Hymne à Aton

Hymne à Aton
Sources : Fondation Jacques Edouard berger
Ce chant d’amour et de ferveur, le plus vibrant que nous ait légué la littérature de l’ancienne Egypte, passe pour avoir été rédigé par Akhenaton lui-même, vers 1360 av. J.-C. Plusieurs versions avec variantes en ont été retrouvées dans les sépultures saccagées des dignitaires de Tell el-Amarna. Nous proposons ici les passages essentiels de l’exemplaire le plus complet provenant de la tombe de Ay.
« Tu apparais resplendissant à l’horizon du ciel,Disque vivant qui as inauguré la vie !Sitôt tu es levé à l’horizon oriental,Que tu emplis chaque contrée de ta perfection.Tu es beau, grand, brillant, élevé au-dessus de tout l’univers.Tes rayons entourent les pays jusqu’à l’extrémité de tout ce que tu as créé.C’est parce que tu es toi que tu les as conquis jusqu’à leurs extrémités,Et tu les lies pour ton fils que tu aimes.Si éloigné sois-tu, tes rayons touchent la terre.Tu es devant nos yeux mais ta marche demeure inconnue.Lorsque tu te couches à l’horizon occidental,L’univers est plongé dans les ténèbres et comme mort.Les hommes dorment dans leurs demeures, la tête enveloppée,Et aucun d’eux ne peut voir son frère.Volerait-on tous leurs biens qu’ils ont à leur chevet,Qu’ils ne s’en apercevraient pas !Tous les lions sont sortis de leurs antres,Et tous les reptiles mordent.Ce sont les ténèbres d’un four et le monde gît dans le silence,C’est que leur créateur repose dans son horizon.Mais à l’aube, dès que tu es levé à l’horizon,Tu chasses les ténèbres et tu dardes tes rayons.Alors le Double-Pays est en fête,L’humanité est éveillée et debout sur ses pieds ;C’est toi qui les as fait lever !Sitôt leur corps purifié, ils prennent leurs vêtementsEt leurs bras sont en adoration à ton lever.L’univers entier se livre à son travail.(…)Variante :A l’aube lorsque tu te lèves à l’horizonPar tes rayons tu chasses l’obscurité.Arbres et plantes fleurissentLes oiseaux s’envolent de leurs nidsLes poissons dans la rivière sautent devant tes brasLes poussins sortent de leur coquille pour te parlerÔ Dieu Unique, semblable à nul autre,Seul, Tu as créé le monde selon ton désirEt tu donnes à chaque homme le nécessaire,Tu calcules le temps de chaque vieEt tu as créé les hommes différentsPar leur nature et leur couleur de peau.Tu a mis chaque homme à sa place et tu as pourvu à son nécessaire.Chacun possède de quoi manger et le temps de sa vie est compté.Les langues sont variées dans leurs expressions ;Leurs caractères comme leurs couleurs sont distincts,Puisque tu as distingué les étrangers.Tu crées le Nil dans le monde inférieurEt tu le fais venir à ta volonté pour faire vivre les Egyptiens,Comme tu les as créés pour toi,Toi, leur Seigneur à tous, qui prends tant de peine avec eux !Seigneur de l’univers entier, qui te lèves pour lui,Disque du jour au prodigieux pouvoir !Tout pays étranger, si loin soit-il, tu le fais vivre aussi :Tu as placé un Nil dans le ciel qui descend pour eux ;Il forme les courants d’eau sur les montagnes comme la mer très verte,Pour arroser leurs champs et leurs territoires.Qu’ils sont efficients tes desseins, Seigneur de l’éternité !Un Nil dans le ciel, c’est le don que tu as fait aux étrangersEt à toute bête des montagnes qui marche sur ses pattes,Tout comme le Nil qui vient du monde inférieur pour le Pays-Aimé.(…)Variante :Ô Seigneur d’éternité !Tes rayons allaitent chaque prairieTu as fait des millions de formes de toi-mêmeTu es « Aton, lumière du jour » sur la TerreTu as rempli mon cœur en lui donnantLa connaissance de ton savoir et de ta force.Dès ton lever, tu fais croître (toute chose pour) le roiEt la hâte s’empare de toute jambeDepuis que tu as organisé l’univers,Et que tu les as fait surgirPour ton fils, sorti de ta personne,le roi de Haute et Basse-Egypte, vivant de vérité,le Seigneur du Double-Pays, Néferkhéperoure-Ouaenre,Fils de Ra, vivant de vérité, Seigneur des Couronnes, Akhenaton,Que la durée de sa vie soit grande !Et sa grande épouse qu’il aime,La dame du Double-Pays, Néfernéferouaton-Néfertiti,Puisse-t-elle vivre et rajeunir à jamais, éternellement ! »
Cet hymne est à rapprocher utilement du Psaume 104 qui célèbre lui aussi la création et la vie.
