Introduction à l’exthéisme

Ce texte s’adresse à ceux qui pourraient avoir eu le même parcours que le mien : des gens qui, élevés dans l’illusion de la Vérité, ont petit à petit refusé l’enseignement de la Watchtower AU NOM DE L’INTELLIGENCE ET DE L’AMOUR DE L’HUMANITE.
C’est une volonté de m’engager dans le monde, le refus de l’injustice, presque une idée politique qui m’a fait vouloir quitter les TJ.
Car finalement, la Watchtower fait de la politique. De l’autruche, certes, mais de la politique quand même, et sous ces traits d’entraide multiraciale, elle se rapproche furieusement de l’extrême-droite.
Un des nombreux éléments qui m’a ouvert les yeux : lorsque je visitai une expo de la Fondation Auschwitz.
A un moment, le guide nous montra une terrifiante photo d’un stade rempli d’une masse compacte de gens tendant le bras droit. Au centre de l’arène, le méchant Adolf, ou un de ses minables épigones.
Et notre guide de commenter : « Quand vous êtes dans une foule de 10 000 personnes qui adhère à une idéologie de façon aussi enthousiaste, même si vous avez quelques doutes, vous n’hésitez pas, vous tendez le bras aussi. » Je me souviens avoir eu le souffle coupé. J’avais devant moi ni plus ni moins que la photo d’une assemblée de district…
A la même époque, voici ce que j’écrivais quelques mois avant de quitter définitivement les TJ, à l’âge de 20 ans. Une autocitation, faite non par pédanterie, mais en tant que document lié à une histoire, la mienne, que j’espère ne pas être unique.
C’est un dégoût irrépressible qui nous anime tous. C’est écœurant, insupportable. Toutes les horreurs du XXe s. Une paille, face au massacre final.
Voilà ma vision d’Harmaguédon
Harmaguédon
Voir Harmaguédôn.
Le grand jour de la guerre de Dieu le Tout Puissant. Le Big Bang ou le Big Crunch pour les Témoins de Jéhovah.
: un humanocide sans précédent. Et toute la pensée TJ repose sur ce concept de jugement. Sans compter que, toujours selon les interprétations bibliques littérales fournies par la Watchtower, que cela doit recommencer 1000 ans plus tard.
Comment être humain après cela ?
Pour conclure, voici un autre extrait de ce que j’ai écrit à 17 ans. J’étais alors un TJ doutant, je n’avais quasiment rien lu de « profane
profane
Expression qui englobe tout ce qui n’est pas issu du sillon TJ, qui, a contrario est appelé spirituel.
» si ce n’est les romans de Beckett et de Paul Auster.
Je crois que beaucoup se retrouveront dans ce va-et-vient entre volonté de s’affranchir de toute connaissance imposée à la naissance et retour prudent vers le connu. Vous apprécierez le vocabulaire très influencé par l’obscurantisme TJ mélangé avec une métaphysique poétisante.
27 décembre 1998. Opposer le texte de Cavanna [« Heureux les croyants, ils ont réponse à ça. Ils ont réponse à tout. Ils ont leur morphine. Heureux les croyants, mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts. », in Lettre ouverte aux culs-bénits, Albin Michel, 1994] au paragraphe 5 de la page 11 de la Tour de Garde du 15 novembre 1998 [NB : vous pouvez aller vérifier, moi je n’ai aucune publication de la Watchtower chez moi], où l’on parle de « réponses libératrices à des questions fondamentales. »
L’humain n’est plus que cet être angoissé et sans repère. Si l’on a toutes les réponses, ne perd-on pas toute humanité ? Ou alors c’est l’inverse ? Les seuls humains sont ceux libérés de toute interrogation inutile. Inutile ? Comment peut-on décider de l’inutilité de choses aussi importantes ?
Je m’interroge encore et toujours, en connaissant l’exacte réponse à tout ce qui m’entoure.
La question est donc : pourquoi savoir ? Pourquoi connais-je cela ? Pourquoi ne suis-je pas en train de tâtonner dans le noir ?
Connaître la Vérité et désirer les Ténèbres. C’est complètement déséquilibré. Ca n’a pas de sens ! Comment en suis-je arrivé là ?
J’ai peut-être simplement perdu la foi. Ca m’inquiète, m’effraie encore. C’est rassurant. Ca veut dire que tout n’est pas encore joué. Il y a peut-être possibilité de s’en sortir.
Se sortir de quoi ? Des ténèbres. De toute façon, elles cessent d’exister quand il y a conscience de la Lumière, même si celle-ci n’est pas visible.
S’il n’y a plus de Ténèbres, il a absence de Lumière, simplement. Se retirer du faisceau lumineux, se mettre en dehors, sans bien sûr oublier l’existence de cette Vérité. Voilà toute la différence avec celui qui l’ignore. Car pour lui, la quête se transforme en Vérité, en vie. Il est donc impossible de faire semblant d’avoir OUBLIE la Voie.
A la place de l’ « angoisse en pleine gueule » de Cavanna, on a la Vérité. Et ça ne change pas grand chose. Car l’humain reste foncièrement humain sans qu’il puisse y changer quoi que ce soit.
Si, on peut oublier. J’ai oublié. Entraîné par tous les tracas, les autres soucis, je ne pense plus à espérer. Je connais la Vérité, et je suis toujours emprisonné. Cela ne m’a pas libéré. Cela n’a pas d’effet sur moi.
« Mon angoisse et mes yeux grands ouverts… » Au fur et à mesure que je lis de pareils textes, mon opinion se forge. J’ai l’impression que quoi que je sois, quelle qu’ait été mon éducation, ce que je suis intérieurement ne changera jamais. J’ai toujours été et je serai toujours ce que je suis.
Et que suis-je, au fond ? Dans le brouillard de mon esprit, je ne saurais le dire.
Ce que j’aime, alors ? Ou ce que je pense ? Même pas. Je pense que je ne sais pas à quoi je pense. Et c’est tout.
Je ne m’attends pas à ce que toute cette logorrhée quelque peu indigeste soit absolument compréhensible. Mais, outre d’y voir le signe d’une âme torturée, l’on peut tirer, il me semble, une leçon de ce texte. Une leçon de vocabulaire.
Si je refuse à me réclamer moi-même de l’athéisme, je me revendique tout de même d’une pensée « hors de Dieu ». Inventons un terme, alors : L’EXTHEISME !
Ce sera celui que j’emploierai désormais. Sa définition : Pensée positive élaborée en dehors du faisceau religieux et divin.
Le débat s’en trouvera clarifié.
Notes: