Discours historique sur l’Apocalypse - Firmin Abauzit

Curieuses sont parfois les découvertes que nous faisons aux détours d’une lecture souvent anodine. Firmin Abauzit fait partie de cette sorte de découvertes. Cet érudit, Français de naissance mais Suisse de nationalité, ne nous est pas connu ou très peu, le fanatisme religieux étant cause de la perte de pratiquement tous ses écrits. Effectivement, vous le lirez plus loin, ses héritiers légitimes, au nom de la sacro-sainte église catholique, en un autodafé exécuté à Uzès (Gard), détruisirent tous ses écrits quelques temps après sa mort. S’il n’eut comme correspondant des personnages comme Isaac Newton, Jean-Jacques Rousseau, il est certain que nous ne saurions rien de lui ou si peu, une rue à Genève. (…) Abauzit s’était fait une grande réputation ; on n’a pourtant de lui que quelques fragments, qui ont, pour la plupart, été publiés à son insu. Tous ceux qui le connaissaient, admiraient son jugement et sa vaste érudition. Les plus grands hommes recherchaient sa correspondance et le consultaient sur les questions les plus difficiles. Newton, en lui envoyant son « Commercium epistolicum », lui écrivit : « Vous êtes bien digne de décider entre Leibnitz et moi. »
Et pour en juger pleinement voici son fameux :
Discours historique sur l’Apocalypse
Il ne faut pas s’imaginer que le Canon de l’Écriture, tel que nous l’avons aujourd’hui, se soit formé tout d’un coup dès les temps des apôtres. Les Évangiles furent, sans doute, les premiers livres qui vinrent à la connaissance des chrétiens. Ensuite parurent les Épîtres, les unes plus tôt, les autres plus tard. Les Églises particulières à qui elle avaient été écrites, se les communiquaient les unes aux autres ; les Romains aux Corinthiens, les Corinthiens aux Romains ; et ainsi de chaque Épître, à mesure que le commerce s’étendait entre les chrétiens. On ne voit paraître ni Conciles, ni Pape, ni autorité souveraine qui ait fixé le Canon des Écritures. C’a été l’ouvrage du temps : aujourd’hui on ajoutait un livre, puis un autre ; et cela se faisait, dit M. Basnage [1], par quelques particuliers qui trouvant un Écrit utile à la piété, le produisaient à leur Église ; et même, ajoute-t-il, ils se donnaient là-dessus une si grande liberté, qu’ils comptaient entre les livres Canoniques des écrits manifestement supposés.. Les Églises se partageaient en opinions différentes comme les particuliers. Les unes rejetaient un livre pendant que les autres le recevaient. On contestait, on examinait, avant que d’admettre. La seconde lettre de S. Pierre n’était pas d’abord dans le canon. Plusieurs personnes, dit Eusèbe [2] , la jugèrent utile, et l’on commença de la lire avec soin. Il assure la même [3] chose des lettres de S. Jacques et de S. Jude. Un très petit nombre d’anciens en avait parlé comme de deux écrits divins ; quelques Églises se déterminèrent à les lire ; le doute dura longtemps, et enfin il fut aboli. Saint Jérôme [4] dit aussi de la lettre de S. Jacques qu’elle avait acquis son autorité peu à peu par la suite des temps. L’Épître aux Hébreux, la deuxième et la troisième de S. Jean ne sont devenues catholiques que par la même voie. C’est ainsi que le canon de l’Écriture se perfectionnait insensiblement, et cela paraîtra dans un plus grand jour, par l’histoire que nous allons faire de l’Apocalypse et des contradictions qu’elle a souffertes pendant l’espace de plusieurs siècles.
De tous les auteurs qui sont venus immédiatement après les Apôtres, il ne nous est resté que la Première Épître de S. Clément de Rome, avec un fragment de la seconde Épître attribuée à S. Barnabé, et qui est d’un écrivain fort ancien : le livre d’Hermas [le Pasteur], les sept lettres qui portent le nom d’Ignace, avec celle de Polycarpe.
Dans tous ces écrits on ne voit aucune trace de l’Apocalypse. Il est vrai qu’on ne peut rien conclure de leur silence contre ce livre en particulier, puisqu’ils ne parlent pas non plus des quatre Évangélistes, ni de la plupart des livres du Nouveau Testament.
Le faux Prochore qui se dit disciple des Apôtres, en faisait bien davantage : et voici ce qu’il raconte dans la vie de S. Jean [5]. Cet Apôtre [ayant] apprit aux chrétiens d’Éphèse qu’il avait eu une révélation de Jésus Christ, ils le prièrent de la mettre par écrit. L’Apôtre dicta son Évangile à Prochore, au milieu des éclairs, des tonnerres et des tremblements de terre. Ensuite il écrivit l’Apocalypse de sa propre main, comme s’il en eût fait plus de cas que de son Évangile. Mais le prétendu Prochore qui se met ici parmi les Auteurs était du nombre de ces honnêtes chrétiens qui se jouaient de la crédulité du public, et qui se parant d’un grand zèle pour la religion, ne cachaient pas même leur jeu sous le masque d’une probité païenne. Son livre eût plein de fables et d’absurdités : les termes d’hypostase, de consubstantiel et autres, marquent assez le temps où il a été fabriqué.
Après la mort des Apôtres [6] parut Cérinthe, homme fort entêté du règne temporel de mille ans ; c’était une opinion qui venait originairement des Juifs et qu’il répandait parmi les chrétiens. Il s’appuyait sur l’Apocalypse qu’il soutenait être une production de S. Jean. Mais quelque raison qu’il eût de parler ainsi, plusieurs orthodoxes ne laissèrent pas de le soupçonner d’en être lui-même le père, parce qu’il leur semblait que cet ouvrage favorisait le règne de mille ans comme nous le verrons dans la suite.
Cependant, d’autres hérétiques, Cerdon et Marcion, au rapport de Tertullien [7], et même les Alogiens, selon S. Épiphane, s’élevèrent contre l’Apocalypse qu’ils voulaient ôter à S. Jean, parce que, disaient-ils entre autres raisons, du temps de cet Apôtre, il n’y avait point encore d’Église chrétienne à Thyatire, ce que S. Épiphane ne craint point de leur accorder, et il suppose que lorsque S. Jean écrit à l’Église de Thyatire, il en parle, non comme si elle existait alors, mais par un esprit de prophétie.
Voilà donc au sujet de l’Apocalypse hérétiques contre hérétiques, pendant que les orthodoxes se tenaient encore à l’écart, du moins ignore-t-on parfaitement de quelle manière ils envisageaient cette dispute. Justin Martyr, qui écrivait vers l’an 170 de Jésus Christ, est le premier de nos docteurs qui ait fait mention de l’Apocalypse, et ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il l’attribue à l’Apôtre S. Jean. Dans son Dialogue avec Tryphon, ce Juif lui demande s’il ne croit pas que Jérusalem doive être rétablie un jour ? Justin répond que pour lui il le croit ainsi, avec tous les chrétiens qui pensent juste. Et là-dessus il dit : il y a eu parmi nous un certain personnage nommé Jean, l’un des Douze Apôtres de Jésus Christ. Il a prédit dans son Apocalypse que les fidèles passeront mille ans dans Jérusalem. C’est la seule fois que Justin cite l’Apocalypse dans ses ouvrages ; et il l’a cité pour prouver le règne de mille ans.
Il ne paraît point par les termes de ce docteur qu’elle fût alors reçue de toutes les Églises. Il semble ne proposer ici que son avis particulier, ou tout au plus l’avis de ces chrétiens qui pensaient juste, c’est-à-dire, qui croyaient le règne de mille ans. Mais on ne saurait douter qu’il ne citât de son chef un faux Évangile, lorsqu’il dit dans ce même dialogue avec Tryphon, que Jésus Christ descendant dans le jourdain le feu s’y alluma ; et qu’on entendit cette voix du ciel : tu es mon fils. Je t’ai aujourd’hui engendré. Il assure que les Apôtres ont écrit ces choses, qui ne se trouvaient pourtant que dans l’Évangile des Ebionites [8].
Ce n’est pas qu’il ne se donnât de la peine pour s’informer de la vérité des faits. Il avait beaucoup voyagé, non pas en homme du commun, mais comme un antiquaire curieux. Nous lui devons le trépied de la vieille Sybille de Cumes, les trois grandes et belles cuves où elle se lavait, le sépulcre où reposaient ses reliques, les livres où elle parlait de Jésus Christ nouveaux sujets de raillerie pour les païens qui traitaient les chrétiens de Sybillites ; mais à qui Justin ne laisse pas de faire cette grave exhortation : O Grecs, croyez à l’ancienne et vénérable Sybille dont les livres courent le monde, et qui a été inspirée d’une manière toute particulière et extraordinaire par le Dieu tout-puissant [9]. Il s’était assuré par lui-même de l’histoire des soixante-dix interprètes, et de leur divine version faite au temps du roi Hérode ; des soixante-dix cellules où ils avaient travaillé chacun à part, et de leur merveilleuse conformité jusqu’au moindre terme ; toutes circonstances que S. Jérôme traite de fables, mais sur lesquelles notre docteur insiste en faveur de la religion : Ne vous imaginez pas, ô Grecs ! que ce que nous disons soit une histoire faite à plaisir ; nous avons vu nous-mêmes dans le Phare d’Alexandrie, les vestiges de ces petites maisons [10]. Et n’était-ce pas là une preuve que les soixante-dix qu’on y avait enfermés étaient véritablement inspirés ? La statue dressée par les Romains à Simon le Magicien avec l’inscription [11] qui le met au rang des Dieux, quoiqu’au jugement de nos antiquaires qui l’ont vue, Justin ait mal lu Simon, au lieu de Semo Sancus, Dieu des Sabins ; c’est encore le fruit de ses recherches dignes d’un philosophe tel que lui. Et ce n’est là qu’un échantillon de ce qu’il aurait fait s’il les eût tournées du côté de l’Apocalypse.
Irénée [12] qui vient après, la cite souvent sous le nom de Jean disciple du Seigneur. Il était d’un autre caractère que Justin, et la force du témoignage dépend fort de la qualité du témoin. Justin se portait sur les lieux, il voulait voir les choses par lui-même quoiqu’il eût la vue assez mauvaise : Irénée au contraire ne voyait que par les yeux d’autrui, il ne donnait guère pour garant que la tradition, ou le témoignage d’un certain vieillard qu’on ne connait point, et à qui le grand âge avait sans doute affaibli la mémoire ; autrement il n’aurait pas dit entre autres fables que Jésus Christ était mort à l’âge de 50 ans, afin de passer par tous les âges et de les sanctifier. Quoiqu’il en soit Irénée n’a pas manqué de faire valoir l’Apocalypse sur la fin de son cinquième livre où il s’efforce d’établir le règne de mille ans. Et dans ce même endroit il se fonde aussi sur la prophétie de Baruch, comme sur un livre de l’Écriture sainte. Cette approbation qu’il donne à l’Apocalypse serait sans doute d’un plus grand poids s’il n’accordait pas la même autorité à des livres apocryphes. L’Écriture a prononcé, dit-il, Scriptura pronunciavit, etc [13] . Et puis il se trouve que cette écriture par excellence n’est qu’un passage d’Hermas, livre cité comme Canonique par les anciens, et même du premier coup d’œil, assez semblable à l’Apocalypse, si ce n’est que l’un commence par la morale et finit par les visions, au lieu que l’autre commence par les visions et finit par la morale.
D’ailleurs on ne voit point dans Irénée que l’Apocalypse fût reçue de tous les chrétiens de son temps : ce ne sont que de simples allégations de passages, sans nous dire d’où il savait qu’elle eût été composée par S. Jean, ni même ce qu’en pensait son vieillard qu’il fait venir souvent et pour des choses moins importantes. Mais on jugera de ce qu’il a été capable de faire là-dessus par la manière dont il s’y est pris pour s’assurer de la vérité des quatre Évangiles. Vous croiriez qu’il a parcouru les Églises, consulté les archives, vérifié les originaux. La discussion eût été trop longue ; voici ce qu’il appelle par modestie une démonstration, car elle en renferme plusieurs [14]. Il y a quatre parties du monde et quatre vents cardinaux : il y a donc quatre Évangiles dans l’Église, comme quatre colonnes qui la soutiennent, et quatre souffles de vie qui la rendent immortelle. Les quatre animaux d’Ézéchiel marquent les quatre états du fils de Dieu. Le lion c’est la dignité Royale ; le veau son sacerdoce ; l’animal au visage d’homme la nature humaine ; et l’aigle son esprit qui descendit sur son Église. A ces quatre animaux répondent quatre Évangiles sur lesquels le Seigneur est comme assis. Jean qui enseigne son origine céleste, c’est le lion. Évangile plein de confiance. Luc, qui commence par la sacrification de Zacharie, c’est le veau. Matthieu qui décrit la généalogie de Jésus Christ selon la chair, voilà l’animal qui ressemble à l’homme. Marc qui commence par l’Esprit prophétique venant d’en haut, c’est-à-dire par un passage du prophète Ésaïe, voilà l’aigle : et c’est l’Évangile le plus court de tous, parce que la brièveté est le caractère de la prophétie. Autre preuve des quatre Évangiles : il y a eu quatre alliance, la première sous Adam, la deuxième sous Noé, la troisième sous Moïse, la quatrième sous Jésus Christ d’où S. Irénée conclut selon les règles de la logique que ceux là sont vains, ignorants, téméraires qui reçoivent plus ou moins que quatre Évangiles.
Cependant les Modernes estiment beaucoup le témoignage de ce Père. Il avait vu, disent-ils, Papias et Polycarpe disciples de S. Jean, et par leur canal la vérité pouvait aisément couler jusqu’à lui. Mais il y a plus de chemin qu’on ne pense avant que de faire passer l’Apocalypse dans les mains d’Irénée. Papias était mort avant Polycarpe ; et Irénée parle du dernier, comme d’une personne fort ancienne, qu’à peine il avait pu voir dans sa jeunesse. Aussi n’allègue-t-il jamais leur conversation, mais seulement leurs écrits, et dans ces écrits il n’était point fait mention de l’Apocalypse. En second lieu, Polycarpe [15] souffrit le martyre l’an 167 de Jésus Christ. Donnez-lui alors 86 ans, ce qui est déjà un trop grand âge, puisqu’en 158, il avait fait un voyage à Rome, d’où il était ensuite retourné en Asie, il n’aurait été qu’un enfant au temps de S. Jean, quand même on supposerait pour certain ce qu’on nous raconte de l’extrême vieillesse de cet Apôtre. Ainsi, ni lui, ni Papias, n’ont presque rien pu savoir de S. Jean que par la tradition des personnes plus âgées qu’eux.