Cité selon Louis Segond (1910) :
Psa 104:1-35 Mon âme, bénis l’Éternel ! Éternel, mon Dieu, tu es infiniment grand ! Tu es revêtu d’éclat et de magnificence !(2) Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau ; Il étend les cieux comme un pavillon.(3) Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure ; Il prend les nuées pour son char, Il s’avance sur les ailes du vent.(4) Il fait des vents ses messagers, Des flammes de feu ses serviteurs.(5) Il a établi la terre sur ses fondements, Elle ne sera jamais ébranlée.(6) Tu l’avais couverte de l’abîme comme d’un vêtement, Les eaux s’arrêtaient sur les montagnes ;(7) Elles ont fui devant ta menace, Elles se sont précipitées à la voix de ton tonnerre.(8) Des montagnes se sont élevées, des vallées se sont abaissées, Au lieu que tu leur avais fixé.(9) Tu as posé une limite que les eaux ne doivent point franchir, Afin qu’elles ne reviennent plus couvrir la terre.(10) Il conduit les sources dans des torrents Qui coulent entre les montagnes.(11) Elles abreuvent tous les animaux des champs ; Les ânes sauvages y étanchent leur soif.(12) Les oiseaux du ciel habitent sur leurs bords, Et font résonner leur voix parmi les rameaux.(13) De sa haute demeure, il arrose les montagnes ; La terre est rassasiée du fruit de tes œuvres.(14) Il fait germer l’herbe pour le bétail, Et les plantes pour les besoins de l’homme, Afin que la terre produise de la nourriture,(15) Le vin qui réjouit le cœur de l’homme, Et fait plus que l’huile resplendir son visage, Et le pain qui soutient le cœur de l’homme.(16) Les arbres de l’Éternel se rassasient, Les cèdres du Liban, qu’il a plantés.(17) C’est là que les oiseaux font leurs nids ; La cigogne a sa demeure dans les cyprès,(18) Les montagnes élevées sont pour les boucs sauvages, Les rochers servent de retraite aux damans.(19) Il a fait la lune pour marquer les temps ; Le soleil sait quand il doit se coucher.(20) Tu amènes les ténèbres, et il est nuit : Alors tous les animaux des forêts sont en mouvement ;(21) Les lionceaux rugissent après la proie, Et demandent à Dieu leur nourriture.(22) Le soleil se lève : ils se retirent, Et se couchent dans leurs tanières.(23) L’homme sort pour se rendre à son ouvrage, Et à son travail, jusqu’au soir.(24) Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel ! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est remplie de tes biens.(25) Voici la grande et vaste mer : Là se meuvent sans nombre Des animaux petits et grands ;(26) Là se promènent les navires, Et ce léviathan que tu as formé pour se jouer dans les flots.(27) Tous ces animaux espèrent en toi, Pour que tu leur donnes la nourriture en son temps.(28) Tu la leur donnes, et ils la recueillent ; Tu ouvres ta main, et ils se rassasient de biens.(29) Tu caches ta face : ils sont tremblants ; Tu leur retires le souffle : ils expirent, Et retournent dans leur poussière.(30) Tu envoies ton souffle : ils sont créés, Et tu renouvelles la face de la terre.(31) Que la gloire de l’Éternel subsiste à jamais ! Que l’Éternel se réjouisse de ses œuvres !(32) Il regarde la terre, et elle tremble ; Il touche les montagnes, et elles sont fumantes.(33) Je chanterai l’Éternel tant que je vivrai, Je célébrerai mon Dieu tant que j’existerai.(34) Que mes paroles lui soient agréables ! Je veux me réjouir en l’Éternel.(35) Que les pécheurs disparaissent de la terre, Et que les méchants ne soient plus ! Mon âme, bénis l’Éternel ! Louez l’Éternel !
Le monothéisme était déjà célébré de la manière la plus poétique qui soit dès le 14ème siècle avant notre ère en Egypte.
Non, assurément, la Bible n’a même pas créé le genre.
Notes: