Bonjour,
Comment apprendre à un enfant à avoir un esprit critique… pfffff ! vaste problème ! Mon expérience est assez maigre ; étant donné mon jeune âge (22 ans), je n’ai que des parents, pas d’enfant ! A défaut de pouvoir répondre en maman, je réponds en petite-fille-il-n’y-a-pas-très-longtemps. Maman était Témoin de Jéhovah de mes 0 à 20 ans. Papa, non. Il se trouve que papa s’en fichait pas mal qu’on soit témoins. Heureusement. S’il avait critiqué l’organisation, il n’aurait eu aucune crédibilité auprès de nous. Il me semble que si vous prêchez catégoriquement contre ses croyances, votre enfant ne vous fera pas confiance. Il « sait » qu’il a raison et que vous vous gourez. Au mieux, c’est tout. Au pire, il le comprend comme une persécution et entend dans vos paroles celles de Satan. Je me trompe peut-être, mais il me semble que lui dire qu’il a tort, que son autre parent a tort, que son organisation a tort, c’est le meilleur moyen de le perdre.
Si il est assez grand pour comprendre, vous pouvez lui dire : je sais, tu as réfléchi et tu penses que c’est vrai, moi j’ai réfléchi aussi et je pense que c’est pas vrai. Des fois on peut réfléchir très fort et vouloir vraiment comprendre, et puis être à côté de la plaque. Peut-être que c’est toi qui a raison, je ne sais pas. On verra… Toi tu crois que Dieu dit qu’il faut faire ceci, alors c’est bien de lui obéir et de faire ceci. Moi je crois que Dieu veut que je fasse cela, alors pour lui obéir je dois faire cela.
A defaut de croire que vous avez raison, il peut croire que vous êtes de bonne foi, et vous aurez gagné déjà une grande partie de la bataille.
Sans attaquer sa religion, bâtissez son esprit critique chaque fois que vous le voyez. Faites-lui comprendre qu’on ne nous dit pas tout. Par exemple, vous écoutez les infos, et vous entendez « il y a eu 200 morts lors du tremblement de terre en Italie ». Ajoutez : oui, mais peut-être qu’il y a eu des blessés, qui vont mourir après, à l’hôpital, à cause du tremblement de terre, mais ils ne sont pas comptés parce-qu’ils ne sont pas morts tout de suite« . Devant une étiquette d’ingrédients aux courses, vous voyez dans la liste »E121« . Vous pouvez lui dire »tiens ! ils mettent un code ! peut-être que c’est pour pas qu’on sache ce qu’il y a vraiment dedans ! Tu sais que pour colorer en rose les yaourts à la fraise, on met de la betterave ?" Expliquez-lui qu’on a pris les français pour des cons en prétendant que le nuage de tchernobyl s’est arrêté à la frontière ! Sans en faire trop pour ne pas le rendre paranoïaque, c’est comme ça qu’il apprendra à remettre en question ce qu’il entend. Attaquez le monde entier, mais pas les témoins. Avoir un esprit critique, c’est un travail de longue haleine. Si on apprend à avoir un esprit critique envers les industries agro-alimentaires, le gouvernement italien, les media, un jour, peut-être plusieurs années après, on osera avoir un esprit critique contre les témoins de jéhovah.
Soyez irréprochable quant au respect de ses convictions. A dix ans, j’étais exaspérée lorsqu’on me disait que tant qu’on est pas majeur, on peut recevoir une transfusion sanguine de force. Merde, quoi ! Une conviction d’enfant reste une conviction ! A ne pas violer, comme celle des adultes ! D’où que vienne cette conviction et de quelque manière qu’elle ait été acquise, c’est insupportable pour un enfant de voir que les adultes s’en foutent. On se sent méprisé, on trouve ça injuste. Faites du zèle. Les témoins de Jéhovah n’ont pas le droit au sang. Il y a parfois du plasma de porc dans les saucisses type knacki. Quand vous faites les courses, vérifiez que celles que vous achetez pour votre gosse n’en contiennent pas et dites-le une fois à votre enfant. « Moi je m’en fiche, mais comme toi tu ne veux pas manger de sang j’ai vérifié qu’il n’y en avait pas. » Puisque je suis sur ce sujet-là, quand j’étais petite je faisais une fixation sur le sang, j’étais mal à l’aise quand j’allais manger chez des non-témoins parce-que je ne savais jamais s’il y avait du sang ou non dans la viande. Il y a des sauces qui y ressemblent beaucoup. Préférez le jambon, le poisson, bref, des trucs qui ne baignent pas dans un liquide rougeâtre.
Dites lui que vous êtes fier qu’il suive sa conscience.
Trouvez-vous un domaine où vous serez son modèle. Si vous ne le voyez pas souvent, et qu’en plus dans le plus grand domaine de sa vie il pense que vous avez tort, vous perdrez plus ou moins son estime. Papa est raciste. Il partait parfois dans un discours contre les Africains vraiment choquant qui me faisait le haïr et le mépriser. Si au lieu de ça il m’avait expliqué comment couper les arbres, ou soigner un chien qui s’est cassé la patte, je l’aurais plus aimé quand j’étais enfant.
Trouvez un domaine où vous l’épatez, où vous le guidez (et qui ne le gonfle pas !) La cuisine, la pêche, la musique, je ne sais pas, il y a bien un truc où vous êtes bon et que vous pouvez lui apprendre sans que ça entre en conflit avec ses croyances (et pas de politique !) ! Vous connaissez les noms des arbres, des champignons ? Exploitez tout ça, apprenez-lui les techniques de la photo… ! Difficile de garder un statut de modèle quand il pense que vous vous plantez complètement en matière de religion. Battez-vous pour avoir votre ou vos spécialités. Qu’il vous admire.
Ne perdez pas une occasion de l’instruire. C’est entre autres l’instruction, la culture générale, qui nous apprend à réfléchir. Tout ce qui concerne la nature, c’est génial : les animaux de la montagne, le cycle de l’eau, comment les araignées font leur toile, tout ça c’est passionnant quand on est petit, ça développe la curiosité (donc, pour plus tard, le désir de s’informer), et surtout tant que vous ne parlez pas d’évolution c’est inattaquable par l’entourage témoin de jéhovah : apprendre des choses sur la Création, l’œuvre de Dieu, quelle bonne idée !
Enfin, deux dernières choses : si il voit que vous pouvez être quelqu’un de bien sans être témoin de Jéhovah, il sera plus facile pour lui de prendre du recul sur les enseignements des TJ. Et aussi, vous êtes censé mourir à Har-Maguédon. Son papa ou sa maman qui l’aime sera tué des mains de Dieu qu’il est censé aimer aussi. C’est bien-sûr extrêmement douloureux pour l’enfant et ça peut mener je crois à deux façons de penser « j’espère que pap/maman finira par devenir TJ » ou bien « Ben… si vraiment les TJ ont raison, c’est qu’il n’est pas si cool, Dieu ». Moi c’est parce-qu’à quinze ans je n’avais pas envie de vivre éternellement sans mon père et mes copines , que je me suis posée de sérieuses questions et que j’ai fini par conclur’e que les TJ disaient n’importe-quoi. Mais ne le lui suggérez pas. Laissez-le réfléchir à ça tout seul.
Voilà, ce ne sont que quelques idées, d’une jeunette sans autre expérience que celle de sa propre histoire. Vous en faites ce que vous voulez… Bon courage.
Répondre