Mais sans entrer dans tout ce calcul, écoutons Papias lui-même qui était un peu plus vieux que Polycarpe : Quand je rencontrais quelque disciple des anciens, je m’informais avec soin de leurs discours : je lui demandais ce qu’avait dit André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu ou quelques autres disciples de Jésus Christ, car je trouvais la lecture des livres moins utile que ces instructions de vive voix [16].
Papias nous montre la source où il puisait, il ne dit pas qu’il eût conversé avec S. Jean : assurément il s’en serait fait honneur pour donner plus de crédit à ses recueils ; il dit seulement qu’il interrogeait ceux qui avaient vu S. Jean ou quelque autre Apôtre. Il se qualifiait lui-même disciple de Jean surnommé le Prêtre qu’il ne faut pas confondre avec l’Évangéliste, et à qui quelques anciens ont attribué l’Apocalypse. Ces réflexions ne sont pas de moi mais d’Eusèbe qui avait lu les écrits de Papias : et ce n’est pas faire tort à S. Jean que de lui ôter un élève que cet historien traite de petit génie, d’homme crédule, qui se livrait à toutes sortes de récits, et qui faisait dire aux Apôtres ce qu’ils n’avaient jamais pensé.
Avant Irénée j’aurais dû nommer Méliton, parmi les œuvres duquel il y avait un traité intitulé du Diatribe de l’Apocalypse, à ce que dit Eusèbe [17] : comme l’ouvrage s’est perdu, on n’en sait pas davantage, ni s’il y était parlé de l’Apocalypse en bien ou en mal. Elle a été en effet attaquée dans des livres faits exprès par des anciens que cite Denys d’Alexandrie sans les nommer. Peut-être que Méliton était de ce nombre, peut-être aussi n’en était-il pas.
Il n’en est pas de même d’Apollonius et de Théophile d’Antioche. Eusèbe [18] nous apprend que le premier s’était servi de l’Apocalypse dans son traité contre les Montanistes. Et parmi les œuvres du second il y a, dit le même Eusèbe [19], un livre contre l’hérésie d’Hermogène où il emploie des preuves tirées de la révélation de Jean. Si ces livres n’étaient pas perdus, on y verrait de quelle manière ils citaient l’Apocalypse contre leurs adversaires ; et s’ils l’attribuaient à S. Jean l’Évangéliste : les premiers Pères, dit M. Simon [20], suivent quelquefois la méthode des Rhéteurs qui emploient souvent des raisons purement apparentes, et des actes douteux sur lesquels il ne faut pas toujours se régler. C’est de quoi les loue Saint Jérôme bien loin de leur en faire un crime [21]. La dispute, dit-il, n’a point de loi. Il faut proposer à son adversaire tantôt ceci tantôt cela, et argumenter comme on peut : dire une chose et faire le contraire : faire semblant d’offrir du pain, et cependant tenir une pierre. Il avoue que c’était sa méthode aussi bien que celle des Anciens. Voyez leur manière de disputer, ajoute-t-il, quels tours de souplesse ne font-ils point pour rompre les trames du Démon ? Ils ont dit, non ce qu’ils pensaient, mais ce que la nécessité leur faisait dire. De là sont venues ces fréquentes distinctions entre parler selon la vérité et parler par économie. De là tant de citations de pièces apocryphes et autres petites supercheries qu’on nomme aujourd’hui pieuses par un reste d’honnêteté.
Et pour revenir à Théophile, comment aurait-il fait difficulté d’alléguer à des hérétiques l’Apocalypse ? lui qui cite [22] contre les païens les vers de la Sybille comme de véritables prophéties où les actions des Empereurs sont rapportées hsitoriquement, où il est parlé en termes clairs du Christ, de l’Antéchrist, du nom de Jésus qui fait 888, du nombre de Rome, savoir 948, de la seconde ruine de Jérusalem, de la destruction de Rome, de la résurrection, du règne de mille ans, du feu de l’Enfer, et autres productions de l’Apocalypse. Il est vrai que Théophile et les autres Pères ont fait valoir ces armes avec un air de confiance qui semble plutôt répondre de leur bonne foi que de leur jugement. Justin lui-même s’y était laissé surprendre lorsqu’elles sortaient tout récemment de la forge de l’imposteur qui les avait fabriquées, et qui selon toutes les apparences était quelque chrétien Montaniste.
S. Clément d’Alexandrie [23] qui termine le second siècle rend aussi témoignage à l’Apocalypse. Pour montrer que le chrétien ne doit pas reluire d’or ni de parure bigarrée, il allègue cette vision où l’on donna des robes blanches aux martyrs. Il ne dit nulle part que le livre soit de l’apôtre S. Jean, mais en récompense il nous apprend [24] qu’il y avait une Apocalypse de S. Pierre. L’Écriture nous enseigne, c’est Clément qui parle, que les enfants exposés sont sous la tutelle d’un ange gardien ; ils vivront, dit-elle, jusqu’à cent ans. Et S. Pierre dans son Apocalypse dit, il sortit de ces enfants un éclair qui frappa les yeux des femmes. Cette Apocalypse de S. Pierre, qu’au rapport de Sozomène on lisait dans les Églises de la Palestine, était si fort estimée de Clément, que non seulement il lui donna place parmi les Prophéties choisies, il l’expliquait encore dans ses instructions comme un livre sacré. Il appelle Écriture divine, la Prophétie de Baruch, chose divine, ce que l’ange avait révélé à Hermas, Écriture par excellence, le livre de Tobie : il tire ses autorités de la Sapience de Salomon, de l’Ecclésiastique, des Épîtres de Clément de Rome, et de Barnabé qu’il allègue comme des livres Canoniques. Il cite de la même manière la prédication de S. Pierre, les voyages de S. Paul, l’Évangile selon les Hébreux, l’Évangile selon les Égyptiens, les traditions de Mathias d’Hidaspe ; et que ne cite-t-il point ? Un homme qui avait tant lu, ne pouvait-il pas tomber sur l’Apocalypse ? Je ne sais où il avait vu que S. Paul exhortait le monde à lire les livres sybillins. Enfin, dit le Père Simon, il mettait tout en usage contre les païens, et se souciait peu que les livres qu’il leur opposait fussent vrais ou faux pourvu qu’ils fussent conformes à ses sentiments. C’était pourtant, au jugement de S. Jérôme, le plus savant homme qu’il y ait jamais eu parmi les chrétiens. Je ne crois pas ces remarques inutiles dès qu’on veut apprécier au juste le témoignage des Pères. Mais de tous les anciens docteurs, Tertullien est le plus formel ; et comme il était zélé partisan des Chiliastes qu’il avait défendus dans un livre exprès, aussi s’est-il plus souvent expliqué en faveur de l’Apocalypse qu’il attribue à S. Jean l’Évangéliste ; et sur laquelle il appuie même des opinions où il ne faudrait pas moins qu’une telle autorité. Voulant prouver [25], par exemple, que l’âme est corporelle et qu’elle tombe sous les sens, il allégue ce passage de l’Apocalypse. Je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été mis à mort pour la parole de Dieu.
