Quand vos amis pensent le contraire de ce que vous pensez…
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Quand vos amis pensent le contraire de ce que vous pensez…
Dans un précédent article nous avons vu qu’il était inefficace de critiquer les croyances d’un Témoin de Jéhovah pour raison physiologique. Mais peut-on convaincre un ami ou les membres de sa famille qui sont Témoins de Jéhovah lorsque ces derniers pensent tout le contraire de vous ?
Voici ce que donnent les études scientifiques à ce sujet, toujours dans l’excellent livre de Serge Ciccotti 150 petites expériences de psychologique pour mieux comprendre nos semblables [1]
61 Est-il possible de convaincre vos amis lorsqu’ils pensent tout le contraire de ce que vous pensez ? L’influence minoritaire
En général, lorsque nous devons porter un jugement, nous avons tendance à suivre le plus grand nombre. Ce type d’influence trouve son illustration dans certaines émissions télévisées : quand le candidat peut demander l’avis du public, il se conforme systématiquement à la majorité. Mais est-ce à dire que l’avis d’une personne isolée qui s’oppose au plus grand nombre n’est jamais suivi d’effet ? L’expérience qui suit répond à cette question
Des chercheurs (cité par Moscovici, 1994) ont présenté à des sujets des triangles dont les angles faisaient entre 90° et 85°. Leur travail consistait alors à évaluer le degré d’angle de ces triangles. Dans cette expérience, les sujets faisaient partie soit d’une condition, soit d’une autre :
dans la première condition, que l’on appellera « influence majoritaire », on montrait l’angle de 85° aux sujets en leur disant : « pour vous aider, sachez que 90 % des gens perçoivent cet angle comme étant de 50° » ;
dans la seconde condition, que l’on appellera « influence minoritaire », on disait aux sujets, en montrant l’angle de 85° : « pour vous aider, sachez que 10% des gens perçoivent cet angle comme étant de 50° » ;
Tous ces triangles pouvaient être imaginés comme représentant une part de fromage, par exemple, une part de brie. D’ailleurs, à la fin de la série de mesure des angles, on demandait aux sujets d’estimer le poids de la portion de fromage que ces angles étaient susceptibles de représenter à leurs yeux.
Au final, on s’aperçut que :
les sujets qui avaient été soumis à l’influence de la majorité, dirent avoir vu l’angle de 85° plus petit qu’il ne l’était réellement. Ici, les participants ont suivi la majorité. Ils ont réagi comme les individus de l’expérience de Asch sur les bâtonnets, ils se sont conformés (l’objet d’un prochain article)
les sujets qui avaient été soumis à l’influence de la minorité ne trouvèrent pas l’angle de 85° plus petit. Le fait de leur avoir dit que 10% des gens l’avaient vu plus petit n’a pas influencé leur perception. En revanche, à la question sur le poids, ils ont imaginé que la portion de brie relative à cet angle était plus légère que l’estimation faite par l’autre groupe.
Cette influence est indépendante, puisque l’individu n’a pas été exposé à un jugement de la minorité ou de la majorité sur la portion de fromage. On dit qu’il y a eu influence indirecte ou latente.
Conclusion
Cette expérience nous amène à penser, que dans une réunion de travail en famille, il est toujours utile de donner son point de vue, même si celui-ci ne va pas dans le sens de ce qui est dit par l’ensemble des personnes présentes. Certes, dans ce cas précis, vous n’influencerez que rarement l’auditoire, car accepter votre point de vue impliquerait une déviance par rapport au reste du groupe.
Cela étant, défendez votre idée et argumentez, vous recueillerez bien souvent une influence indirecte (latente). Un petit peu comme si vous aviez diffusé un virus dans la tête des personnes présentes, virus qui fera son œuvre petit à petit. Alors donnez votre avis, il en restera toujours quelques chose…
Pour en savoir plus
Moscovici S(dir.) (1994). « Influences conscientes et influences, inconscientes », Psychologie sociale des relations à autrui, Paris, Nathan Université, 141-160
Ainsi donc, votre démonstration aura peu de succès auprès de votre interlocuteur qui a été « formaté » pour rejeter toute idée contraire au dogme jéhoviste. Toutefois, sur un point en particulier, si vous ne vous étalez pas sur l’ensemble des points de doctrines, il reconnaitra devant vos preuves que vous avez en partie raison (ne lui en demandez pas trop non plus…) sur le sujet que vous abordez.
Il est recommandé, par expérience, de se focaliser sur les points qui touchent le plus l’interlocuteur. Bien souvent, le Témoin de Jéhovah sortant (ce fut mon cas) s’efforce de démontrer par A+B à ses amis ou à sa famille, qu’il a découvert le pot aux roses. L’échec est quasi assuré, malgré les nombreuses preuves mises sur la table. Il vaut mieux garder ses doutes pour soi et plutôt demander à son interlocuteur ce qui le convainc le moins dans l’enseignement des Témoins de Jéhovah pour ensuite donner son avis.
Un exercice de style qui réclame une bonne maitrise de ses nerfs devant la mauvaise foi bien souvent affichée des Témoins de Jéhovah.
Un prochain article verra, pourquoi ces derniers choisissent d’être conformistes même lorsqu’ils savent pertinemment que cette attitude est erronée…
[1] Editeur : Dunod ; Édition : 2e édition revue et augmentée (27 juin 2007) Collection : PSYCHOTERAPIE Langue : Français ISBN-10 : 2100511602 ISBN-13 : 978-2100511600
