Abus de conscience

Selon le dictionnaire Le Petit Larousse (2005) la conscience est définie, entre autres, comme le « sentiment intérieur qui pousse à porter un jugement de valeur sur ses propres actes ; sens du bien et du mal ».
Puisqu’elle porte sur la notion du bien et du mal on comprend que la religion se soit emparée de cette dimension humaine.
Notez ce que dit à ce propos l’encyclopédie jéhoviste Etude perspicace des Ecritures I p. 514 Conscience :
La conscience doit être éclairée, sans quoi elle risque de tromper. Elle n’est pas un guide sûr si elle n’est pas formée en accord avec des normes justes, selon la vérité. Sa formation peut être influencée en mal par l’environnement, les coutumes, le culte et les habitudes de l’endroit. Elle risque de juger telle question bonne ou mauvaise en fonction de ces valeurs ou de ces critères inexacts. On en a un exemple en Jean 16:2 où Jésus annonça que des hommes iraient jusqu’à tuer des serviteurs de Dieu en pensant le servir. Saul (plus tard Paul l’apôtre) sortit bien avec des intentions meurtrières contre les disciples du Christ, tout en croyant servir Dieu avec zèle (Ac 9:1 ; Ga 1:13-16). Les Juifs, gravement trompés, combattirent contre Dieu parce qu’ils n’avaient pas une connaissance suffisante de sa Parole (Rm 10:2, 3 ; Ho 4:1-3 ; Ac 5:39, 40). Seule une conscience convenablement formée par la Parole de Dieu peut évaluer correctement les choses de la vie et les remettre complètement en ordre (2Tm 3:16 ; Hé 4:12). Le chrétien doit avoir une norme stable et droite - la norme de Dieu.
(…)
La conscience d’un homme peut être étouffée au point de ne plus être pure et sensible. Quand il en est ainsi, elle ne peut pas le mettre en garde ni lui donner des conseils sûrs (Tt 1:15). La conduite de cet homme est alors influencée par la crainte d’être découvert et puni, et non par une bonne conscience (Rm 13:5). Quand Paul parle d’une conscience comme marquée au fer rouge, il veut dire qu’elle est comme de la chair brûlée, couverte de tissu cicatriciel et dépourvue de terminaisons nerveuses, qui ne ressent plus rien (1Tm 4:2). Ceux qui ont une telle conscience ne peuvent avoir le sens du bien et du mal. Ils ne respectent pas la liberté que Dieu leur accorde, et, en se rebellant, ils deviennent esclaves d’une conscience corrompue. Il est facile de pervertir sa conscience. Le but du chrétien doit être celui proposé en Actes 23:1 : « Frères, c’est avec une conscience tout à fait nette que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à ce jour ».
La position jéhoviste est limpide. Sans normalisation de la pensée par la Bible et la direction de la hiérarchie jéhoviste le danger est grand de ne pas avoir une conscience valable, de ne pas avoir de guide sûr.
Est-ce bien certain ?
Est-il donc impossible que le guide ne devienne tyran et que l’on ne soit la proie d’un abus de conscience ?
C’est bien l’avis du philosophe Michel Onfray.
La conscience mécontente de soi produit comme un poison une dose mortelle de pulsion de mort retournée contre soi ou dirigée contre autrui. La haine du monde, des autres et de soi procède de la mauvais conscience et du sentiment de péché originel incarné au plus profond de la chair. La violence découle de cette négativité entretenue et transmise par la culture religieuse appuyée par la tradition morale.
La mauvaise conscience associée à un sentiment aigu de culpabilité produit chez ses victimes (pourvu qu’elles soient fragiles, de constitution psychique faible), des effets dévastateurs. Une mauvaise image de soi, une dépréciation de soi, un travail négatif de la conscience sur l’idée que l’on a de soi, et le risque augmente de comportements suicidaires ou mortifères, agressifs ou destructeurs. L’idéal du Moi impose sa loi et fait vivre la conscience dans un état de soumission et de sujétion perpétuelle. La pression sociale, en développant la mauvaise conscience d’un individu, peut tuer toutes ses potentialités dans l’oeuf et le plonger dans une dépression psychique considérable.
(…)
On gagne alors à lutter contre la mauvaise conscience en faisant la part des choses : il n’y a pas de péché originel, il faut se fixer des idéaux atteignables, il ne sert à rien de se proposer des objectifs inaccessibles, il n’est d’aucune utilité de prendre en charge le désir et la volonté de ses parents, de réussir là où ils ont échoué et de vouloir parvenir aux sommets là où eux-mêmes ont accumulé les défaites. La conscience d’autrui ne saurait serrvir de modèle à mon existence : vous n’êtes pas tenus de laisser opérer, sur le principe des vases communiquants , la pression sociale qui se sert de la mauvaise conscience, du péché et de la culpabilité pour asseoir son empire sur vous.
(…)
Vous gagnerez donc à utiliser la conscience comme un instrument de construction de vous plutôt que comme un outil de destruction. Plutôt un ciseau d’artiste pour sculpter votre existence qu’un genre d’arme dirigée contre le réel ou retournée contre vous. Se libérer de la mauvaise conscience, du sentiment de péché, des illusions et des mensonges qu’on se fabrique pour tâcher de mieux se supporter permet d’envisager une existence radieuse et solaire, joyeuse et sans complexe dans laquelle autrui est un partenaire et un complice plutôt qu’une victime faisant les frais du mécontentement dû à votre difficulté d’exister.
Libérez votre conscience de la négativité, réservez son usage à la construction d’une éthique positive de réalisation de soi : seul un être bien dans sa peau peut entretenir un rapport léger avec le monde. Recrachez au plus vite la pomme d’Adam qui, en travers de votre gorge, vous empêche de respirer…
Pourquoi la pomme d’Adam vous reste-t-elle en travers de la gorge ? Antimanuel de Philosophie - Editions Bréal (2001)
A trop vouloir écouter une conscience très étroitement « formée par la Parole de Dieu » on risque fort d’élever un tyran en son sein, on risque fort, à vouloir innocemment bien faire, de susciter, pour soi et pour les siens, des cas patents d’abus de conscience qui scléroseront l’être et la pensée.
Quel jugement entre celui véhiculé par le jéhovisme
jéhovisme
L’ensemble des doctrines des Témoins de Jéhovah et par extension le mouvement lui-même.
et l’oeil du philosophe vous semble le plus proche d’un humanisme
humanisme
n. m. 1. Doctrine, savoir et éthique des humanistes de la Renaissance.
2. PHILO Doctrine, système qui affirme la valeur de la personne humaine et vise à l’épanouissement de celle-ci.
éclairé ?
Notes: