Accommodements et intégration

Dans la brochure spécialement publiée pour une large communication extérieure intitulée « Les Témoins de Jéhovah de France » [1] vous pouvez lire ses paroles volontairement rassurantes :
(…) On compte à présent en France plus de 100 000 Témoins de Jéhovah baptisés auxquels s’ajoute un nombre au moins égal de sympathisants. Ces fidèles sont issus de toutes les couches sociales. Certains sont fonctionnaires, d’autres ouvriers et employés, d’autres encore sont agriculteurs, enseignants, médecins, chirurgiens, biologistes, scientifiques, chefs d’entreprise, etc. Leurs enfants fréquentent les lycées et universités. En fait, sous de nombreux rapports, les Témoins de Jéhovah sont comme tout le monde.
(…)
Il existe en France des centaines de chefs d’entreprise qui sont Témoins de Jéhovah. Peut-on aujourd’hui diriger une entreprise et être asocial ? Des Témoins de Jéhovah sont instituteurs, professeurs de lycée et d’enseignement supérieur, directeurs d’écoles et chefs d’établissement. Peut-on exercer ces professions en étant des asociaux, alors que l’essence même de la fonction d’enseignement est intimement liée à l’action sociale ? Que dire aussi des centaines de Témoins de Jéhovah qui sont médecins, infirmiers, assistantes sociales ou qui travaillent dans des organismes à caractère social comme les DDASS ? Dès lors, l’épithète d’« asociaux » que l’on nous attribue n’est-elle pas outrancière ? Mais poursuivons. L’enquête sociologique dont il a été fait précédemment mention a aussi permis d’établir que les Témoins de Jéhovah sont bien intégrés dans le tissu social.
Normalité, intégration sociale se mesurent aussi aux interdits que l’on veut bien opposer à la société.
Plus on fait montre de différences irréductibles et plus on se distingue du reste de la société.
C’est même le refus du compromis qui a fait la fierté passée des Témoins de Jéhovah, n’hésitant pas à revendiquer une filiation idéologique avec les chrétiens du premier siècle.
La Tour de Garde, 15/10/1979, p. 21 :
D’autres spécialistes ont consacré des études à l’activité missionnaire des Témoins de Jéhovah. L’un d’eux, Bryan Wilson, professeur au Collège All Souls (université d’Oxford, en Angleterre), se rendit au Japon où il étudia ce qu’il appelle “l’accroissement récent et rapide” des Témoins de Jéhovah. Le compte rendu de ses recherches fut publié dans le Social Compass de janvier 1977 ; on y trouve des commentaires intéressants, dont celui-ci :
“Les Témoins proposent un vaste éventail de conseils pratiques formulés avec autorité sur les relations conjugales, les questions morales, l’éducation des enfants et d’autres sujets d’ordre pratique. (…) [Aux parents] les Témoins ont beaucoup à offrir au moyen de conseils fermes basés sur les Saintes Écritures et intégrés dans une philosophie de la vie cohérente qui obéit à une orientation bien définie (…). En outre, une autre caractéristique des Témoins est qu’ils proposent leurs conseils de façon uniforme sans céder en rien aux préoccupations culturelles locales. Ils sont proposés sans condescendance, n’admettent ni privilèges ni préjugés, et ont la force que donne l’absence de compromis."
Et encore :
L’humanité à la recherche de Dieu, chap. 11 p. 261 :
Dans les débuts du christianisme, deux chemins s’ouvraient à ceux qui embrassaient cette religion impopulaire : soit adhérer aux enseignements et aux principes du Christ et des Écritures, lesquels ne souffrent aucun compromis ; soit emprunter le chemin large et facile du compromis avec le monde de l’époque.
Entre la volonté d’exprimer son intégration à une société condamnée et la nécessité de refuser tout compromis le cœur balance.
Au Québec l’approche récente de la laïcité amène l’Etat à introduire et étendre le concept d’accommodement raisonnable.
Voici la constatation qui a été faite par un certain nombre d’observateurs, dont Simon Boivin du site de presse Le Soleil :
Même s’ils sont peu nombreux, les témoins de Jéhovah sont parmi les demandeurs d’accommodements religieux les plus actifs auprès des écoles du Québec.
Québec a rendu public, jeudi, le rapport du comité Fleury sur l’intégration et l’accommodement raisonnable, ratifié par 22 signataires. Les directions de 351 écoles ont été sondées pour en savoir plus sur les demandes liées à des motifs religieux.
Les chrétiens sont près de six millions au Québec. Au total, cette catégorie de croyants a fait au moins une demande d’accommodement dans 197 écoles. Les témoins de Jéhovah, qui regroupent à peine 29 000 fidèles, ont fait de même dans 152 établissements.
« Si l’on tient compte du poids relatif des confessions religieuses dans la population totale du Québec, on observe que les témoins de Jéhovah sont très fortement surreprésentés », note le rapport.
Les musulmans ont fait au moins une demande dans 153 écoles, mais sont presque quatre fois plus nombreux que les témoins de Jéhovah. Les Juifs se sont manifestés dans 62 institutions primaires ou secondaires.
Notons que les données ne reflètent pas la quantité de demandes d’accommodement d’un groupe, mais bien le nombre d’établissements où au moins une requête a été étudiée.
Ne trouvez-vous paradoxal que les mêmes Témoins de Jéhovah qui se veulent – nous l’avons lu - les chantres et parangons de l’intégration sociale et de la normalité et les opposants farouches au compromis de toutes sortes soient les champions incontestables du dispositif légal mis en place, au point d’être sur-représentés ?
Comment ne pas voir dans ce déluge de demandes une action orchestrée en haut lieu sous l’impulsion du Béthel et non quelques initiatives toutes personnelles ?
Car enfin qu’est-ce qu’un accommodement même raisonnable ?
Larousse 2005 – accommodement : arrangement à l’amiable ; compromis.
Mais quels avantages le Québec engrange-t-il ici ? Peut-être veut-il en retirer la paix civile et le paie-t-il à grands renforts de passe-droits et de dispenses.
Car si les Témoins de Jéhovah sont aussi prompts à s’engouffrer dans ce développement récent du droit québecois c’est bien que le compromis leur est étonnamment favorable. En fait ils ne donnent rien et ils l’ont bien compris, même si ils manifestent ainsi de manière bien visible leurs différences et leur anormalité.
Nous ne pouvons que conseiller aimablement à la Belle Province de mener des compromis, des accommodements, plus équilibrés.
Pourquoi ne pas demander aux Témoins de Jéhovah qu’ils ne prêchent plus qu’un week-end sur deux. Ça serait déjà un bon début et la très grande majorité du peuple québecois en serait ravi. Allez, faites un bon geste.
Notes:
[1] Publiée en octobre 1991 par les Témoins de Jéhovah.