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J’apprends à ne plus être TJ



Table des matières :

Il ne faudrait jamais dire « je ne suis plus TJ », mais « j’apprends à ne plus être TJ », et cela tout le reste de sa vie de non-TJ.

« J’apprends à ne plus être TJ », comme on apprend à mourir. La référence à Montaigne n’est pas anodine. Renier les croyances TJ, c’est apprendre la mort (Essais, Livre I, chap. XIX). C’est apprendre la vie, aussi, forcément.

Un TJ (quelqu’un qui est né dans une famille TJ, s’entend) grandit avec la certitude - une certitude inculquée par l’entourage - que la vie, sa propre vie, se compose en 3 temps : une existence de 70-80 ans dans le monde actuel, une période de néant complet - la mort humaine -, suivie à coup sûr d’une vie éternelle après résurrection. Une vie de zéro jusqu’à plus l’infini, en quelque sorte.

Une vie qu’on nous promet merveilleuse.

Tous ceux qui prennent conscience, à un moment ou à un autre, que la vie effective, le premier temps de l’existence, n’est tout simplement pas vivable dans les conditions imposées par les TJ et qui prennent la grande décision, celle qui influencera le reste de leur vie, de quitter l’organisation TJ, doivent donc avoir à l’esprit qu’ils devront se défaire de cette idée d’éternité.

Une idée tout simplement non-humaine, extra-humaine, in-humaine !

Et cela prend, bon an mal an, le reste de la vie, à s’en défaire.

C’est d’ailleurs faire preuve de sagesse que de choisir d’abandonner l’organisation TJ pour cette raison précise : parce que le but de la vie, la vraie vie, la réelle, celle avérée par les faits, ce n’est pas exister en attente de mieux, c’est profiter chaque jour de ce qui est à sa disposition.

Et cela représente un effort sur-humain pour nombre de TJ, que de s’imaginer en simple humain.

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Marc 15 : 34 ; Luc 23 : 46
Source : The Brick Testament

Je ne peux partager l’avis du philosophe Slavoj Zizek, qui, empruntant à une longue lignée de penseurs avant lui, estime que le doute a une place prépondérante chez tout croyant. [1]

Que le christianisme, particulièrement, est la première religion athée, tout bonnement. Qu’elle contient en son centre l’idée même du doute : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Même Dieu a douté…

Pour les TJ, qui ont réussi à contourner cet obstacle en disjointant Jésus le Fils de Dieu le Père, la question ne se pose même pas.

Jésus a eu un moment de faiblesse, mais il y avait toujours un Dieu, un Père, un grand Autre, dirait Lacan, pour croire à sa place.

Le doute est ainsi oblitéré chez les TJ, ne laisse la place qu’à la certitude.

Une grande majorité des chrétiens TJ sont donc convaincus (une conviction inhumaine) de la vie éternelle.

D’où vient-elle, cette conviction ? On l’a dit, de l’éducation. Mais au-delà de cela, le système aliénant TJ est si bien pensé - reconnaissons-lui au moins sa machiavélique efficacité - que la certitude se régénère d’elle-même en chaque TJ.

« Tous ces efforts, que je fais dans cette vie-ci, toutes ces concessions à l’organisation, tous ces plaisirs dont je me prive, toutes ces moqueries que j’endure au quotidien, ce n’est tout de même pas pour rien. » Tel est le raisonnement, sans qu’il émerge peut-être jamais à la conscience, qui anime le TJ.

« Dieu me le rendra au centuple, Jésus l’a promis. » Alors, au début, dans les premières années de sa vie, c’est à dire au moment où l’esprit est le plus malléable, on apprend à retourner la dialectique du vivant : « La vie éternelle existe, puisque je fais des efforts pour y accéder. » au lieu de « je crois en la vie éternelle, donc je fais des efforts ».

La certitude prend toute la place. Dans le monde TJ, la vie éternelle n’est pas une espérance, c’est un fait acquis.

