Voltaire est un écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle.
De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est né le 21 novembre 1694 à Paris où il meurt le 30 mai 1778. Il est admis à l’Académie française en 1746.
Avant sa mort, Voltaire nous laissa l’Histoire de l’Etablissement du Christianisme.
Dans la lignée de Spinoza, de David Hume, et de quelques philosophes courageux, Voltaire aborde la Bible, livre sacré et intouchable à l’époque de manière rationnelle.
S’appuyant sur de nombreuses sources, Voltaire démontre par la raison que la Bible est plus une catéchèse qu’un livre d’histoire.
De la sortie de Babylone par les Juifs jusqu’à l’empire catholique romain, Voltaire nous entraîne sur les voies de la raison qui nous poussent aujourd’hui à douter de l’intégrité de la Bible ainsi qu’a l’historicité des faits rapportés.
Extraits
DE LA PERSONNE DE JESUS
SEIZIÈME DOUTE.
Nous n’examinons point si Jésus fut mis en croix à la troisième heure du jour, selon Jean, ou à la sixième, selon Marc. Matthieu dit que les ténèbres couvrirent toute la terre(24) depuis la troisième heure jusqu’à la sixième, c’est-à-dire en cette saison de l’équinoxe, selon notre manière de compter, depuis neuf heures jusqu’à midi ; le voile du temple se déchira en deux, les pierres se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent, les morts en sortirent, et vinrent se promener dans Jérusalem.
Si ces énormes prodiges s’étaient opérés, quelque auteur romain en aurait parlé. L’historien Josèphe n’aurait pu les passer sous silence. Philon, contemporain de Jésus, en aurait fait mention. Il est assez visible que tous ces Évangiles, farcis de miracles absurdes, furent composés secrètement, longtemps après, par des chrétiens répandus dans des villes grecques. Chaque petit troupeau de chrétiens eut son évangile, qu’on ne montrait pas même aux catéchumènes ; et ces livres, entièrement ignorés des Gentils pendant trois cents années, ne pouvaient être réfutés par des historiens romains qui ne les connaissaient pas. Aucun auteur parmi les Gentils n’a jamais cité un seul mot de l’Évangile.
Lisez les notes données par Voltaire et lisibiles sur le site pour des compléments d’informations. Par exemple la note (24) dit ceci :
Les défenseurs de ces effroyables absurdités, payés pour les défendre, et comblés d’honneurs et de biens pour tromper les hommes, ont osé avancer qu’un Grec, nommé Phlégon, avait parlé de ces ténèbres qui couvrirent toute la terre pendant le supplice de Jésu. Il est vrai qu’Eusèbe, évêque arien, qui a débité tant de mensonges, cite aussi ce Phlégon, dont nous n’avons pas l’ouvrage. Et voici les paroles qu’il rapporte de ce Phlégon :
« La quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, il y eut la plus grande éclipse de soleil ; il faisait nuit vers midi ; on voyait les étoiles ; un grand tremblement de terre renversa la ville de Nicée en Bithynie. »
- Lecteurs sages et attentifs, remarquez qu’un autre auteur qu’Eusèbe, rapportant le même passage, dit la seconde année de la deux cent deuxième olympiade, et non pas la quatrième année*.
- Remarquez qu’on n’a jamais pu conjecturer, ni dans quelle année Jésus fut condamné au supplice, ni dans quelle année il naquit, tant sa vie et sa mort furent obscures.
- Remarquez que l’historien qui a pris le nom de Matthieu place la mort de Jésus au temps de la pleine lune, que tous les chrétiens s’en tiennent à cette époque, et que cependant il est impossible qu’il arrive vers la pleine lune une éclipse de soleil.
- Remarquez que si ce prodige était arrivé, un tel miracle aurait surpris tout l’univers, et que tous les historiens en auraient parlé depuis la Chine jusqu’à la Grèce, et jusqu’à Rome.
- Enfin c’est de ma patrie, c’est de Londres qu’est parti le trait de lumière qui a dissipé les ténèbres ridicules de Matthieu. C’est notre célèbre Halley qui a démontré qu’il n’y avait eu d’éclipse de soleil ni dans la seconde ni dans la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, mais qu’il y en avait en une de quelques doigts dans la première année. Kepler avait déjà reconnu cette vérité, et Halley l’a pleinement démontrée. C’est ainsi que la vérité mathématique détruit l’imposture théologique.
Et cependant un évêque papiste très fameux, Bossuet, précepteur du fils de notre ennemi Louis XIV, n’a pas rougi, dans son Histoire universelle, ou plutôt dans sa Déclamation non universelle, d’apporter en preuve ces ténèbres de Matthieu. Ce rhéteur de chaire rapporte aussi en preuve les Semaines de Daniel, les Prophéties de Jacob, les Psaumes attribués à David, qui n’ont pas plus de rapport à Jésus qu’à Jean Hus et à Jérôme de Prague.
DES DISCIPLES DE JESUS
(…)Jamais ni Jésus ni Fox ne voulurent établir une religion nouvelle. Ceux qui ont écrit contre Jésus ne l’en ont point accusé. Il est visible qu’il fut soumis à la loi mosaïque depuis sa circoncision jusqu’à sa mort.
Ses disciples, ulcérés du supplice de leur maître, ne purent s’en venger ; ils se contentèrent de crier contre l’injustice de ses assassins, et ils ne trouvèrent d’autre manière d’en faire rougir les pharisiens et les scribes que de dire que Dieu l’avait ressuscité. Il est vrai que cette imposture était bien grossière ; mais ils la débitaient à des hommes grossiers, accoutumés à croire tout ce qu’on inventa jamais de plus absurde, comme les enfants croient toutes les histoires de revenants et de sorciers qu’on leur raconte.
Matthieu a beau contredire les autres évangélistes, en disant que Jésus n’apparut que deux fois à ses disciples après sa résurrection ; Marc a beau contredire Matthieu, en disant qu’il apparut trois fois ; Jean a beau contredire Matthieu et Marc en parlant de quatre apparitions ; en vain Luc dit que Jésus, dans sa dernière apparition, mena ses disciples jusqu’en Béthanie, et là monta au ciel en leur présence, tandis que Jean dit que ce fut dans Jérusalem ; en vain l’auteur des Actes des apôtres assure-t-il que ce fut sur la montagne des Oliviers, et que, Jésus étant monté au ciel, deux hommes vêtus de blanc descendirent pour leur certifier qu’il reviendrait : toutes ces contradictions, qui frappent aujourd’hui des yeux attentifs, ne pouvaient être connues des premiers chrétiens. Nous avons déjà remarqué que chaque petit troupeau avait son évangile à part : on ne pouvait comparer ; et quand même on l’aurait pu, pense-t-on que des esprits prévenus et opiniâtres auraient examiné ? Cela n’est pas dans la nature humaine. Tout homme de parti voit dans un livre ce qu’il y veut voir.
Ce qui est certain, c’est qu’aucun des compagnons de Jésus ne songeait alors à faire une religion nouvelle. Tous circoncis et non baptisés, à peine le Saint-Esprit était-il descendu sur eux en langues de feu dans un grenier, comme il a coutume de descendre, et comme il est rapporté dans le livre des actions des apôtres ; à peine eurent-ils converti en un moment dans Jérusalem trois mille voyageurs qui les entendaient parler toutes leurs langues étrangères, lorsque ces apôtres leur parlaient dans leur patois hébreu ; à peine enfin étaient-ils chrétiens qu’aussitôt ces compagnons de Jésus vont prier dans le temple juif, où Jésus allait lui-même. Ils passaient les jours dans le temple, perdurantes in templo [1]. Pierre et Jean montaient au temple pour être à la prière de la neuvième heure : Petrus [2] et Joannes ascendebant in templum ad horam orationis nonam.
Il est dit dans cette histoire étonnante des actions des apôtres, qu’ils convertirent et qu’ils baptisèrent trois mille hommes en un jour, et cinq mille en un autre. Où les menèrent-ils baptiser baptiser Voir baptême. ? Dans quel lac les plongèrent-ils trois fois selon le rite juif ? La rivière du Jourdain, dans laquelle seule on baptisait, est à huit lieues de Jérusalem. C’était là une belle occasion d’établir une nouvelle religion à la tête de huit mille enthousiastes : cependant ils n’y songèrent pas. L’auteur avoue que les apôtres ne pensaient qu’à amasser de l’argent. « Ceux qui possédaient des terres et des maisons les vendaient, et en apportaient le prix aux pieds des apôtres. »
Si l’aventure de Saphira et d’Ananias était vraie, il fallait, ou que tout le monde, frappé de terreur, embrassât sur-le-champ le christianisme en frémissant, ou que le sanhédrin fît pendre les douze apôtres comme des voleurs et des assassins publics.
On ne peut s’empêcher de plaindre cet Ananias et cette Saphira, tous deux exterminés l’un après l’autre, et mourant subitement d’une mort violente (quelle qu’elle pût être), pour avoir gardé quelques écus qui pouvaient subvenir à leurs besoins, en donnant tout leur bien aux apôtres. Milord Bolingbroke a bien raison de dire que « la première profession de foi qu’on attribue à cette secte appelée depuis l’onguent (28), ou christianisme, est : Donne-moi tout ton bien, ou je vais te donner la mort. C’est donc là ce qui a enrichi tant de moines aux dépens des peuples ; c’est donc là ce qui a élevé tant de tyrannies sanguinaires ! »
Remarquons toujours qu’il n’était pas encore question d’établir une religion différente de la loi mosaïque ; que Jésus, né Juif, était mort Juif ; que tous les apôtres étaient Juifs, et qu’il ne s’agissait que de savoir si Jésus avait été prophète ou non.
Une aussi étonnante révolution que celle de la secte chrétienne dans le monde ne pouvait s’opérer que par degrés ; et, pour passer de la populace juive sur le trône des Césars, il fallut plus de trois cent trente années.
QUE LES QUATRE ÉVANGILES FURENT CONNUS LES DERNIERS
C’est une chose très remarquable, et aujourd’hui reconnue pour incontestable, malgré toutes les faussetés alléguées par Abbadie, qu’aucun des premiers docteurs chrétiens nommés Pères de l’Église n’a cité le plus petit passage de nos quatre Évangiles canoniques ; et qu’au contraire ils ont cité les autres Évangiles appelés apocryphes, et que nous réprouvons. Cela seul démontre que ces Évangiles apocryphes furent non seulement écrits les premiers, mais furent quelque temps les seuls canoniques ; et que ceux attribués à Matthieu, à Marc, à Luc, à Jean, furent écrits les derniers.
Vous ne retrouvez chez les Pères de l’Église du premier et du second siècle, ni la belle parabole des filles sages, qui mettaient de l’huile dans leurs lampes, et des folles qui n’en mettaient pas ; ni celle des usuriers qui font valoir leur argent à cinq cents pour cent ; ni le fameux Contrains-les d’entrer.
Au contraire, vous voyez dès le premier siècle Clément le Romain, qui cite l’Évangile des Égyptiens, dans lequel on trouve ces paroles : « On demanda à Jésus quand viendrait son royaume ; il répondit : Quand deux feront un, quand le dehors sera semblable au dedans, quand il n’y aura ni mâle ni femelle. » Cassien rapporte le même passage, et dit que ce fut Salomé qui fit cette question. Mais la réponse de Jésus est bien étonnante. Elle veut dire précisément : Mon royaume ne viendra jamais, et je me suis moqué de vous. Quand on songe que c’est un Dieu qu’on a fait parler ainsi, quand on examine avec attention et sincérité tout ce que nous avons rapporté, que doit penser un lecteur raisonnable ? Continuons.
Justin, dans son dialogue avec Tryphon, rapporte un trait tiré de l’Évangile des douze apôtres : c’est que quand Jésus fut baptisé dans le Jourdain, les eaux se mirent à bouillir.
A l’égard de Luc, qu’on regarde comme le dernier en date des quatre Évangiles reçus [3] il suffira de se souvenir qu’il fait ordonner par Auguste un dénombrement de l’univers entier au temps des couches de Marie, et qu’il fait rédiger une partie de ce dénombrement en Judée par le gouverneur Cirénius, qui ne fut gouverneur que dix ans après.
Une si énorme bévue aurait ouvert les yeux des chrétiens mêmes, si l’ignorance ne les avait pas couverts d’écailles. Mais quel chrétien pouvait savoir alors que ce n’était pas Cirénius, mais Varus, qui gouvernait la Judée ? Aujourd’hui même y a-t-il beaucoup de lecteurs qui en soient informés ? Où sont les savants qui se donnent la peine d’examiner la chronologie, les anciens monuments, les médailles ? Cinq ou six, tout au plus qui sont obligés de se taire devant cent mille prêtres payés pour tromper, et dont la plupart sont trompés eux-mêmes.
A lire absolument pour connaître ce qui amena Voltaire à ne pas croire en la Bible, bien qu’il fut déiste jusqu’à la fin de sa vie.



