Daniel et les 70 semaines d’années
Nombreux chrétiens fondamentalistes considèrent que la prophétie des 70 semaines d’années qui apparaît en Daniel au chapître 9 du verset 25 au verset 27 est une preuve incontournable de la véracité du livre.
(Daniel 9:24-27) “ Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte, afin de mettre un terme à la transgression, et de supprimer le péché, et de faire propitiation pour la faute, et d’amener la justice pour des temps indéfinis, et d’apposer un sceau sur vision et prophète, et d’oindre le Saint des Saints. 25 Il faut que tu saches et que tu sois perspicace : depuis la sortie de [la] parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu’à Messie [le] Guide, il y aura sept semaines, également soixante-deux semaines. Elle reviendra et sera bel et bien rebâtie, avec place publique et fossé, mais dans la détresse des temps. 26 “ Et après les soixante-deux semaines, Messie sera retranché, avec rien pour lui-même. “ Et la ville et le lieu saint, le peuple d’un guide qui vient les ravagera. Et la fin de cela sera par l’inondation. Et jusqu’à [la] fin il y aura guerre ; ce qui est décidé, ce sont des désolations. 27 “ Et il devra garder [l’]alliance en vigueur pour la multitude pendant une semaine ; et à la moitié de la semaine il fera cesser sacrifice et offrande. “ Et sur l’aile des choses immondes il y aura celui qui cause la désolation ; et jusqu’à une extermination, la chose décidée se déversera aussi sur celui qui est en désolation. ”
Mais plusieurs écoles d’affrontent pour rendre la signification du texte. André Lacocque, professeur au Theological Seminary de Chicago et directeur du Center for Jewish-Christian Studies a développé une vue toute autre. Avec lui d’autres commentateurs vont dans le même sens : Cornelis Vanderwaal, John E. Goldingay, and Ernest C. Lucas. Selon eux la dernière des 70 semaines d’années de Daniel se rapporte à la période qui s’étende de 171 à 164 avant notre ère, période concernant les événements entourant le meurtre du grand prêtre oint légitime Onias III en 171 avant notre ère, la profanation du Temple par le tyran grec Antochius Epiphane en 167 avant notre ère et finalement la dédicace du Temple par Judas Macchabée en 164 avant notre ère, événement marqué par la fète juive de Hanukkah.
Le diagramme suivant représente l’interprètation d’André Lacocque.

Vous remarquerez que l’interprètation permet de faire le lien avec les années 587 avant notre ère, date historique de la destruction de Jérusalem et 538, date de la destruction de Babylone et du décret probable de Cyrus prescrivant la reconstruction de Jérusalem : deux dates bien identifiées par l’Histoire. - 7 semaines = 49 ans. Puis 62 semaines en partant de la date historique de l’accession au trône de Nebukadnezzar. - 434 ans. De plus, le recentrage de la prophétie sur la période 171/164 avant notre ère permet de mieux comprendre pourquoi les chapîtres suivants du livre semblent faire une fixation sur cette époque tourmentée, marquée par la désolation et l’abomination, thème récurrent - cf Da 8:13 et Da 11:31.
La lecture du texte a perdu sa portée messianique et prophétique.
C’est d’ailleurs cette leçon que retient la Bible de Jérusalem (1999) dans son entrée en matière du livre : « Ce livre comprend deux parties : des récits, chap. 1-6, et des visions, 7-12. Il a été composé pendant la persécution d’Antochius Epiphane (167-164) pour soutenir la foi et l’espérance des Juifs. Il n’est pas un livre prophétique : il relate des événements déjà accomplis, dont l’auteur est assez loin (la chronologie et les noms sont parfois fantaisistes). L’attente de la Fin, l’espérance du Royaume le traversent ; la doctrine des anges s’y affirme ; le dessein caché de Dieu s’y révèle ; le réveil des morts est annoncé ; le Royaume qu’on attend s’étendra à tous les peuples avec à sa tête un mystérieux »Fils d’homme". La première partie s’apparente à certains écrits de sagesse (comme l’histoire de Joseph dans la Gn, Tobie) ; la seconde inaugure le genre apocalyptique, préparé par Ezéchiel, qui s’épanouira dans la littérature juive. L’Apocalypse de St Jean lui correspond dans le NT. Les passages en hébreu et en araméen font partie de la Bible hébraïque.
Notes:
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