Les mots de la Bible ne sont pas des mots, ils sont la vérité. Le TJ ne les voit pas comme un langage, rattaché à une histoire, à une civilisation. C’est la parole de Dieu avant tout. Le C’est précède le c’est écrit.

Toute la théorie TJ est donc intégrée dans un magma de réel, sans aucun recul salvateur du symbolique (pour reprendre très maladroitement les termes lacaniens).

Le TJ se retrouve prisonnier des mots, qu’il ne voit plus comme des mots, mais comme des blocs de réel impénétrables, qui se déjouent à l’interprétation. Le même refus du commentaire, avec les dérives et les impasses que cela implique, se retrouve dans la lecture littérale du Coran.

Devant cette réalité faite d’ombres (allusion facile au mythe de la caverne platonicien), le TJ se retrouve hypnotisé, charmé par son propre regard, séduit par sa propre éternité qu’il se construit jour après jour, amoureux de son propre corps qui ne mourra jamais.

C’est là sans doute la plus grande réussite du système watchtoweriste.

Et quand vient le moment du début de la sortie de ce système, le début de l’apprentissage comme nous le qualifiions au début de ce texte, cette tendance auto-hypnotique ne faiblit pas. Que du contraire, toutes les résistances internes possibles se liguent contre l’individualité, qui tente désespérément de se frayer un chemin à travers la carapace sociale du TJ.

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Gustave DORE (1832-1883)
Jonas exhorte les habitants de Ninive à la pénitence - Gravure
Source : http://catholique-rouen.cef.fr

Celui qui veut apprendre à ne plus être TJ se retrouve en quelque sorte dans la position du prophète Jonas, telle que l’interprète Paul Auster dans l’Invention de la solitude : Jonas doit annoncer aux gens de Ninive qu’ils doivent se repentir, sinon Dieu détruira leur ville. En se soumettant à la volonté divine, les Ninivites échappent à la punition promise. Ils font donc de Jonas un faux prophète. [2]

Ce même conflit, cette contradiction intrinsèque, s’opère dans l’esprit du futur non-TJ : s’il réussit sa vie actuelle, sa vie réelle, loin des TJ, il fait mentir les prédictions désastreuses répétées à longueur de temps lors des réunions, il dévoile l’imposture de son éducation, il constate - désappointé, outré contre lui-même - que tout le temps passé au sein de l’organisation est du temps perdu, de la vie gâchée. Il se fait mentir lui-même, pire : il fait de sa famille, de ses proches, de ses pairs des faux prophètes. Il les trahit.

D’où une lutte intense au fond de lui-même, dont il ne se défera sans doute jamais : comment vivre sans trahir ?

Ce qui précède n’est qu’un des nombreux aspects du difficile apprentissage qui attend l’ex-TJ.

Un apprentissage peut-être rendu plus aisé si le sujet parvient à appréhender les mots du discours TJ pour ce qu’ils sont : du langage - seulement du langage, serions-nous tenté de dire, si sa dangerosité ne s’était pas avérée en bien des cas - et pas du réel.

Pour aller vite : le Réel contre la Vérité (celle de l’organisation Watchtower).

« Si vous ne parliez pas de moi, les pierres crieraient », dit quelque part Jésus, comme une menace. [3]

Ultime défi, donc : faire de Jésus un faux prophète. Les pierres sont des choses, elles sont privées de discours. Non, elles ne crieraient pas, non, elles ne crieront pas.

3 juin 2006.


