Daniel et les sept Temps des Gentils - 3. des points dérangeants
Si la construction prophétique de la Watchtower relative à la prophétie de Daniel semble, a priori, satisfaisante sur le plan intellectuel, un certain nombre de points dérangeants sont à signaler.
1. Pourquoi aller au-delà de ce qui est écrit ?
(1 Corinthiens 4:6)
Or, frères, ces choses, je les ai présentées sous une autre forme, de manière à ce qu’elles s’appliquent à moi et à Apollos pour votre bien, pour que, dans notre cas, vous appreniez cette [règle] : “ N’allez pas au-delà de ce qui est écrit ”, afin que, individuellement, vous ne vous gonfliez pas [d’orgueil] en faveur de l’un contre l’autre.
Oui, pourquoi aller au-delà de ce qui est écrit ?
Car, en effet, objectivement, qu’est-ce qui indique qu’il faille torturer cette vision pour en sortir autre chose que ce que dit le verset 32 :
On te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, on te donnera comme aux boeufs de l’herbe à manger ; et sept temps passeront sur toi, jusqu’à ce que tu saches que le Très Haut domine sur le règne des hommes et qu’il le donne à qui il lui plaît.
.
Notez bien que le verset ne dit pas
« et afin que mes serviteurs discernent, avec l’intelligence qui a de la sagesse, l’époque à laquelle j’installerai mon roi oint pour l’éternité », ce qui aurait eu le mérite de lever toute ambiguité.
Mais, et je le regrette, ce que le texte biblique dit c’est quelque chose comme :
c’est moi, Dieu , je suis le Tout-Puissant et je fais ce que je veux, et toi mon gars, tu vas apprendre l’humilité.
C’est une leçon d’humilité donnée à un roi idolâtre et vantard et la fin du chapitre montre que ce roi avait compris la leçon.
Du reste, cette mésaventure allait rester, selon le rédacteur, dans les souvenirs familiaux puisque nous lisons, rapporté par son petit-fils Belshazzar :
Dan 5:20-21 Mais lorsque son cœur s’éleva et que son esprit s’endurcit jusqu’à l’arrogance, il fut précipité de son trône royal et dépouillé de sa gloire ; (21) il fut chassé du milieu des enfants des hommes, son cœur devint semblable à celui des bêtes, et sa demeure fut avec les ânes sauvages ; on lui donna comme aux boeufs de l’herbe à manger, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu’à ce qu’il reconnût que le Dieu suprême domine sur le règne des hommes et qu’il le donne à qui il lui plaît.
Ça va, leçon bien apprise, objectif atteint.
Notez, et c’est intéressant que la référence capitale aux sept temps a disparu du texte biblique car non essentielle à l’épisode.
Mais alors, pourquoi forcer le sens de la vision ?
Nous y répondrons au point 3.
2. Sept temps ou sept ans ?
Voyez-vous la différence entre temps et ans ?
Pas trop si l’on considère que la période était vaguement définie, mais beaucoup si l’on introduit une précision calculatoire.
Car, nous lisons bien temps dans la TMN (Traduction du Monde Nouveau - version jéhoviste) et dans la version Second cité dans l’article précédent et non ans.
Mais que peut bien dire le texte original ?
Le TWOT ( Theological Wordbook of the Old Testament by R. Laird Harris, Gleason L. Archer, and Bruce K. Waltke) dit ceci à l’entrée temps à propos de notre expression bien étrange :
"Mot araméen ’iddan
référence croisée de Strong : 5732
Définition : temps, période, année, ère
’iddan est probablement un mot emprunté à l’akkadien e/adanu, adannu, haddnnu.
les deux sens basiques sont un point dans le temps et une période de temps.
Le mot revient à treize reprises chaque fois dans Daniel avec trois nuances de sens différentes.
(…)
Troisièmement,le fonction d’’iddan en Daniel chapitre 4 est quelque peu problèmatique. Dans ce chapitre les versets 16,23,25 et 32 emploient la phrase shib’a ’iddanin, littéralement sept temps.
Cependant la LXX (Septante), Flavius Josèphe et les commentateurs traditionnels juifs ont compris la phrase comme signifiant sept ans (voir J. J. Slotki, Daniel, Ezra, Nehemiah, London : The Soncino Press, 1951, p. 33).
Toutefois, il n’est pas nécessaire de considérer ’iddan comme se rapportant à une période définie dans ces versets et la traduction de la NASB (New American Standard Bible) en « sept périodes de temps » est probablement préférable à toute autre expression plus spécifique à la fois en Daniel chapitre 4 et en Dan 7:12."
A ce propos, et suivant cet avis, la Bible d’André Chouraqui (1989) rend précisément, au verset 16, shib’a ’iddanin par sept périodes de temps.
Amis des constructions prophétiques, vos bases sont-elles solides ?
Pour semer encore plus le doute (n’oublions pas la devise du site) voici le commentaire des hébraïsants Keil et Delitzsch à propos du verset 16 (in Keil & Delitzsch Commentary on the Old Testament / Johann (C.F.) Keil (1807-1888) & Franz Delitzsch (1813-1890)) :
"Et sept temps passeront sur lui - dans les circonstances décrites, cad sa condition captive, sept temps passeront sur lui.
Suivant l’exemple de la LXX et de Josèphe, beaucoup de traducteurs anciens et modernes ont remplacé le mot ’iddan par année car les temps en Dan 7:25 ; 12:7 sont aussi des années ; et qu’en Dan 4:29 mention est faite de 12 mois.
Mais, à l’analyse, et dans Dan 4:29 la durée d’’iddan ne peut être fixée et en en Dan 7:25 ; 12:7 les temps ne sont pas des années.
’iddan désigne une période de temps défini, dont la longueur et la durée peuvent être très différents.
Sept est « la mesure et la signature de l’histoire du développement du royaume de Dieu et de tous les facteurs et phénomènes significatifs pour lui » (Lämmert’s “Revision of the biblical Symbolical Numbers” in the Jahrbb.f. deutsche Theol. ix. p. 11) ou selon Lyers, in Herzog’s Realencykl. xviii. p. 366, l’exprime lui-même « la signature de toutes les actions de Dieu en jugement et en miséricorde, punitions, expiations, consécrations, bénédictions en rapport avec l’économie de la rédemption s’accomplissant à travers le temps. »
En accord avec cela, les sept temps correspondent à la durée de la punition divine qui fut décidée contre Nebucadnezzar conformément au projet et l’histoire de la rédemption.
Quant à savoir si ces temps doivent être compris comme des années, des mois, des semaines, cela n’est pas précisé et ne peut être déterminé du tout. L’hypothèse qu’ils signifient sept ans « ne peut être conciliée avec le fait que Nebucadnezzar ait recouvré la raison, chose qui n’arrive que très rarement après une si longue maladie mentale (J. B. Friedreich, Zur Bibel. Naturhist., anthrop. u. med. Fragmente, i. p. 316). »
Si les sept temps ne sont pas sept ans, alors c’en est fini des 2520 ans et des élucubrations prophétiques adventistes.
3. L’origine du calcul prophétique jéhoviste
Nombre de TJ croient que le calcul des sept temps des Gentils basé sur Daniel 4 est une intuition lumineuse de Charles Taze Russell, fondateur du mouvement, sous la direction bienveillante de l’esprit saint.
Pas de chance, il n’a rien inventé.
Notes: