Eloge de l’apostasie

Voici l’avertissement clair et répété que donne l’organisation jéhoviste à ses membres. Et avec l’avénement d’internet et du brassage d’idées contrastées et non contrôlées « théocratiquement » l’avertissement va devenir un leitmotiv entêtant.
L’apostat est un traitre, un déserteur. Nous hésitons pour le punir entre la corde et douze balles dans la peau. A moins que la lapidation ne le ramène à la raison pour regretter son crime de lèse-majesté. En tout cas, honte à lui.
Et pourtant… L’apostasie, c’est selon le Petit Larousse (2005) : (gr. apostasis : abandon) 1. abandon public et volontaire d’une religion, particulièrement de la foi chrétienne. 2. litt. abandon d’un parti, d’une doctrine, etc.
L’apostat n’est pas un faible qui déserte et s’évanouit dans la nature par faiblesse et lassitude. L’apostasie assumée est au contraire un acte revendicatif, un acte positif, un sursaut politique, une démarche citoyenne.
Même la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
reconnaît implicitement cette dimension citoyenne.
Car avant même que le christianisme ne récupère le terme et ne le colore de la manière la plus négative qui soit, l’apostasie emporte l’idée d’un contre-pied politique, selon le livre « Etude perspicace des Ecritures » (1997), « En grec, ce nom (apostasia) dérive du verbe aphistemi qui signifie littéralement »s’éloigner de« ; il a le sens de »désertion, abandon ou rebellion« . En grec classique, on l’employait pour parler des défections politiques. »
Affirmer ses désaccords sur le plan politique, c’est faire vivre la cité grecque ou moderne. C’est s’affirmer en démocratie et ne pas reconnaître les pleins pouvoirs d’une dictature, ou d’une théocratie, qui écrase la contestation et la diversité sous le poids des dogmes pensés et arrêtés par une poignée d’humains tout aussi faillibles que les autres.
L’apostat antique devait aimer l’agora, la place publique, car il ne craignait pas la contestation et la confrontation. Le dictateur, lui, devait faire tout son possible pour museler la contestation.
Cet apostat est un traitre et un félon. Arrachez-lui la langue et coupez lui les mains et condamnez-le à l’exil. Et pourquoi ne pas le supprimer ?
Doit-il en être autrement aujourd’hui ?
L’apostat vient à la lumière, il parle, il crie, il dénonce et il prouve.
La Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
veut garder ses privilèges de prince des consciences.
N’écoutez pas l’apostat, il en veut à votre vie spirituelle [1].
Mais où se trouve la réflexion, la liberté, la vérité ?
Celui qui est fort ne craint pas la bataille des idées.
L’apostat antique était le poil à gratter du dictateur de la cité et une chance pour la liberté d’expression.
Les apostats d’aujourd’hui sont la hantise de la Watchtower
Watchtower
Abréviation de Watchtower Bible and Tract Society, la Tour de Garde Société de Bibles et de Tracts.
Il s’agit de la principale structure juridique qui sert à l’Organisation des Témoins de Jéhovah. En raison de leurs liens étroits l’une est synonyme de l’autre.
et une bouffée d’air pour ceux qui étouffent sous elle.
Oui, il faut faire l’éloge de l’apostasie.
Notes:
[1] Et si c’était pour lui comme une obligation morale ?
“Quand des personnes sont menacées d’un grand danger pour une raison qu’elles ne soupçonnent même pas ou parce qu’elles sont trompées par des
gens qu’elles croient être des amis, est-ce mal de les en avertir ? Peut-être préféreront-elles ne pas croire celui qui les avertit. Il se peut même qu’elles lui en veuillent. Mais cela le dégage-t-il de la responsabilité morale de les avertir ?”
— La Tour de Garde du 1er mai 1974.
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