Notes:

[1] Ajout septembre 2006 : Zizek illustre notamment son propos dans le passionnant texte Le sujet interpassif, paru en 1998 dans Traverses, la revue du Centre Pompidou, et republié dans le recueil La subjectivité à venir — Essais critiques(rééd. Champs/Flammarion, sept. 2006) :

« Il y a certaines croyances, les plus fondamentales, qui sont d’emblée “décentrées”, qui sont les croyances de l’autre. Le phénomène du “sujet supposé croire” — il me semble que le terme a été introduit par Michel de Certeau — est donc universel et structurellement nécessaire. Dès l’origine, le sujet parlant déplace sa croyance sur l’autre, et c’est de l’ordre du pur semblant, de sorte que le sujet “n’y croit jamais vraiment”. Dès le départ, le sujet se réfère à quelqu’un d’autre, décentré, à qui il impute cette croyance et je crois que cela se vérifie également dans la vie quotidienne. C’est ce qui est au cœur de ce qu’on appelle la politesse. Par exemple, lorsque je rencontre quelqu’un de ma connaissance, je dis : “Ravi de vous voir, etc.” Bien que je sache pertinemment, et il sait que je le sais, que je me moque bien de lui. Néanmoins, ce n’est pas hypocrite, cela fonctionne à travers l’autre. Je suis sincère. Aussi, devrait-on répondre à la platitude conservatrice (tous les moralistes de droite, aujourd’hui, parlent de platitude) selon laquelle tout homme honnête a un besoin profond de croire en quelque chose, que tout honnête homme a un besoin profond de trouver un autre sujet qui croit à sa place…  »

L’intégralité du texte de Zizek est lisible sur www.lacan.com

[2] « Tel était le grand problème de Jonas. S’il proclamait le message de Dieu, s’il annonçait aux Ninivites qu’ils seraient détruits, quarante jours plus tard à cause de leur iniquité, ils allaient se repentir, c’était certain, et être épargnés. Car il savait que Dieu est “miséricordieux et clément, lent à la colère”.
Donc “les gens de Ninive crurent en Dieu ; ils publièrent un jeûne et se revêtirent de sacs, depuis le plus grand jusqu’au plus petit”.
Et si les Ninivites étaient épargnés, ccela ne ferait-il pas mentir la prédiction de Jonas ? Ne deviendrait-il pas un faux prophète ? D’où le paradoxe au cœur de ce livre : sa parole ne resterait véridique que s’il la taisait. Dans ce cas, évidemment, il n’y aurait pas de prophétie et Jonas ne serait plus un prophète. Mais plutôt n’être rien qu’un imposteur. Maintenant, Iahvé, retire dde moi mon âme, car la mort vaut mieux pour moi que la vie.
C’est pourquoi Jonas a tenu sa langue. C’est pourquoi il a fui la face du Seigneur et rencontré son destin : le naufrage. C’est-à-dire le naufrage du singulier. »

— Paul Auster, L’Invention de la solitude, éd. Babel/Actes Sud, prem. éd. am. 1982, trad. de l’américain par Christine Le Bœuf.

[3] Luc 19 : 39, 40 : « Cependant quelques-uns des Pharisiens qui étaient parmi la foule lui dirent : “ Enseignant, réprimande tes disciples. ” Mais en réponse il dit : “ Je vous le dis : Si ceux-ci se taisaient, les pierres crieraient. ” »

11 commentaires
  • Handicapé de la vie 24 août 2006 20:13

    Voilà un texte tout à fait essentiel, je pense, sur les conditions de la sortie d’une secte et notamment celle des TJ : un système de pensée qui s’effondre, une espérance qui s’anéantit, une conviction qui s’abîme dans les affres du doute. Avec un tour de force à accomplir obligatoirement : mettre à distance une partie de soi-même et abandonner « les autres » (l’entourage familial, les TJ) pour s’exiler sur un territoire peu connu : le monde. Il faut une grande santé pour le faire, car il entraîne une profonde souffrance.

    Ce choc-là, il influence lui aussi toute la vie qui va suivre. En revanche, je ne pense pas que les mythes sectaires et religieux (la vie éternelle pour reprendre ton exemple, qui n’est pas exclusif bien entendu) vont nécessairement hanter l’ancien TJ sa vie durant. Je crois que l’on peut s’en défaire assez rapidement, quel que soit le temps passé dans la secte. A condition de s’interroger, de chercher, de s’instruire et se cultiver.

