre, simple prêtre mais charismatique parce que poète à Athanase, le plus puissant évêque de la chrétienté, celui d’Alexandrie, capitale du grenier à blé de l’empire), il ne parlait pas précisément de la divinité de Jésus ; il s’interrogeait sur le style de sa filiation divine. Etait-ce une filiation spirituelle ? Etait-ce une filiation au sens « de la petite graine ? ». Il optait pour une filiation spirituelle qui le subordonnait au père comme tout fils est subordonné à son père. On peut discuter longtemps su la conception anthropomorphique du dieu que suppose le raisonnement d’Arius, mais tel n’est pas le fond de mon propos. Mon propos s’attache plutôt à poursuivre l’histoire de la contestation de l’idée de divinité de Jésus. Le successeur d’Arius qui met les pieds dans le plat se nomme Aèce et vous trouverez plus d’informations (pas beaucoup tout de même) dans cet article sur wikipédia qui retrace l’histoire du courant unitarien jusqu’à Waldo Emerson.

    Dans l’exégèse récente de langue anglaise, ce courant de pensée reprend de l’énergie depuis Anthony Harvey en 1982. C’est la réflexion sur la « matérialité » du monothéisme juif aux 1er et 2ème siècle qui a relancé le débat. Vous trouverez un résumé de ce cheminement dans l’article Christologie de Paul. Le tour d’horizon répartit les différents courants de recherche autour des thématiques abordées aujourd’hui. Il conclut avec une étude d ela christologie de Paul chez Boismard avec le même ouvrage pour source. Selon Boismard, il n’y a pas de Christologie ontologique chez Paul (pas de nature divine, pour utiliser des mots plus courts).

    Un panorama des christologies contemporaines a été amorcé mais pas terminé, ce qui et regrettable, dans l’article Christologie

    Espérant avoir été utile

    Voir en ligne : http://pharisienlibere.free.fr/word...

    Répondre

  • Erreur fondamentale 17 avril 2007 22:55, par Ukko

    Jésus est dieu humanisé et non un homme divinisé.

    Le christianisme est syncrétisme païen et non une branche du judaïsme.

    Cordialement

    Ukko

    Voir en ligne : http://ukko.free.fr/

    Répondre

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