Ailleurs il veut faire voir aux Marcionites que l’Évangile selon S. Jean n’avait point été corrompu, et il en appelle aux Églises dont la doctrine était conforme à ce même Évangile. Habemus & Joannis alumnas ecclesias ; nam & si apocalypsim ejus respuit Marcion, ordo tamen Episcoporum ad originem recensus, in Johannem stabit autorem ; c’est-à-dire, nous avons aussi les Églises qui ont été formées par S. Jean. Car quoique Marcion rejette son Apocalypse, cependant la succession des Évêques en remontant jusqu’à la source, prouve que S. Jean en est l’auteur. Il est vrai que ces derniers mots sont équivoques, et qu’on ne sait si cette succession d’Évêques tend à faire reconnaître S. Jean ou pour l’auteur de l’Apocalypse ou bien pour l’auteur et comme le premier Évêque des Églises d’Asie, ce qui convient mieux au but de Tertullien. La question entre les Marcionites et lui n’était pas de savoir si l’Apocalypse était de S. Jean, mais si l’Évangile de S. Jean dont les Églises d’Asie se servaient était authentique et nullement altéré. Le témoignage de ces Églises devait être de quelque autorité : elles avaient été formées et élevées dans la doctrine de S. Jean, et pour s’en convaincre il suffisait d’avoir lu les premiers chapitres de l’Apocalypse. Mais comme les Marcionites rejettaient ce livre, Tertullien les ramène à la suite des Évêques qui se disaient en effet les successeurs de S. Jean et qui le reconnaissaient pour être l’auteur et le fondateur de leurs Églises.
Quoiqu’il en soit, toujours est-il certain par les paroles même de ce docteur, que bien loin de rejetter l’Apocalypse, à l’exemple des Marcionites, il la regardait comme l’ouvrage de S. Jean le fondateur des sept Églises d’Asie. Quiconque en doute n’a qu’à lire cet autre passage du même auteur sur la nouvelle Jérusalem qui est décrite dans le vingt et unième chapitre de l’Apocalypse : Nous reconnaissons que nous avons un règne promis sur la terre …… savoir la résurrection pour mille ans dans la ville de Jérusalem faite de la main de Dieu et descendue du ciel …… Ézéchiel la connaissait, l’Apôtre Jean l’a vue, et les nouvelles prophéties auxquelles nous croyons en ont même représenté le plan avant qu’elle fût construite pour servir de signe quand elle paraîtrait. Enfin ce signe a paru depuis peu dans une découverte faite en orient, et les païens même en sont témoins, que l’on a vu en Judée pendant quarante jours au matin une ville suspendue en l’air, dont les murs diminuaient à mesure que le jour augmentait et qui disparut enfin [26].
Ces paroles n’ont pas besoin de commentaire, si ce n’est que les nouvelles prophéties que Tertullien met ici à côté de l’Apocalypse étaient les révélations de Prisque et de Maximille, deux femmes qui faisaient les prophéties. La ville suspendue en l’air dont les païens mêmes avaient été témoins, et qui ressemblait à la Jérusalem de l’Apocalypse est un événement fort singulier qui prouverait d’un seul coup la divinité de ce livre. Il est fâcheux que le phénomène vint à se dissiper dès la pointe du jour, et à mesure que les spectateurs commençaient à voir plus clair.
On ne saurait nier que ce Docteur n’eût trop de penchant pour les visions. Celles d’Hermas devaient être fort de son goût, aussi les cite-t-il comme un livre de l’Écriture sainte ; et il se plaint que les Juifs avaient retranché de leur canon la Prophétie d’Énoch, et plusieurs pièces de cette nature.
Origène dans sa préface sur l’évangile de S. Jean et dans la septième Homélie sur Josué fait mention de l’Apocalypse sous le nom de l’Apôtre S. Jean. Et dans ses commentaires sur S. Matthieu il nomme les oracles de l’Apocalypse. C’est dommage qu’il ait adopté et comme pris sous sa protection les oracles de la Sybille dans ses livres contre Celse, où il devait être plus exact et plus circonspect que dans ses Commentaires et dans de simples Homélies. Sa bonne foi va même jusqu’à sommer ce païen de rapporter des exemplaires anciens des livres sybillins, où ce que les chrétiens citaient ne se trouvât point. Celse n’avait garde d’en produire, car il n’y en avait point : mais il lui eût été facile de faire voir la fausseté de ces faux oracles. Et pour nous mieux assurer de l’exactitude d’Origène à discerner les véritables Écritures (car avant que de croire un témoin il faut le connaître), il estimait si fort les visions d’Hermas, que non seulement il les croyait très utiles, il les appelle même une Écriture inspirée de Dieu. En a-t-il jamais dit autant de l’Apocalypse ? Et pourquoi ne l’aurait-il pas reconnu sur la foi du titre pour une production de S. Jean ? Il ne doutait pas que l’Épître qui porte le nom de S. Barnabé ne fût véritablement de lui, ni que le livre de la sagesse ne fût du roi Salomon. Il a bien cité l’Apocalypse d’Élie, et l’Apocalypse de S. Paul ; il dit même que cet Apôtre a inséré dans ses Épîtres diverses sentences de l’Apocalypse d’Élie. A ces deux Apocalypses joignez celle de S. Pierre, canonifiée par Clément d’Alexandrie ; voilà déjà trois Apocalypses bien comptées. Celle de S. Jean qui fera la quatrième pouvait-elle échapper aux recherches du savant Origène ? Il met expressément la Prophétie de Baruch au rang des livres Canoniques. Il allègue l’Évangile selon les Hébreux, le livre des Douze Apôtres, la Doctrine de S. Pierre, les Actes de S. Paul, la dispute de Joseph et de Jacob qu’il cite même avec éloge, le livre de Jannes et de Mambres, et autres semblables pièces d’où il a coutume d’emprunter ses autorités, méthode qu’il avait apprise de son maître Clément, assez commune aux docteurs des premiers siècles. Il attribuait à Daniel l’Histoire de Susanne qu’il a défendue dans un livre exprès. La postérité lui aurait eu plus d’obligation s’il eût employé sa critique à prouver que l’Apocalypse est bien de S. Jean, quand même il n’eût fait que nous dire si elle était reçue de tous les chrétiens de son temps ; car citer un livre n’est pas le déclarer Canonique. S. Jude allègue la Prophétie d’Énoch, et même l’Assomption de Moïse où il était parlé du combat de Michel l’Archange avec le diable : deux livres qui n’étaient pourtant pas dans le Catalogue des Juifs. Origène et les autres Pères ont pu se servir de l’Apocalypse quoiqu’elle ne fût pas encore dans le Canon.
L’autorité de S. Hippolyte ami de ce docteur serait plus considérable. Le Père de Combesis a publié de lui un petit écrit sur les douze apôtres. L’article qui concerne S. Jean est tel : Jean fut relégué par Domitien dans l’île de Patmos où il écrivit son Évangile et où il eut la vision de l’Apocalypse. Il s’endormit sous Trajan à Éphèse, on chercha ses reliques et on ne les trouva point. Ce n’est point ici un Rhétoricien qui cite l’Apocalypse en passant, comme font les Pères que nous venons d’entendre ; c’est un historien qui s’informe et qui rapporte les faits. Mais franchement j’ai peine à croire que l’écrit soit de S. Hippolyte, quoiqu’il ne consiste qu’en douze articles très courts, il ne laisse pas de contenir autant de petites fables. Ce n’est pourtant pas la raison qui m’empêcherait de le donner à S. Hippolyte. Tout le monde sait, dit M. Dupin [27], sur une autre matière, que les livres des premiers chrétiens sont pleins de fables, que les Pères s’appliquaient tout entier à des choses de plus grande conséquence pour lors, qu’ils se fiaient à plusieurs actes des Apôtres et à quantité d’autres monuments certainement supposés. Le Père Combesis voit dans ces paroles, on chercha les reliques de Jean et on ne les trouva point, ou du moins il croit voir le véritable esprit de S. Hippolyte qui était dans cette pensée que S. Jean n’était point mort. Pour moi, avec la permission de ce grand critique, il me semble d’y voir le génie d’un auteur qui n’a vécu pour le plutôt qu’au quatrième siècle, où on commençait à chercher les reliques et à déterrer les corps saints.
S. Hippolyte, à ce que dit Eusèbe, avait fait un traité de l’Apocalypse, c’est tout ce qu’on en sait. Mais nous avons de lui une Homélie contre Noët où il parle ainsi : Celui qui a dit, au commencement était la parole, a dit dans son Apocalypse …… Son nom est la parole de Dieu. On ne saurait dire en termes plus clairs que l’Apocalypse est de S. Jean l’Évangéliste. Il est vrai que dans cette même Homélie, il appelle Écriture par excellence la prétendue prophétie de Baruch. Et à propos d’Homélies, puisqu’elles viennent déjà pour la seconde fois, il est bon de savoir ce que c’est, et de quelle manière les Pères se mettaient en frais pour le peuple. S. Jérôme avait un jour consulté son maître S. Grégoire de Naziance, homme grave jusqu’à ne pas trouver assez de sagesse dans les conciles. Venez à mon sermon, lui dit-il, je vous apprendrai ce que vous ignorez. Le peuple ne manquera pas de m’applaudir, et vous serez contraint vous-même de vous rendre, à moins que vous ne voulussiez passer pour une bête. Il ne faut que du babil pour imposer à son auditoire ; moins il comprend les choses, plus il les admire. C’est S. Jérôme qui nous a conservé cette petite anecdote, et l’Homélie d’Hippolyte la vérifie assez bien.
S. Cyprien, pour revenir à l’Apocalypse, n’est pas aussi précis que S. Hippolyte, quoiqu’il la cite souvent, surtout dans ses livres à Quirinus, qui ne sont que des extraits de l’Écriture et où il fait entrer Tobie, l’Ecclésiastique, la Sagesse, la Prophétie de Baruch, les Machabées comme des livres divins sans mettre aucune différence entre eux et l’Apocalypse. S’il la cite c’est toujours sans nom d’auteur, mais en échange il nous apprend que l’Ecclésiastique et la Sagesse sont bien de Salomon. Il est vrai que dans son traité de l’habit des vierges il rapporte un endroit de l’Apocalypse sous le nom d’Écriture divine : mais quelques lignes plus haut il venait de dire l’Écriture divine a dit, que nous a servi l’orgueil ou qu’avons-nous profité de la vaine gloire des richesses ? Paroles du livre apocryphe de la Sagesse dans lequel le Saint Esprit, dit-il ailleurs, nous enseigne par la bouche de Salomon. Tant il est vrai qu’il n’y avait point alors parmi les chrétiens de canon fixe des Écritures. Dans son exhortation au martyre après avoir remarqué le nombre mystérieux de sept, les sept jours de la création, les sept mille ans de la durée du monde, les sept esprits qui sont devant Dieu, les sept lampes du Tabernacle, les sept chandeliers de l’Apocalypse, les sept colonnes de la sagesse, les sept enfants de la femme stérile, les sept femmes qui prennent un seul homme pour mari, et tout cela pour venir aux sept frères Machabées, il ajoute que S. Paul a fait mention du nombre de sept comme d’un nombre privilégié, et que c’est la raison pour laquelle il n’a écrit qu’à sept Églises. Apparemment que Cyprien l’avait appris dans quelque livre apocryphe de cet Apôtre, ou bien par une révélation particulière, car il avait souvent pendant la nuit, à ce qu’il dit lui-même [28], des visions et des songes qu’il récitait le lendemain à son Église comme des avertissements du ciel, et au défaut de ces visions nocturnes, il faisait venir des petits enfants qui dans leurs extases l’instruisaient de la vérité. Tel fut le fruit d’un commerce trop fréquent avec les écrits de Tertullien, dans lesquels il s’était jeté sans être muni de bons préservatifs contre l’imagination la plus contagieuse qui ait jamais été.
Voilà les Pères du premier rang et pour ainsi dire les gardes du corps de la tradition en faveur de l’Apocalypse. Je ne pense pas en avoir omis aucun dans cet intervalle de temps qui s’est écoulé depuis Justin jusqu’au milieu du troisième siècle. L’exactitude était d’autant plus nécessaire en ce point que ceux qui sont venus plus tard ne produisent pas d’aussi bonnes lettres de créance que les anciens plus voisins du temps de S. Jean, et parmi ceux-ci, les uns, comme on aura pu le remarquer, allèguent l’Apocalypse sans nom d’auteur, et d’autres, sans nous dire si elle est de S. Jean l’Apôtre ou de Jean le prêtre. Enfin la plupart, qui sont Justin Martyr, Irénée, Tertullien, Origène et Hippolyte la citent comme un ouvrage de l’Apôtre S. Jean. Mais avant que d’aller plus loin il est juste d’interroger aussi leurs contemporains. On a déjà vu les hérétiques partagés en deux factions. On verra la même division régner parmi les défenseurs de la vérité.
Et pour remonter même au delà de S. Justin, premièrement on n’aperçoit aucune trace de l’Apocalypse dans les sept Épîtres de S. Ignace dont il y en a trois qui sont adressées aux Églises d’Éphèse, de Philadelphie et de Smyrne, les mêmes auxquelles écrit S. Jean dans son Apocalypse. Ignace relève beaucoup les Éphésiens sur ce qu’ils avaient été instruits par S. Paul : pourquoi ne leur faire pas honneur du long séjour de S. Jean à Éphèse, des soins qu’il avait pris d’eux, des écrits qu’il leur avait laissés en dépôt, de son Apocalypse, qu’à leur prière il avait écrite, pour mettre, dit-on, la dernière main au Nouveau Testament. La mémoire en devait être toute récente, puisqu’Ignace écrivait ses lettres l’an 107 de Jésus Christ, ce silence est assez remarquable surtout dans un disciple de S. Jean ; il en pourrait naître quelques soupçons contre la vérité de ces faits qui nous viennent d’une source moins pure et bien plus suspecte.
Papias touchait presqu’au temps de S. Jean, il ne parlait pas non plus de l’Apocalypse. Eusèbe marque les livres du Nouveau Testament auxquels Papias rendait témoignage. L’Apocalypse n’y parait point. Et ailleurs lorsque cet Historien parcourt les témoins de l’Apocalypse, il omet Papias dont pourtant il avait lu les écrits. Il remarque [29] même que ce Docteur enseignait le règne de mille ans, et qu’il ne l’appuyait que sur une tradition non écrite. Un chrétien chiliaste ne pas citer l’Apocalypse, dans le même livre où il veut établir son opinion, cela est un peu singulier. Mais venons à quelque chose de plus positif.
Plusieurs Docteurs qui ont vécu avant S. Denys d’Alexandrie, à ce qu’il assure lui-même dans un long fragment qu’Eusèbe [30] nous a conservé, ont fait des critiques particulières sur l’Apocalypse, et ces docteurs devaient être fort anciens ; puisque S. Denys qui les avait lus et qui les allègue, écrivait déjà vers le milieu du troisième siècle : Non seulement ils rejettaient aussi toute l’Apocalypse, ils en réfutaient entièrement les chapitres pied à pied, comme étant un ouvrage, disaient-ils, destitué de sens et de raison. En second lieu ils soutenaient que l’inscription de ce livre est fausse, qu’il n’a point été composé par S. Jean, ni même par aucun homme Apostolique, ils ajoutaient que Cérinthe en était l’auteur, et qu’il s’était servi d’un grand nom pour donner plus de poids à ses rêveries et pour mieux insinuer son opinion touchant le règne de mille ans. Enfin ils tiraient leurs difficultés de la nature de la révélation qui doit être claire et intelligible, puisqu’elle n’est faite qu’à ce dessein. D’où ils concluaient qu’un livre tel que l’Apocalypse couvert d’un voile si épais de ténèbres et d’obscurité ne saurait être une vraie révélation émanée de l’Esprit de Dieu.
On voit que ces anciens dont les écrits se sont perdus entraient dans un assez grand détail, et que toute leur critique se réduisait à deux sortes de remarques. Les unes tirées de la simple raison et de la nature même des choses ; les autres plus étrangères qui regardaient les faits et les autorités.
On ne doit pas avoir beaucoup de regrets à la perte de ces premières, on est toujours en état de les réparer avec le secours de cette raison universelle qui est de tous les lieux et de tous les temps. Chacun peut lire l’Apocalypse, juger de l’ouvrage même, voir s’il est aussi obscur, aussi impénétrable, aussi destitué de sens et de raison que le prétendent ces auteurs. La connaissance des faits qu’ils avaient entre les mains serait plus nécessaire aujourd’hui et nous délivrerait de l’incertitude où nous jette le défaut de monuments. Cette partie de leur critique qui s’attachait à prouver que l’Apocalypse est de Cérinthe, et non pas de S. Jean suppléerait en quelque sorte au profond silence qui règne dans l’histoire depuis S. Jean jusqu’à Justin premier témoin de l’Apocalypse. Peut-être aussi qu’à travers de ce qu’ils disaient et dans le propre fond de leurs objections nous trouverions de quoi leur répondre et nous satisfaire en même temps. Ce ne serait pas la première fois que la vérité se serait défendue avec les mêmes armes destinées à la combattre. Il n’est pas jusque chez l’Empereur Julien, et dans le fort même de ses attaques, d’où elle n’emprunte du secours.
A ces Docteurs qui étaient grecs il faut joindre un auteur latin qui était en règne vers l’an 200 de Jésus Christ [31]. C’est le Prêtre Caïus, l’oracle de l’Église Romaine et le bouclier qu’elle opposait aux hérétiques de ce temps-là. Dans une dispute qu’il avait avec les Chiliastes il parle ainsi : Cérinthe alléguant certaines révélations comme écrites par un grand Apôtre, débite des prodiges qu’il a feints comme lui ayant été découverts par les Anges ; il assure qu’après la résurrection il y aura un règne de Jésus Christ sur la terre et que les hommes jouiront des plaisirs du corps dans Jérusalem : il ajoute qu’ils passeront mille ans dans des fêtes nuptiales, etc.
Il n’y a pas de doute que par ces révélations supposées à un grand Apôtre, comme s’il les eût reçues des Anges, Caïus ne désigne l’Apocalypse qu’il croit être de Cérinthe et non de S. Jean. Il est en effet parlé dans ce livre de prodiges et de visions surprenantes, étalés par des Anges aux yeux de S. Jean. Il y est parlé d’une première résurrection, d’un règne de mille ans qui la devait suivre, d’une nouvelle Jérusalem et des noces de l’agneau où les hommes doivent être invités, etc. Toutes choses que les Chiliastes expliquaient d’une félicité temporelle, et qu’ils appuyaient particulièrement sur l’Apocalypse de S. Jean, mais que Caïus rejette ici sans distinction comme des chimères débitées par Cérinthe sous le nom d’un grand Apôtre.
Il faut donc avouer de bonne foi que Caïus avait en vue l’Apocalypse ; et c’est ainsi que l’entend Eusèbe qui avait lu l’ouvrage même de ce Docteur ; car après en avoir cité les paroles qu’on vient de rapporter, il y joint immédiatement un autre passage de Denys d’Alexandrie qui allègue une ancienne tradition laissée à l’Église, que Cérinthe s’était servi de l’Apocalypse de S. Jean comme d’un grand nom pour donner plus de crédit à ses rêveries. Et je n’aurais pas insisté sur une chose qui me paraît plus claire que le jour, si M. Dupin n’eût affecté d’y jeter quelque doute sans nécessité, comme pour insinuer que Caïus entendait peut-être une fausse révélation différente de l’Apocalypse. Véritablement il est assez étrange que l’Église de Rome qui se dit la seule colonne de la vérité remit alors ses intérêts à un homme qui parlait si mal d’un livre divin, sans être désavoué par le Pape ni par aucune assemblée Ecclésiastique.
Tout le monde ne sait peut-être pas quel homme c’était que ce Caïus : il ne sera pas inutile de le faire un peu mieux connaître. L’Église s’était remplie de faussaires qui contrefaisaient le style des Apôtres : les uns, comme les hérétiques, à dessein de glisser plus aisément leurs erreurs, et les autres sous de pieux prétextes que des fables dévotes, débitées à bonne intention, attiraient plus de vénération au christianisme. On ne voyait paraître que faux Évangiles, faux actes, fausses Épîtres, fausses Apocalypses, que la fraude produisait sur la scène et qu’elle tâchait d’animer de l’esprit de l’antiquité, jusqu’à faire illusion aux plus sages et aux plus savants. Notre Caïus ne voulait pas augmenter le nombre des dupes ; et comme ces habiles spectateurs de l’opéra, qui ne s’arrêtent point aux décorations du Théâtre, il allait derrière examiner les cordages et les ressorts que l’imposture faisait jouer. Mais soit que l’expérience l’eût rendu trop défiant, ce que nous apprenons d’Eusèbe, soit qu’il lui arrivât quelquefois de raisonner par intérêts de parti, ce qui a sa source dans le cœur humain, il était devenu très importun dans la dispute ; à force de nier les principes il dépaysait ses adversaires ; et sans user de ménagements, ni de distinctions, il faisait main basse sur tout ce qui l’incommodait.
Il n’est guère d’anciens qui n’ait grossi le Canon de quelque pièce apocryphe, celui-ci le diminuait tant qu’il pouvait. A la bonne heure s’il n’eût fait que l’épurer ; mais avec l’ivraie il arrachait aussi le bon grain. Disputant un jour en présence du Pape Zéphirin contre les Montanistes qui lui objectaient un passage de l’Épître aux Hébreux, il osa bien soutenir qu’elle n’était ni de S. Paul ni Canonique ; et il le prit si haut que non seulement il confondit ces bonnes gens qui ne s’y attendaient pas, il vint même à bout de donner le ton aux Églises d’Occident qui ne voulurent point la recevoir. Est-ce donc là cette tradition si vantée aujourd’hui et dont les Pères auraient été les fidèles dépositaires ? les uns qui supposaient de fausses traditions aux Apôtres, et les autres qui les dépouillaient de leurs propres écrits.