    Mon inquiétude porte sur autre chose. Les marques indélébiles imprimées sur la personnalité, sur le caractère, quand la victime a passé une enfance et une adolescence chez les TJ par exemple, sont bien plus « gênantes ». Je crois qu’il doit être possible de définir une sorte d’indice d’exposition sectaire, qui dépend de la situation de chaque victime. Par exemple, faire son entrée à 35 ans, en sortir à 40, en ayant conservé une vie de famille, en possédant un métier, et des amis non TJ, représenterait l’indice minimal. A l’autre extrême, au même âge, avoir été élevé chez les TJ, dans une famille peu nombreuse, avoir fondé une famille TJ, ne posséder d’« amis » que chez les TJ, etc. : voilà un cas de très grand brûlé qui me semble presque désespéré.

    Un dernier point : ton analyse est d’autant plus juste qu’à la sortie de la secte, la victime ne sait pas ce qui l’attend. Elle ne sait pas que sa vie entière, elle devra comme tu l’écris apprendre à ne plus être TJ. Encore une autre dure réalité à accepter, qui est en fait proche de celle du handicap physique permanent. Cette ignorance est sans doute en partie à l’origine de ces rechutes, de ces terribles retours dans le giron sectaire. Car l’ex-TJ n’a pas mesuré la puissance de l’effort à produire et s’est lancé tout de suite dans un déni le plus absolu possible de son passé. Le résultat à moyen terme est souvent un immense désarroi, face au vide vertigineux laissé par un passé nié et renié. Tout un pan de vie est rayé de la carte, ce qui est positivement intenable. Du coup, pour retrouver un semblant d’unité, l’évidence s’impose : il faut retrouver la secte. C’est la seule façon de retrouver une partie malgré tout essentielle de soi-même ! Jean-Philippe

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    • Indice d’exposition sectaire 24 août 2006 20:30, par Lucretius

      Merci pour ce commentaire éclairé qui fait une synthèse bien claire du défi qui se pose à l’exthéiste.

      Intéressant, et presque scientifique dans son approche cet indice d’exposition sectaire. La formule est, je trouve, très heureuse et nous fait entrer de plain-pied dans le champ du diagnostic qui mènera au rétablissement mental et social, s’il est possible.

      La réflexion sent le vécu.

      Jean-Philippe, es-tu toi aussi un ex-TJ à sensibilité athée ?

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      • Définir un IES 25 août 2006 10:47

        Lucretius,

        Comme tu le pressens, mon propre indice d’exposition sectaire (disons IES pour aller plus vite) a été fort : 17 années de secte, depuis ma naissance. J’ai aujourd’hui 26 années de recul, mais ce ne sont pas des années d’oubli. D’où mon commentaire ci-dessus sur le texte de NS, dont les observations sont très justes à mon sens. Plus l’IES a été fort, plus le processus de rétablissement est logiquement long et surtout délicat.

        Pour répondre à la dernière partie de ta question, je suis plus agnostique qu’athée pur et dur. Je suis à l’aise avec cette spéculation sur une possible réalité supérieure, cela stimule mon imagination et surtout, cela laisse toutes les options ouvertes. Disons surtout que le doute est absolu. Dans les faits, j’aime et pratique la lutte contre le système totalitaire de pensée que représente une religion mais respecte profondément la foi éprouvée individuellement, dans le secret de la personnalité, même si ce n’est pas mon cas.

        Quant à toi Lucretius, qui mène un travail de fond sur le corpus de croyances TJ (et au delà), quel serait ton possible IES ? Il serait intéressant que nous travaillions à mieux définir cet indicateur à partir de nos propres expériences.

        Jean-Philippe

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        • Je dis oui au IES 25 août 2006 13:29, par Lucretius

          Agnostique ? Pratiquant du doute ?

