Car il n’y a rien de caché qui n’en vienne à être manifeste (Lc 8:17)

- Développement sur les abus du clergé, au Danemark et en Californie, concernant les Témoins de Jéhovah, l’Eglise Catholique, et un documentaire nommé aux Oscars
- Les faits, les allégations, et le dénouement dans le cas du Danemark
- Décisions concernant les procès contre les Témoins et autres en Californie
- Une nomination méritée aux Oscars met en avant le rôle de la liberté d’expression afin de mettre un terme à l’abus sexuel du clergés et d’obtenir la victoire judiciaire des victimes
Développement sur les abus du clergé, au Danemark et en Californie, concernant les Témoins de Jéhovah, l’Eglise Catholique, et un documentaire nommé aux Oscars
Le point de vue de Marcy HAMILTON, professeure de droit public américain - traduit de l’anglais.
L’organisation religieuse des Témoins de Jéhovah est à juste titre créditée d’une jurisprudence importante établissant la liberté d’expression aux Etats-Unis. Parmi les jalons posés l’organisation obtint des décisions reconnaissant le droit de s’opposer à ce que le Gouvernement oblige quelqu’un à prêter le Serment d’allégeance ( the Pledge of Allegiance), dans le cas West Virginia Board of Ed. v. Barnette, ou reconnaissant le droit de mener un prosélytisme paisible dans le cas Cantwell v. Connecticut.
Le récent documentaire « Knocking [1] » attire l’attention sur leurs contributions en ce domaine.
Il est extraordinairement ironique, alors, que les Témoins de Jéhovah aient récemment, au Danemark, pris la position que l’expression, incluant l’expression dans la presse, devait être sanctionnée et supprimée. Il apparaît ainsi que lorsque le sujet porte sur l’abus du clergé dans l’organisation, sa position sur la liberté d’expression prend un virage à 180°. Apparemment les Témoins de Jéhovah soutiennent la liberté d’expression pour eux-mêmes, mais pas pour leurs critiques.
Les faits, les allégations, et le dénouement dans le cas du Danemark
L’affaire commença quand, à l’automne 2004, l’un des plus grands journaux du Danemark, Ekstra Bladet, lança une série d’articles de presse concernant des allégations crédibles d’agressions sexuelles chez les Témoins de Jéhovah et une dissimulation des faits. Les articles titraient : « La direction des Témoins de Jéhovah cache des agressions d’enfants », « Silence sur les agressions sexuelles », « L’ordre de Jéhovah : silence sur les agressions d’enfants », entre autres.
Le journal rapportait que ceux qui étaient les plus crédibles se plaignaient d’avoir été victimes d’abus sexuels dans l’organisation et tenus de garder le secret. Comme la série d’articles du Boston Globe concernant le silence de l’archidiocèse de Boston sur les abus du clergé dans l’Eglise Catholique Romaine, il y a 5 ans, les articles en question attiraient l’attention non seulement sur des actes individuels, mais sur les procédures généralisées de l’organisation qui conduisaient à une mise au secret institutionnalisé des allégations d’abus sur enfants. La série d’articles dénonçait tant l’impact des procédures que les abus allégués sous-jacents, sur les victimes et leur famille.
Le Comité de filiale local des Témoins de Jéhovah, composé de sept membres qui dirige l’organisation, attaqua le journal – Ekstra Bladet - en justice, et son Rédacteur en Chef, Bent Falbert, pour diffamation.
Ils demandaient 350 000 Couronnes et que le Rédacteur en Chef soit poursuivi pénalement pour diffamation. En décembre dernier, la juge Anne Grethe Stockholm rejeta toutes leurs prétentions, et ordonna qu’ils supportent les frais de justice de la partie adverse, qui se montaient à 50 000 Couronnes.
La Cour argumenta que le sujet était d’intérêt public, et que les histoires rapportées contenaient une analyse légale légitime.
Décisions concernant les procès contre les Témoins et autres en Californie
Entre-temps, en Californie, les Témoins de Jéhovah ont dû faire face à des poursuites judiciaires lancées par des victimes supposées d’abus sexuels, perdant également sur des questions majeures.
Par une décision d’octobre 2006, par exemple, la Cour du Comté de Napa jugea que le secret confessionnel ne pouvait pas s’étendre aux informations concernant les cas d’abus sexuels sur les enfants au sein de l’organisation.
En parallèle, l’Eglise Catholique de Californie avait opposé le même argument, et également perdu.
A juste titre donc : les discussions de crimes prétendument commis par des membres d’une organisation ne sont guère le genre de communications religieuses que le secret confessionnel est sensé protéger.
Une nomination méritée aux Oscars met en avant le rôle de la liberté d’expression afin de mettre un terme à l’abus sexuel du clergés et d’obtenir la victoire judiciaire des victimes
En outre la Californie joue actuellement un rôle important dans le combat contre l’abus du clergé d’une autre manière : à Los Angeles les dernières propositions de nominations aux Oscars incluaient l’option très méritée d’un documentaire dérangeant et cru, « Deliver us from Evil [2]. ». Comme j’en ai discuté dans un article précédent, le film expose des entretiens troublants avec un prêtre pédophile, Fr. O’Grady, qui était sous l’autorité du Cardinal de Los Angeles, Mahony. Ce film a tant de puissance, il mérite vraiment de gagner la récompense.
La liberté d’expression et la liberté de la presse- tout autant que la liberté d’enquête civile – sont les clés pour vaincre les abus des clergés et pour rendre justice aux victimes. Quand le Boston Globe révéla le scandale de l’Eglise Catholique aux Etats-Unis, il y a 5 ans, très peu de gens étaient au courant des abus du clergé en dehors de l’Eglise. Il était alors probable qu’un film choquant comme « Deliver us from Evil » soit traité comme une exception plutôt que la preuve d’un profond et épouvantable problème institutionnel.
Maintenant, non seulement l’Eglise a prouvé qu’elle était incapable de garder ses secrets les plus laids, mais ses campagnes de relations publiques ont clairement échoué. La longue période pendant laquelle personne n’avait l’audace de faire le portrait de l’Eglise avec la lumière que jette « Deliver us from Evil » est à jamais révolu.
L’action judiciaire des Témoins de Jéhovah au Danemark montre la même dynamique interne que celle de l’Eglise Catholique, et face aux accusations, les institutions ont adopté les mêmes stratégies adaptatives : cacher autant que possible et, une fois percé à jour, attaquer. D’une manière ou d’une autre, ces institutions en vinrent à croire qu’elles avaient droit, en interne, à une sphère secrète où elles ne pouvaient être tenus comptables de leur culpabilité dans la souffrance des enfants. Heureusement, tant les Cours danoise et californienne que l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, ont prouvé qu’elles se trompaient.
Notes:
[1] Quelques extraits vidéo de Knocking
[2] En anglais : délivrez-nous du Mal
2