Il est étrange que pour combattre avec plus d’avantage, Caïus se jetât dans une telle extrêmité que d’exclure l’Apocalypse du nombre des livres sacrés. Il n’avait qu’à donner un sens spirituel au règne de mille ans : dire comme S. Cassien que Jérusalem peut s’entendre en quatre manières. Selon l’histoire pour la ville des Juifs, selon l’allégorie pour l’Église de Jésus Christ, selon l’analogie pour la cité céleste, et selon la tropologie pour l’âme de l’homme. C’étaient là de fortes batteries contre la Jérusalem que les Chiliastes attendaient, et d’autant plus fortes qu’une allégorie passablement conduite ou quelque comparaison placée un peu à propos, faisait alors plus d’impression que les preuves les plus concluantes de la logique. Après tout, il n’y avait qu’à se retrancher sur l’obscurité du livre, et c’est le parti que va prendre S. Denys d’Alexandrie.
Ce n’est pas qu’il n’eût quelque penchant à rejeter l’Apocalypse, il était fort opposé au règne de mille ans, et dans son ouvrage qu’il avait intitulé des Promesses, il répondait aux objections de Népos le chef des Chiliastes d’Égypte. L’Apocalypse l’embarrassait un peu, mais il n’était pas si hardi que Caïus : il ne veut pourtant pas que les Chiliastes ignorent que c’était un livre fort contesté : Quelques-uns de mes prédécesseurs, dit-il [32], l’ont rejeté entièrement et l’ont réfuté chapitre par chapitre, faisant voir qu’il était destitué de sens et de raison, que l’inscription en était fausse et qu’il n’a point été composé par S. Jean …… mais par Cérinthe qui voulait employer un grand nom pour donner plus de poids à ses rêveries …… et autres motifs que nous avons allégués ci-dessus. Après avoir débuté de cette manière et pour ainsi dire lâché ses enfants perdus, comme pour ralentir le premier choc des Chiliastes qui le pressaient, et qui faisaient de l’Apocalypse une puissante arme offensive, il vient à ce qu’il en pense lui-même ou du moins à ce qu’il fait semblant d’en penser : Pour moi, ajoute-t-il, je n’oserais rejeter entièrement ce livre, surtout parce que plusieurs de mes amis le reçoivent. Je le regarde comme étant au-dessus de ma portée. Je crois qu’il renferme un sens admirable, mais un sens mystérieux et caché : car quoique je n’y entende rien, je soupçonne pourtant qu’il y a quelque sens sous ces paroles, et donnant plus à la foi qu’à mon propre jugement, je les estime trop sublimes pour être entendues par un homme comme moi. Aussi je n’ai garde de condamner ce que je n’entends point, mais j’admire ce que je ne saurais comprendre.
Je ne sais ce que les autres penseront des réflexions de S. Denys, pour moi j’y trouve plus de docilité que de lumière, plus de complaisance que de véritable persuasion. Il commence par mettre en problème l’autorité de l’Apocalypse, il étale les objections de ses prédécesseurs, et ce qu’il y a de pis, il ne se met point en peine d’y répondre. Après de tels préliminaires, qui ne paraissent pas hasardés sans raison, il ne lui restait plus qu’à rejeter ouvertement l’Apocalypse, mais une raison de bienséance le retient : plusieurs de ses amis respectaient ce livre et il ne voulait pas les désobliger. La politesse de ce Docteur passait la simplicité de son temps, et quoique l’opinion des Chiliastes lui parût dangereuse, il ne laisse pas de traiter Népos avec de grands égards : il l’estime, il l’honore, et rien n’est plus flatteur que les éloges qu’il lui donne. Un homme qui en usait si bien avec ses adversaires, que n’aurait-il pas fait pour ses amis ? Pour moi, dit-il, je n’oserais rejeter entièrement ce livre, surtout parce que plusieurs de mes amis le reçoivent. Ce n’est pas qu’il l’admette tout à fait, il n’ose le rejeter entièrement. Non qu’à force de la méditer il soit venu à bout d’en connaître les beautés ; il avoue de bonne foi qu’il n’y entend rien. Il croit que le sens en est admirable, mais un sens mystérieux et caché. Il donne plus à la foi qu’à son jugement. C’est-à-dire à la foi de ses amis ; car la sienne n’était pas la foi que l’Écriture définit une vive représentation des choses qu’on espère et une démonstration des choses qu’on ne voit point. La foi de S. Denys n’était qu’un simple soupçon. Je soupçonne pourtant qu’il y a quelque sens sous ces paroles : mais je les estime trop sublimes pour être entendues par un homme comme moi. Il est vrai que ce soupçon allait jusqu’à produire l’admiration, mais une admiration proportionnée à ses lumières. J’admire ce que je ne saurais comprendre. Ceci est encore pour ses amis, et demander à ce Docteur comment on peut admirer ce qu’on entend point, ce serait manquer de discrétion pour un homme qui poussait la complaisance si loin.
Il vous répondra un peu plus nettement si vous l’interrogez sur l’auteur de l’Apocalypse, et quoiqu’il ne fût pas d’une humeur fort contrariante, je n’accorderai pas facilement, dit-il ensuite, que ce livre soit l’ouvrage de S. Jean. Il tâche même de nous prouver le contraire par une espèce d’opposition qu’il met entre les écrits de cet Apôtre et l’Apocalypse qu’il attribue à un autre Jean ; mais de peur que ses amis ne vinssent à trouver mauvais qu’il affaiblît ainsi l’autorité de ce livre, je crois pourtant, ajoute-t-il, que ce Jean était un homme inspiré du Saint Esprit. Il remarque qu’outre l’Évangéliste il y a eu plusieurs personnes de ce même nom ; entre autres Jean surnommé Marc dont il est parlé dans les Actes. Il n’entend pourtant pas celui-ci, mais un autre qui a demeuré en Asie, et aussi bien que l’Apôtre, tous deux ensevelis à Éphèse, où l’on voyait, dit-on, leur tombeau. Et voici les raisons qu’il allègue pour montrer que l’Apocalypse n’est pas de l’Apôtre. 1º Celui-ci ne met jamais son nom à ses livres et parle toujours de soi en tierce personne et se nomme deux ou trois fois. 2º L’Évangile et les lettres parlent de la même manière. On y trouve les mêmes pensées répétées presque dans les mêmes termes ; enfin c’est le même style et le même génie. Mais l’Apocalypse est toute différente et n’a pas même une syllable de commune. 3º L’Apôtre ne parle point de son Apocalypse dans ses lettres. 4º Elle est pleine de solécismes et d’expressions barbares, au lieu que les ouvrages de S. Jean sont beaucoup mieux écrits en grec. Telle est en peu de mots la critique de S. Denys fort louée par Eusèbe et par S. Jérôme.
Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus si l’on entreprenait de faire une dissertation. Que Jean l’Évangéliste fût un homme inspiré de Dieu, tout le monde en convient : mais que l’autre Jean le fût aussi, d’où est-ce que S. Denys le savait ? Est-ce par ses miracles ? Personne n’en a parlé. Est-ce par le livre même de l’Apocalypse ? S. Denys ne l’entendait point.
On ne saurait nier que le style de l’Évangile et des lettres de S. Jean ne soit plus pur que celui de l’Apocalypse : cependant on y trouve quelquefois les mêmes expressions. Il est dit dans l’Évangile au Chap. XIX. vers 35 : Celui qui l’a vu a témoigné ; et au Chap. XXI. vers 24 : C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, etc. Et dans la Première Épître, Chap. I. vers 1 et 2 : Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos propres yeux, etc., nous le témoignons. La même manière de certifier se trouve au commencement de l’Apocalypse : Jean son serviteur qui a témoigné de la parole de Dieu, du témoignage de Jésus Christ et de toutes les choses qu’il a vues. Ce qui contient encore une allusion à la parole qui est décrite dans le premier chapitre de l’Évangile selon S. Jean. Et non seulement l’Apocalypse donne le nom de parole à Jésus Christ, elle l’appelle aussi l’agneau qui nous a aimés et qui nous a lavés de nos péchés par son sang. Termes particuliers à S. Jean qui se trouvent au commencement de l’Apocalypse. Si l’auteur de l’Apocalypse n’est pas S. Jean, du moins il a bien voulu qu’on le prît pour lui. Dès lors quelle opinion aura-t-on de sa sincérité, et comment Denys pouvait-il croire que c’était un homme inspiré de Dieu ? Le téméraire Caïus qui le prenait pour un fourbe se soutenait beaucoup mieux. Aussi agissait-il plus rondement que S. Denys que je soupçonne fort de parler ici par économie ; méthode dont S. Jérôme faisait honneur aux anciens. Je n’en doute même presque plus sur le rapport d’un de ses successeurs au Patriarchat d’Alexandrie, qui s’exprime en ces termes : Saint Denys ne disait pas franchement ce qu’il croyait, c’est S. Athanase qui parle [33] , il s’accomodait au temps et aux personnes, semblable à un habile jardinier qui coupe, taille, plante, arrache, selon la qualité des arbres et du terroir ; et cette différente conduite qui marque l’adresse, le rend digne d’admiration. Il écrivait par économie, continue S. Athanase, et ce qu’on écrit ainsi ne doit pas être pris à la lettre, ni comme chacun le voudrait.
Après cela je crois qu’il serait inutile de disputer davantage avec un homme qui ne disait pas ce qu’il pensait. Il vaut mieux tirer de ses paroles une conséquence qui ait plus de rapport à notre sujet. Il n’ose rejeter l’Apocalypse surtout parce que plusieurs de ses amis la reçoivent ; si plusieurs la recevaient de son temps, cela veut dire aussi que plusieurs la rejetaient. Le jugement favorable des uns ne prouve pas qu’elle fût alors dans le Canon, puisque les Pères qui la citent, ont cité comme des livres divins quantité de pièces certainement Apocryphes. Mais de ce que les autres la rejetaient, non en secret, mais à la face des Églises et sans passer pour hérétiques, il s’ensuit qu’elle n’était pas encore dans le Canon.
Et ce qui le fait voir d’une manière plus positive c’est le recueil intitulé Canons Apostoliques, non que les Apôtres en aient été les auteurs, mais parce que ce code de l’ancienne Église a été composé par des hommes apostoliques. Aussi l’appelait-on autrefois Canons Anciens, Canons des Pères, Canons Ecclésiastiques, titres qu’ils portent dans plusieurs manuscrits, comme M. Cotelier l’a remarqué ; non seulement Justinien les loue dans la sixième nouvelle, mais ils sont encore cités dans le code Théodosien, dans le synode de Constantinople de l’an 394 et même jusqu’à six ou sept fois dans le premier concile de Nicée. Il sont pour le plus tard du troisième siècle, comme l’ont prouvé Messieurs de l’Aubespine, Beveregius Docteur anglais, et depuis peu M. Dupin, qui croient avec raison que c’était un recueil des Canons de plusieurs conciles tenus avant celui de Nicée. On trouve donc dans le quatre-vingt-cinquième articles de ce recueil, le catalogue des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’Apocalypse n’y parait point ; et ce n’est pas ici la voix d’un simple particulier, c’est en quelque manière toute l’Église qui approuve.
Il y a même cette différence entre les Pères qui ont admis l’Apocalypse, et ceux qui lui ont donné l’exclusion : les premiers se contentaient de la citer, sans nous dire d’où ils la tenaient ni comment elle était venue des mains de S. Jean jusqu’à eux. S’ils paraissaient ne se douter de rien, la possession leur tenait lieu de titre ; et cette bonne foi serait un préjugé favorable si elle n’allait pas jusqu’à donner asile à des écrits supposés. Les autres plus défiants examinent, descendent dans le détail de la critique, déterrent les monuments, confrontent les écritures, et s’ils ont été assez malheureux pour s’écarter de la vérité, il faut leur tenir compte des peines qu’ils ont prises pour ne pas se laisser tromper.
Ce qui affaiblit un peu leur autorité, c’est qu’en même temps ils disputaient contre le règne de mille ans, et comme cette question devait naturellement se décider par l’Apocalypse, peut-être qu’ils n’ont récusé ce tribunal que parce qu’ils le croyaient trop favorable aux Chiliastes, car de quoi n’est pas capable l’esprit de parti ? L’histoire de l’Église n’en fournit que trop d’exemples, et sans aller plus loin n’avons-nous pas vu Caïus rejeter l’Épître aux Hébreux sous le prétexte qu’elle enseignait le dogme rigide des Montanistes ?
Il ne faut pourtant pas pousser fort loin cette réflexion, de peur qu’elle ne vienne à rejaillir contre les partisans de l’Apocalypse, Chiliastes eux-mêmes, et par conséquent intéressés à citer avec éloge un livre qui appuyait leur dogme favori, le fondement de leurs plus belles espérances.
En conclusion quand on fait masse de tous ceux qui ont considéré le livre comme apocryphe et non fondé, on peut mettre en doute l’intérêt que le livre de l’Apocalypse mérite. Et pour ce qui est de fonder ses espérances sur les élucubrations de l’ouvrage on ne peut que se montrer dupe de tous ceux qui voudront en faire le guide de leur vie.
Notes:
[1] Hist. de l’Église. Livre VIII. Chap. 5.
[2] Hist. Eccles. Liv. III. Chap. 3.
[3] Liv. II. Chap. 24.
[4] De Vit. ill. Chap. 2.
[5] Chap. XLV, XLVI.
[6] Eusèbe, Hist. Liv. III. Chap. 28. Liv. VII. Chap. 25.
[7] Tertul. contra Marc. Lib. IV ; Epiphan. hœres.
[8] Epiphan. hœres 30.
[9] Admonitio ad Græcos.
[10] Justin, ibid.
[11] Justin, Apol. 2da.
[12] Liv. IV. Chap. 37. Et alibi.
[13] Ireneus. Lib. IV. Cap. 3.
[14] Lib. III. Cap. 2.
[15] Euseb. in chron.
[16] Apud Euseb. Lib III. Cap. 39.
[17] Lib. IV. Hist. Cap. 26.
[18] L. V. C. 13. de son hist. Ecclésiast.
[19] L. IV. C. 24.
[20] Hist. Critiq. du N.T. Chap. III.
[21] Epist. ad ..
[22] Ad Autolicum Lib.
[23] Pœdag. L. II. C. 10.
[24] Electa. 9. 41.
[25] L. de Anima.
[26] Lib. III. Cont. Marcion.
[27] Prolegom. sur la Bible. Lib. VI. Cap. 6.
[28] Epist. ad presb. XV. de l’édition de Fell.
[29] Euseb. Hist. L. III. C. 39.
[30] Apud Euseb. L. VII. C. 25.
[31] Apud. Euseb. Lib. III. Cap. 28
[32] Apud. Euseb. Hist. Lib. VII. C. 21.
[33] Athanas. de fide Dyonisi. Alexand.