          Pas de problème tu seras bien ici. Pourquoi ne pas réfléchir à l’opportunité de rejoindre notre (petit) staff rédactionnel ? Ton style est bon et tes idées sont claires, on embauche. ;-)

          Pour répondre à ta question sur mon IES : j’ai été TJ pendant 23 ans (jusqu’en 2005) et ancien pendant la moitié de ce temps. A l’âge vénérable de 44 ans, je ne suis, suivant ton illustration précédente, même plus un grand brûlé mais un miraculé de la science. Un vrai exthéiste.

          Si tu as envie de t’étendre un plus sur ce concept de IES à travers un article, je ne dis pas non ; au contraire, je dis oui au IES. :-))

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          • Mon IES est plus grand que le tien, na ! 25 août 2006 14:03, par NS

            Attention Lucretius : le fait que tu aies passé les 20 premières années de ta vie à proximité et pas DANS l’organisation Watch Towerienne fait baisser ton IES, désolé de te décevoir !

            Moi par contre, c’est l’inverse : je suis né chez les TJ, y suis resté 20 ans, avec une fréquentation de non-TJ assez réduite. Mon IES est peut-être plus élevé que le tien.

            Il faut définir les pour et les contre !

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            • Bonjour et merci pour cette invitation à contribuer. Pourquoi pas, bien que je ne sois pas sûr d’avoir les idées si claires… En attendant, il est agréable de converser avec vous. Donc, pour reprendre ce IES auquel vous ne dites pas non, on peut supposer qu’il est d’autant plus élevé que la durée et l’intensité de l’exposition aux UV de la secte ont été longue et forte.

              Pour compliquer un peu, je crois qu’il faut rajouter un coefficient, pas simple à calculer : le facteur caractère, personnalité, mode de vie, entourage… Par comparaison, dans leur nouvelle prise en compte et en charge de la douleur, les médecins hospitaliers proposent désormais au patient souffrant de se situer lui-même sur l’échelle de la douleur, selon une gradation de un à dix le plus souvent. Les dosages sont ajustés ensuite (morphine, calmants…). Car comme chacun sait, nous ne sommes pas du tout égaux devant la douleur. Il en est un peu de même pour cet IES : à chacun de se situer.

              Cela dit, on peut préciser les repères. Dans ton cas Lucrétius, il est évident que 20 ans de TJ avec 10 années de responsabilités n’ont pas le même poids que si tu étais resté simple témoin. Ton bagage est plus lourd, c’est sûr. Ce qui permet de préciser ainsi ainsi la notion d’intensité.

              Pour faire de même en ce qui concerne la durée, il faut prendre en compte le facteur « temps hors TJ » : un ancien TJ exclu ou partant il y a 10 ans doit théoriquement bénéficier d’un IES plus faible qu’un ex-TJ de 12 mois. . Mais c’est sûrement aller trop loin, il serait plus logique de ne mesurer l’IES que sur la période globale de présence dans la secte, je crois. Pas grave, j’ai vu pire comme contradiction.

              Donc Lucrétius, tu cumules sortie récente avec engagement fort. Maintenant, il faut pondérer avec ta situation personnelle. Par exemple, un célibataire au mode de vie solitaire et au caractère introverti va sans doute grimper vite sur l’échelle, tandis qu’une personne vivant en couple (et surtout le conjoint est non TJ…), avec des enfants, avec des amis non TJ (voire anciens amis, mais le souvenir de l’amitié perdure) sera moins exposé. Des frères et soeurs, parents non TJ, un métier implicant, un centre d’intérêt fort hors TJ (sport, bricolage, voyage, lecture…) vont aussi minorer fortement l’IES. Le plus souvent d’ailleurs, heureusement, tout cela aura contribué à prévenir le mal et empêcher de rejoindre la secte.

              Quant à l’IES de NS, il est en partie déterminé par les mêmes facteurs que le mien : nous avons passé notre enfance et adolescence chez les TJ. Zone rouge d’entrée de jeu, côté durée et intensité. Ensuite, il faut pondérer, ie mesurer le troisième facteur « situation personnelle ».

              Pour être plus clair, je vais prendre mon cas. Fils unique, donc l’IES grimpe encore. Enfant plutôt timide et secret : toujours plus haut. Une partie des oncles et grands parents TJ, dont un est un « ancien » : j’aggrave mon cas. Alors, face à l’adversité, j’abats mon joker : parents de condition modeste et sans instruction mais très concernés par celle de leur fils (école, cours de piano, équitation…). Moi, curieux de tout, passionné de lecture, de nature un peu rebelle et surtout quelques bons copains au collège (avec attirance pour les cancres, garçons en général de caractère).

              Je rajoute un facteur essentiel : l’aide des autres. En l’occurence l’influence généreuse et opportune de quatre esprits éclairés pendant ma terminale : mon prof de piano et sa femme, le prof de philo et une tante prof de lettres. Des aides comme celles-ci tirent mon IES vers le bas à coup sûr, mais elles sont arrivées sur le tard, j’avais déjà 17 ans et me retrouvais bien en peine de reprendre le vers de Rimbaud (« on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »)

              Pour en finir avec mon cas (j’ai un peu forcé sur les éléments personnels, désolé), je dirai qu’à ma sortie de la secte (toujours à 17 ans), l’indice d’exposition sectaire devait quand même friser les 90 %. Du coup, il a mis pas mal de temps à diminuer !

              En résumé : IES = (durée + intensité) x situation personnelle. Mais comme je n’ai pas la bosse des maths, j’attends vos propres formules et formulations. Jean-Philippe

              Répondre

              • calculez votre IES 3 septembre 2006 01:59, par nadine

                Excellente cette idée d’IES, mais Jean-Philippe a raison le contexte peut changer la donne. Je suis née chez les tj, j’y suis restée jusque 19 ans, j’ai été exclue une première fois, puis j’y suis revenue 2,3 ans et j’ai de nouveau été exclue. Ma mère, mes soeurs, mon frère, toute la famille de ma mère et une partie de celle de mon père sont tj (certains sont anciens). Bien sûr, tous mes amis d’enfance étaient tj. Je n’ai pas eu le droit de faire d’études, je n’avais pas le droit de faire du sport, ni de faire de la musique. J’ai été élue déléguée de classe sans m’être présentée à l’élection et pourtant je n’ai pas eu le droit d’accepter. Tout ce contexte n’était pas favorable.Et pourtant, j’ai toujours douté, je me suis toujours rebellée contre ces vérités que l’on m’assenait. Je pense que mon intérêt pour l’histoire de l’humanité m’a aidé. Et, j’ai eu au collège des professeurs merveilleux qui m’ont aidé à ouvrir les yeux. J’ai trouvé hors des tj, de vrais amis, que j’ai toujours. Cela fait presque 30 ans que j’en suis sortie et je pense que mon indice IES est maintenant très très bas. Je suis parvenue à remettre assez facilement leur enseignement en cause et il m’est même arrivé de destabiliser certains tj venus à ma porte. Je trouve la formule de Jean-Philippe excellente et n’en voit pas d’autres. Je crois que ce qui nous a sauvé les uns et les autres s’est notre curiosité. Je vous lis tous avec beaucoup de plaisir et je vois que je ne suis pas une exception à en être sortie sans retomber dans d’autres soumissions. C’est réconfortant.

                Répondre

    • handicap, ou prothèse handicapante ? 27 août 2006 17:31, par laurae

      Non, pas handicapé à vie !

      Si par delà la fuite, ou l’état de « jeté du système », on parvient à comprendre :

      - 1- que les dés sont pipés par la publicité mensongère d’une multinationale qui a trouvé son créneau et la permanence de ses intérêts malgré le turn over tout aussi permanent. Entreprise exploitant les forces vives d’ adolescents nouvellement penchés sur l’avenir et l’éthique miroitante de justice liberté d’un monde auquel ils aspirent .

