De l’ a-théisme au théocratisme - nihilisant

A 18 ans, je lisais Marx. Cà m’avait emballé.
Ma vieille instit m’ayant dit : « T’as pas fini ! Pour voir où certains coco et démocraties en sont arrivés à travers Karl Marx ! », j’ai peu après versé dans une utopie qui semblait lui faire écho, Dieu en plus : les Témoins d’un Dieu bien particulier, vous voyez lesquels ?

- Eloge du Néant
- Wilfrid Hoffacker, août 2005.
Les anciens de la congrégation que j’ai rejoint connaissaient mon parcours.
Cà leur inspirait beaucoup de fierté, surtout après que l’un d’eux m’ait traité d’orgueilleuse, parce que j’avais trouvé insipide le livre « La Vérité qui conduit à la vie éternelle », abatteur de choses qui ne concernent pas un athée. Et surtout parce que, lorsqu’il y est dit que le vrai christianisme, on le reconnaît chez, et en, les seuls témoins de Jéhovah : à la question posée, j’avais répondu : NON !
Moi, je ne voulais pas étudier un livre mais la Bible. C’est alors que ma « chère et vieille cousine » me consacra des soirées entières à m’entendre lire la bible, jusqu’à des trois heures du matin, pendant qu’elle extrayait de son placard mural - empli à craquer sur plusieurs rangées de rayons - le livre, le périodique, la brochure qui répondrait aux questions d’ordre biblique que je soulevais au fur et à mesure de ma lecture, dans la version Louis Segond.
Sans compter les retours en arrière que je faisais, et les bonds en avant, du fait des correspondances auxquelles ses publications renvoyaient.
Le nombre de publications avec lesquelles je repartais, au petit matin, et le nombre d’heures, faisaient d’elle à travers moi, une excellente « prédicatrice » aux yeux des « anciens » - appelés « aînés » à cette époque. Cà, çà se voyait dans leurs regards et à la considération dans leurs salutations quand nous étions ensemble …
Quelquefois elle me disait ne pas oser rapporter exactement le nombre d’heures que nous avions passées, elle les étalait sur les périodes où je venais moins. Ce que j’ai su plus tard, c’est que toutes ses heures avaient été comptabilisées.
Pour les aînés, je faisait partie d’une heureuse comptabilité : heures et argent qui entraient, et sur les « fiches de prédication », et dans la caisse à pièces et billets de la Salle du Royaume, pour mes livres, brochures, abonnements, même en anglais ! qu’elle payait de sa poche. Mais comme elle me jurait qu’il n’y avait pas de quête comme dans les églises catholiques, je n’y prêtais aucune attention.
De beaux chiffres à montrer aux « successeurs de l’apôtre Paul » (ainsi que je commençais à les concevoir), c’est à dire les surveillants de circonscription.
Mais pour revenir au sujet « athéisme », ce qui facilitait mon adhésion à ce que me cousine appelait le mode de vie chrétien des Témoins de Jéhovah, c’était que je n’étais attachée à aucune tradition religieuse, ni conception d’avenir après la vie terrestre.
Les TJ ne semblaient pas pratiquer le culte de leurs morts, ne croyaient pas aux souffrances éternelles de l’enfer de nombre de religions. C’était « chouette ».
Ils croyaient , au pire, effectivement, en la mort définitive, nue : en somme, comme moi, l’athéisante.
Et je ne voyais jamais - consciemment du moins - que cette non-vie était en fait leur terreur. Pendant ce temps, l’on s’employait à me faire brilller une sorte de révolution mondiale en marche, dont ils étaient les seuls pionniers et les futurs conquérants d’une éternité imminente de bonheur.
A force d’étude, j’acquerrais L’ESPRIT que je n’avais pas encore selon eux, pour comprendre EN TOUT, et le Tout de leur enseignement !
Esprit que je n’aurais pas tant que je n’aurais compris le message de la Bible. Et je ne voyais pas, tout en émettant des tas d’objections, que je m’enfonçais dans les élucubrations didactiques au service du commerce pan-théocratique d’une multinationale.
Ma cousine sortait des publications et de ses relations des faire-valoir :
Geneviève Anthonioz-De Gaulle avec l’aura de liberté, de ténacité, de crédibilité, et d’efficacité lié à ce nom,
des écrivains, comme Valéry qui avait déclaré : « Nous autres civilisations savons désormais que nous sommes mortelles », pour justifier la fin d’une ère, et donc le monde nouveau dans les quelques années à venir.
Quelques personnes en qui je reconnaissais des gens plus savants que moi :
un médecin, fils d’humbles TJ , pionniers de la première heure (qui « malheureusement n’avait pas le temps d’aller en prédication, lui, et mettait des Réveillez-vous » dans sa salle d’attente),
un prof d’université !
Un géomètre dans dans des chantiers de renom,
Un conseiller pédagogique !
Eux, comprenaient TOUT de l’enseignement « libérateur d’asservissements » des TJ. Ce faire-valoir là, influait insidieusement sur ma poursuite de perpétuelle étude avec les seuls TJ.
Ils étaient - au travers de ma cousine dont on n’a jamais mis en doute l’honnêteté dans la famille - une caution tacite de crédibilité du « christianisme pan-Jéhoviste-américain » (si ce n’était pas Rome pourquoi pas New-York , l’empire Romain ayant déchu).
Quand au Juge qui s’appelait Rutherford, qui avait « compris qu’ils étaient « LES » seuls témoins de Jéhovah », vous pensez ! Un juge ! Quelle affaire quand on est jeune et ado !
L’Athée que j’étais conçut qu’une cause première ayant un NOM, pouvait avoir aussi un dessein, et par le truchement de l’effet-foule des stades annuellement presqu’emplis de TJ, la présence des quelques plus instruits que moi, et ma propension à trouver les autres toujours quelque part supérieurs à moi, voilà comment de Marx, et ses valeurs, on passe à celles qu’on retrouve, identiques, dans un Christianisme Tjistiques rejetant toutes les religions et habituant les gens à croire à la mort=Néant absolu, mais sans jamais le dire vraiment.
La mort n’est ni dessinée, ni parlée… sommeil hypothétique (temporaire celui-là au risque de bascule dans le néant).
Le témoin de Jéhovah, en fait, est dans une course permanente à la lisière du néant, sans aucune garantie d’y échapper, si l’on approfondit bien les discours de La Tour de Gué ou de Garde.
Il y a là toute une étude à faire. Or moi, du néant, il se trouve que objectivement, je n’en avais pas peur. Je n’en ai pas peur, mais un jour comme pour nombre de TJ, la tentation du suicide m’a effleurée, quand j’avais à porter tout :
le mari (élevé au lait des TJ), les enfants, le handicap, la charge de la maison, l’assistance et l’activité aux réunions et en prédication (Matthieu 24:14 [1] - jamais 24:11 [2], à propos des écrits et des promesses Tjistiques), le travail, une immense fatigue, et par-dessus tout çà, un médicament qui peut en donner la force, de passer à l’acte.
Non ! J’ai arrêté le médicament avec l’accord du médecin à qui j’avais confié tout çà, ainsi que les réunions, et j’ai laissé décanter. Les TJ m’avaient appris à feuilleter la Bible avec précision, ils ne m’avaient bien sûr pas empêché de la lire, mais c’était au détriment de la lecture de TOUS leurs livres et journaux obligés.
Plusieurs fois j’ai lu la bible en entier, mais seule, et en priant, bien qu’avec le temps, il n’y avait plus que leur point de vue qui dominait, et pour cause, avec toutes leurs réunions à sens unique.
Je ne retournais donc ni à leur néant, ni au mien (du temps où je me déclarais athée comme beaucoup ici), je me laissais porter par ma « foi », « mon ange » (cette force qui vous épargne des pires) et l’impérieuse nécessité d’élever mes enfants.
Vous dire que je n’ai pas traversé vos « où suis-je ? », « où en suis-je ? » serait faux.
Mais la philosophie m’avait appris que c’était la caractéristique de l’homme… Et le Christ
même a laissé transparaître dans son humaine condition les interrogations humaines : « Père pourquoi m’as-tu abandonné » (Matthieu 27:46 ; Marc 15:34)…
Le mélange de toute cette expérience, m’a rendue plus forte. Le « retour au bourbier de débauches » (2Pierre 2:22) dont le système Tjistique menace et affuble ses déserteurs a été pour moi un défi à relever… « On ne sait pas quoi faire de Toi ! » m’avaient -ils déclarés quand j’ai refusé de les voir en comité dit judiciaire !
J’ai compris pourquoi et comment les TJ ratissent large :
les athées curieux des ouvrages, socs de civilisations qui d’aventure sont tentés par une étude gratuite de la bible à domicile, ou maintenant sur internet,
les chrétiens déçus de leur religion dès lors qu’il est difficile à un TJ de pouvoir dire que ceux qu’ils disent exclus, se réépanouissent dans l’une de ces religions dénigrée,
Les a-culturés en matière de bible.
Voilà comment des croyants, bassinés de néant omniprésent au côté du rêve de vie éternelle par le seul canal d’un dénommé christianisme authentique, spécifique et rejetant, deviennent des athéisants.
J’ai mis tant d’années à décortiquer le néant christino-watchto-Jého-wérien, de ses sloggans de bonheur au moyen de leur « connaissance » dite « exacte » de la bible associée à leur logo de « Tour de Garde ou de gué (selon les traductions) » en étendard publicitaire.
Je crois que ce sujet - le Néant chez les TJ - est vital.
Car comment concevoir autrement le suicide, dans une « religion » qui clame le bonheur de ses adeptes, déjà, dans ce qu’elle leur fait appeller « le paradis spirituel » ? Une religion qui porte en elle la consécration de l’absurdité de la vie, transcendée par l’aboutissement au néant, par défaut d’accés à l’immortalité !
Il me semble dès lors plus sain d’être athée.
La mort entre dans le cycle de la nature, et la nature n’est-elle pas vie ?
C’est en tout cas ce à quoi je croyais quand j’étais athéisante, par rejet de la religion de mes ancêtres, en l’occurrence catholiques.
Si religion veut dire relier, relier à la divinité, à la transcendance, la religion de ceux qui se sont laissés appeler « Témoins de Jéhovah » ne vous relie-t-elle pas en même temps et incontournablement, au divin et au néant, que cette « religion » induit ?
Je vous laisse à vos conclusions… Je n’expose ici que que mes réflexions, à chaud,et non pas une école de pensée.
Je suis sûre que ce sujet n’a pas fini de faire rebondir !
Notes:
[1] « Et cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans toute la terre habitée, en témoignage pour toutes les nations ; et alors viendra la fin. »
[2] « Et beaucoup de faux prophètes se lèveront et en égareront beaucoup »