      - 2- qu’il en découle que l’on devra simplement savoir que la prothèse proposée était à elle seule le handicap : a) l’appel constant à faire tourner sous une forme ou une autre « les watch-machines » , avec le titre « d’esclave » heureux envers et contre tout, contribuer à la fabrication de prothèses pour ses semblables ; b) l’incapacité à se cultiver vraiment, pas assez de temps. c) le conditionnement à voir le mortel, partout sauf en soi, grâce à la prothèse. d) la dévalorisation du dit « t’es-moins » entendue, prêtée au sein des tj, confortée par y dit on « les gens du monde ». e) l’enseignement insidieux et pervers de la vie au risque du néant, en cas d’abandon de la béquille estampillée d’une Tour de Garde (symbole et de gué et de protection)

      Bien sûr ce sera long à se défaire des talures de la prothèse ! Mais de corset elle devient béquille, puis canne, puis rien. Du réel de la prothèse, à l’illusion trop tenace du handicap !

      Et Dieu là dedans ? Dieu n’est en aucune façon une prothèse pour ceux qui le conçoivent comme pour ceux qui ne le conçoivent pas. Sauf à renier sa faculté de penser.

      Laurae

      Répondre

      • Les kinés ont du boulot 28 août 2006 13:01

        Bonjour,

        Merci pour vos remarques. Oui, j’aime bien votre renversement : la prothèse est le handicap. Mais la difficulté est la même pour parvenir à s’en débarrasser. Ainsi, je ne suis pas d’accord sur le « on devra simplement savoir que (..) a, b, c, d, e ». Parce qu’il ne suffit pas de savoir mais de comportement. Parce que la liste que vous donnez est déjà longue et pas du tout simple… Vous le dites bien à la fin : « ce sera long ».

        Enfin il y a un distinguo entre handicapé de la vie (la difficulté à en profiter) et handicapé à vie. Le texte de NS est très juste à mon sens, car il donne à voir la profondeur de la marque imprimée par la secte. Mais il est à mon avis un peu définitif sur la durée de son effacement : une vie. Je serai moins catégorique pour ma part. Mais NS pourrait me répondre avec à propos que cela fait de longues années que je suis sorti et je continue quand même à ressentir le courant d’air…

        Plus généralement, je trouve que les auteurs des textes de ce site font preuve d’une grande lucidité et précieuse faculté d’analyse, à la fois de la secte TJ (Lucrétius) et de leur propre vécu (NS). Cela ne peut qu’aider au travail que doivent effectuer les victimes de cette secte. Par exemple, comprendre et accepter leur passé, se constituer un matelas de convictions personnelles, se libérer d’un sentiment très prégnant de culpabilité à l’égard de tout et notamment n’importe quoi ! Jean-Philippe

        Répondre

        • handicap/faux-self ? 28 août 2006 21:12, par Laurae

          En fait, l’image de la prothèse fait allusion à la fois à ce qui parait aider à rester tj, et à l’élaboration d’un faux self. Les gens qui s’intéressent aux personnes devenues TJ s’en rendent compte (« mais qu’est ce qui cloche ? ») surtout visible sur celles, qui sont devenues Tj après, disons, 20 ans.

          Le savoir laisse le champ libre à une expectative en faveur des qualités intrinsèques de la personne.

          « On devra simplement savoir », s’adresse aux gens s’interrogeant sur ce qui se passe, ou s’est passé pour un membre de leur famille, ou un ami… Mais vous avez raison, mon expression n’est ni exacte, ni suffisante. Laurae.

          Répondre

  • J’apprends à ne plus être TJ 28 décembre 2009 20:44, par sletan

    il faut comprendre dans sa subtilitee la « theorie de la paranoia » que certains(organisations ou individus) exercent sur les autres pour les manipuler ,« humilier et faire peur(angoisser) »que malheusement ont reproduit sur soi et sur les autres( de victimes ont generent d autres victimes…), le seul antidote spirituel et psycologique c est d adorer YHWH a qui l on doit notre humilitee et aimer notre prochain comme nous meme a qui l on doit notre modestie, !!!!!( pour ma part je soigne mes plaies…il y a un temps pout tout !!!)

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